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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La valise à la rue …

La valise à la rue …

Voyage immobile ...

Accessoire du spectacle !

Il est un accessoire incontournable du spectacle de rue, un partenaire essentiel pour le baladin urbain, un compagnon de jeu pour le funambule des quiproquos, un contenant sans contenu : la valise en carton ! Celle-là, elle a beau être traînée, promenée, bringuebalée, elle arbore fièrement son absence de roulettes et de poignée télescopique. Les monstres hideux de la modernité en mouvement ne font pas la maille dès qu'il s'agit de nous entraîner sur les chemins de la rêverie. ….

Le porteur de la susdite valise est lui aussi bien loin des clichés contemporains. Voyageur de l'improbable, il a une allure malingre, plus silhouette que touriste organisé, plus ombre que consommateur enragé. Il est bien petit, courbé sur une poignée qui le cloue au sol, ployant sous un fardeau qu'on devine ailleurs que dans le secret de cette mystérieuse malle mobile.

C'est sa tenue qui vous signale immanquablement que vous allez entrer de plain pied dans le monde des burlesques d'antan. Entre Chaplin et Buster, un rien de monsieur Hulot et le feu de plancher qui s'impose comme un incontournable qu'il ne faut pas oublier. Le porteur se fait caricature de la France qui ne se montre pas, de la ruralité qu'on pense grotesque. C'est un regard acide pour le plaisir de faire rire sans se donner grand peine.

Il faut porter un chapeau mou et des lunettes, se donner un teint pâle et une denture inégale. Il est de bon ton d'avoir les épaules rentrées, le dos courbé et la carrure misérable. Porteur de valise dans le spectacle de rue exclut manifestement l'athlète de foire, le sportif épanoui, la sculpturale silhouette. Il y a une sélection naturelle quand on veut se moquer de ceux qu'on ne voit pas !

La tenue doit être un merveilleux condensé de mauvais goût. La veste pied-de-poule, quelques touches de rouge, du velours hors de saison, des bijoux qui sentent le toc et l'ostentation maladroite. Si jamais l'artiste doit prendre la parole, il devra s'affubler d'un défaut de langue, d'une grande propension à la redondance, d'idées fixes et de sous-entendus grivois. C'est un clown sans distinction, une parodie sans subversion.

La valise est au cœur du dispositif scénique. Elle contraint à des contorsions, des prouesses physiques, des comportements aberrants qui vont ponctuer la prestation d'éclats de rire et d'exclamations étonnées. Elle est entrave permanente, complication délirante, boulet perpétuel, charge insupportable. Elle s'ouvre, se déchire, vomit d'autres valises, se déploie, se dégonde, se déballe et s'emballe. Plus ça va et moins ça va … et le spectateur hilare oublie qu'il est lui-même sujet de cette farce.

Le plus délicat dans ce genre de spectacle est de trouver encore et encore des ressources, de nouveaux espaces d'exploration et une chute qui laisse le spectateur en suspens. C'est à ça que l'on reconnaît le véritable artiste de rue, celui qui d'un rien, nous offre un voyage au pays des songes. Avec la valise de rue, le ticket n'a pas besoin de compagnie aérienne pour prendre de la hauteur !

J'en étais là de mes réflexions quand je vis débouler une porteuse de valise parfaitement conforme au portrait esquissé. Hélas, la suite fut une succession de banalités creuses, un flot de pauvres répliques vaseuses, d'allusions sans saveur et de grimaces incertaines. La dame n'avait rien à dire que cette logorrhée épistolaire sans fil conducteur, sans intention ni talent. Sa valise gisait là, sur une table, simple pupitre d'un spectacle sans partition.

Elle nous avait leurrés, avait usé de son accessoire pour attirer le gogo. Nous étions pris au piège de son spectacle insipide. Pas un sourire, pas un moment précieux, rien que de l'ennui et des bâillements. Chacun fit semblant de recevoir un appel, d'avoir une envie pressante, de devoir partir à cause des enfants pour fuir cette purge interminable. Ceux qui étaient aux premiers rangs étaient pris au piège … J'avais envie d'ouvrir la valise et d'y glisser cette pauvre femme. Quand le spectacle de rue tombe à plat, on se demande toujours ce qu'on est venu faire là !

Valisement sien ! 


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19 réactions à cet article    


  • Loatse Loatse 10 octobre 2013 14:07

    Nostalgie (heureuse) de la valise en carton de mon enfance, grand modèle, renforcée de cuir riveté... Celle que mon grand père ressortait de l’armoire en juin afin que nous la remplissions pour l’expédier sur notre lieu de vacances..

