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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « La vie, c’était l’écran »

« La vie, c’était l’écran »

Il est un lieu de culture à Paris qui surpasse peut être tous les autres, un endroit aussi magique que ces « lanternes » du même nom qui appartiennent désormais à l’histoire du cinéma. Plus qu’un lieu de culture, on a envie de dire un lieu de culte, le culte du cinéma. Véritable paradis pour les cinéphiles, la Cinémathèque offre aux passionnés plus de films et de documentation sur le cinéma qu’on n’oserait en rêver. Une atmosphère de cinéphilie imprègne d’ailleurs le quartier, avec la rue Abel Gance*, située de l’autre coté du fleuve, côté Bibliothèque Nationale, puis la rue Jean Renoir* et, non loin, la rue François Truffaut. La rue François Truffaut ne pouvait que se situer près de la Cinémathèque. Il eut été complètement absurde de la placer ailleurs. Car François Truffaut vénérait, idolâtrait le cinéma.

François Truffaut était un personnage d’exception. Après une enfance (et une adolescence) très difficile, qui aura une incidence décisive sur son œuvre future, durant laquelle il fut trimballé d’un foyer à l’autre, d’une école à l’autre, d’une rue parisienne à l’autre, après une vie entière portée par son amour inconditionnel du cinéma, grâce à cette rue qui porte son nom, il est désormais entré dans l’immortalité.

Alors, s’il se trouve des habitants de la rue François Truffaut ne connaissant pas bien le cinéaste qui a donné son nom à leur rue, et pour ceux parmi les jeunes générations qui le connaissent mal, tant il est rare malheureusement que la télévision diffuse de nos jours un de ses films, voici, résumé, au fil des rues où il a vécu et avec comme fil conducteur son amour obsessionnel du cinéma et de la littérature, le parcours d’un poète passionné, d’un homme hypersensible et tourmenté, vers la notoriété, puis l’immortalité.

Rue Henry Monnier. **

C’est au 21 de la rue Henry Monnier, dans le 9ème arrondissement de Paris, au métro ‘Saint Georges’, que vivent Jean et Geneviève de Montferrand, sévères parents de quatre enfants dont Janine, la seconde, jeune femme encore mineure d’à peine vingt ans, qui s’apprête à mettre au monde un enfant sans père officiel, qu’elle n’a pas désiré. Fille mère, elle part accoucher seule rue Léon-Cogniet, dans le 17ème arrondissement, chez une sage femme. Né dans la clandestinité le 6 février 1932, le petit François, dont l’existence même dérange, est immédiatement placé en nourrice, et le restera même quand sa mère aura trouvé un mari en la personne de Roland Truffaut, qui a pourtant reconnu l’enfant en 1933.

Après la mort, à l’âge de deux mois, du petit René, fils de Janine et Roland, le couple traumatisé part s’installer rue du Marché Popincourt. François est, là aussi, exclu de la vie familiale, et l’est d’autant plus, désormais, que sa présence rappelle la mort de son demi frère. Voyant son petit fils, qui a déjà trois ans, délaissé, ignoré par sa mère, et dépérissant à vue d’œil, sa grand-mère Geneviève, qui avait déjà sauvé l’enfant d’un avortement clandestin (1) , prend peur et décide de le recueillir rue Henry Monnier. C’est là que François Truffaut passera les premières années de son enfance, entouré de ses grands parents, de son jeune oncle de onze ans son aîné, et de l’une de ses tantes, qui a sept ans de plus que lui, dans une atmosphère très stricte et collet monté d’une famille fortement influencée par la morale catholique, instaurée par son grand-père qu’il n’aime guère, mais aussi une atmosphère fortement littéraire et mélomane, qui est le fait de sa grand-mère.

C’est de sa grand-mère, lectrice passionnée, que François Truffaut tient son goût pour les livres et la lecture. Avec elle, il écumera toutes les librairies et bibliothèques municipales de son quartier et deviendra un boulimique de lecture. On emmène également le petit François au cinéma. Il n’oubliera jamais cette première séance, qui marqua, à l’âge de huit ans, les débuts de son amour pour le cinéma.

A la déclaration de guerre de 1939, la famille quitte temporairement Paris pour aller passer une année scolaire, jusqu’en septembre 1940, en Bretagne. François est un excellent élève. Son instituteur note dans son bulletin scolaire de 11ème (actuel CP) son « bon caractère », son « esprit éveillé » et son « intelligence vive ». Sa grand-mère, cependant, écrit dans une correspondance sa tendance à l’indocilité et son impatience face aux observations qu’on lui fait, « qui va jusqu’au haussement d’épaule ». De retour à Paris, dans le Paris occupé, les rares visites que lui accordent ses parents se passent mal en raison de la mauvaise relation que sa mère Janine entretient avec lui. Son instituteur suivant notera : « Excellent élève, mais que je suis sans cesse obligé de reprendre pour la conduite. Il comprend très bien, tout, sauf la discipline. » (2)  En grandissant, le petit François est devenu un enfant irritable et écorché vif.

C’est alors que la mort tragique de sa grand-mère, en août 1942, va bouleverser sa vie. Ses parents le reprennent, à l’initiative de son père avec qui il a de bonnes relations (mais qui ne lui a pas avoué n’être que son père adoptif) car sa mère, elle, n’en veut pas.

 

Rue de Clignancourt (1942), rue Saint-Georges (1943).

François, qui vit pour la première fois, à l’âge de dix ans, chez ses parents, entretient avec sa mère des relations conflictuelles et compliquées. Dès 1942, l’atmosphère familiale est lourde et François se sent de trop. Sa mère le traite comme un moins que rien. Son père, passionné d’alpinisme (ses parents se sont rencontrés au Club Alpin) est capable de violentes colères lorsque sa passion est contrariée d’une façon ou d’une autre, tel le jour où il ne parvient à retrouver son guide de haute montagne. Truffaut mettra en scène dans Les 400 coups, cette anecdote de sa vie, en montrant le père d’Antoine Doinel exploser de rage à la disparition de son guide Michelin.

Les relations avec son père se dégradent, notamment en raison du mensonge qui plane au dessus de leur lien de parenté, que perçoit d’autant plus le jeune adolescent que l’on ment aux autres au sujet de son âge réel, falsifié de deux années afin de le faire officiellement naître après le mariage de ses parents. On tente de lui expliquer ce fait par la nécessité de prolonger son droit aux tarifs réduits.

C’est en tombant par hasard sur le livret de famille que François a la confirmation, à l’insu de ses parents, de ce qu’il pressentait depuis longtemps. C’est le choc. Il est atterré, comme il l’écrira à l’âge de dix-sept ans dans une lettre adressée à son père, non par la nouvelle elle-même puisqu’il avait toujours eu un doute, mais parce que vue l’attitude de sa mère à son égard, le doute portait sur sa mère, et non sur son père.

 

Rue de Navarin.

C’est au 33 de la rue de Navarin, juste au coin de la rue Henry Monnier, que la famille Truffaut s’installe en 1944. Cette époque sera plus tard racontée dans Les 400 Coups.

L’appartement des Truffaut est bien trop petit pour trois personnes L’entrée fait également office de salle de bain, et les WC sont dans l’escalier. Comme l’Antoine Doinel des « 400 coups », François Truffaut dort dans l’entrée, sur une banquette repliable.

Truffaut se replie sur lui-même, se fait le plus petit possible et préfère passer ses week-ends seul pendant que ses parents sont partis faire de l’escalade, ce qu’ils interprètent comme de la paresse et un caprice d’enfant gâté. Il se met à leur voler de l’argent, il fugue et sèche régulièrement l’école (notamment pour pouvoir lire en paix) puis invente toutes sortes de mensonges, destinés à l’administration scolaire comme à ses parents. « Fuguer pour rencontrer la vraie vie », dira-t-il plus tard. Il ratera son entrée au collège mais, après avoir été balloté entre trois écoles différentes, il décrochera en 1946 son certificat d’études. La scène des « 400 coups » où le professeur de gymnastique perd un à un ses élèves pendant le tour du quartier à petites foulées est inspirée de faits réels que Truffaut a connus dans l’une des trois écoles. De même, le célèbre mensonge d’Antoine Doinel sur la mort de sa mère a d’abord été prononcé par François Truffaut lui-même. C’est d’ailleurs ce mensonge qui avait été à l’origine de l’écriture par Truffaut du scénario intitulé « La Fugue d’Antoine », un court métrage qu’il ne tourna jamais mais dont il se servit comme point de départ des « 400 Coups ».

Malgré sa triste solitude familiale et son repli sur lui-même, Truffaut finit tout de même par se faire un ami très proche. Robert Lachenay, un camarade de classe de deux ans son aîné, cancre de son état, sera à l’origine du personnage de René, joué par Patrick Auffay, dans Les 400 coups.

René évolue dans un univers très étrange, complètement déconnecté de la réalité, dans un immense appartement de Montmartre (Lachenay vivait dans un huit pièces), bourgeois mais un peu vieillot comme le sont parfois les coulisses des théâtres à l’ancienne, dont une bonne partie des biens est déjà mise en gage au Mont de Piété en raison de sa mère alcoolique qui boit l’argent du ménage et de son père, obnubilé par les courses de chevaux, qui le joue… Ses parents, qui se croisent plutôt qu’ils ne se voient, entrent et sortent du décor en coup de vent, un cheval en bois grandeur nature, nommé Bucéphale bien sûr, lui tient compagnie en plein milieu de sa chambre, il fume sous l’œil indifférent de son père qui le menace même de lui retirer trois cigares sur son argent de poche… et pendant ce temps là, Antoine, qui a fui le domicile familial et dort en cachette chez son copain, est couché par terre derrière le lit, essayant de se cacher du père de René qui soudain remarque une paire de pieds qui dépassent… tout d’abord incertain, il arrête un court instant son regard sur la chose… mais il est indifférent, et puis il vit dans un univers si extravagant et burlesque que toutes les invraissemblances et les absurdités sont possibles. Alors une paire de pieds derrière un lit… cela ne le perturbe pas plus que ça, et il passe aussitôt à autre chose. La scène ne dure qu’une petite seconde, elle est fugitive comme un clin d’œil, mais elle est drôle et incontestablement l’une des meilleures du film. Je ne sais pas si Truffaut s’était vraiment planqué derrière le lit de Lachenay, mais il y a des chances que la scène, ou quelque chose de ressemblant, ait eu lieu dans la réalité. (3) Du jour de leur rencontre, Truffaut et Lachenay deviendront et resteront de véritables amis, on pourrait même dire des frères. Lachenay sera l’une des dernières personnes à rendre visite à Truffaut quelques jours avant son décès. Il décèdera lui-même en 2005

Les rapports de François Truffaut avec sa mère ne s’arrangent guère. Elle ne le supporte que s’il se fait oublier. L’adolescent passe donc de longues heures à lire dans son coin, et puisqu’il n’a pas le droit de faire le moindre bruit, il est même contraint de tourner les pages en silence. Il connaît son quartier comme sa poche et fréquente assidûment les librairies des environs. Il se fait de l’argent de poche en travaillant dans une librairie, puis dépense aussitôt son salaire dans l’achat de livres. Sa vie tourne exclusivement autour de ses deux passions : la littérature, ses auteurs favoris étant notamment Balzac et Proust, et le cinéma, son autre refuge. Il fréquente si assidûment les salles obscures qu’il lui est arrivé de voir certains films une quinzaine de fois ! C’était l’époque des cinémas de quartier, celle où l’on n’avait qu’à sortir de chez soi et marcher quelques minutes pour se retrouver devant un écran, happé par un film. Et des cinémas, il y en avait, dans les années quarante, à peu près quatre cents à Paris, et une bonne vingtaine rien que dans son quartier ! Habitué à l’idée de la clandestinité, Truffaut n’hésite pas à aller voir les films en cachette de ses parents, pendant ses fugues ou durant leurs sorties, alors qu’il est supposé rester à la maison. Il se débrouille en usant de diverses ruses pour entrer dans le cinéma, et ensuite se débrouille pour être rentré chez lui avant le retour de ses parents, ce qui lui vaudra de rater à cette époque la fin de pas mal de films.

Truffaut est un autodidacte, il a appris le cinéma sur le tas, en voyant, revoyant, et re-revoyant des films. Pour lui, voir de nombreuses fois les films permet de s’en imprégner au point qu’on finit par observer comment ils sont faits, et apprendre ainsi à en faire soi même. Il connaissait si bien certains films qu’il pouvait les raconter plan par plan. Il pouvait en réciter les dialogues absolument par cœur et se souvenait toujours de leur musique.

La toute première critique de cinéma que fit François Truffaut porta sur « Pourquoi nous combattons », un film de propagande américain tourné par un collectif de cinéastes, dont Frank Capra. Cette critique, écrite en 1945 alors qu’il n’avait que treize ans, était en fait un travail scolaire. Le devoir fut très mal noté par son professeur qui releva le « cynisme outrageant » de celui dont il ne perçut malheureusement pas le talent précoce.

 

L’Opéra de quat’sous.

François Truffaut ne parvient pas à poursuivre ses études, lâchant tel établissement scolaire, se faisant renvoyer de tel autre en raison de son indiscipline. Il commence donc à travailler très jeune, dès l’âge de quatorze ans. Il est employé à temps plein chez un grainetier de l’Avenue de l’Opéra, pour toutes sortes de tâches. Il tiendra cet emploi durant deux ans, entre 1946 et 1948. Il garde un tiers de son salaire avec lequel il assouvit son besoin vital de lecture et de cinéma, et remet le reste à ses parents. Il dort souvent chez Lachenay, qui a pris très tôt son indépendance, dans sa chambre de service du quartier de leur enfance. Les deux jeunes adolescents sont complètement fauchés et, lorsqu’il arrive à François de loger plusieurs jours de suite chez son ami, ils ne mangent pas à leur faim, et parfois même ne mangent pas du tout. Pour améliorer leur quotidien, ils écrivent et vendent dans le quartier un programme de cinéma artisanal, mais aussi piquent la nuit des photos de film sur les devantures des cinémas, qu’ils revendent ensuite sous le manteau. Parfois, ils les échangent à la Cinémathèque contre des entrées gratuites.

Le thème des photos de cinéma volées apparaîtra plusieurs fois dans l’œuvre de Truffaut. L’exemple le plus connu est celui du rêve de Ferrand dans La Nuit Américaine. Citons également la scène, dans Le Dernier Métro (le chef d’œuvre aux dix Césars, sorti il y a trente ans, le 17 septembre 1980), où l’ami résistant de Bernard Granger (Gérard Depardieu) lui raconte avoir chapardé, lorsqu’il était enfant, les photos du film « La Maison des Péchés » dans lequel jouait Marion Steiner (Catherine Deneuve).

En plus d’accueillir Truffaut, la chambre de Lachenay abrite également son impressionnante documentation cinématographique, accumulée de façon maniaque et obcessionnelle et faite de fiches, de notes, d’articles découpés dans tous les magazines de cinéma de l’époque, qui encombre les parents du jeune garçon rue de Navarin. Il ne les voit plus qu’épisodiquement, lors de visites agrémentées de disputes familiales, et désormais sa mère se désintéresse totalement de lui.

Truffaut, dévoré par sa passion du cinéma, se débrouille pour voir trois films par jour, et lit également trois livres par semaine. Une règle, sans aucun doute facile à suivre pour lui, qu’il semble s’être imposée.

En plus des salles de cinéma, il y avait également à l’époque un nombre important de ciné-clubs à Paris, qui faisaient toujours salle comble. Cette tradition des ciné-clubs, avec les films souvent inédits qu’ils programmaient et les réalisateurs qu’ils invitaient, s’est malheureusement beaucoup (ce qui est un euphémisme) perdue de nos jours. Comme Marcel Carné, qui monta, alors qu’il était encore enfant, son petit ciné-club dans le garage (ou peut-être était-ce le grenier, je ne sais plus) de la maison de ses parents, François Truffaut fonde en 1948, à l’âge de seize ans, épaulé par son ami Lachenay bien sûr, son propre ciné-club, qui aura pignon sur rue. Trouver une salle, se procurer les copies de films, faire venir les spectateurs, rien ne l’effraye, rien ne l’arrête. Truffaut et Lachenay trouvent une partie de l’argent pour monter le club… en allant voler, puis en revendant, une machine à écrire au bureau du père de Truffaut ! (4) Truffaut emprunte également pas mal d’argent à de nombreuses personnes, il revend des livres… C’est Henri Langlois en personne, qu’il a sollicité, qui prêtera les deux premiers films : des court métrages de Bunuel et René Clair. Malheureusement, le ciné-club accumulera au fil des séances de sérieuses dettes, que ne peut éponger Truffaut qui a envoyé balader son emploi à l’Opéra et vivote en travaillant à mi-temps dans une librairie près de la Comédie Française, ce que ses parents ignorent. De plus, les autres ciné-clubs, en particulier celui d’André Bazin (5), lui font concurrence, alors le jeune Truffaut n’hésite pas à faire irruption dans la vie du célèbre critique pour lui demander, ni plus ni moins, de modifier les horaires de ses séances. Son père, qui apprend la vérité, sur sa démission, sur la machine à écrire et tout le reste, explose, puis avertit son fils : il paye ses dettes à condition qu’il cesse totalement ses activités cinématographiques et se trouve un vrai travail. Obstiné, Truffaut s’entête, organise à son insu de nouvelles séances… et contracte de nouvelles dettes. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de son père, qui le traîne au commissariat et demande qu’il soit placé dans le centre pour mineurs délinquants de Villejuif.

 

De Villejuif à la rue des Martyrs.

