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"La promesse de l’aube" de Gary jusqu’à Abraham-kremer

Après « La vie sinon rien » spectacle tiré du roman d’Emile Ajar, alias Romain Gary, Bruno Abraham Kremer adapte, met en scène et surtout interprète cette promesse d’un jour nouveau !

Déjà moliérisé en 2006 avec « L’Amérique », il incarne physiquement ce beau texte écrit en 1960, qui relate le rapport enfant, adolescent puis adulte de Romain Gary avec sa mère, personnage central et omniprésent dans ce récit mi-romancé, mi-autobiographique.

A plus de quarante ans, l’écriture de Romain Gary. s’interroge sur l’être qu’il est devenu et ce qu’il doit à cette mère courageuse, ancienne comédienne sans éclat, qui a fait plusieurs petits boulots à Varsovie pour subvenir aux études de l’enfant unique et, par la suite, pris la gérance, d’un petit hôtel à Nice, alors qu’ il avait 14 ans.

Cette fameuse France qu’elle a fait miroiter à son fils depuis toujours, qu’elle vénère, lieu mythique d’un destin, hors normes, pour un homme exceptionnel, autrement dit son fiston, qu’elle voit ambassadeur, académicien ou pourquoi pas grand écrivain.

Oui, c’est en France qu’il se fera remarquer, deviendra célèbre, connaîtra la gloire et sera heureux.

Elle reporte sur lui ses ambitions frustrées et lui, pour l’honorer, ira à Paris effectuer des études de droit et s’engagera pour sauver ce pays devenu le sien lors de la seconde guerre mondiale.

Ainsi, il cherche à tenir la promesse originelle et donner un sens aux sacrifices de sa mère, en accomplissant tout ce qu’elle aspirait de haut pour lui.

Dans cette perspective, Bruno Abraham Kremer nous entraîne dans une relation duelle, de mère à fils, en interprétant, lui-même, les deux personnages.

A l’instar du nom de sa compagnie « Le Théâtre de l’Invisible » créée par lui-même, l’acteur se glisse imperceptiblement dans la peau de ces deux fortes personnalités pour extraire la moelle intime de leur relation.

Tel un boxeur sur le ring, seul du début à la fin du spectacle, avec parfois en fond sonore la voix trouble de « la mère » sortant d’une enceinte et une musique lancinante, celle d’une clarinette, instrument qu’elle affectionnait particulièrement, le comédien assène des coups pour faire surgir la mémoire.

En interprétant son alter ego maternel avec l’accent slave, l’auteur Romain Gary se dévoile peu à peu, en révélant, ainsi au fur et à mesure, ce qu’il est devenu en raison des projections délirantes de la mère sur le fiston.

Sur la scène du petit Saint-Martin, les fils de la mémoire se dénouent dans cet espace délimité par des enceintes que l’interprète franchit, enjambe, grimpe, traversant l’espace temps, du petit enfant timide à l’adolescent angoissé jusqu’à l’adulte, devenu compagnon de la Libération, puis Consul général de France.

Bruno Abraham Kremer, très physique, se déplace, court, saute pour revenir au centre de ce cirque in situ, où est érigé un tabouret piédestal, endroit sur lequel le personnage doit tenter de se hisser en permanence, conformément au vœu de la mère.

Une fusion émouvante s’installe tout au long de cette traversée des souvenirs du jeune enfant à l’homme courageux.

Et bien sûr, l’humour accompagne la saga cocasse de cette mère despotique, dominatrice à l’imagination débordante, qui donne littéralement à voir ce qui n’existe pas.

Le fantasme par lequel Gary est accaparé, c’est celui initié par sa mère. Sa destinée est liée intrinsèquement à l’amour maternel.

Bruno Abraham Kremer nous rend toute la subtilité, la justesse, de ces deux êtres hauts en couleur. Il est tout simplement bouleversant.

visuel affiche

LA PROMESSE DE L'AUBE - **** Cat.S / Theothea.com - de Romain Gary - mise en scène : Bruno Abraham-kremer & Corine Juresco - avec Bruno Abraham-kremer - Théâtre du Petit Saint-Martin

 

par Theothea.com (son site) vendredi 3 février 2012 - 1 réaction
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