    J’aurais aimé être cette valise.. alors que tout Paris transpirait sous la chaleur estivale étouffante tandis que les mouettes venaient me narguer en tournant autour de la flêche de notre dame, parfois poussant une pointe bavarde jusque devant nos fenêtres ; Notre valise s’imprégnait déjà de l’air iodé de la bretagne quelque part dans un dépôt ou nous l’avions expédié et où s’entassaient ses semblables...

    Avant cela, je m’étais précipitée, dés celle-ci tirée de l’armoire pour être aux premières loges lors de la cérémonie de l’ouverture qui précédait celle du remplissage..

    .Les serrures s’ouvraient en claquant, puis mille parfums s’échappaient de cette coquille ouverte posée sur le couvre lit de satin... celui de l’iode tenace, celui aussi de cet anneau de caoutchouc qui me servait de jouet, abandonné là avec la petite épuisette d’ou s’échappait une algue séchée.. celui de l’étoile de mer toute sèche cachée sous les grains de sable qui sortant du moindre recoin, du moindre pli de la doublure formaient un petit tas mouvant...

    Qu’est elle devenue cette valise magique ? A t’elle finie sa vie de voyageuse en fumée dans une sordide usine d’incinération ou bien a t’elle accompagné les vieux jours du chiffonnier qui, avec sa carriole, parcourait les rues de Paris en criant : « chiffons, bibelots » et qui récupérait notre trop plein sacrifié à la modernité..

    Qui sait s’il ne s’est pas épris de cette valise odorante, lui qui ne voyagait pas plus loin que les rues de la capitale, qui sait si celle ci aujourd’hui ne repose pas au fond d’un grenier, d’une cave attendant qu’un jour, un « c’est nabum » s’émeuve de son sort et, sacrifiant au confort incertain de sa pauvre imitation à roulette, lui offre son dernier voyage...

    Qui sait ? smiley






    • C'est Nabum C’est Nabum 10 octobre 2013 16:46

      Loatse


      Belle évocation Je vous en remrcie !

      Ce fut un plaisir

    • gaijin gaijin 10 octobre 2013 15:54

      encore un article sur la politique ......


      • C'est Nabum C’est Nabum 10 octobre 2013 16:47

         gaijin


        Nous sommes dans de beaux draps
        Autant en faire des bonnets de coton

      • Vipère Vipère 10 octobre 2013 18:36

        Hi Nabum

        « C’est bien beau d’avoir des valises, encore faut-il savoir où les poser » Coluche !

        Qu’elle soit tout en carton ou tout en cuir et luxueuse, la valise a depuis toujours accompagné le voyageur dans ses déplacements ou voyage.

        Tout un symbole que cet objet conçu pour contenir des affaires dont pourrait avoir besoin celui ou celle qui pour quelques jours ou pour plus longtemps quitte son domicile.

        Une valise, ou plutôt son contenu est révélateur de l’identité de son propriétaire. Le nombre d’objets qu’une femme croit indispensables d’emporter ! Du coup, pour soulever le dit-bagage, il vaut mieux être bien fournie en biscotos et ne pas avoir d’ampoules dans les mains au départ. A l’arrivée, c’est garanti.

        Les bras casés s’en tiendront au sac à dos, un symbole moins bourgeois et plus tendance routard fauché. Le côté pratique c’est qu’on peut mettre les mains dans les poches. smiley

        Pour tout vous dire, Nabum, la quantité d’ objets qu’emporte une femme est inouï, pour les avoir sous la main « au cas où ». Et la plupart du temps, ces objets dormiront au fond de la valise le temps du séjour.


        • C'est Nabum C’est Nabum 10 octobre 2013 18:50

          Vipère 


          Vous voyez la malle partout 

        • Vipère Vipère 10 octobre 2013 19:07

          Nabum

          Pour en revenir aux bagages, il y a bien sûr la malle, celle qui tient le dessus du panier, tant elle peut contenir d’effets !

          Puis, la mallette plus petite (le bagage à main) autorisé dans un avion.

          Le sac à dos décliné dans tous les genres, de l’écolier au randonneur en passant par le barda militaire et j’en passe et des meilleurs.

          Le sac de sport, lui aussi décliné dans tous les genres, à roulette ou sans, pour sportifs actifs ou passifs.