A peine enfermé à Villejuif, la première réaction de Truffaut est d’écrire à ses parents pour leur demander de lui apporter d’urgence ses dossiers sur Charlie Chaplin et Orson Welles… Il semblerait qu’il ne les ait pas obtenus, mais il réclamera plus tard des livres, pour tenir le coup. La vie au centre est très dure, il déprime, dépérit à nouveau, et termine une des lettres qu’il parvient à envoyer à Lachenay par un pathétique : « Je vais mourir, je le sais. » C’est la psychologue du centre qui, dans l’espoir d’obtenir une libération anticipée du jeune détenu, écrit à André Bazin pour solliciter son aide. Le critique n’a pas oublié l’adolescent fougueux et passionné, et promet d’intervenir et de lui trouver un emploi à sa sortie. Truffaut est alors transféré dans un internat à Versailles, d’où il se fera renvoyer après avoir volontairement cassé des carreaux, et insulté les professeurs. Il semblerait là aussi qu’il soit retourné un temps chez ses parents, en tout cas la rupture est consommée après que sa mère l’ait soudain accusé d’homosexualité avec Lachenay. Sous le choc, Truffaut part, cette fois de manière définitive. Il retourne voir Bazin qui l’engage comme « secrétaire particulier », et parvient, avec l’aide de son père, à louer une chambre rue des Martyrs, dans ce quartier du 9ième arrondissement de Paris qu’il n’avait quasiment jamais quitté depuis sa petite enfance. Et bien sûr, dès son retour, la fréquentation assidue des cinémas et des ciné-clubs reprend…

Par son travail avec Bazin, et les gens de cinéma, critiques, réalisateurs, animateurs de ciné-clubs, cinéphiles, jeunes aspirants cinéastes, tels Jacques Rivette, Claude Chabrol… dont il croise désormais la route et avec qui il sympathise, Truffaut semble maintenant avoir un pied bien ancré dans le milieu du cinéma.

En 1950, la carrière de critique de François Truffaut démarre avec deux textes publiés dans le Bulletin du Ciné Club du Quartier Latin, créé par Eric Rohmer. C’est alors que Truffaut perd son travail en raison de l’éloignement prolongé de Bazin pour cause de maladie. Retour à la case ‘départ’. A croire que le destin s’acharne à l’éloigner du monde du cinéma et lui faire abandonner sa vocation de cinéaste. « Le seul métier que je pouvait faire » dira-t-il plus tard. Truffaut est obligé d’accepter un emploi de soudeur, un travail très pénible, mais la paie est bonne, ce qui lui permet de vivre. Vivre… et payer ses innombrables entrées dans les salles de cinéma.

 

Rue Dulong.

Pour la première fois de son existence, Truffaut quitte vraiment le quartier de son enfance. Il part sur un coup de tête s’installer dans un hôtel meublé rue Dulong, au métro ‘Rome’, pas parce que sa situation financière s’est améliorée puisqu’il a envoyé (sur un coup de tête aussi) balader son travail de soudeur, mais pour être juste en face de Liliane, dont il est fou amoureux mais qui le considère comme un simple ami. Cet amour impossible sera plus tard mis en scène dans son film Antoine et Colette. De nouveau sans emploi et sans aucune ressources, le jeune homme parvient à trouver de l’argent de mille et une façons, emprunts, coups de mains par ci, par là, vente de livres, même ceux de Lachenay, parti au service militaire et qui lui a laissé les clefs de sa chambre. Leur amitié résistera à cette indélicatesse.

C’est alors que Truffaut se fait remarquer dans un club littéraire et mondain de Paris, que fréquentent Liliane et ses parents et qui organise des concours d’éloquence, pour sa verve, sa très grande culture et la force de ses prises de position, par le directeur littéraire du magazine Elle, qui l’engage immédiatement comme journaliste. Les collaborations pour d’autres journaux, en tant que journaliste ou photographe, s’enchaînent naturellement. Il traite de sujets variés, y compris de cinéma. C’est ainsi qu’il se trouvera sur le tournage du Journal d’un Curé de Campagne de Bresson. Mais Truffaut est très déprimé par sa déception sentimentale. Un matin, il craque et s’ouvre les veines avec une lame de rasoir.

 

Le grand départ, le grand retour.

Après avoir essayé de se changer les idées puis plusieurs projets avortés, Truffaut décide en cette année 1950, cette fois encore sur un coup de tête, de prendre les devants et rejoindre l’armée. Il est engagé pour trois ans dans l’artillerie, et envoyé en Allemagne où il perdra l’audition à l’oreille droite lors des exercices militaires. (6) Il y est ensuite affecté comme secrétaire de l’armée, et en profite pour lire Proust et Genet, auquel il écrit, et qu’il rencontrera pour la première fois lors d’une permission.

En mai 1951, Truffaut est finalement affecté à Saïgon. C’est le grand départ qui s’annonce pour juillet. On lui accorde une longue permission à Paris, durant laquelle il revoit Liliane, ses amis… la cinémathèque... Il décide alors brusquement de déserter. Il se cache à droite et à gauche dans Paris. Inquiets, ses amis le cherchent partout, ce qui signifie, évidemment, dans les salles de cinéma. Ils finissent par le retrouver, mais Truffaut se fait pincer quelques jours après, et durant son passage par la case ‘prison’, il tombe malade. Bien que très déprimé, il dévore les livres qu’on lui envoie dans sa chambre d’hôpital militaire, et noircit des pages et des pages de notes. Mais voilà qu’on lui annonce son renvoi en Allemagne ! Truffaut parvient à obtenir une journée de permission… et se fait la belle. Après plusieurs jours à errer seul dans Paris, le déserteur se fait reprendre. Retour à la case ‘prison’, puis le voilà réexpédié, manu militari et menottes au poignet, en Allemagne. Il y fera sa deuxième tentative de suicide. On trimballera alors quelques temps le jeune rebelle de prisons militaires en unités psychiatriques, puis il sera finalement réformé, notamment grâce à l’intervention de Bazin, et définitivement renvoyé à Paris. Cet engagement volontaire, ses séjours en prison et son renvoi final de l’armée seront illustrés par Antoine Doinel dans l’ouverture de Baisers Volés.

De retour à Paris, Truffaut démarrera alors vraiment sa première carrière, celle de critique de cinéma, aux Cahiers du Cinéma, où travailla également Claude Chabrol et bien d’autres, et au magazine Arts. Au fil des ans, malgré son enfance difficile et triste durant laquelle il s’est réfugié dans la lecture et les salles de cinéma, malgré les obstacles qui ont, à plusieurs reprises, failli l’éloigner à jamais de sa passion, François Truffaut persiste et s’obstine. Il a réussi à devenir une véritable encyclopédie vivante du cinéma, et à entrer par la grande porte dans le monde du 7ème Art. Il ne vécut plus alors que pour le cinéma, et par le cinéma. La suite est désormais entrée dans la légende.

