• samedi 26 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La littérature et la gastronomie : deux expériences dangereuses
40%
D'accord avec l'article ?
 
60%
(10 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

La littérature et la gastronomie : deux expériences dangereuses

 Au sujet de « Aventures d'un gourmand vagabond » de Jim Harrison : « le cuit et le cru » – en points Seuil

« Le barman n’était pas occupé et nous avons parlé de Jack London. […] Je lui ai rétorqué que j’avais un jour allumé un feu de camp sous un pin couvert de neige et que, comme il fallait s’y attendre, la neige avait dégringolé de l’arbre et éteint mon feu. C’était une expérience littéraire. Mon anecdote a ravi le barman, qui a dit que la littérature était parfois une expérience dangereuse. »

extrait de « une Odyssée américaine » de Jim Harrison

photo de l'auteur ci-dessous prise ici

La littérature est en effet une expérience dangereuse, car c'est une expérience qui engage parfois toute l'existence du moins quant à ceux qui sont dotés d'un peu de sensibilité.

Elle est moins dangereuse que les bonnes choses à manger rétorqueront les coachs de diététique, de vie, d'alimentation (on ne parle plus de gastronomie ou de bon goût mais d'alimentation, en mangeant il s'agit surtout finalement de « mettre du carburant dans le réservoir » des machines que sont devenus nos corps à l'époque de la marchandisation d'un peu tout, y compris les gens, les bêtes, les lieux, et même les rêves.

L'auteur de ce texte parfaitement immodeste, lui-même pourtant grand gourmand devant l'éternel, a trouvé en lisant ce recueil de petits articles sur la nourriture, l'alcool, le bien-manger et le bien-vivre en général que Jim Harrison était une sorte d'ogre appréciant tellement la vie qu'il veut goûter à tous les plats qu'elle propose au buffet.

La plupart des grands angoissés, des grands lucides, des inquiets, aiment la bonne table.

C'est encore la meilleure manière de ne pas se laisser effrayer par toutes les épées de Damoclès au-dessus de nos têtes. C'est aussi une excellente méthode pour tourner en dérision les prétentieux qui sombrent trop souvent dans l'esprit de sérieux, les exaltés qui veulent leur conception du salut et du bonheur, même contre notre gré, les jaloux, les envieux, les larbins, les violents, les brutes, comme Athos dans sa cave.

Ce livre très sympathique n'est pas fait pour les couche-tôt, les bonnets de nuit raisonnables, les adeptes de hygiéniquement correct et des cinq fruits et légumes par jour, ceux qui en général ne comprennent rien aux plaisirs de la chère et de la chair, et aussi du bon vin ou aux voyages immobiles que l'on peut faire grâce à de bons alcools. Jim Harrison n'a aucune illusion sur ces frères humains mais dans le même temps, il les aime tous, malgré tout, et tient à leur faire partager un peu de la joie qu'il ressent à partager un bon repas avec des amis ou un bon vin, que ce soit au milieu d'un désert ou au cœur de Beverly Hills.

Pour les imbéciles il ne s'agit que d'histoires de boustifailles, pour eux un bon repas tel que le décrit l'auteur de ce livre ça consiste juste à bouffer jusqu'à s'en faire éclater la panse. Un bon repas éteint l'angoisse, la peur s'éloigne ainsi que la bêtise un peu plus prégnante chaque jour autour de nous. Mais pour apprécier un bon repas, il faut aimer la vie et les hygiénistes la détestent, ils sont incapables de percevoir la beauté toute autour de nous, incapables de comprendre que malgré les guerres, la sottise et la haine, la vie est un cadeau.

Ne parlons pas d'alcool qu'il s'agit de consommer à peine avec modération, les sots se prétendant hygiénistes ignorant vraisemblablement que boire un bon vin, un bon whisky, un bon Cognac, une liqueur odorante, cela ne consiste pas à se bourrer la gueule mais en quelque sorte à louer la nature et les beautés qu'elle procure et partager juste un moment encore un peu de joie avec des personnes pour lesquelles on a de l'affection.

Actuellement on aime bien parler de gastronomie à condition que la forme et la présentation des plats soient forcément déstructurées et dans le vent indiqué par la mode, à savoir de toutes petites portions ridicules dans des cuillères chinoises, des verrines où l'on entasse tout et n'importe quoi, des assiettes carrées où les viandes ou poissons doivent être forcément servis accompagnés d'un trait de sauce forcément géométrique un rien grotesque. La cuisine devient un atelier de petit chimiste avec la cuisine moléculaire qui s'est avérée après quelques maux d'estomac gratinés des clients des restaurants de luxe la proposant au menu plutôt dangereuse pour la santé.

D'ailleurs on ne doit plus parler de gastronomie mais de « fooding  » où l'on aime bien également les aliments régressifs : on met des fraises « tagada  » (très à la mode dans les soirées bobos où elle voisine avec les cacahouètes et les petits fours salés) dans les gâteaux, des « carambars » dans de la sauce pour poulet, des « malabars  ». Il ne faut plus parler de plats il est vrai mais de « foodies ».

On aime bien les « smoothies » sans goût, mais réputés tellement bons pour la santé !

71879_853431343_coeur_0012_H021222_L.jpgLa nourriture devient alors un signe d'appartenance à un statut social, le prolo mange au « Mac Do », le franchouillard se prépare un pot-au-feu bien gras, le bourgeois bohème en recherche de culture partout où il passe lui pratique le « fooding ». La cuisine devient également un lieu de compétition où il s'agit d'en mettre plein la vue à ses invités et non de partager quoi que ce soit avec eux.

Alors bien sûr, les hygiénistes me diront :

« Tu écris ça mais Jim Harrison avoue au début de son livre que toute cette bonne nourriture lui a surtout coûté quelques crises de goutte extrêmement douloureuses et une tension de concours, il a été bien puni comme tous les gourmands ».

Ce à quoi je répondrai que les hygiénistes, comme les autres conformistes, dans ce genre là ressentent toujours une joie mauvaise à faire la liste de toutes les conséquences certes embêtantes pour la santé du comportement parfois déséquilibré des angoissés qui ont un peu trop festoyé dans leur vie pour éloigner les abrutis ou la camarde elle-même, mais que l'on peut tout autant mourir d'ennui.

Ce petit texte est dédié à une jeune femme avec qui je suis allé manger un jour un excellent repas, totalement incorrect au regard des normes mais tellement délicieux, sur les hauteurs de Montmartre non loin du « Lapin Agile » dans un petit établissement tout rose ressemblant à une bonbonnière (photo ci-dessous : "La Maison Rose" à Montmartre, prise ici).

Cette dédicace est là pour rappeler que les plaisirs de la table sont liés à ceux de l'amour, et donc là encore aux plaisirs de la vie en général.

Parfois il n'y a plus que ça pour conjurer le désespoir, comme les personnages de "la Grande Bouffe" voir la bande annonce ci-dessous

par Amaury Watremez (son site) jeudi 14 avril 2011 - 17 réactions
40%
D'accord avec l'article ?
 
60%
(10 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox