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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La traversée de la France à la nage de Pierre Patrolin

La traversée de la France à la nage de Pierre Patrolin

Un homme a traversé la France à la nage. Il finit forcément dans notre Loire. Comme il vient de l'Allier, il aborde la Dame Liger par le Bec d'Allier. L'auteur a examiné chaque endroit qu'il décrit avec une précision diabolique, une connaissance intime des rives et des flots. Il fait corps avec les rivières qu'il emprunte dans un récit qui est, durant plus de huit cent cinquante pages, un chant d'amour à la nature, une communion sensuelle avec l'eau, cet élément mystérieux, brutal, doux, calme ou inquiétant au gré de ses fantaisies. Je vous livre quelques extraits. Vous n'avez d'autre solution que de plonger à sa suite dans cette grande aventure fluviale.

Le bec d'Allier et après ...

« Dans une longue ligne droite, l'Allier se dirige vers une crête de forêt. Une ligne verte, une butte sans importance qui vient barrer son cours. Sur cette colline aux bois touffus, une seule maison … L'Allier se dirige vers l'obstacle sans réfléchir, sans penser à l'éviter, sans paraître vouloir l'éviter. Il se concentre dans un chenal étroit, entre des grèves de sable. Il creuse encore sans ralentir.

Sur la droite, sous la pointe d'une colline basse qui finit par un bouquet de peupliers, un second fleuve, large comme l'Allier, de la même couleur. Un fleuve également rapide, puissant, peut-être un peu plus vert, d'un vert moins dilué, moins ocre : la Loire.

La Loire vient traverser le cours de son affluent. Curieusement, son courant semble croiser celui de l'Allier et poursuivre son cours de l'autre côté, vers le tracé d'un chenal qui s'écarte vers la gauche de son affluent.

L'Allier poursuit aussi sa route droit devant lui, en ouvrant un second bras dans la Loire qui l'accueille : au moment de confluer, les deux fleuves se séparent aussitôt, de part et d'autre d'une pointe de sable et de forêt, chacun emporté par son mouvement, comme si deux courants pouvaient se croiser sans se mêler, comme si une rivière pouvait en traverser une autre et poursuivre son chemin sans mélanger ses eaux à celles d'une rivale …

Un banc de sable sépare les deux fleuves incapables de s'unir ; de chaque côté, l'Allier et la Loire poursuivent leur chemin en s'ignorant. À l'extrémité de l'île, les deux bras se réunissent, l'Allier se résout à disparaître dans la Loire, à devenir la Loire, à se confondre dans son grand fleuve élargi entre une rive de sable et de gravier, et la lisière d'une haute forêt, un large fleuve épanoui qui monte vers le nord.

La Loire, un fleuve profond dans une vallée creuse, un couloir de sable et de gravier, bordé de saules, de peupliers, de fourrées de sureaux, de roseaux et d'herbes aquatiques. Un fleuve rapide qui évite des îles et longe des plages de galets. Un fleuve qui s'élargit, qui laisse des bras sur le côté où son eau ralentit, qui attire les oiseaux en traversant la plaine ...

Quand la jetée de terre s'approche au dessus de la berge, le fleuve s'engage entre des plages de sable lumineux, il s'étrécit en direction d'un large pont-cage, au treillis de métal bleu : des traverses d'acier pâle, grises comme un ciel clair … Chacune des piles de l'ouvrage retient une île dans son sillage, une langue de sable déposée entre les remous du courant pour éviter l'obstacle. Trois îles longues et parallèles garnies de saules et de frênes, de jeunes trembles agités par le vent, un souffle tiède qui vient de la vallée ...

Des barques de pêche sont tirées sous les arbres. Sur l'autre rive, la sable blanchit en longues plages. Des touffes courtes montent sur la grève, des saules ébouriffés végètent dans un sol sans terre, une poudre sèche en attendant que l'eau remonte. Derrière, une dune éblouissante, lumineuse au soleil, dépasse leurs modestes frondaisons. Un chemin vient jusque dans le sable. Il finit entre deux peupliers ...

La Loire creuse le sable, dépose des graviers, elle s'enfonce dans son lit. Elle ouvre des canaux entre des taillis gris, elle vient couler sous des fourrés au vert poussiéreux, elle inonde des grèves de gravier blanc et laisse sécher plus loin des galets, des cailloux ronds, et des troncs sans racines, blanchis d'attendre au soleil. Elle coule sans bruit, dans un large couloir vert, et fermé. Un corridor plat, qui finit dans un désordre d'arbre, d'îlots, de talus de sable et d'épineux. »

Admirativement sien.


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6 réactions à cet article    


  • REFLEX 4 septembre 2013 16:07

    J’ ai suivi à l’époque - à distance - le parcours de l’intéressé, et l’on ne peut qu’être admiratif de la performance.
    Une descente de rivière en nage avec palmes n’est pas facile, même si le courant , épisodiquement, peut aider , d’ailleurs très modestement, car il y a des tas de pièges à anticiper et à gérer, et
     globalement, il faut « s’accrocher » et avoir beaucoup de courage pour mener à bien un tel parcours.
    Ceci dit, je n’ai pas lu le livre, mais les quelques extraits que vous évoquez me paraissent fort originalement écrits et donnent une forte envie de poursuivre.
    Merci pour l’info ! 


    • C'est Nabum C’est Nabum 4 septembre 2013 16:15

      REFLEX


      C’est une performance fictive Qui connait les rivières sait que remonter le Lot à la nage est impossible.
      La performance est ailleurs, il a suivi chque portion décrite, il a onservé et a rendu un livre de description d’une rare précision. C’est parfois rébarbatif. Il faut le lire par petites étapes mais oui, quelle performance d’écriture. Il mérite les palmes !

    • REFLEX 4 septembre 2013 16:38

      Mon suivi a porté sur la descente de l’Allier et la Loire.point.
      Quant au Lot, je ne suis pas au « courant » . En effet, comme vous dites, je vois mal une remontée de rivière en nageant, sauf avec un petit scooter marin.....


    • C'est Nabum C’est Nabum 4 septembre 2013 18:06

      Reflex


      Que le ciel nous préserve des cooter de mer sur nos rivières ! 

    • REFLEX 4 septembre 2013 17:52

      En fait, je confonds avec Fabien DOCET, qui lui a bien réalisé une performance physique à l’époque.
       apology for having mixed up !


      • C'est Nabum C’est Nabum 4 septembre 2013 18:05

        Reflex


        Sans doute. La performance pour exister doit être possible Remonter la Truyère est humainement infaisable et pourtant dans le roman, il y arrive C’est beau la liberté du romancier ...

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