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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Là tout n’est qu’ultraluxe, calme et volupté...

Là tout n’est qu’ultraluxe, calme et volupté...

Le Monde2 du 15 décembre consacre un dossier à l’ivresse de l’ultraluxe. « Ils sont 94 970 sur la planète et ils ont faim », titre non sans un certain esprit de provocation le supplément du célèbre quotidien. Ils ont faim d’objets luxueux, extravagants, qui coûtent des fortunes !

Il paraît que ce sont les économistes qui ont inventé cette nouvelle notion : l’ultraluxe. Il atteint même la poésie puisqu’un exemplaire des Paradis artificiels. Opium et haschisch, de Charles Baudelaire, publié en 1860 par Poulet-Malassis, l’éditeur des Fleurs du mal, est actuellement en vente aux enchères - très chères ! - à la maison des ventes de Pierre Bergé et associés. Cela se passera les 17 et 18 décembre à l’hôtel Drouot de Paris.

Si vous pensez avoir les moyens de surenchérir, sachez quand même que le précieux exemplaire a déjà été proposé à la vente en 2003 par Pierre Berès dans son catalogue L’art du XIXe siècle pour la modique somme de 950 000 euros ! Il ne trouva pas acquéreur à ce tarif, le libraire étant soupçonné d’avoir gonflé le prix par réticence à se séparer de l’ouvrage. Aujourd’hui ce dernier est estimé au prix très abordable de... 250 000 à 350 000 euros !

L’exemplaire fabuleux est abondamment annoté par Charles lui-même qui préparait ses conférences à Bruxelles de 1864. Il parla à ces réunions des "excitants", lisant des passages de ses Paradis artificiels et évoquant ses expériences dans les phénomènes qu’il décrivait.

Charles Baudelaire est atteint lui aussi aujourd’hui par l’ultraluxe ! Si l’on retrouvait ses vers écrits de sa main sur des bouts de papier, combien vaudraient-ils ? Suggestions :

"Tu ressembles parfois à ces beaux horizons" (Ciels brouillés) : 5000 euros !
"J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre" (Chant d’automne) : 6000 euros !
"Sa beauté ne fleurit que dans mon triste cœur" (Je n’ai pas pour maîtresse une lionne illustre) : ah ! 10 000 ? 15 000 ? 16 500 ? Adjugé !

Si vous avez raté une vente, consolez-vous ! Voici la liste des objets restant aux enchères :

"Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir" (Harmonie du soir)
"Le langage des fleurs et des choses muettes" (Elévation)
"Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe "(Je n’ai pas oublié, voisine de la ville)
"Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne" (ibid.)
"Elle marche en déesse et repose en sultane" (Allégorie)
"Germer mille sonnets dans le cœur des poètes" (A une dame créole)
"Sans connaître jamais la loi de leur beauté" (Tu mettrais l’univers entier dans ta ruelle)
"Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse" (Tristesse de la lune)
"Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil" (Tristesse de la lune)
"Saison de rêverie, où la Muse s’accroche. Pendant un jour entier au battant d’une cloche" (Tous imberbes alors, sur les vieux bancs de chêne)
"Tant l’écheveau du temps lentement se dévide !" (De profundis clamavi)
"Dans le fond des bosquets où jasent les ruisseaux" (Femmes damnées)
"Faites votre destin, âmes désordonnées, Et fuyez l’infini que vous portez en vous !" (Femmes damnées 2)
"Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige..." (Harmonie du soir)
"Car l’air est immobile et tout semble rêver" (Incompatibilité)
"Ses ailes de géant l’empêchent de marcher" (L’Albatros)
"J’aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !" (L’Etranger)
"Tout y parlerait À l’âme en secret Sa douce langue natale." (Invitation au voyage)
"Puits de Vérité, clair et noir, Où tremble une étoile livide" (L’Irrémédiable)
"L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge Est soufflée, est morte à jamais !" (L’Irréparable)
"J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève, Se pâment longuement sous l’ardeur des climats" (La Chevelure)
"Un port retentissant où mon âme peut boire A grands flots le parfum, le son et la couleur" (La Chevelure)
"Sous une lumière blafarde Court, danse et se tord sans raison La Vie, impudente et criarde." (La Fin de la journée)
"Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux" (La Mort des amants)
"C’est que la Mort, planant comme un soleil nouveau, Fera s’épanouir les fleurs de leur cerveau !" (La Mort des artistes)
"C’est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ; C’est le but de la vie, et c’est le seul espoir" (La Mort des pauvres)
"C’est l’auberge fameuse inscrite sur le livre" (La Mort des pauvres)
"Récolteras-tu l’or des voûtes azurées ?" (La Muse vénale)
"Que le soleil est beau quand tout frais il se lève" (Le Coucher de soleil romantique)
"Et mon esprit, toujours du vertige hanté, Jalouse du néant l’insensibilité." (Le Gouffre)
"Résigne-toi, mon cœur ; dors ton sommeil de brute." (Le Goût du néant)
"Mainte fleur épanche à regret Son parfum doux comme un secret Dans les solitudes profondes." (Le Guignon)
"Dans la cour le jet d’eau qui jase Et ne se tait ni nuit ni jour" (Le Jet d’eau)
"A mon destin, désormais mon délice, J’obéirai comme un prédestiné" (Le Léthé)
"Mon âme est un tombeau que, mauvais cénobite, Depuis l’éternité je parcours et j’habite" (Le Mauvais Moine)
"L’opium agrandit ce qui n’a pas de bornes, Allonge l’illimité" (Le Poison)
"Comme un navire qui s’éveille Au vent du matin, Mon âme rêveuse appareille Pour un ciel lointain." (Le Serpent qui danse)
"J’ai prié le glaive rapide de conquérir ma liberté" (Le Vampire)
"Aujourd’hui l’espace est splendide !" (Le Vin de amants)
"C’est ainsi qu’à travers l’Humanité frivole Le vin roule de l’or, éblouissant Pactole ; Par le gosier de l’homme il chante ses exploits Et règne par ses dons ainsi que les vrais rois." (Le Vin des chiffonniers)
"Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent" (Le Voyage)
"L’homme ivre d’une ombre qui passe Porte toujours le châtiment D’avoir voulu changer de place." (Les Hiboux)
"Monstres brisés, bossus Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des âmes." (Les Petites Vieilles)
"Ces yeux sont des puits faits d’un million de larmes, Des creusets qu’un métal refroidi pailleta..." (Les Petites Vieilles)
"C’est un cri répété par mille sentinelles" (Les Phares)
"Et mon âme dansait, dansait, vieille gabarre Sans mâts, sur une mer monstrueuse et sans bords !" (Les Sept Vieillards)
"Beaux yeux, versez sur moi vos charmantes ténèbres !" (Les Yeux de Berthe)
"Lesbos, où les baisers sont comme les cascades !" (Lesbos)
"Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques" (Lesbos)
"Mais le vert paradis des amours enfantines"
"Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets"
"Les violons vibrant derrière les collines"
"Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets" (Moesta et errabunda)

"Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté." Ou "Là, tout n’est qu’ordre et beauté, ultraluxe, calme et volupté ?" : pour les riches étrangers : Invitation au voyage d’affaires au Palais Drouot !

Vive la poésie quand même !

La Taverne des Poètes.


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12 réactions à cet article    


  • stephanemot stephanemot 17 décembre 2007 10:51

    ne confondons pas oeuvre inestimable et produit de luxe.

    ma définition du luxe, c’est de pouvoir faire ce que l’on veut quand on veut avec qui on veut, pas d’acheter quand on peut la marque que tout le monde veut


    • JoëlP JoëlP 17 décembre 2007 15:20

      C’est amusant, c’est exactement ce que j’ai mis dans ma rédac de samedi. smiley


    • tvargentine.com lerma 17 décembre 2007 11:06

      Mon pôvre ami

      Déjà que vous aller coller les affiches d’Alain JUPPE en tant que suppoter du MODEM de F.BAYROU,maintenant nous apprenons que vous lisez un journal 100% bobos « le monde2 »

      Décidement au MODEM vous etes des vrais pigeons


      • La Taverne des Poètes 17 décembre 2007 11:18

        C’est bobo, c’est bobau, c’est Baudelaire. Ah que c’est bobo Baudelaire, « mon pôvre ami » !


      • La Taverne des Poètes 17 décembre 2007 12:05

        Point Godwin atteint déjà : bravo le furtif !


      • La Taverne des Poètes 17 décembre 2007 13:03

        Appelle moi « Adolf » ! smiley


      • snoopy86 17 décembre 2007 13:39

        Il s’est pas foulé le Paulo...

        Il se contente de recopier à la bibliothèque avant d’envoyer à agoravox. Il a tellement peur que Morice le dépasse au nombre d’articles publiés...


        • La Taverne des Poètes 17 décembre 2007 17:20

          Snoopy : tu comprends rien aux artistes. Seul compte le plaisir de créer, et l’urgence, pas les palmarès ! Et puis, c’est important de soutenir ce media citoyen qui subit la concurrence de Rue89 et d’autres nouveaux. Moi, j’aime bien Agoravox. On s’y engueule... smiley


        • La Taverne des Poètes 17 décembre 2007 17:10

          Je ne regrette pas un seul instant d’avoir saisi un fait d’actualité pour parler de poésie. On en parle jamais que trop peu... Baudelaire est mon poète préféré du XIXème siècle.

          Parler de poésie ici, c’est le luxe et même l’ultraluxe. smiley


          • Sébastien Sébastien 17 décembre 2007 21:14

            Je n’ai pas bien compris l’objectif de l’article. Vous voulez quoi, que des originaux de Baudelaire se vendent a 5 euros ? Ou vous voulez abolir la richesse dans le monde ? Ou les 2 ?


            • La Taverne des Poètes 17 décembre 2007 21:37

              Non. Je dénonce l’argent roi et la déroute des vraies valeurs. L’exemple du manuscrit de Baudelaire est ici prétexte à un message que chacun peut ressentir.


            • Sébastien Sébastien 17 décembre 2007 21:49

              C’est quoi les vraies valeurs ?

              Pourquoi les gens qui ont de l’argent auraient-ils moins de valeurs que vous ? Tous les gens qui ont de l’argent ne sont pas des salauds qui vous crachent dessus.

              Et c’est genial quand on peut de s’acheter un manuscrit de Baudelaire. Et rassurez-vous, ils aiment certainement ce poete autant que vous.

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