• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le bucher des sorciers

Le bucher des sorciers

A tous les opposants de la psychanalyse au sujet de l’autisme, ou de façon plus large encore, je voudrais rappeler que récemment une psychanalyste syrienne, Rafah Nached, a été emprisonnée par la dictature syrienne parce qu’elle animait des groupes de parole pour des personnes traumatisées par la répression de ce régime totalitaire. Par le passé le Vatican, qui n’a réhabilité Galilée qu’en 1992, a été souvent très opposé à Freud. Le nazisme a interdit la psychanalyse comme « science juive » et le stalinisme comme « science bourgeoise ». La dictature des colonels a également interdit cette pratique, ainsi que tous les régimes totalitaires. D’ailleurs parle-t-on de psychanalyse en Corée du Nord ? Freud n’était pas dupe des résistances que suscitait sa méthode, puisque lors de son voyage à New York pour la présenter aux américains il confiait à Jung qui l’accompagnait sur le bateau « Ils ne savent pas que je leur apporte la peste ».

On a bien la preuve de ces craintes en France, pays de haute culture, puisqu’un obscur parlementaire qui ne connaît rien à ces questions, le député U.M.P. Daniel FASQUELLE, préconise une loi pour interdire la psychanalyse et la thérapie institutionnelle dans les universités pour ce qui concerne le soin des autistes  avant de demander sans doute demain sa suppression totale ? Doit-on accepter sans réagir des textes interdisant la liberté de pensée et de recherche, dans la foulée de lois mémorielles inutiles ? Doit-on laisser faire ces détracteurs qui en voulant éradiquer la psychanalyse, cet élément important de notre culture au même titre que le darwinisme, se font les complices d’une attaque de la pensée humaine ?

A ces opposants je voudrais rappeler, et peut-être apprendre à certains, que ce sont des psychanalystes qui en France ont sorti vers 1970 les enfants autistes des asiles où ils mouraient d’hospitalisme dans des conditions effrayantes de dénuement et de désespoir (quand ils n’étaient pas cachés à la maison par honte du voisinage). Dans ces lieux indignes et mortifères les enfants ne bénéficiaient d’aucune relation humaine vraie et suivie, ni de jouets, ni d’activités d’aucune sorte, seulement de médicaments pour les abrutir. Les lits en métal étaient fixés au sol et les paillasses qui servaient de matelas étaient nettoyées le matin au jet pour enlever les matières fécales et l’urine. Toute la journée ces enfants inoccupés s’automutilaient en hurlant et en se frappant la tête contre les murs ou en se mordant les doigts. Je peux témoigner avec d’autres de ceci parce que je l’ai vu de mes propres yeux à l’hôpital de VAUCLAIRE en Dordogne entre 1970 et 1975, ce qui est certes ancien, mais tout de même pas la préhistoire. Je précise que la situation était à l’époque pratiquement la même dans tous les autres asiles.

Quant aux vaines polémiques concernant BETTEILHEIM présenté comme le grand méchant loup repoussoir par certaines associations d’autistes cela permet de passer sous silence le fait historique incontestable qu’il est la première personne à s’être concrètement intéressé à l’autisme en accueillant chez lui de 1932 à 1938 deux enfants autistes quand tout le monde s’en fichait éperdument. Après sa déportation il a été ensuite le créateur de l’Orthogénic School en 1947, quand il n’y avait alors aucune institution au monde pour s’occuper de ces enfants. Il a fait alors avec son équipe ce qu’il a pu, et de son mieux, avec les moyens et les connaissances de son époque. On ne saurait trop inciter d’ailleurs les personnes soucieuses de vérité à lire le témoignage de Geneviève JURGENSEN dans « La folie des autres », un récit de son travail d’éducatrice, ou celui d’anciens patients comme Stephen ELIOTT dans son livre « La métamorphose », ou même de revoir le reportage pour la télévision fait par Daniel KARLIN en 1974 sur la vie de la petite Marcia chez Bruno BETTEILHEIM afin de donner une idée précise de son travail à tous ceux qui, ce sont les plus nombreux, l’ignorent souvent. En France, à une époque où il n’y avait encore aucune publication sur ces questions ses apports ont certainement été à l’origine des premières réflexions et prises en charge réellement humanistes de ces enfants quand rien ou presque n’existait alors pour le soin des enfants, autistes ou non.

