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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « La vie est belle » de Frank Capra (1946)

« La vie est belle » de Frank Capra (1946)

L’histoire :

La petite ville de Bedford Falls prie pour le cas désespéré de George Bailey. Les prières montent au ciel, et émus par la sincérité de cet appel, deux anges décident d’envoyer sur terre Clarence, (qui attend ses ailes), afin qu’il puisse sauver George. On lui apprend qu’en 1919 le petit George sauva son frère Henry de la noyade. Puis, travaillant pour unpharmacien, qui s’était trompé dans la préparation d’un médicament , il prit sur lui de ne pas livrer la prescription au malade. En 1928, il renonce à ses études pour prendre la succession de son père décédé, à la tête de I’entreprise familiale de prêts à la construction, dont essayait de s’emparer le puissant banquier local, M. Potter. Condamné à rester àBedford Falls, George épousa Mary Hatch, mais, le jour de leur départ en voyage de noces, il dut une fois de plus rester pour faire face à un vent de panique financier. Tout allait à peu près bien pour lui, jusqu’au jour où son oncle Billy oublia la somme de 8 000 dollars au guichet de la banque de Potter, ce dernier s’empressant de les dissimuler et mettant ainsi en péril les affaires de son concurrent. Désespéré, George devint odieux avec Mary et leurs enfants, et c’est ainsi qu’il en est arrivé à vouloir mettre fin à ses jours. Clarence, dépêché sur les lieux, l’en empêche in extremis et lui montre ce qu’aurait été sa petite ville si George n’avait pas existé…

Dans les trois premiers quarts du film, avec un talent inégalable fait d’humour, de tendresse, d’intensité dramatique et d’émotion, Capra nous narre la vie de George depuis son enfance. Mais c’est dans sa dernière partie que "La vie est belle" prend toute sa dimension. On prend vraiment conscience à ce moment qu’il s’agit là d’un véritable chef-d’oeuvre de l’histoire du cinéma.

C’est dans cette dernière partie que George rencontre son ange gardien, ce dernier lui montre la ville telle qu’elle serait devenue s’il n’était pas né . Et George qui se prenait pour un moins que rien, un minable, un raté , découvre que les actes de sa vie ont apporté le bien à de nombreuses personnes, et évité des drames à de nombreuses autres.

Capra veut nous faire comprendre au travers son héros que chaque action humaine enchaînée à une autre peut changer le cours des choses . Il veut nous faire comprendre que chacun d’entre nous peut, par de bonnes ou mauvaises actions, avoir une responsabilité importante sur la vie des gens qui l’entourent.

Ce qui frappe également dans "La vie est belle", ce sont les parallèles avec la crise mondiale actuelle. Crédit, endettement, dérive du capitalisme financier, les banques. Tout y est.

Sans en avoir l’air, le film se décline comme une œuvre résolument politique,il met le doigt sur les affres d’une économie déshumanisée et prend parti pour des alternatives économiques qui parient sur la solidarité avant tout . Le banquier Potter incarne parfaitement la mainmise du capitalisme "sur les petites gens", entre les laissés pour compte et les privilégiés. Par ailleurs, le film évoque de façon très juste et réaliste des problèmes de l’Amérique de la crise économique de 1929 à l’entrée dans la seconde guerre mondiale en passant par la description du pays sous la présidence de Roosevelt.

Que dire de l’interprétation magnifique de James Stewart, lui le conservateur, à qui Capra offre une fois de plus, (Mr Smith au sénat),(Vous ne l’emporterez pas avec vous), un personnage humaniste, quasi gauchiste . Qui mieux que lui aurait pu incarner cet homme ordinaire, le grand homme qui s’ignore, l’homme qui sans le savoir rend notre monde meilleur ?

Et Doona Reed, qui tourne ici l’un de ses rare grands rôles au cinéma, nous fait regretter que les cinéastes n’aient pas plus souvent fait appel à son talent et sa beauté. Ajoutons tout de même qu’elle reçu l’Oscar du meilleur second rôle féminin pour son rôle dans "Tant qu’il y aura des hommes" en 1953.

Mention spéciale bien sûr à Lionnel Barrymore pour son interprétation de l’affreux banquier Potter.

N’oublions pas l’importance des seconds rôles dans "La vie est belle", avec notamment Thomas Mitchell dans le rôle de l’Oncle Billy, Henry Travers dans le rôle de l’ange Clarence, ou encore la splendide Gloria Grahame dans celui de Violet.

           

Capra disait de ce film qu’il ne s’adressait pas « aux intellos, aux critiques blasés de cinéma, mais aux gens fatigués, abattus, un film pour les alcoolos, les drogués, les prostitués, les prisonniers, un film pour dire qu’aucun homme n’est un raté ». Et c’est vrai que ce film est un concentré d’espoir et de générosité, qui de plus a le mérite de ne jamais sombrer dans la niaiserie ou le sentimentalisme.

