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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La leçon de vie des Intouchables

La leçon de vie des Intouchables

La plupart des films français qui cartonnent au box-office sont bien souvent des navets (Bienvenue chez les ch’tis, Camping…). Avec Intouchables d’Eric Toledano et Olivier Nakache, on est bien loin de tout cela.

Ce long métrage de plus d’1h45 met en scène l’histoire vraie de Philippe Pozzo di Borgo (interprété par François Cluzet), aristocrate devenu tétraplégique à la suite d’un accident de parapente, et d’Abdel (Driss dans le film, interprété par Omar Sy), jeune banlieusard sans réel avenir.

A la recherche d’un assistant pour accompagner ses jours de grand paralysé, Philippe assiste à l’audition d’une pléiade de candidats tous plus ennuyeux et hypocrites les uns que les autres. Soudain surgit Driss, jeune des quartiers venu uniquement pour faire tamponner son papier dans le but de continuer à toucher le chômage. Blagueur et sans aucune pitié apparente pour Philippe, ce dernier va immédiatement flasher sur ce garçon énergique et si différent.

D’abord surpris par son acceptation, Driss va, au fur et à mesure, prendre cœur à sa nouvelle tâche et se lier d’amitié avec celui qu’il doit assister au quotidien. Ainsi, progressivement, Vivaldi va côtoyer Earth, Wind and Fire et chacun va faire un pas vers l’autre dans une tentative de compréhension mutuelle loin d’être ni forcée ni exagérée.

Loin du mélodrame moraliste sur le gentil blanc civilisant le vilain sauvage, le grand aristocrate éduquant le petit gars de banlieue, le film est avant tout le récit quotidien d’une aventure humaine intense. Dans Intouchables, deux angles sont à observer :

Tout d’abord, évidemment, nous est montré implicitement le comportement à adopter à l’égard des personnes handicapées. A l’image des vannes balancées sans gêne par Driss, et qui font beaucoup rire Philippe, on comprend alors que l’humour vaut souvent bien mieux la pitié. Être considéré comme quelqu’un d’ordinaire (et donc d’attaquable), et pas comme un assisté devant qui tout le monde baisse les yeux, redonne à Philippe une sensation jouissive de normalité et d’indifférence.

Aussi, il est également question d’une sorte de compromis culturel entre le jeune de banlieue et le vieil aristocrate. Tout au long du film, Philippe apprend à se détendre et à rire du ridicule de certaines pièces d’opéra (scène qui aura fait hurler de rire tous les spectateurs) et à jouer avec l’escroquerie que représente certaines œuvres d’art contemporain (ainsi que l’intérêt aveugle des « amateurs »). En bref, Philippe apprend à porter un regard nouveau sur son mode de vie de grand bourgeois au cul pincé. Driss de son côté, va petit à petit s’ouvrir lui aussi à la peinture et aux grands classiques de la musique, et va, au final, en ressortir plus respectueux (dans l’approche de la culture comme au quotidien).

La situation amoureuse difficile des personnes handicapées y est également évoquée, à l’image de la timidité de Philippe, complexé au point d’en rester uniquement aux échanges de lettres avec sa dulcinée épistolaire. Heureusement, Driss le détendu sera là pour y remédier.

Au final, on ne regrette en rien d’avoir payé pour un si bon moment où se mélange rire et émotion, et la méfiance naturelle à l’égard de ce genre de comédie dramatique, souvent lourdes ou beaufs, disparaît bien rapidement. Le film se contente de nous compter cette histoire vraie, bien que quelque peu romancée, sans aucune tentative moralisatrice (ou presque).

La musique s’accorde parfaitement avec les images, et que dire des deux acteurs qui sont époustouflants. François Cluzet n’avait pas le choix : tout reposait sur ses expressions et le moins que l’on puisse dire c’est que sa performance est remarquable. Ses pouffements de rire, déjà cultes, permettent au public de s’autoriser à se relâcher lors des blagues décomplexées de Driss et servent bien souvent de caution morale à cet humour noir très efficace.

Omar Sy, quant à lui, est bien loin des niaiseries du SAV des émissions (sur Canal +) et il est bien dommage qu’après un tel rôle, ce dernier retourne à ses pitreries télévisuelles sans intérêt.

Une leçon de vie émouvante et drôle où chacun se voit capable de faire un pas vers l’autre. Sans aucun doute, l’un des films de l’année. A ne pas manquer, d’autant qu’une partie des bénéfices sera reversée à l’association Simon de Cyrène qui vient en aide aux handicapés. Une bonne raison d’emmener vos enfants voir autre chose que Twilight.

