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« La Madone des Poubelles » de & par Jacques Lassalle au Théâtre de l’Est Parisien

En accouchant d’une Madone sortie des poubelles, c’est au coeur de la Tragédie-Bouffe que Jacques Lassalle enfonce le scalpel de la misère réaliste jusqu’aux invraisemblances du burlesque.

Qu’à cela ne tienne aux affres d’une Argentine en plein marasme du tournant d’un siècle à l’autre, le metteur en scène endosse sa casquette de dramaturge peu prolifique, tellement l’écriture lui paraît essentielle et rare à la fois, pour se laisser subjuguer par le plaisir vertigineux de se ressentir Pygmalion.

Sa Lolita (Roxana Carrara) sera la prisonnière d’un système économique devenu fou, au point de faire basculer les valeurs familiales traditionnelles dans l’enfer de la dette à vie.

Rosko, le père (Rodolfo de Souza) et Jason, le frère (Carles Romero Vidal), sous désaveu matriarcal d’outre-tombe, tiennent les rênes de la déliquescence tribale en organisant le marché noir au prorata de la valeur marchande de la jeune femme.

Celle-ci, promise au grand chef mafieux purgeant une peine de deux années de prison, se languit en stand by d’affection et de droit à l’existence.

Mais voilà que Gratien (Régis Royer), le jeune cadre européen récemment licencié économique, pointe dans le bidonville avec son appareil à photos numériques, pour que s’affolent les enchères du droit à l’image.

Frappé par la foudre, dès le premier regard, celui-ci n’aura de cesse de revenir sur le lieu de sa torture morale, amoureuse mais surtout physique car désormais les coups vont pleuvoir autant que les dollars qu’il ne peut débourser.

En effet l’inspecteur Segundo (Andrés Spinelli), ami de la famille, veille au respect des contrats en cours, qu’ils soient tacites ou explicites, en régulant la balance des paiements au mieux de ses commissions.

A ce stade, le bon samaritain, laissé pour mort, ne pourra escompter le bout du tunnel que si le tango meurtrier de la partie adverse se neutralisait faute de combattants valides.

En jouant sur l’absurdité des consciences exacerbées au fer rouge du travestissement et de la prostitution en trafic pérenne, Jacques Lassalle laisse ses personnages s’abîmer à la mesure de leur propre regard sur eux-mêmes.

Derrière les volets en fer des garages squattés se refermera l’inéluctable cohérence autodestructrice d’où subsisterait néanmoins la lueur d’une fugue rebelle vers un monde meilleur.
 
Photo © Mario Del Curto
  
LA MADONE DES POUBELLES

 - ** Theothea.com - de Jacques Lassalle - mise en scène : Jacques Lassalle - avec Roxana Carrara, Carles Romero Vidal, Régis Royer, Rodolfo de Souza & André Spinelli - Théâtre de l’Est Parisien -

 


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2 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 21 novembre 2008 12:04

    Si je comprend bien, c’est un remake argentin de "Oh les beaux jours", de Becket, où le personnage principal est dans une poubelle ?


    • Theothea.com Theothea.com 21 novembre 2008 14:21

      Dans " Fin de partie " de Samuel Beckett (actuellement mis en scène par Charles Berling au Théâtre de l’Atelier), sont installés deux personnages dans des poubelles mais ici dans la pièce de Jacques Lassalle le titre doit être compris comme " La Madone des bidonvilles ".

      cordialement

      JM / Theothea.com

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