Aux contempteurs de la psychanalyse je voudrais aussi dire ceci : il est parfaitement exact qu’il existe des psychanalystes à l’ esprit sectaire et que certains ont commis à l’égard des familles des erreurs graves en accusant nombre d’entre elles d’avoir créé le trouble de leur enfant. Pourtant s’il n’est pas question d’exonérer ici ces praticiens douteux de leurs responsabilités, il est juste de rappeler aussi que parfois l’inconscient interagit avec le conscient de façon insidieuse, à preuve que certaines personnes peuvent éprouver de la culpabilité sans être accusées. En outre si tout le monde connaît l’importance fondatrice du maternage précoce sur la santé psychique et physique du bébé moins de personnes savent en revanche qu’une période essentielle du développement normal passe nécessairement par la symbiose enfant-mère, ce qui donne à celle-ci une place éminente, évidemment propice à des reproches autoaccusateurs ou provenant d’autres personnes. Or ce sont des psychanalystes qui ont découvert l’importance de cette phase symbiotique et qui se sont aperçus que beaucoup d’autistes ne la vivent pas. Il est donc tout aussi utile et nécessaire de s’interroger sur les perturbations susceptibles d’empêcher cette relation privilégiée entre l’enfant et sa mère que de réfléchir sur les causalités biologiques ou génétiques qui sont actuellement reconnues par un grand nombre de psychanalystes, justement par ceux qui ne sont pas sectaires et ouverts au dialogue.

On peut se demander par exemple si les soins que reçoivent les prématurés ou les hospitalisations durant leur première année de vie suite à des traumatismes obstétricaux ou à des maladies infantiles graves ne sont pas de nature à perturber l’établissement d’une relation dyadique mère nourrisson, et donc de la symbiose, en raison notamment de l’absence de vrais contacts corporels, de craintes létales, ou de séparations douloureuses génératrices d’angoisses légitimes. De la même manière il est fondé de rechercher si les dépressions post-partum peuvent altérer l’établissement d’un lien précoce entre le bébé et sa mère. Et chacun sait bien qu’il existe aussi des histoires familiales complexes qui reproduisent d’une génération à l’autre certaines difficultés inconscientes entretenues par des secrets souvent liés au sexe, à la mort, ou à la folie. Il faut indiquer enfin que les éléments nosographiques recueillis à l’occasion d’une consultation ou d’un placement spécialisé par un médecin référent ou par une assistante sociale ressemblent à une enquête visant à mieux connaître le patient pour éclairer les praticiens sur la thérapeutique à tenir, ce qui peut sans doute évoquer pour certaines personnes en situation légitime de fragilité le contexte surmoïque d’une investigation policière, surtout si les transferts inconscients viennent troubler le jeu et s’en mêler de part et d’autre. Doit-on pour autant s’interdire de parler avec une famille des éléments biographiques spécifiques destinés à mieux comprendre l’enfant dans son milieu de vie ? 

A ceux qui critiquent la psychanalyse, parfois de façon fondée et parfois de façon erronée, je voudrais dire aussi qu’à ce jour l’origine des troubles autistiques qui touchent surtout les garçons (4/5) reste encore très controversée par les chercheurs du monde entier, et qu’apparaissent sans cesse des hypothèses étiologiques nouvelles. Certaines ont eu leur heure de gloire comme le rôle des vaccins dans l’autisme avant d’être formellement récusées. L’intolérance au gluten ou à la caséine ont encore un peu la côte, mais pour combien de temps ? On parle beaucoup en ce moment de l’influence toxique de métaux lourds comme le mercure, le cadmium et le plomb ou d’autres causes environnementales. De nombreux facteurs génétiques sont évoqués à juste titre car certains semblent corroborés par des recherches sur les jumeaux homozygotes. Il est aussi question de troubles de la connectivité neuronale, de liens avérés avec les maladies de l’X fragile (syndrome de Rett etc.), ou d’une présence trop importante de neurones dans le cortex préfrontal…etc.

Cette liste n’est pas limitative, d’autant qu’elle se modifie sans cesse, mais il est clair que sa variété étiologique devrait plutôt inciter les soignants à une grande prudence sur le fait de détenir la vérité absolue sur ce sujet et accréditer davantage l’idée d’une recherche multidimensionnelle et plurifocale en réseau sur ces troubles dont la prévalence est d’ailleurs en constante augmentation ces dernières années parallèlement à l’inflation des troubles recensés par le DSM IV, ce qui laisse perplexe quand on connaît les liens dévoyés avec les laboratoires pharmaceutiques. Il n’en demeure pas moins que même dans le cas possible où les troubles autistiques auraient exclusivement une origine organique, il faut quand même s’occuper de ces enfants comme des sujets humains pour les aider à se développer par des méthodes éducatives et thérapeutiques aussi adaptées que possible à la spécificité de chacun d’entre eux. De nouveaux moyens sont sans doute à promouvoir notamment autour d’actions précoces dans le milieu familial lui-même, avec la collaboration des parents.