 

Parmi les thèmes majeurs dans le cinéma de Truffaut…

L’enfance très difficile de François Truffaut a bouleversé le reste de son existence, et donc fortement influencé toute sa carrière de cinéaste. La dimension autobiographique ne pouvait qu’être très présente dans ses films. Même ceux dont les scénarios sont adaptés d’un roman peuvent contenir des éléments ou des références autobiographiques (par exemple dans Les Deux Anglaises et le Continent). La jeunesse de Truffaut a été à ce point marquée par un acharnement à dévorer tous les livres qui lui tombaient sous la main et voir tous les films qui passaient sur les écrans, que les thèmes du cinéma mais aussi de la littérature ne pouvaient qu’avoir une place de premier ordre dans son œuvre.

Toute la série des Antoine Doinel reflète la vie du réalisateur, et ce n’était pas non plus un hasard si Truffaut choisissait d’incarner lui-même le personnage principal dans certains de ses films (La Nuit Américaine bien sûr, mais aussi L’Enfant Sauvage ou La Chambre Verte, superbe film né de trois œuvres d’Henry James, sur le refus de laisser les morts tomber dans l’oubli). Comme Hitchcock, il lui est arrivé de faire quelques courtes apparitions à l’écran (dans L’Histoire d’Adèle H, par exemple).

Le personnage d’Antoine Doinel est l’alter égo de Truffaut. Cependant, comme l’a expliqué François Truffaut, Doinel s’est mis à exister de façon autonome dans Les 400 Coups grâce à la très forte personnalité de Jean Pierre Léaud qui l’a incarné. Ainsi, en endossant à merveille le costume de Doinel, Léaud a contribué à dissocier ce personnage de Truffaut et en faire un personnage imaginaire. De plus, Truffaut voulait éviter de faire un film trop autobiographique, ce qui le décida à faire appel à Marcel Moussy, écrivain et scénariste réputé à l’époque, qui se chargea entre autres d’écrire les dialogues. Cependant, la nature autobiographique du film ne trompa personne… et surtout pas les parents de Truffaut qui furent révoltés par l’étalage de leur vie privée, et par le portrait que leur fils avait dressé d’eux, qu’ils jugeaient exagéré. Pourtant, on se demande même, à la lecture de certaines lettres que Truffaut a envoyées à son père, si l’ambiance familiale des « 400 Coups » n’était pas enjolivée par rapport à la réalité (7). Le jeune cinéaste fut très violemment attaqué et insulté alors même que sa famille n’avait pas vu le film. Son père ira jusqu’à lui envoyer une photo de tournage sur laquelle il apparaît, et qu’il a légendée : « Portrait d’un authentique salaud. » Il n’hésite pas non plus à signer une autre lettre : « Ton père (seulement légal) ». Le reste de sa famille n’est pas plus tendre avec lui, et les insultes fusent de tous côtés.

Les thèmes du cinéma, de la salle de cinéma, et du rituel de se rendre au cinéma, (mais aussi celui de la salle de spectacles en général) tiennent forcément un rôle majeur dans beaucoup de films de Truffaut, même s’ils ne sont qu’évoqués. On a déjà parlé, par exemple, des multiples références aux photos de films volées.

Ainsi, le seul moment de bonheur que connaît Antoine dans Les 400 coups est celui où il se rend au cinéma un soir avec ses parents. Ils vont au Gaumont Palace, un cinéma du quartier de Clichy que Truffaut a fréquenté pendant sa jeunesse. Sans parler de La Nuit Américaine, qui est entièrement consacré au monde du cinéma, puisque le film raconte de manière passionnante la vie et le travail de ces gens un peu hors du temps, de l’espace et du monde des mortels que sont les acteurs et les réalisateurs.

Truffaut avait écrit un jour : « Je tourne autour de la question qui me tourmente depuis trente ans : le cinéma est-il plus important que la vie ? » Tout son film La Nuit Américaine apporte à cette interrogation une réponse très claire. Oui, le cinéma est plus important que la vie. Il éclipse tout le reste. Rien d’autre n’existe plus. La vie privée n’existe plus, l’actualité dans le monde n’a plus d’importance (elle est seulement évoquée par Ferrand, le metteur en scène de l’histoire, pour citer des sujets susceptibles de faire l’objet d’un autre film), et rien ne peut arrêter le tournage de « Je vous présente Pamela », pas même la mort de l’acteur principal. « Le cinéma règne » comme le commente Ferrand/Truffaut. Chaque fois qu’il a un moment après son travail, Alphonse, joué par JP Léaud, se précipite dans l’un des nombreux cinémas de Nice. La seule émission de télévision qui intéresse les membres de l’équipe est « Monsieur Cinéma » de Pierre Tchernia, dont on reconnaît la voix émanant du poste, et quand Ferrand choisit le revolver qu’Alphonse utilisera dans la scène finale, la caméra qui filme Truffaut et Léaud se relève légèrement pour s’attarder une seconde sur la plaque de la fausse rue du studio de la Victorine, à Nice, sur laquelle il est inscrit : « Place de Chaillot », référence, bien sûr, à la Cinémathèque de Paris qui se trouvait alors au Palais de Chaillot. Et finalement, lorsqu’Alphonse annonce soudain, dans un moment d’égarement et de déprime, que la vie est plus importante que le cinéma, on comprend à quel point il va mal et n’est plus, à cet instant là, que l’ombre de lui-même.

« La vie, c’était l’écran » dira un jour François Truffaut, résumant ainsi magnifiquement ce que fut sa véritable existence.

 

Rue François Truffaut.

« Il est toujours bon de conclure, ça fait plaisir à tout le monde. » écrivait Truffaut pour terminer son article : Une certaine tendance du cinéma français. (8)

Considéré comme l’un des chefs de file de la Nouvelle Vague, dont faisait également partie Rohmer ou Chabrol, ou Jean Luc Godard, connu et reconnu dans le monde entier, François Truffaut posera définitivement ses valises à Neuilly sur Seine, où il décèdera le 21 octobre 1984.

La rue François Truffaut existe depuis 1993. Elle s’appelait anciennement voie BT/12  (ancien quartier des entrepôts de Bercy oblige), ce qui, on en conviendra, était nettement moins poétique. Elle se situe au métro Cour Saint Emilion, à quelques minutes de marche de la Cinémathèque. Lorsqu’on se promène dans le quartier, on ressent presque, comme c’est le cas rue de Navarin ou rue des Martyrs, la présence un peu fantomatique du réalisateur, même s’il n’a jamais vécu dans les environs. Il semble reposer en paix près de ce temple du cinéma et de l’histoire du cinéma, même si la tombe de celui qui nous a quittés bien trop tôt, à l’âge de 52 ans, se trouve au cimetière de Montmartre, au métro ‘Blanche’, son « dernier métro ». Une tombe d’une grande sobriété, sans autre inscription que le nom du réalisateur et les dates de son existence, et au marbre noir si poli que la pierre est devenue un parfait miroir dans lequel se reflètent le ciel bleu, les nuages, et les arbres de l’allée.

