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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La mort de Stockhausen

La mort de Stockhausen

Le compositeur allemand s’est éteint la semaine dernière : que restera-t-il de lui, et de son œuvre ?

Stokchausen est mort la semaine dernière. On remarquera le peu d’impact dans les médias de sa disparition, ce qui contraste avec la place qu’il tenait depuis cinquante ans dans le discours officiel et académique sur la musique contemporaine.
Avec Boulez, Cage, Nono et quelques autres, il appartenait à cette espèce bizarre de compositeurs dont tout le monde connaît le nom, et quasiment personne la musique. Qui peut citer une œuvre à part Gesang der Junglinge, et qui peut en fredonner un petit bout ? Hein...
Eh oui, tous ces gens ont cru révolutionner la musique, mais n’ont finalement accompagné que son déclin, et sa disparition des consciences.
Se situant en dehors de la tradition, niant ses codes, imposant un terrorisme intellectuel pesant et quelque peu ridicule, leur travail demeure en dehors de la perception du public, alors que Stravinski, probablement le seul «  génie » du siècle dernier, travaillait à l’intérieur de la tradition, sapant ses codes pour mieux en régénérer le flux.
De nos jours, tout le monde s’en fout, et avec les nouvelles orientations des aides publiques à la création musicale, ça ne va pas s’arranger...
Le compositeur est désormais un avatar du chercheur scientifique, reconnu parfois par ses pairs, mais sans espoir de succès public. Même Glass, Reich ou Pärt ne touchent finalement qu’un public réduit... démontrant la justesse de l’analyse de Pierre Barbaud, qui avait théorisé tout cela dans les années 60/70.
Stockhausen va donc rejoindre, lui et ses œuvres (368 !), l’enfer des bibliothèques des conservatoires. La musique de l’avenir n’était qu’un leurre, finalement...


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14 réactions à cet article    


  • Marsupilami Marsupilami 14 décembre 2007 11:59

    @ Léon

    Et Olivier Messiaen ! Et Henze ! Et Barraqué ! Et Dutilleux !

    Bon, à part ça Boulez et Stockhausen, c’est pas du tout mon truc. Merci quand même à l’auteur de cet article car les goûts et les douleurs (auditives), etc.


  • ZEN ZEN 14 décembre 2007 12:12

    Stockhausen, non merci, mes oreilles disent : pitié ! et mes neurones peinent à suivre...L’hyperformalisme en art tue l’art !


    • Marsupilami Marsupilami 14 décembre 2007 13:10

      @ Ægidius Rex

      Tu fais bien de rappeler Schönberg, La Nuit transfigurée, c’est magnifique. A propos de berg (« montagne », je pense aussi à Alban Berg, qui est aussi en partie un compositeur du XXe siècle. Pour anecdote, quand je voyageais en Inde au début des années 80, j’avais emmené avec moi deux cassettes audio, une avec le Concerto pour la mémoire d’un ange d’Alban Berg, l’autre avec la 9e symphonie de Beethoven dans sa version de 1952 dirigée par Fürtwängler. A New-Dehli, j’étais devenu ami avec un rickshawwallah (conducteur de vélotaxi), appartenant à la caste des Harrijans (les « Intouchables ». Il était très sensible et très ouvert, m’a fait découvrir la musique indienne et, en retour, je lui ai fait écouter Berg et Ludwig dont il est immédiatement devenu un fan, alors qu’il n’avait aucune culture et que les gammes indiennes sont complètement étrangères à celles de la musique classique occidentale, sauf pour Messiaen. Comme quoi la musique est réellement universelle, d’où qu’elle vienne...


    • Jean-Paul Doguet 14 décembre 2007 22:00

      Mais le « Pierrot lunaire » est bel et bien le résultat d’un SAUT. L’atonalité naît d’un saut, la série aussi, même si c’est un saut qui a une origine est a été préparé, par Wagner par exemple. Et d’ailleurs on peut certainement appliquer votre raisonnement à Stockhausen. Vous ne semblez pas vous rendre compte que ses premières oeuvres sont encore partiellement tonales, par exemple ses très beaux « Choeurs d’après Verlaine » ou ses « Choeurs pour Doris », même chose pour le « Livre pour corde » de Boulez.