Malheureusement, à sa sortie, le film ne rencontra pas le succès espéré, loin de là. Il était trop en décalage avec l’esprit du public au lendemain de la guerre. Il s’est rattrapé assez rapidement en devenant l’un des films les plus aimés de l’histoire du cinéma.

Suite à cette déconvenue Capra est contraint de dissoudre la société de production qu’il avait créé pour monter ce film . Engagé ensuite avec la Paramount, il ne retournera plus jamais de films du niveau de ceux des années 30 ou de "La vie est belle".

Bonnes fêtes de fin d’année à vous tous.


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17 réactions à cet article    


  • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 21 décembre 2013 18:31

    Merci !
    Super intéressant.


    • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 21 décembre 2013 18:35

      ça n’a presque rien à voir mais quand même, je saisis l’occasion pour indiquer que je dis rarement « bonjour, comment ça va ? ».
      Je dis généralement « Bonjour. Alors, la vie est belle ? »
      Etant psychologue, je sais avec la réponse donnée et surtout le temps de réaction dans quelle disposition d’esprit est la personne.
      ça ne trompe pas !


    • fatizo fatizo 21 décembre 2013 20:54

      J’espère que vous avez autant de pouvoir que George Bailey pour que la vie soit enfin belle pour un grand nombre de vos patients .


    • Arnaud69 Arnaud69 21 décembre 2013 21:04

      PNL mais c’est très juste quand même...


    • GdeBell 22 décembre 2013 08:43

      Très beau film, à regarder en période de dépression (personnelle ou collective). L’humanité (évitons le mot humanisme dont le sens est aujourd’hui totalement galvaudé, le mot tendant à signifier désormais : sympathisant du PS) qui s’en dégage est touchante. 

      Ce film met à la fois en avant des valeurs « de gauche » ( solidarité, responsabilité collective) et « de droite » ( respect de l’individu, famille, traditions) dans un « syncrétisme » génial. 

      Certains le trouveront vielli, cucu ou même niais. Peut-être, mais cette forme de naïveté permet de toucher le cœur de l’homme et de rétablir quelques vérités (réflexion sur l’amour du prochain et l’amour de soi, le renoncement, la responsabilité individuelle) loin des sarcasmes quotidiens et fatigants à la canal plus, du nombrilisme mesquin, de la violence écœurante, de l’humour douteux, du sensationnel à la petite semaine, de l’ironie éculée, de la dérision permanente ou du nihilisme des temps actuels. 

      Bref un grand film résolument optimiste, servi, vous l’avez justement souligné, par des acteurs de premier ordre.

      • fatizo fatizo 22 décembre 2013 11:09

        C’est ben vu de votre part lorsque vous dites que ce film met en avant des valeurs de droite et de gauche . Pour les valeurs de droite on peut aussi ajouter la religion . 

        Mais sur les critiques, je pense que ce film s’en prend plus au modèle de droite, surtout à l’argent roi . Il n’est pas un modèle de la réussite individuel puisque George doit sacrifier ses études, ses envies de voir le monde, pour reprendre la suite de son père décédé brusquement .
        Lorsque j’ai découvert l’oeuvre de Capra, avec des films aussi merveilleux que ceux que citent Fergus ci-dessous, comme par exemple Mr Smith au Senat, je me suis dit ce n’est pas possible qu’un type puisse faire des films comme ça aux USA sans avoir de problèmes , j’ai trouvé ces films vraiment très courageux. 
        Mais bon dans les années 30 , en pleine crise financière, on pouvait peut-être avoir plus de liberté pour critiquer un modèle qui avait échoué que de nos jours. 
        D’ailleurs c’est John Ford, un ultraconservateur qui a adapté « Les raisins de la colère » au cinéma . 
        Comme quoi à cette époque,même à droite, on avait compris que le monde de l’argent roi conduisait à la catastrophe, aujourd’hui plus de 5 ans après le début de la crise, critiquez ce modèle, et vous êtes de suite assimilé au FN .
        Elle est pas belle la démocratie en 2014 ?
        Bonne journée.

      • laertes laertes 22 décembre 2013 18:34

        J’adore les films de Capra que je ne trouve pas du tout ..cucu. Si on observe bien son oeuvre (à part peut-être arsenic et New York Miami) on peu s’apercevoir qu’il utilise toujours une ficelle miraculeuse pour résoudre une situation désespérée vécue engendrée par la corruption du système américain (politique, économique). ainsi ses films que l’on croit optimistes à cause de leur dénouement révèlent une critique dévastatrice du système sur les américains ordinaires. Utiliser des miracles (même ceux que permet la ploutocratie américaine) , n’est-ce pas la meilleure manière de dire qu’il faudrait un miracle pour sauver ce pays ?


      • lionel 26 décembre 2013 09:27

        Bonjour à Fatizo et à tous les intervenants. merci pour cet article. Ceci dit il me semble que Capra s’en prend plus à la psychopathie de certain individus, leur absence d’empathie et leur perversité, aux conséquences sociales de leur comportement, qu’à la « droite » et à ses valeurs...


