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La locura de Navarrenx

L’expression consacrée « de France et de Navarre », jusqu’ici usitée pour signifier « d’ici et d’ailleurs » ou « d’ici et de juste à côté », a pris, en cette fin d’année 2005, une connotation particulière pour les amateurs de cigares.

Annoncé dans la presse comme « le premier cigare de luxe 100% français », le Navarre, ce robuste robusto sorti le 21/11/2005, est une création originale à mille lieues d’une lubie de golden-boy ou d’un caprice d’acteur à succès. Affichant l’ambition de concurrencer les cigares cubains, il est le fruit de dix années de travail, issu de l’imagination de Noël, Bruno, Sam, Olivier, Patrice et Fabrice, six associés qui ont pour la circonstance créé, en 2001, à Navarrenx, dans une caserne de mousquetaires du XVIIe siècle, le Comptoir du tabac des Gaves et de l’Adour (1). Et lorsque le tabaculteur cubain Romelio fut contacté pour se lancer dans l’aventure, il la qualifia d’abord de locura (folie) !

Pour tout dire, l’histoire commença en 1995 avec la perte du monopole de la fabrication des cigarettes par la Seita, devenue en 1999 Altadis. Noël Labourdette, homme d’affaires et amateur de cigares, s’est mis en tête de profiter du vide juridique créé de facto pour s’engouffrer dans la brèche. Il réussit à faire venir Romelio de Cuba, et lui démontra que son entreprise n’était pas aussi loca que ça. Le Béarn est un très ancien terroir tabacole, et le Sud-Ouest abrite l’Institut du tabac de Bergerac (2), de renommée mondiale, dont certaines variétés cultivées à Cuba sont issues. Ainsi le projet fut officiellement lancé en 2000, et les premières vitoles commercialisées en 2005.

Le Sud-Ouest s’imposait, car 85 % des tabaculteurs français y sont installés, pour y produire 70% du « tabaco hecho en Francia ». L’étude de dix années de relevés météo conduisit Noël Labourdette et ses associés à Navarrenx, c’est-à-dire à juste sept kilomètres de son berceau familial ! Le climat et le sol du piémont pyrénéen entrent en parfaite adéquation avec la production de puros, car entre autres qualités, la terre, qui est très légère, se réchauffe très vite. De plus, l’eau très pure des sources de montagnes, exempte de chlore et d’azote, permet la croissance d’un tabac combustible à tous les étages (foliaires), selon les termes de Noël Labourdette. Ce qui laisse une grande liberté à la création des ligas (recettes).

Par ailleurs, le développement marketing possible autour du nom et du patrimoine historique de Navarrenx demeurait intéressant. Le tabaculteur Christophe Congues a non seulement adhéré au projet, mais il s’est impliqué à fond. Ses champs situés à Moumour, à deux kilomètres d’Oloron-Sainte-Marie, accueillent les plantations du Navarre, et il suit rigoureusement les consignes d’un cahier des charges très précis. Les pieds destinés aux feuilles de capes sont abrités par des filets assimilés aux tapados (3) cubains, ce qui, dans le paysage béarnais, est pour le moins étonnant.

Les premiers plants mis en terre donnèrent lieu à des expérimentations très concluantes. Et Fidel autorisa également Greta et Maury, deux torcedoras, à quitter le pays pour enseigner leur art à six ouvrières béarnaises et une basque, entrant volontairement en galère. La production de cette année, issue de la récolte 2003, est de 15 000 unités conditionnées en cabinets de 25. Ici, le hêtre d’Iraty remplace le cèdre des Amériques, car il est en parfait accord avec le tabac issu du même terroir. Il en assure une bonne conservation, car à l’instar du cèdre, il est aussi insectifuge. Les établis des torcedoras sont également en hêtre d’Iraty, l’usage de cette essence locale étant la seule concession faite par la science et l’art du puro cubano. Romelio officie d’ailleurs à Navarrenx en grand ordonnateur des feuilles et savantissime oracle des fumées.

Envisageant de passer à 150 000 unités en 2006, pour atteindre à terme les 200 000, la marque ambitionne de passer sur les marchés de l’exportation vers l’Europe du Nord, le Royaume-Uni et bien sûr l’Espagne. Les structures étant initialement prévues pour ce tonnage, l’augmentation de la production ne devrait pas se faire au détriment de la qualité, car l’expérience affinera le savoir-faire.

Pour donner de cette vitole un petit descriptif, sans verser dans le langage ampoulé des spécialistes, je dirais qu’elle a déjà une très jolie cape paradoxalement lisse et nervurée, mise en valeur par une bague d’une grande sobriété. Le bouquet marque d’emblée la présence du tabac, sans pour autant s’imposer. Au fumage à cru il est plutôt discret, et après une légère âcreté à l’allumage, il révèle ses saveurs tout au long du fumage. La puissance est présente dès le premier tiers, et sa fumée havanescente plus que surprenante pour un puro hecho en Francia ! Mais elle n’est pas pour autant lourde et entêtante, même s’il vaut mieux le fumer dans un endroit aéré. Selon Noël Labourdette, qui se fait l’écho de nombreux retours et commentaires, le Navarre est un cigare qui plaît aux femmes et réconcilie les couples mixtes, car la fumée de l’un(e) n’incommode pas l’autre. En conclusion, ce Navarre est vraiment un cigare d’exception... française !

1. Comptoir du tabac des Gaves et de l’Adour, place des Casernes, Navarrenx, Tel : 05-59-66-22-22. E-mail : contact@comptoirdutabac.com

2. Web

3. Tapados : voiles de coton protégeant du soleil les plants de tabac destinés aux capes des cigares.

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5 réactions à cet article    


  • funkycigare le blog podcast des amateurs de cigares (---.---.178.8) 24 janvier 2006 20:18

    Dégustation du Navarre, commentaires et impressions...


    • gouye (---.---.226.130) 3 septembre 2006 21:57

      pouvez vous m’envoyer toutes les infos sur vos cigares ? ou peut on les acheter - prix etc merci


      • isabelle (---.---.148.239) 17 septembre 2006 18:53

        merci de m’indiquer ou l’on peut se procurer le fameux NAVARRE ! salutations


        • christophe dufourcq (---.---.254.238) 1er novembre 2006 16:45

          j’ai travaillé dans l’exploitation qui produit le cigare cubain. Je peux vous dire que le travail de tabaculteur n’est pas un travail simple car cela demande une grande organisation et sachant en plus que c’est un travail composé de 70 % manuel et 30 % mecanique, il faut être en bonne santé ! Ceci dis c’est un travail tres interessant et j’espere que l’entreprise se developpera dans l’avenir


          • Azür 3 novembre 2006 11:54

            Pour infos sur les points de vente, veuillez vous adresser à :

            Comptoir du tabac des Gaves et de l’Adour, place des Casernes Navarrenx Tel : 05-59-66-22-22. E-mail : contact@comptoirdutabac.com

            Merci pour l’intérêt que vous portez à cette expérience unique.

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