    • Jean-Paul Doguet 14 décembre 2007 13:14

      Bonjour, J’ai consacré à Stockhausen un hommage que vous avez peut-être lu. Votre position me paraît paradoxalement relever d’un certain « terrorisme intellectuel », de type populiste, et non élitiste assurément. Il s’agit en fait de s’en prendre à toute musique qu’on ne peut pas « fredonner », c’est-à-dire que cela revient en pratique à s’attaquer 1) à tout ce qui n’est pas tonal, 2) ni même tout simplement à tout ce qui n’a pas la clarté d’un paradigme sonore capable d’être répété par des millions d’hommes et transformé en signal d’appel d’un téléphone portable. En réalité, c’est l’art ou la musique savante qui est ici attaqué. Vous pourriez dire la même chose de la peinture abstraite ou informelle, qu’on ne peut retenir de la même façon qu’on retient le motif de l’art figuratif, et même bien sûr de certaines formes de jazz, ou de beaucoup d’autres compositeurs qu’on ne peut pas non plus « fredonner ». Le problème est : être fredonnable comme une chanson est-il le critère de toute valeur musicale ? C’est évidemment une idée traditionnaliste, et disons-le réactionnaire, qui censure en fait toute rupture vis-à-vis de la tradition.


      • Marsupilami Marsupilami 14 décembre 2007 13:21

        @ Jean-Paul

        Entre le boucan inharmonique de Stockhausen et les œuvres contemporaines de Olivier Messiaen, Henze, Barraqué et Dutilleux, il y a quand même une sacré marge dans le même référentiel musical qui exclut la chansonnette (que j’adore aussi par ailleurs) !


      • ZEN ZEN 14 décembre 2007 13:27

        JP Doguet

        D’accord avec vous sur le fond..

        Stravinsky a représenté une rupture scandaleuse à son époque. « L’oiseau de feu » m’enchante pourtant, mais j’ai parlé d’hyperformalisme, non d’abstraction. L’abstraction débute avec les premiers pas de l’art...


      • Jean-Paul Doguet 14 décembre 2007 13:48

        Je me demande comment vous pouvez accabler Stockhausen en faisant l’éloge de Barraqué, qui est sans doute le plus austère et le plus difficile de tous les compositeurs sériels.

        Il y a quelque chose qui m’échappe dans toutes ces prises de position. Il y en a qui l’accablent par populisme musical,ce qui est normal et conséquent, et d’autres qui s’efforcent de distinguer la « bonne » (=accessible au grand public)de la mauvaise (=élitiste, antitraditionnelle) musique contemporaine. Le problème c’est que Messiaen et Ligeti étaient en réalité très proches de lui, même musicalement. Peut-on faire l’éloge de Schönberg (que personne ne pourra jamais fredonner, même pour ses oeuvres romantiques) et accabler Stockhausen ?


      • Marsupilami Marsupilami 14 décembre 2007 18:49

        @ Jean-Paul

        Barraqué faisait de la musique, pas du bruit. Comme les autres compositeurs contemporains que j’ai cité ci-dessus. Mais bon, si tu préfères planer sur Stockhausen, warhum nicht, that’s your problem.

        A propos de Stockhausen : [Sag warum->http://www.lyricsvault.net/songs/15190.html° !


      • Nanak 14 décembre 2007 13:19

        La mort de Stockhausen était quand même annoncée en une du Monde et les journaux nationaux en ont tous parlé. Et puis il ne faut pas oublier qu’il est persona non grata depuis ses propos sur le 11 septembre 2001.

        Pour le reste, je suis d’accord avec l’auteur. A force de pratiquer la surenchère intellectuelle et conceptuelle, les compositeurs du XXè - Boulez à leur tête - se sont complètement marginalisés et la musique contemporaine est devenue une secte où l’on croise malades mentaux, snobs désoeuvrés et génies incompris.

        La musique classique du XXè siècle ne sera pas celle là, c’est sûr. Il reste quand même quelques cas isolés (Stravinsky, Ligeti, Glass) qui auront su rendre leur musique populaire malgré qu’elle soit très sophistiquée. Bravo à ceux-là et longue vie à leur musique !


        • Jean-Paul Doguet 14 décembre 2007 13:34

          Boulez serait « complètement marginalisé » ? Il faut beaucoup d’ignorance pour affirmer ce genre de chose. J’étais avant-hier mercredi à un de ses concerts (car n’oubliez pas que c’est un chef d’orchestre très prestigieux) où deux de ses oeuvres étaient exécutées, et je puis vous dire qu’il a été chaudement acclamé. Une rétrospective de ses compositions a lieu actuellement à la Cité de la Musique et aux Etats-Unis il y en eu une cette année aussi. Il a une grande influence en France et est adulé dans le monde entier. On se demande d’où vous tirez ce genre d’affirmation. Il fait jeu égal avec Messiaen et dépasse sans doute Dutilleux pour représenter la musique française. Le vrai problème est de savoir qui pourrait lui succéder.