Pour autant certaines méthodes plus anciennes ne sont pas à rejeter a priori. Et la psychanalyse, quoique qu’en pensent ses détracteurs, a son mot à dire pour la raison qu’elle a beaucoup évolué depuis les premiers travaux freudiens. Non seulement les psychanalystes ont définitivement évité à beaucoup d’enfants autistes d’atterrir dans les mouroirs infâmes dont nous avons déjà parlé, mais cela leur a permis de travailler avec ces enfants et de faire de nombreuses découvertes utiles pour mieux comprendre leur psychisme si particulier, avec des applications pédagogiques et thérapeutiques innombrables. Citons notamment, et de façon trop brève, l’importance des travaux déjà cités sur la symbiose (Margareth MALHER), le besoin d'immuabilité (Léo KANNER), la recherche d’un environnement sécurisant (Bruno BETTELHEIM), le vécu de trou noir et son lien avec objets autistiques durs (Frances TUSTIN), la représentation bidimensionnelle de la psyché et les processus de démantèlement (Donald MELTZER), l’identité adhésive (Esther BICK), les fonctions alpha et beta de la pensée (Wilfred BION), les clivages multiples du corps (Geneviève HAAG), les travaux de LACAN, ou l’ importance de la thérapie institutionnelle pour éviter de reproduire des mécanismes de défense toxiques auprès des patients (TOSQUELLES, GUATTARI, LEGENDRE et d’autres).

Aux contempteurs de la psychanalyse je dis simplement de façon non polémique qu’ils se trompent d’adversaire : le seul qui est légitime est l’autisme lui-même, ou plutôt les autismes, mais pour s’en occuper vraiment il est absolument nécessaire que les personnes concernées apprennent à se parler, à travailler ensemble, à lancer des programmes de recherche, à réfléchir en commun aux méthodes employées, à en expérimenter de nouvelles, à favoriser les moyens d’obtenir des diagnostics les plus précoces possibles grâce à une large information, et à se respecter au lieu d’instaurer une police de la pensée digne de l’Inquisition qui est nocive pour l’ensemble de la société, particulièrement pour les familles confrontées à ces autistes qui leur infligent, ainsi qu’ aux soignants, de douloureuses blessures narcissiques.


Moyenne des avis sur cet article :  2.74/5   (23 votes)




Réagissez à l'article

27 réactions à cet article    


  • Annie 16 février 2012 19:10

    Merci de cet article qui remet les pendules à l’heure et rappelle la contribution de la psychanalyse à notre vie de tous les jours, mais particulièrement celle de Bettleheim qui a été un des premiers à vraiment se mettre à l’écoute des enfants. De rappeler aussi comme vous l’avez dit l’enfer que vivaient ces enfants il n’y a pas si longtemps, même dans des centres spécialisés suivis par des psychiatres, sanglés dans leur lit, et les mains plâtrées pour les empêcher de les mordre jusqu’au sang.


    • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 16 février 2012 20:53

      @ l’auteur

      Votre défense de la psychanalyse est bien construite.
      Les tenants de cette pratique peuvent vous féliciter.

      Votre argumentation est essentiellement victimaire.
      La pauvre psychanalyse, qui a fait tant de bien (incontestable, mais ce bien, si je vous suis bien, elle l’a fait non pas en tant que pratique psychanalytique mais en tant que porteuse d’un souci de respect de l’enfant autiste), qui a été tellement persécutée comme les juifs,
      quelle injustice de la voir mise au ban de la communauté thérapeutique.

      Alors qu’elle recèle tant de qualité conceptuelle et que le champ théorique et thérapeutique de l’autisme est un tel bazar !

      Pourquoi n’aurait-elle pas droit à l’existence, cette pauvre petite psychanalyse qui ne fait pas de mal à une mouche ?

      Je vais répondre à cette question afin de faire apparaître combien elle est indécente.

      Indécente parce que votre position victimaire se fait dans le déni complet de la position dominante qu’a actuellement la psychanalyse sur la scène thérapeutique.

      Et quand le dominant joue les victimes, alors le monde est réellement à l’envers.

      La réponse, c’est celle donnée par une mère hier ou avant hier sur l’émission service public je crois sur France Inter.

      Elle parlait des années pendant lesquelles son enfant autiste a eu une thérapie d’orientation psychanalytique. Elle parlait de son sentiment d’un immense gâchis, de tout ce temps perdu quand il y avait tellement mieux à faire.

