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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La mobilisation infinie de Peter Sloterdijk

La mobilisation infinie de Peter Sloterdijk

   Sloterdijk est un philosophe cabotin, n'hésitant pas à échanger une position impertinente contre un pétard bruyant mais inoffensif, joueur et cherchant à brouiller les catégories traditionnelles, irrévérencieux enfin, quitte à assumer une fausse assurance en contrepartie. D'écriture limpide en approche puis sophistiquée dans le développement, Sloterdijk est un de ces philosophes qui a le souci du lecteur qui n'a pas eu le loisir d'étudier la métaphysique depuis les pré-socratiques avec un peu de théologie laïque du bas moyen-âge. C'est d'autant plus réconfortant que la philosophie est actuellement réduite en petits morceaux entre "T'es une fille et t'as pas de shampoing donc t'as pas de cheveux" de Nabila et les délires schizo-cosmologiques autour des trous de ver dans les galaxies.

  En ayant eu des discussions avec des femmes cultivées ayant certainement étudié comme des malades, dont une la philosophie justement, je leur disais qu'il est dommage que cette discipline ne soit pas enseignée dès le collège et que son enseignement ne suscite pas plus de vocations ; elles répondaient que la philosophie c'était très complexe, un langage obscur qui nécessitait un organe particulier et rare ; bon bref, tout ça pour dire que la philosophie ne se trouve pas forcément là où on s'y attend et heureusement pour ceux qui s'y intéressent encore elle nous réserve pas seulement des casse-tête linguistiques mais aussi un lot de surprises à la fois instructives et distrayantes : La mobilisation infinie de Sloterdijk en fait partie.

  Selon lui, la modernité est apparue à partir du moment où la mobilisation progressive des choses est rendu possible par l'agir à une échelle universelle. La grande mobilisation, confondu avec le mouvement du capital décrit socialement par Marx, enclenche un processus cinétique qui donne l'impression que le mouvement global répond à l'action de ceux qui croient agir dessus : cela débouche à faire du mouvement juste pour avoir pour plus de mouvement, sans qu'il y ait de réels changements pour autant. Jusque là, pas de grande découverte, mais là ou Sloterdijk devient intéressant, c'est quand il relie cette physique à la sociologie en parlant du rôle moteur du catastrophisme dans cette poussée vers une mobilisation souhaitée comme fin en soi.

  L'auteur cherche ensuite à voir par quel biais ces paniques jouent un rôle moteur dans ce mouvement général et il passe aux rayons x la place du sujet par rapport à l'enjeu étudié. Il essaye tant bien que mal de trouver des moyens de guérison, tel un sorcier apprenti, dans la culture asiatique, qui selon lui, n'est pas autant affectée par la peur de l'effondrement et le mouvement erratique qu'elle suscite.

  Ce n'est pas le meilleur essai de son auteur (je ne les ai pas tous lus, il y a quand même plus 10 000 pages, merde !) mais je dirais que c'est un des plus accessibles, assez court, avec des passages assez intéressants, notamment le début et celui qui parle du lien entre la promesse et la naissance, que j'ai trouvé fort en émotion et convaincant sur le plan de la logique. Ce thème de la naissance, qui m'intéresse beaucoup, se retrouve chez les philosophes, principalement allemands, qui cherchent à harmoniser les conditions de la technique avec le devenir humain : l'anthropotechnique ?...

- Ah non, pas ça ! (Je finis la conversation avec les deux filles du début, ou plutôt elles me finissent...) Un mot trop compliqué, ça va pas aller pour les non-philosophes, ces roturiers de la pensée qui n'ont pas la capacité de saisir le sens propre des mots. Il faut donner que du figuré à ces pauvres petits hères, qu'ils s'amusent avec un faux langage. Ce que les vrais philosophes demandent aux autres, ce n'est certainement pas leur tête, mais les bras et les jambes. Donne-moi des esclaves tout bien musclés bordel ! Pas des penseurs confus qui se touchent la nouille devant un livre sybillin !

  En route, vers la nouvelle et merveilleuse star academy... BMW série 22, au fuselage calin, pré-rodage et happant son conducteur avec bras articulé, moteur V48, 820 Km/h.


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