      • Fergus Fergus 22 décembre 2013 09:08

        Bonjour, Fatizo.

        Une seule chose à dire : les films de Capra sont, pour la plupart, formidables d’humanité et parfaitement mis en scène, avec des castings très réussis (les seconds rôles sont tous excellents). Bref, le sommet de l’art cinématographique d’une époque en matière de comédie. Outre « La vie est belle » et « Mr Smith au Sénat », Capra, c’aussi des bijoux comme « Arsenic et Vieilles dentelles », « L’homme de la rue » ou « L’extravagant Mr Deeds ».

        Merci pour cette évocation de Capra et de l’un de ses films les plus attachants.


        • Richard Schneider Richard Schneider 22 décembre 2013 17:26

          Bonsoir Fergus,

          Tous les films que vous citez sont formidables ... Mais il y en a un que je préfère, c’est « Arsenic et Vieilles dentelles » : quel régal d’humour (noir) et d’optimisme (quand même).

        • fatizo fatizo 22 décembre 2013 11:39

          Bonjour Fergus,

          Tout les films que tu cites(on peut y ajouter "Vous ne l’emporterez pas avec vous) font parti des films les plus importants des années 30. 
          Je pense que l’oeuvre de Capra est la plus critique de ces années de crise . De plus il a le génie de le faire avec humanisme, humour, tendresse. 
          Capra est un des plus grands cinéastes de l’histoire du cinéma, trop peu mis en avant .
          Bonne journée

          • laertes laertes 22 décembre 2013 18:37

            Vous ne l’emporterez pas avec vous est peut-être derrière les situations comiques incroyables,
            celui qui révèle le plus la gangrène du système américain.


          • doctorix doctorix 22 décembre 2013 23:57

            C’est sans doute le film qui a le plus marqué ma vie.

            Il a fait de moi un médecin, et aujourd’hui il a fait de moi un rédacteur d’Agoravox, qui est pour moi (avec quelques autres sites) le seul moyen de changer ce monde en tentant d’infléchir les raisonnements déformés par la propagande de nos concitoyens.
            Je le dédie à tous les gens de bonne volonté, mais aussi à tous ceux qui ici-même, au sein de la rédaction d’agora, se permettent d’empêcher la diffusion de nombreux textes passionnants qui pourraient infléchir nos pensées et nos actes au travers de la connaissance.
            Que maudits soient les censeurs.
            Mais que chacun, à son niveau, continue à tenter de diffuser et à faire ce qu’il croit juste, sans se décourager, et qu’il sache qu’il est important, unique, indispensable.

            • Cassiopée R 25 décembre 2013 13:57

              La vie est belle de Capra a une valeur religieuse, Joseph est envoyé près de l’acteur principal pour aider les autres. C’est avant tout des valeurs chrétiennes dont il est question, on entends Dieu parler à un de ses anges.


              Les valeurs de la solidarité sont mise en avant, pour aider une communauté au lieu de l’enfoncer dans la misère comme le fait monsieur Potter.

              Le film rappelle aussi que les cieux veillent sur les humains de la Terre.

              • Taverne Taverne 25 décembre 2013 19:32

                Film intéressant que j’ai vu hier sur TCM Cinéma.

                Il montre bien comment dans le monde de la finance aux Etast-Unis, on ne juge la valeur d’un homme que par le niveau de sa fortune. Henry Potter en se moquant du personnage naïf exulte : « vous avez plus de valeur mort que vivant ! » L’autre prend l’expression au pied de la lettre et songe à mourir pour faire bénéficier sa famille du capital de l’assurance. La suite du film s’attèle à montrer que l’argent ne fait pas toute la valeur d’un individu et qu’il y a d’autres valeurs : la fraternité, l’amour, l’amitié, l’héroïsme.

                Monsieur Smith au Sénat est le film de Capra qui m’a le plus marqué.


                • fatizo fatizo 25 décembre 2013 20:59

                  Monsieur Smith au Sénat est celui que je mets en seconde position derrière La vie est belle .

                  J’aime aussi beaucoup John Doe, l’homme de la rue .

                • Grandaddy Grandaddy 3 mars 2014 17:08

                  Je ne serais pas aussi enthousiaste que l’auteur de cet article, même si j’apprécie tout de même « La vie est belle ». L’humanisme est certes touchant dans ce film, mais j’ai parfois trouvé ça un peu gentillet et trop manichéen. Toutefois, peut-être que quand je serais vraiment désespéré, j’apprécierais davantage le film !

                  J’ai tout de même préféré « Monsieur Smith au sénat » personnellement, sans doute car l’aspect politique y est encore plus présent, et pour le décalage entre le cynisme des politiciens et le personnage de Monsieur Smith.
                  Je n’ai pas encore vu « Vous ne l’emporterez pas avec vous », mais il fait partie de mes priorités ! En espérant pouvoir le trouver prochainement à la médiathèque :)

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