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La musique sacrée peut-elle reconstituer les liturgies anciennes ?

Les tenants de l’art pour l’art, qui ne jurent que par le progrès en musique, et ceux qui, à la suite des « baroqueux » veulent une reconstitution du son archéologique se retrouvent aussi dans le domaine de la musique religieuse. Au Festival Agapé, qui se tient à Genève du 24 au 28 mai, des stars du renouveau de la musique ancienne se rassemblent pour retrouver les modes d’interprétation du temps des origines de leurs œuvres.

L’art dans le cadre de ses origines religieuses

Au festival Agapé, les concerts sacrés retrouvent leur cadre religieux. Les meilleurs musiciens de musique ancienne jouent autour des religieux de la Communauté Saint Jean, lors d’un week-end de l’Ascension qui unit concerts, théâtre, conférences et liturgies autour des musiciens du Festival.
La démarche de reconstitution des conditions d’interprétation musicale d’origine est le point commun des musiciens du Festival. Elle aboutit pleinement, en s’intégrant dans une dimension religieuse. De même, Etty Hillesum et Beckett ou l’honneur de Dieu sont-elles des pièces de théâtre de l’âme qui seront jouées dans un festival spirituel.

Le concert des nations
Heureux séjour de Jordi Savall où refleurit le siècle d’or. Il y va en famille, avec sa femme Monserrat Figueras, et aussi avec son fils et sa fille. D’une musique espagnole oubliée il a fait renaître les accents hispaniques, les origines du Moyen Age juif, musulman et chrétien à la rencontre des Franco-flamands et du choc de l’Amérique pré-colombienne.
On partait en voyage dans l’Italie baroque, Vincent Dumestre y revient avec un opéra sacré écrit par un futur pape. Jean Tubéry dirigera des motets polychoraux de Venise, et une disciple de Gabriel Garrido chantera les Salve Regina de Scarlatti et Pergolèse.
Le concert des nations continue, avec Dowland, le théorbiste dépressif, qui portait partout sa douleur et son luth, pleurant les malheurs de la vie et ceux des catholiques d’Angleterre en 1600 (Concert Hopkinson Smith).

La guerre des lutrins
Le développement harmonique et musical de la liturgie latine a commencé dans le chant vieux romain du VIIIe siècle, par les leçons des maîtres grecs et syriaques. L’ensemble Organum (disques) de Marcel Pérès a demandé aux traditions orientales les clefs perdues de la lecture des manuscrits grégoriens. La voix incroyable de Lycurgos Angelopoulos, qui dirige le Choeur byzantin de Grèce, montre toute la cohérence retrouvée de la musique de nos plus anciens manuscrits.
Ces recherches de musicologues partent d’une réflexion scientifique plus que d’une réflexion directement spirituelle. Elles introduisent dans l’Eglise des sonorités inhabituelles, et sont contestées par les partisans du chant grégorien reconstruit au XIXe siècle par les moines bénédictins, à la suite de Dom Guéranger.

N’entrons pas ici dans la polémique, où les uns critiquent une intonation pseudo-angélique alors que les autres se battent autour de la forme des notes et critiquent la préférence de Marcel Pérès pour les notes graves et les rythmes lents, refusés par l’esthétique occidentale moderne.
Le Festival Agapé montrera plusieurs ensembles qui se soucient de reconstitutions liturgiques. Il y aura une messe d’orgue du XVIIe siècle d’André Raison (disciple de Martin Gester), alternant avec un choeur de plain-chant baroque suivant l’usage de Paris, et un concert d’Antoine Sicot, autour des Motets de Noyon, datant du XVIe siècle et qui contiennent une Passion selon Saint-Jean, où se succèdent mélismes et polyphonies parallèles.
Le son à la fois nouveau et très ancien des ensembles de musique liturgique ancienne est expérimental, une recherche permanente déplace sans cesse les lignes et les équilibres. Il trouble aussi, parce qu’il porte en lui une manière de s’adresser à Dieu moins sensible et romantique. Le chant maîtrisé des Grecs et la recherche de la bonne intonation parlent vers Dieu avec plus de raison et de distance, mais ils peuvent tout aussi bien porter vers Lui nos prières.

Article publié sur : Annales histoire société christianisme


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5 réactions à cet article    


  • Adolphos (---.---.59.170) 22 mai 2006 12:34

    « à la suite des « baroqueux » veulent une reconstitution du son archéologique »

    Le Baroques n’est en rien « archéologique ». Je vous signales d’ailleur que la musique du XVIIIéme siécle est la véritable musique contemporaine de la majorité des gens.


    • Fabrice Fabrice Duplaquet 22 mai 2006 13:55

      Savall est un maître en redercouverte des musiques baroques perdues depuis le XVIIIième. Il nous fait redecouvrir des chefs d’oeuvres oubliés et sa maîtrise de la viole en fait le meilleur musicien baroque actuel. Avec son épouse et ses enfants il ressucite des chant tel ceux oubliés de « Mérula ». Magnifique.


      • tartator (---.---.109.206) 22 mai 2006 17:44

        Amateur (au sens latin du terme) j’aime la musique, de quelque courant qu’il soit (rock, pop, classique...) en ce sens qu’elle véhicule à merveille les émotions humaines. Elle est aussi le déclencheur mémoriel d’émotions enfouies dans le passé, réveillées par quelques notes nostalgiques, quelques couleurs musicales qui ont imprégné notre esprit à un moment donné.

        J’ai découvert la musique baroque comme la majorité d’entre nous, avec le film de Corneau (Tous les matins du monde), mais celà n’a été que le déclencheur puisque par la suite, j’ai poussé la curiosité plus loin (le manifeste baroqueux, des interprétations de pièces anciennes de oud, la musique du Moyen-age....sans compter les différents courants d’interprétations de pièces plus contemporaires (concertos pour violoncelle de Bach interprétés par Tortellier, Jacqueline Dupré, Marc Coppey...) Chaque artiste interpréte une partition écrite avec brio avec des tonalités propres à la sensiblité de chacun, mais aussi aux canons de l’époque....Et celà devait être le cas aussi par le passé.

        J’estime le travail de ces artistes, tentant de trouver les sonorités oubliées, leur quète d’une sonorité « d’époque » ne peut que servir la Musique et l’art, malheureusement, la tribune offerte à ce genre musical demeure une exception, les grands chaines nationales, les majors de l’industrie de la culture ne nous diffusent que ce qu’elles veulent nous voir acheter, à savoir les canons de cette époque misérable du profit (Les compils à deux balles de la « Star’Ac », « La nouvelle Star chantent Bidule ») et des artistes jetables.

        Heureusement qu’Internet et des moyens détournés nous permettent encore (même illégalement) d’accèder à la vraie culture, celle qui ne sera jamais une industrie répondant aux lois du profit et de la rentabilité.


        • Adolphos (---.---.59.170) 23 mai 2006 09:41

          « la vraie culture, celle qui ne sera jamais une industrie répondant aux lois du profit et de la rentabilité. »

          Surtout que la majorité des grands artistes ont toujours gagné un maximum d’argent, donc je ne voit pas du tout le rapport avec la Loi du Profit : les artistes travaillent pour le fric, comme tout le monde.


        • Plus Robert que Redford (---.---.117.147) 22 mai 2006 22:53

          On parle d’Art, et pas encore de réaction de Demian West ?

          Sa ligne ADSL serait-elle en carafe ?

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