8,5/10

Christopher Lings ( Enquête & Débat )


Moyenne des avis sur cet article :  3.22/5   (18 votes)




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21 réactions à cet article    


  • Jonathan Moadab Holly_Crapp 22 novembre 2011 10:31

    Vrai, je ne vais que très rarement au cinéma, et là, je me suis payé une belle tranche de rire ! 

    Le genre de film qui vous fait oublier la crise, pendant quelques temps ;) 


    • L'enfoiré L’enfoiré 22 novembre 2011 10:53

      La question reste : est-ce qu’un situation pareille est susceptible de se produire en dehors du cinéma ?


      • Rounga Roungalashinga 22 novembre 2011 11:24

        Etant donné que le film est inspiré d’une histoire vraie, oui.


      • L'enfoiré L’enfoiré 22 novembre 2011 14:02

        Bien d’accord, avec vous. Si cette histoire a été mise en avant, c’est que c’est plutôt exceptionnel.
        Ce film est inspiré de la vie de Philippe Pozzo di Borgo et de sa relation avec Abdel Yasmin Sellou.
        Mais vous avez raison, c’est une leçon de vie.


      • wesson wesson 22 novembre 2011 12:42

        Les intouchables, c’est un buddy movie hyper bateau de confrontation de classe sociale, et surtout un film caricatural bourré de clichés rassurant. Le riche amateur d’art abstrait qui n’écoute que du classique et qui se fait chier comme un rat mort, le loulou banlieusard branleur, etc etc...

        ça donne un film agréable à regarder, mais qui ne bouscule strictement en rien les préjugés qui sont les fondements de la société actuelle.


        • JC (Exether) 22 novembre 2011 13:26

          Si le scénario mettait en scène deux personnages qui se comprennent et se ressemblent déjà un peu, il n’y aurait pas de film.

          L’humour a toujours un peu besoin de la caricature.


        • L'enfoiré L’enfoiré 22 novembre 2011 14:03

          C’est exactement, ce que je disais plus haut.


        • L'enfoiré L’enfoiré 22 novembre 2011 14:07

          Si ce n’est que pour rire-, il y a aussi « Mon pire cauchemar » et qui se passe bien plus souvent dans la vie de tous les jours.


        • BisonHeureux BisonHeureux 22 novembre 2011 14:01

          Ce film aborde de manière très intelligente la question de la légalisation du cannabis !
          C’est en raison de ses vertus médicinales incroyables que la prohibition est maintenue,pas question de toucher aux intérêts des empoisonneurs médicamenteux officiels(30 milliards d’euros sont partis de la Sécu en 2010 pour aller directement dans les caisses des multinationales) !
          Hasta la libertad
          Salut et fraternité


          • Jean Lannes Christopher Lings 22 novembre 2011 16:32

            Merci pour la précision car moi je n’y connais pas grand chose au cannabis.


          • moumou moumou 22 novembre 2011 17:29

            Ca ne vous guérit pas de la connerie en tout cas ! MDR


          • easy easy 22 novembre 2011 16:02

            A signaler alors le travail entrepris par Walt Disney qui, n’ayant pas osé mettre en scène de vraies personnes selon une conforntation-découverte en huile / eau, l’avait toujours fait par animaux interposés.
            Chaplin aussi avait parfois joué de ce type de rencontre improbable dans des versions richard / clochard



            Les chatouilles, ça se passe comment ?
            Par la surprise

            Faire un film comique c’est faire se rencontrer des gens qui n’étaient pas faits pour se rencontrer et qui ne parlent donc pas la même langue. Dans les histoires drôles, il est donc indispensable que chaque protagoniste soit une caricature du genre.

            Cf Mon beau-père, mes parents et moi


            • moumou moumou 22 novembre 2011 18:17

              « Bienvenue chez les ch’tis » n’est pas un navet !
              Pas un chef-d’œuvre non plus, juste un bon petit film distrayant sans plus.
              Le fait qu’il aie cartonné au box-office en a étonné plus d’un, à commencer par son réalisateur.
              Probablement parce-qu’on à l’habitude de voir le peuple français se précipiter en masse sur des films d’outre-atlantique au budget plus important (surtout publicitaire) qui sont de véritables navets eux !
              Alors on s’étonne....qu’un bon petit film bien de chez nous aie encore du succès auprès du public.
              Succès inattendu n’en fait pas pour autant un navet. Dites plutôt que le peuple français est idiot de ne pas répondre aux prévisions des critiques, des dictats anglo-saxons, que son libre arbitre lorsqu’il se manifeste vous dérange, vous les « élites » !
              Ca veut dire quoi « box-office » au fait, c’est français ça ? MDR