Entrer ainsi, par l’intermédiaire d’une rue de Paris qui porte son nom, dans le panthéon des immortels n’est pas un honneur accordé à tous les cinéastes. Même Marcel Carné, avec sa formidable filmographie (Quai des Brumes, Les Enfants du Paradis, Les Visiteurs du Soir, Hôtel du Nord…) ou Sacha Guitry (Le Roman d’un Tricheur, notamment, que Truffaut avait vu une bonne douzaine de fois), qui fut pourtant considéré lui aussi comme un grand Maître, n’y ont pour l’instant pas eu droit, du moins pas à Paris. Il faut dire que la chose est difficile s’il s’agit de débaptiser une rue pour lui attribuer un nouveau nom, et beaucoup plus facile dans une ZAC nouvellement réhabilitée. Quoi qu’il en soit, on aurait pu appeler l’ancienne voie BT/12 « rue Marcel Carné », ou « rue Sacha Guitry ». On l’a nommée « rue François Truffaut ».

Lorsqu’on a aimé aussi passionnément le cinéma que François Truffaut, qui lui a consacré sa vie et a tant offert de lui-même dans les films qu’il a plus tard réalisés, ce n’était que justice, et reconnaissance pour l’œuvre si pleine de sensibilité et de sincérité qu’il nous a léguée, que de lui offrir un jour une rue à son nom, et achever ainsi le parcours mouvementé de sa vie, tout en le maintenant éternellement vivant. Cet article sur François Truffaut, hommage intemporel à l’un des plus grands et des plus émouvants réalisateurs français, est un peu ma « Chambre Verte » à moi.

 

 

« La vie est dure, mais elle est belle, puisqu’on y tient tellement. » (François Truffaut).

 

Une sélection de quelques interviews.

 

http://www.ina.fr/media/entretiens/video/CAF90004510/interview-de-francois-truffaut.fr.html

Au sujet de ses entretiens avec Hitchcock. 1967

 

http://www.ina.fr/art-et-culture/cinema/video/I00012462/francois-truffaut-a-propos-de-jean-renoir.fr.html 

A propos de Jean Renoir. 1971

 

http://www.ina.fr/media/entretiens/video/I00012983/francois-truffaut-a-propos-d-andre-bazin.fr.html

Au sujet d’André Bazin, interview par Bernard Pivot. 1983, un an avant son décès.

 

Notes

 

* A croire que la proximité de ces trois rues n’est pas un hasard. Abel Gance réalisa en 1940 le film Paradis Perdus, le tout premier film que vit Truffaut au cinéma, à l’âge de huit ans, et qui sera à l’origine de sa passion pour le 7ème Art. Jean Renoir est considéré par Truffaut comme l’un de ses deux plus grands Maîtres, le deuxième étant Alfred Hitchcock. On note l’influence d’Hitchcock sur de nombreux films de Truffaut, et ce dès son court métrage Les Mistons : voir la façon dont est filmée la scène du rendez vous dans l’arène.

** Henry est orthographié avec un ‘y’ sur les plaques aperçues au bas de cette rue, avec un ‘i’ sur le plan de Paris.

 

(1) ‘Anecdote’ que l’on retrouvera dans son premier long métrage, Les 400 coups, dans la scène où Antoine répond aux questions posées par la psychologue. Lorsque le film fut présenté à Cannes en 1959, Jean Pierre Léaud raconta lors d’une interview la façon dont cette scène avait été tournée. Truffaut lui avait signalé qu’elle devait être la meilleure du film. Après lui avoir donné quelques indications, il laissa son jeune acteur improviser librement, avec ses mots à lui. Cette scène extraordinaire, où Doinel raconte notamment comment il est né grâce à sa grand-mère qui l’a sauvé de l’avortement, est désormais entrée dans la légende du cinéma français.

(2) Antoine de Baecque et Serge Toubiana. François Truffaut. Editions Gallimard, Paris, 1996.

(3) Truffaut introduira d’autres éléments absurdes et donc humoristiques dans ses films, comme la fameuse scène du « beurre en motte » dans La Nuit Américaine.

(4) Ce méfait sera à l’origine d’une des scènes clé des  « 400 coups », à la différence que dans le film la machine a été rapportée, et non vendue, par Antoine Doinel.

(5) André Bazin fondera ensuite, en 1951, la revue Les Cahiers du Cinéma.

(6) Le personnage de Ferrand porte de façon ostensible un appareil de correction auditive,  mais à l’oreille gauche. « Dis donc, tu m’avais pas dis qu’il était sourdingue, ton metteur en scène ! » s’exclame Liliane, la provocante fiancée d’Alphonse. « Sourdingue, sourdingue ! Il a eu l’oreille bousillée pendant qu’il était dans l’artillerie ! » rétorque Alphonse.

(7) L’une de ces lettres, notamment, est reproduite en entier dans la biographie de Toubiana et de Baecque (voir ci-dessous). « Il y a eu aussi des moments d’exceptionnelle tension entre maman et moi, comme lorsque j’étais par terre et qu’elle me donnait des coups de pieds […] » Truffaut n’avait rapporté qu’un seul paquet de biscottes à la maison…

(8) Cet article, resté célèbre, est paru le 1er janvier 1954 dans le numéro 31 des Cahiers du Cinéma. Il porte sur la tendance au réalisme psychologique dans le cinéma français, et Truffaut s’y montre extrêmement critique envers le travail de certains scénaristes. Il y fustige d’une plume acérée leur infidélité aux romans qu’ils adaptent pour le cinéma. « […] n’est-il pas quelque peu scandaleux de ‘re-writer’ ainsi Gide, Bernanos, Radiguet ? » […] « Le talent, certes, n’est pas fonction de la fidélité, mais je ne conçois pas d’adaptation valable qu’écrite par un homme de cinéma. » […] « Réalisme psychologique, ni réel, ni psychologique. »

 

 

Cet article a été écrit grâce à :

- Antoine de Baecque et Serge Toubiana. François Truffaut. Editions Gallimard, Paris, 1996. (767 pages). Réédité en 2001. A découvrir ou redécouvrir absolument ! Livre totalement passionnant, qu’on ne parvient plus à refermer une fois qu’on l’a ouvert, et dont le premier tiers a constitué la base de cet article, qui peut donc être considéré aussi comme un « extrait d’ouvrage ».