          Les sacs en plastiques ou le caddy pour les voyageurs sans domicile fixe.
           


        • cedricx cedricx 10 octobre 2013 21:17

          « Qu’elle soit tout en carton ou tout en cuir et luxueuse, la valise a depuis toujours accompagné le voyageur dans ses déplacements ou voyage. »


          C’est compter sans le balluchon qui fut des siècles durant le sac de voyage des plus humbles. Merci à l’auteur pour ce très bel article. (J’ai aimé aussi la photo de la valise.)

        • Vipère Vipère 10 octobre 2013 18:51

          A nos yeux d’humain, la valise est loin d’ être un symbole neutre, selon les circonstances ! jugez-en sur pièce !

          « La valise ou cercueil » (une question de vie ou de mort)

          « j’ai des valises sous les yeux » (grosse fatigue)

          « je mets tes valises sur le palier » (congédiement)

          « la valise en carton » (de Linda de Souza) smiley (sa vie d’immigrée portugaise) smiley


          • C'est Nabum C’est Nabum 10 octobre 2013 19:00

            Vipère


            Je ne crois pas que mon propos fut léger dans ce billet

            La valise est évocatrice de tant de choses ...

          • Vipère Vipère 10 octobre 2013 19:24

            Nabum, keep cool !

            Un billet léger ou profond qu’importe, à chacun de broder dessus avec son propre bagage !


          • rocla+ rocla+ 10 octobre 2013 19:00

            Vrai , la valise est l’ accessoire parfait du clown . 


            Il déboule avec ses grandes chaussures , son nez rouge et ses cheveux 
            jaunes . 
            S’ approche de la dame pour lui demander  n’ importe quoi alors qu’ il est 
            15h13 quand soudain la valise s’ ouvre en crachant son contenu . Un vieux biberon , 
            une trompette et deux douzaines d’ oeufs , au plat . 

            Et un hareng . 

            Saur .

            Sans blague s’ écrie-t- il .

            Le planté est décor .


            • C'est Nabum C’est Nabum 10 octobre 2013 19:07

              rocla+


              et souvent le porteur de valise drôlatique a une idée du peuple qui me fait frémir

              Faire rire en humilant ! Pourquoi ?

            • Vipère Vipère 10 octobre 2013 19:15

              Capitaine Rocla

              Pour les marins, ce serait plutôt le sac marin, une espèce de fourre-tout informe !

              Les clowns ne m’ont jamais fait rire !

              enfant, ils me fichaient une pétoche d’enfer avec leurs grosses lèvres rouges et leurs immenses souliers. J’ai même vu une petite fille faire pipi dans sa culotte lorsqu’il l’a appelée pour lui montrer ce qu’il avait dans sa poche !

              c’est vous dire le cirque que ces énergumènes peuvent semer dans la vie des enfants et dont ils se souviennent à l’âge adulte.  smiley


            • C'est Nabum C’est Nabum 10 octobre 2013 19:35

              Vipère


              Je n’ai jamais eu de sac de marin, un vrai manque dans ma vie

              Quand à la valise, point non plus, seulement des sacs à dos ou de sport.

              Je suis un voyageur incomplet 

            • Vipère Vipère 10 octobre 2013 19:52

              Normal que vous n’ayez jamais eu de sac de marin ! 

              Vous n’êtes pas marin, mais enseignant. (c’est vous qui le dites)

              Cela dit, rien n’empêche que vous ne puissiez pas vous en procurer un, si le manque devenait insoutenable, voir obsessionnel !

              Autant vous prévenir, ce sac est des plus rudimentaire, une chatte n’y retrouverait pas ses petits.

              Un voyageur incomplet ? Il n’y a pas de typologie du parfait voyageur.

               N’emportez que ce que vous pouvez, sauf la belle-mère disait Madame MICHU qui détestait cordialement la sienne. smiley


              • C'est Nabum C’est Nabum 11 octobre 2013 06:58

                Vipère


                Que suis-je vraiment ?

                La musette serait préférable ...

              • rocla+ rocla+ 10 octobre 2013 19:52

                Bonsoir Vipère  


                un grand clown des années 1930  


                à vous de voir ....

                • Vipère Vipère 10 octobre 2013 20:08

                  Grok pok un clown dans un numéro comique des années 1930.

                  Sans doute qu’adulte j’aurai plus apprécié, cela dit, ’il n’y avait que de grands enfants dans la salle. La vidéo retransmise en noir et blanc dans son jus.

                   Merci M’sieu Rocla+

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