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La Soledad, portraits de femmes

Un très beau film d’une délicatesse exceptionnelle, et à l’audace formelle toujours modeste, sur les destins croisés de deux femmes dans le Madrid d’aujourd’hui.

La Soledad raconte avec une extrême délicatesse deux destins de femmes de nos jours à Madrid : Antonia, un femme mûre dont les filles sont déjà adultes, et Adela qui vient d’emménager en ville avec son bébé. Il n’est pas question de les faire se rencontrer et de broder sur les « hasards de la vie ». Les deux femmes ne se croisent pas.

Le scénario place donc d’ores et déjà l’intrigue sous le signe du dédoublement. Dédoublement du récit, mais aussi dédoublement de l’espace. Le réalisateur Jaime Rosales (Las Horas del dia) a en effet très fréquemment recours au procédé du split-screen, qui scinde en deux l’écran pour observer une même action sous deux points de vue différents : par exemple, un personnage passe une porte et sort du champ pour réapparaître de l’autre côté de l’écran. Le dispositif est encore plus efficace dans des scènes de dialogues, comme alternative au classique champ-contrechamp.

À première vue anecdotique, cette utilisation d’une figure de style généralement réservée au cinéma d’action s’avère ici précieuse en dévoilant la duplicité du regard porté sur le réel, et la polyvision marque l’enfermement des personnages dans leur solitude, mais aussi les résonances d’une même condition humaine en chacun d’eux. Le thème de la solitude n’est pas a priori le plus évident, mais à mesure que le récit se déploie, on comprend mieux son sens profond. Il s’accompagne d’un discours social et politique discret sur « la pression économique [...] qui conditionne le statut social, le bonheur, les relations ».

Composé d’une majorité de scènes d’intérieur a priori banales, La Soledad est une chronique de vies de femmes passionnante et modeste. Car malgré son indéniable audace formelle, le film est résolument antispectaculaire, comme en témoigne l’absence de mouvements de caméra et de musique. Ce qui frappe également, c’est le refus des crêtes dramatiques, et par conséquent l’évacuation de tous les moments potentiels de pathos : le malheur dont est victime Adela est passé sous ellipse. Le film travaille le temps de manière très intelligente, s’intéressant surtout à ses lenteurs pour mieux souligner la fulgurance de la catastrophe et la permanence (la nécessité) de la survie à cette catastrophe.

Rosales s’intéresse à la vie quotidienne et ce qu’elle révèle de l’humanité de ses protagonistes, sans avoir recours à des procédés qu’il semble juger faciles (jeux sur la profondeur du champ, effets de caméra, gros plans, musique lyrique). Le cinéaste filme ses personnages (de superbes comédiennes) à distance, avec respect, et la tristesse du regard se double finalement d’une réelle tendresse. Toujours subtile parce que jamais unilatéral ou plombant, voici un film d’une rare délicatesse. La Soledad a reçu les Goya du meilleur film et du meilleur réalisateur.


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