- Et grâce à des interviews écrites ou filmées de François Truffaut, aux articles et documentaires le concernant, etc… que l’on peut trouver sur internet, en complément des DVD, ou ailleurs, et bien sûr grâce aux anecdotes puisées ici et là dans son œuvre cinématographique.

 

On peut aussi consulter, par exemple :

Le dictionnaire Truffaut, sous la direction d’Antoine de Baecque et Arnaud Guigue. Editions de la Martinière, Paris, 2004.

 

Les photos sont l’œuvre de mon petit téléphone portable.


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15 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 17 septembre 2010 11:00

    Bonjour, Surya, et bravo pour cette biographie passionnante de François Truffaut.

    J’ai écrit il y a quelques jours dans un commentaire à propos de Chabrol qu’il avait fait preuve de beaucoup de talent à défaut de génie, et je le crois encore. Ce propos, je ne le tiendrais évidemment pas pour Truffaut dont l’oeuvre, si elle a été inégale (quel réalisateur a commis une oeuvre parfaite ?) est incontestablement marquée par des films de génie.

    Si l’on devait résumer Truffaut, ou n’emporter sur une île déserte que 2 films censés caractériser ce qu’il a été, ce serait, à mon point de vue, « La nuit américaine » et « Le Dernier métro », car ces deux-là, outre leurs qualités de réalisation et le génie du scénario, sont au coeur de ces deux formes d’art à la fois si proches et si éloignées, mais tellement complémentaires : le théâtre et le cinéma.

    Derrière sa caméra, Truffaut a servi les deux avec une acuité et une sensibilité remarquables et il est juste qu’il soit considéré comme l’un des plus grands serviteurs non seulement du cinéma français, mais de l’Art avec une majuscule.


    • Surya Surya 17 septembre 2010 13:32

      Bonjour Fergus,

      Merci pour ce commentaire. En fait, la biographie passionnante, c’est celle de Toubiana et de Baecque, si vous ne l’avez pas encore lue, vraiment faites le parce que ce livre est un chef d’oeuvre. Je me suis limitée au 1er tiers, auquel j’ai ajouté des éléments trouvés ailleurs (par exemple, chaque DVD des films de Truffaut comporte une partie « compléments » avec des interviews, de Truffaut et de gens qui l’ont connu, et plein d’autres choses passionnantes) et si je m’étais écoutée, j’aurai fait un article de trente pages, qui aurait sans doute été refusé pour cause d’article trop long smiley
      Tout à fait d’accord pour La Nuit Américaine et Le Dernier Métro, le premier ayant d’ailleurs été récompensé de l’Oscar du meilleur film étranger en 73, et le second par dix Césars. Je me souviens d’ailleurs de cette cérémonie des Césars, quelle consécration !!
      Personnellement j’aurais beaucoup de mal à n’en emmener que deux, parce que l’idée que je ne puisse plus jamais revoir les autres,puisqu’étant sur une ile déserte (mais tout de même avec un lecteur de dvd, donc smiley me serait assez insupportable. J’aurais du mal à laisser Les 400 coups, Farenheit 451 que j’adore, l’Enfant Sauvage, Les Deux Anglaises ou encore La Chambre Verte. Il faudrait alors que je me les repasse en boucle durant des jours et des jours pour les mémoriser dans leur moindre détail, comme le font les hommes-livres dans Farenheit, puis ensuite les repasser dans ma tête une fois sur mon île, pour ne pas les oublier. Le seul, peut être, que je pourrais laisser, c’est L’Amour en Fuite. Il est comme vous le savez la conclusion des aventures de Doinel, avec des flash back des films précédents. Ce n’est pas que je l’aime pas, mais je ne le trouve pas indispensable.
      Très bonne journée à vous,


    • Surya Surya 17 septembre 2010 16:21

      Au fait, Fergus, j’ai copmplètement oublié de dire, je pense que vous le savez mais pour les personnes qui ne le savent pas, Truffaut avait en fait prévu une trilogie « cinéma-théâtre-music hall », le troisième volet était un film dont le titre prévu était « Agence Magic ». Il n’a pas eu le temps de le tourner. Ce serait bien si quelqu’un le faisait, en hommage à Truffaut. Bien que je ne sache pas quel était le scènario précis de ce dernier film, on pourrait peut-être considérer « Parade » de Tati comme une sorte d’Agence Magic.


    • Fergus Fergus 17 septembre 2010 16:43

      J’ignorais cela, Surya, mais cela ne m’étonne absolument pas car c’était dans la logique du personnage et de l’amour qu’il portait à toutes les formes d’expression orale.

      Tati, voilà un autre metteur en scène de génie doublé d’un véritable poète.*

      Pour en revenir à Truffaut, nous divergeons sur un point : j’ai peu apprécié « La chambre verte » sans pour autant que cela soit à mes yeux un mauvais film, loin de là.


    • Surya Surya 17 septembre 2010 16:59

      C’est vrai que La Chambre Verte est un film assez spécial. J’aime particulièrement la scène où Julien Davenne fait entrer Nathalie Baye (je me souviens plus du nom de son personnage) pour la première fois dans sa chapelle, et lui montre ainsi la confiance qu’il lui accorde en lui ouvrant ainsi les portes de son jardin secret. La musique aussi est très belle à ce moment du film. Je sais pas pourquoi, parce que ça n’a rien à voir, mais la scène où il montre à « Nathalie Baye » les photos des disparus (on reconnait bien Oskar Werner sur la première, non ? ) me fait penser à la scène de La Nuit Américaine, quand il reçoit les livres qu’il a commandés, sur fond de musique de Georges Delerue.
      Quels sont les aspects du film qui vous ont déplu ? C’est vrai qu’il faut aimer l’ambiance de La Chambre Verte. La première fois que je l’ai vu, ça m’avait un peu déprimée je dois avouer.