          En ce qui concerne Stockhausen, il y a un fait qui explique le relatif retrait de sa musique ces dix dernières années, c’est que lui même s’est enfermé dans son bunker (il avait fait construire un abri anti-atomique pour y conserver ses partitions) pour s’y vouer exclusivement à la composition de LICHT. Il avait cessé de travailler activement à la diffusion de ses compositions et s’était éloigné du monde. C’est ce qui explique aussi ses déclarations stupides sur le 11 septembre. Je n’ai aucun doute sur l’avenir de son oeuvre.


        • joaquim 15 décembre 2007 12:49

          Merci de prendre la défense de l’oeuvre de Stockhausen sur ce forum visiblement peuplé de sourds incultes et prétentieux, mais encore une fois, il faut répéter qu’il N’A JAMAIS DIT ce que l’on a écrit dans la presse à propos des attentats de New York !!

          Extrait d’une interview du Monde :

          La perception de vos mots a parfois nécessité une mise au point. Ce fut le cas à propos de déclarations, il est vrai tronquées, sur l’attentat du 11 septembre 2001.

          Ce fut une très méchante publicité de la part d’un homme, un journaliste de la radio de Hambourg, qui a voulu se venger du festival qui m’avait programmé. Il a coupé le début de la phrase où j’indiquais que Lucifer s’est manifesté à New York et m’a ainsi fait passer, avec son commentaire personnel, pour un suppôt de Ben Laden !

          Le soir où l’émission a été diffusée, la représentante culturelle de la ville de Hambourg, inquiète une semaine avant la tenue d’élections locales, est venue m’expliquer qu’on devait annuler mes quatre concerts. De même, le directeur d’une fondation présidée par l’ancien chancelier Helmut Schmidt m’a fait part de sa crainte de complications diplomatiques avec les Etats-Unis et avec Israël si on maintenait mes concerts. Ils étaient tous devenus fous ! Personne n’a cherché à savoir ce que j’avais dit. http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-678471@51-987265@45-1,0.html

          Joaquim - qui « plane » sur Sternklang


        • Jean-Paul Doguet 15 décembre 2007 15:28

          @ joaquim

          Je respecte le fait qu’on puisse ne pas aimer Stockhausen et je ne considère pas cela comme un signe d’inculture ou de prétention. Par contre cela peut effectivement le signe d’une certaine surdité plus ou moins complaisante. Simplement je n’apprécie pas du tout le populisme musical pratique par l’auteur de l’article, et je m’étonne sincèrement qu’on puisse dénigrer l’auteur d’oeuvres telles que « Carré » ou « Punkte », qui sont tout sauf ennuyeuses. Je soupçonne une forme subtile de snobisme dans le fait de dénigrer en bloc les 300 compositions (si diverses) d’un homme.

          Concernant ses déclarations : je ne suis pas convaincu par la mise au point maladroite qu’il a faite après coup. Simplement je vais vous dire honnêtement : elles n’ont vraiment pas beaucoup d’importance et sont stupides mais au fond inoffensives.


        • Nanak 14 décembre 2007 14:05

          Soit je veux bien nuancer mes propos. Mais je parle des oeuvres de Boulez, ses activités de chef d’orchestre (rôle dans lequel il est sublime), de fondateur de l’EIC, de l’IRCAM, d’essayiste, de grande gueule et plus généralement de chef de file de la musique contemporaine en Europe depuis 50 ans contribuent aussi à augmenter artificiellement la notoriété de ses oeuvres. Je persiste à croire que les oeuvres des Boulez et consorts ne sont comprises et appréciées que d’une poignée d’individus pas tous sincères et ne survivront pas longtemps. Sans sombrer dans le populisme, un peu de pédagogie et de volonté d’ouverture (sic) n’aurait pas fait de mal à une musique qui ressemble le plus souvent à une joute obéissant à des codes incompréhensibles. On peut être pointu sans être élitiste. Après tout Boulez a déclaré que le meilleur concert, c’est celui où le chef d’orchestre a une mitraillette et tire sur les spectateurs. Mais c’est pas tout ça, il faut que j’aille écouter Répons.

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