              • moumou moumou 22 novembre 2011 18:37

                Article nul !
                Déjà rien que le titre « leçon de vie » est à gerber !
                On ne va pas au cinéma pour recevoir des leçons MDR
                Cette notion de « cinéma éducatif » (voir petite maison dans la prairie MDR) est est aussi un concept imposé par les US à Hollywood lorsqu’ils se sont apperçus du formidable instrument de propagande que pouvait faire l’industrie du cinéma.


                • panpan 22 novembre 2011 20:51

                  Encore un bonapartiste tombé dans le panneau !


                  • Olivier Perriet Olivier Perriet 22 novembre 2011 21:56

                    Bonjour,
                    Je n’ai pas vu le film mais il y aurait je crois un article à faire sur ce grand classique du cinéma d’humour français qu’est le couple de deux individux extrêmement mal assortis, qui finissent par triompher ensemble de leurs épreuves communes (De Funès/Bourvil dans la Grande Vadrouille, Depardieu/Pierre Richard, Clavier/Réno, jusqu’à Samy nacéri / Frédéric Difenthal dans les Taxis).

                    Visiblement Intouchable réutilise ce procédé...« intégrateur », « républicain » ?


                    • Freegerman 22 novembre 2011 23:59

                      Bref une manipulation grandeur nature ...


                      • 65beve 65beve 23 novembre 2011 09:37

                        Non merci,
                        Comme pour les Cht’tis je ne verrai pas ce film.
                        Ni au ciné, ni à la télé.
                        Parce que tout simplement, il est trop druckérisé.


                        • Manumission Manumission 23 novembre 2011 10:13

                          Pas grand chose à ajouter sur ce film qui a le grand mérite de faire du bien...On peut toujours ’s’interroger sur la nature des critiques négatives surtout lorsque celles-ci reflètent de la pensée dominante actuelle de nos habituels Zemmour,E.Levy et Finkielkraut...
                          Critiques qui visent toujours à mettre en relation l’origine et le comportement d’un individu..Ce film est une bouffée d’air pur parmi l’ambiance abjecte de la pensée essentialiste de nos trublions de serviceslesquels dans une masturbation intellectuelle plus qu’intense ne verraient dans ce film que le déclin de l’homme blanc face à la montée en puissance du galérien de banlieue...Le KKK n’aurait pas dit mieux !

                          Laissons-les à leurs divagations essentialistes et délectons nous d’un bon film qui nous laisse un peu d’espoir dans ce monde de brutes


                          • Alex Alex 27 novembre 2011 18:29

                            Ce film a connu un beau succès dans les banlieues.
                            On aimerait voir plus souvent des films consacrés aux jeunes immigrés sérieux et bosseurs, ceux qui réussissent dans la vie sans avoir jamais été ni malhonnêtes ni violents, mais cela n’intéresse guère nos cinéastes moralisateurs.
                            Dommage...


                            • miel de fiel miel de fiel 28 novembre 2011 05:02

                              D’abord bravo au duo d’acteurs ... e x c e l l e n t s. Un bon cachet à la clef.

                              Film à prendre au 1er degré basique trêve des confiseurs. Le second (degré) ne tient pas la route dans le film même si l’histoire au départ est vraie.
                              Je rêve d’un film où une fausse handicapée africaine richissime au nez à la barbe de son époux polygame inculte fait venir un sportif issu de sciences pots pour en faire son esclave sexuel, son porteur d’ô, s’évader avec lui en tandem et se marier en France, lancer son parti politique pour sauver tous les petits fwançais campagnards maigres et épuisés génétiquement, se faire élire au nez et à la moustache de MLP................ et de Ka-lixteu ! ! ! 
                              Ainsi rayonnera notre belle Fwance au royaume des imbéciles niaiseux et bigleux.

                              Je conseille à tous les handicapés pas fauchés de se planquer, l’hallali a sonné en banlieue, y a du fric à se faire tcha lah ! ! !

                              J’ai toujours adoré SY surtout dans le SAV même si je connais son attitude dans la vie courante, son soutien à l’islam et à DIAM’S. Je ne suis pas cynique, juste lucide et intelligente, pas facile à berner la vieille guêpe qui a usé toutes les ficelles. smiley

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Jean Lannes

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