    • Fergus Fergus 17 septembre 2010 17:31

      Je crois que ce qui m’a gêné, c’est le côte mausolée. Il est vrai que je suis beaucoup plus porté sur l’incinération et la dispersion des cendres que sur l’ensevelissement. Pour moi, les défunts doivent continuer à vivre dans l’esprit de ceux qui les ont connus, et parfois aimés, pas dans des mausolées. Mais c’est très personnel comme approche, et je ne prétends évidemment convertir personne à ce point de vue.


    • Surya Surya 17 septembre 2010 18:52

      Oui, je comprends votre point de vue. Je crois que dans le film, ce qui fait la différence, c’est que le personnage ne parvient pas à accepter la disparition des êtres qu’il a aimés, et surtout pas sa femme, c’est sans doute ce qui explique ce côté mausolée. Les défunts ne peuvent continuer à exister dans l’esprit, et seulement dans l’esprit, de ceux qui les ont connus que si on accepte le fait qu’ils soient partis, c’est peut être une façon de les laisser reposer en paix.
      En tout cas je trouve Nathalie Baye formidable dans ce film en particulier, et elle était super aussi dans La Nuit Américaine. Grande actrice, comme Catherine Deneuve ou Jeanne Moreau. Chabrol avait Isabelle Hupert comme actrice fétiche, je ne sais pas trop quelle était celle de Truffaut, qui avait Léaud comme acteur fétiche. Parfois on dit que c’est Claude Jade, mais je trouve que les autres ont tout autant d’importance dans son oeuvre.

    • Annie 17 septembre 2010 11:31

      C’est effectivement un article passionnant. J’arrive mal à reconcilier le souvenir que j’ai gardé de Truffaut avec cet adolescent tellement rebelle et révolté, dont la jeunesse pourrait être un sujet de roman. 
      Et j’ai particulièrement apprécié la description de Lachenay, « cancre de son état ».


      • Surya Surya 17 septembre 2010 13:38

        Bonjour Annie,

        Truffaut s’était beaucoup assagi, je crois, car l’image qu’il a plus tard donné en tant qu’adulte était bien différente en effet de celle de l’ado des 400 coups. L’adolescent rebelle s’était heureusement stabilisé, mais cette révolte était nécessaire pour qu’il devienne ce qu’il est devenu. Je crois qu’il était rebelle car au fond de lui il savait ce pour quoi il était fait, et peut être avait-il l’impression que la vie allait se charger de lui mettre des bâtons dans les roues ? Mais il est toujours resté lui même dans sa passion pour les livres et le cinéma.
        On dit que Lachenay était l’élément moteur du duo. Son père était bel et bien passionné de courses, et sa mère buvait en effet l’argent du ménage.
        Savez vous comment Truffaut est perçu en Angleterre ?


      • Annie 17 septembre 2010 14:00

        Un peu triste à dire, mais en Angleterre, Truffaut est surtout connu comme le metteur en scène de Jules et Jim, qui est un véritable film culte ici. Je ne peux pas me souvenir d’un autre film de Truffaut à la télévision britannique en 26 ans, sinon des cinémas d’art et d’essai lui consacrent régulièrement des rétrospectives, mais surtout ses premiers films, les 400 coups etc.


      • Surya Surya 17 septembre 2010 14:10

        C’est peut être l’atmosphère début 20ème siècle qui plait dans Jules et Jim ? Et puis comme il me semble que la comédie musicale est très populaire en Angleterre, c’est possible que la chanson de Jeanne Moreau, devenue culte ici aussi, ait contribué à la popularité de ce film outre manche. J’aime aussi beaucoup ce film, tiré du roman de Henri Pierre Roché, qui n’a écrit que deux romans dans sa vie, celui là, et Les Deux Anglaises, dont est également tiré un film de Truffaut, donc. Ce romancier, qui a commencé à écrire (ou du moins à publier ?) à l’âge de 73 ans, était considéré par Truffaut comme un des plus grands écrivains de l’époque.
        C’est étonnant peut être que Farenheit ne sois pas plus connu en GB puisque le film a été tourné en anglais, mais si les cinémas d’art et d’essai lui consacrent des rétrospectives, alors c’est le principal.


      • Annie 17 septembre 2010 14:16

        Je crois que c’est le message pacifiste qui touche une corde sensible chez le public britannique. Mais c’est vrai, j’avais oublié Farenheit 451 qui est je crois mon film préféré de Truffaut et dans lequel joue Oskar Werner qui jouait aussi dans Jules et Jim.


      • Surya Surya 17 septembre 2010 15:25

        Je crois que Farenheit n’était pas le film préféré de Truffaut, qui est injuste avec lui même car ce film est excellent ! Hitchcock faisait pareil au niveau autocritique, en pire même, je trouve smiley En tout cas Truffaut n’en était pas satisfait, d’ailleurs il ne s’est pas du tout entendu sur ce tournage avec Werner qui avait développé au fil de sa carrière un caractère difficile à gérer pour un metteur en scène.
        Le côté pacifiste de Jules et Jim, oui bien sûr. Je viens d’ailleurs de lire sur wikipedia qu’Oskar Werner, qui n’avait donc pas que des défauts, était lui même pacifiste et anti nazi dans sa jeunesse, enrôlé de force pendant la WW2, ça pourrait aussi être le sujet d’un roman.


      • Vincent Delaury Vincent Delaury 17 septembre 2010 13:16

        Bel hommage à François Truffaut.
        Et votre petite photo, montrant son nom à moitié effacé par l’air, le ciel, les nuages et les arbres, rappelle bien la volonté du cinéaste de faire entrer la vie dans son cinéma. A l’instar d’un Renoir.


        • Surya Surya 17 septembre 2010 13:44

          Bonjour Vincent Delaury,

          C’est tout à fait vrai ce que vous dites sur la photo, je n’y avais pas pensé du tout. Mais le nom n’est à moitié effacé que sur le cliché, car sur la tombe il est bien visible. C’est curieux de voir qu’il n’y a noté ni sur la tombe, ni sur les plaques de « sa » rue le fait qu’il était cinéaste, alors que la rue Jean Renoir porte cette mention, la plaque de la rue Paul Belmondo précise qu’il était sculpteur, Abel Gance je me rappelle plus mais je crois que c’est le cas aussi.

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