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La Paranoïa à Chaillot

Si la définition clinique de la paranoïa était d’être poursuivie par la fiction au point d’en masquer le réel, cette perspective pathologique en valant bien une autre, Rafael Spregelburd aurait visé, juste dans la cible, pour illustrer sa vision du « deuxième pêché capital » mis en scène par Marcial di Fonzo Bo au Théâtre de Chaillot.

En effet, à l’aune de l’ « Heptalogie de Hieronymus Bosch » et donc après « La Estupidez », la saison dernière, voici à nouveau le Théâtre des Lucioles venant alimenter la machine à fantasmes, en se télétransportant aux environs de 5000 et 20000 ans, après Jésus Christ.

A cette époque, ceux qui restent des humains, ont été pris en otage par des « intelligences » venues d’un autre univers ; désormais, celles-ci prennent un malin plaisir à perpétuer l’espèce devenue rare en la contraignant à inventer toujours plus de nouvelles histoires car les entités extra-terrestres sont tellement friandes d’oeuvres fictionnelles qu’elles les ont déjà toutes consommées sous tous les formats, du livre au téléphone portable, en passant par le film, sans être, toutefois, en mesure d’en créer par elles-mêmes.

Aussi, quelques cobayes ataviques convoqués dans un hôtel de nulle part, vont découvrir la teneur de leur mission, en gage de survie, et sous cette exigence, devoir phosphorer, à la vitesse de la lumière, pour échapper à l’extinction de l’espèce terrestre.

Entre les maîtres de l’espace et les esclaves de la pesanteur s’engage une course poursuite contre la montre, à la manière d’une enquête policière, dont raffolent les séries b et les sitcom à la sauce « gore ».

C’est, ainsi, qu’entre vidéo et théâtre, les sept acteurs vont se démultiplier à l’infini dans un tambour scénographique à remonter la chronique du temps cinématographique.

De codes en idiomes, de traductions en interprétations, ceux-ci vont réinventer une histoire à dormir debout qui pourrait fort bien assoupir les ardeurs délirantes des geôliers, les tenant, à distance, sous leur coupe.

Si la maîtrise d’une technologie, intégrant le geste de l’acteur à des projections délirantes, est remarquable dans sa réalisation en temps réel, si le jeu des comédiens se fraye une voie séduisante entre l’énième degré de l’entendement et l’énergie vitale du sauve-qui-peut, si la mise en scène occupe l’espace de la salle Gémier au point d’en ressentir les effets pervers de la paranoïa, le parti-pris de l’urgence perpétuelle finit, néanmoins, par avoir raison de l’implication du spectateur, prenant, alors, ses distances dans une bulle protectrice.

Mais patiente, il reste encore cinq pêchés capitaux à expier, grandeur techno-humanoïde.

photo © Christian Berthelot 

LA PARANOÏA - ** Theothea.com - de Rafael Spregelburd - mise en scène : Marcial Di Fonzo Bo - avec Marcial Di Fonzo Bo, Frédérique Loliée, Pierre Maillet, Clément Sibony, Rodolfo de Souza, Elise Vigier Julien Villa - Théâtre de Chaillot salle Gémier

 


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