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La mort d’un pote

La romancière Emilie Frèche publie un texte sobre et lucide autour de la mort d’Ilan Halimi.

Freche

Pour Emilie Frèche, la mort terrible d’Ilan Halimi se décline en quatre axes : crime générationnel, crime antisémite, crime importé et crime d’indifférence. Dans La Mort d’un pote, qui sort cette semaine aux Editions du Panama, l’auteur dresse un portrait sombre, voire glaçant, de la France. « Alors ayons, pour une fois, le courage de regarder la France en face, donnons-nous les moyens de la faire définitivement sortir de cette nuit et de ce brouillard. » Sur la page de garde, sa dédicace : « La mort d’un pote, ou la triste occasion d’une réflexion sur notre pays. »

La mort d’Ilan Halimi est pour Emilie Frèche le symbole monstrueux d’une société abreuvée d’une ultra violence qui s’est « normalisée ». Selon elle, la violence est devenue un mode de vie, une culture. Le happy slapping, Sohane, les dérives des manifs anti-CPE, le gang des Barbares, tous peuvent être punis, explique Emilie Frèche. Mais ne vaut-il pas mieux comprendre d’où vient cette nouvelle violence afin de pouvoir l’éradiquer ?

« Le combat qu’il nous faut mener aujourd’hui ne se situe ni sur le plan législatif, ni sur le plan judiciaire. Nous ne manquons pas de lois, nous ne manquons pas de prisons, ce dont nous souffrons, c’est d’éducation. »

Enfant des années 1980, du haut de ses trente ans, Emilie Frèche a écrit un essai courageux et sobre qu’on referme avec un certain malaise.

Lisez-la.

Pote

Autres livres d’Emilie Frèche, Les Vies denses, Une femme normale et Le sourire de l’ange, chez Ramsay.
Le film de Jacky Cukier chez Anne Carrière.

Extrait :

« Je suis au cimetière de Pantin, je jette des poignées de terre sur le cercueil d’Ilan Halimi, mais c’est la République que j’enterre.
Je suis à la synagogue de la Victoire, je me recueille sur la mémoire du défunt, mais c’est pour la France que je prie.
Je suis à la Nation, je marche pour un dernier hommage à la victime, mais c’est le deuil de mon pays que je porte.
Nous le portons tous, manifestants de ce dimanche 26 février. J’ai dans la gorge un parfum d’échec, celui de n’avoir pas réussi à sauver la République. Il me semble qu’elle s’en est allée d’un cancer qui la rongeait depuis longtemps, et que les manifs et les coups de gueule, comme autant de chimiothérapies, n’auront pas soigné. Il me semble surtout que les cinq années qui nous séparent du précédent millénaire n’auront rien été que la chronique d’une mort annoncée... » E.F.

par Tatiana Yansor (son site) lundi 5 juin 2006 - 36 réactions
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