      Voilà la réponse à votre comédie victimaire.
      Encore une fois, elle est indécente.
      Ceux qui attaquent Bettelheim se trompent de cible, certes,
      mais ceux qui attaquent la psychanalyse sous le rapport de ses résultats face à l’autisme ne se trompent pas.
      Il n’y a que dans la littérature psychanalytique que l’on peut continuer à s’illusionner à ce sujet.

      Je n’hypostasie pas, loin s’en faut, les approches comportementalistes, ABA & cie, mais je jugerais d’un bon oeil que l’HAS les recommande en première intention.


      • astus astus 16 février 2012 23:51

        Bonsoir Luc-Laurent Salvador,

        N’appartenant à aucune école de psychanalyse, je ne roule ni ne reçois d’ordre d’aucune, et ne suis pas préposé à leur défense. Je suis donc libre de penser hors des poncifs habituels qui font la doxa journalistique et les discours convenus. Mais je trouverais dommage de se priver d’outils de réflexion et de culture qui cherchent à éclairer la complexité de l’être humain et suis soucieux de l’objectivité des informations qui circulent. J’entends que beaucoup de parents se disent victimes de ces méthodes et je cherche seulement à comprendre pourquoi. Or les erreurs de certains psychanalystes ne doivent pas masquer le travail honnête de beaucoup d’autres car s’ il y a des brebis galeuses partout je connais aussi des résultats tout à fait honorables obtenus par ces méthodes. Cela n’empêche nullement de rechercher de meilleurs moyens éventuels, mais à condition de ne pas faire croire inutilement à des guérisons qui ont peu de chances de se produire. Ce sont ces blessures narcissiques qui alimentent actuellement certaines réactions exagérément violentes. Je note aussi que quand les parents se battent se sont toujours les enfants qui sont les premières victimes.

        Cordialement

        • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 17 février 2012 05:08

          Bonjour Astus

          Là, si je puis me permettre, votre défense est «  »«  » hystérique «  »«  » au sens XIXe du terme, puisque vous accusez des brebis galeuses quand il se pourrait,
          oui, il se pourrait que la frustration et la colère des parents d’enfants autistes vienne de ce que l’approche psychanalytique soit, (par construction ai-je envie de dire, cad), conceptuellement incapable d’appréhender l’autisme et dès lors incapable de proposer autre chose que des pratiques vaines, sans impact, qui, par leur omniprésence du fait de la domination de cette pensée dans le champ thérapeutique, nuisent aux bonnes pratiques, qui ne peuvent être réalisées et donc, nuisent gravement à la population autiste.

          C’est tout à fait possible et tout ce que vous avez écrit est une défense qui ne permet pas d’écarter cette éventualité.

          J’ai des raisons de penser que c’est exactement cela qui se passe. La mise en avant que vous faites du lien mère / enfant, aussi pertinente qu’elle soit pour la population en générale pourrait bien être une des raisons de l’échec psychanalytique vis-à-vis de l’autisme.

          Car lire la non communication autistique sous cet angle est une erreur affreusement réductrice et gravissime.

          Il se pourrait en effet que l’autiste soit constitutionnellement incapable d’établir quelque chose qui serait de l’ordre d’une relation avec un être humain, voire même avec un être vivant.

          Peut-être que l’autiste ne les voit pas ? Dès lors l’entourage (parents, soignants) a beau faire, toutes les approches de soins traditionnelles sont vaines.

          Si ce qui fait la base et l’efficace du lien thérapeutique n’est pas présent chez l’enfant, tout ce qui est proposé qui présuppose l’existence de ce lien ressortit à la pure et vaine agitation.

          Dès lors, les parents d’autistes ont bien raison de demander que d’autres pratiques soient proposées en première intention et non pas en désespoir de cause.

          Pour finir, ce que vous dites des parents qui se battent est non seulement d’une totale injustice mais faux. Quand les parents se battent, ils ont toutes chances de ne pas être dogmatique et de savoir repérer ce qui convient à leur enfant. Il y a je ne sais combien de témoignage qui vont dans ce sens.

          Bien cordialement


        • Corinne Colas Corinne 17 février 2012 06:47

           « à condition de ne pas faire croire inutilement à des guérisons qui ont peu de chances de se produire. Ce sont ces blessures narcissiques qui alimentent actuellement certaines réactions exagérément violentes. Je note aussi que quand les parents se battent, ce sont toujours les enfants qui sont les premières victimes. »


          Cette dernière partie discrédite le reste de votre propos.



        • astus astus 17 février 2012 12:47

          À Corinne et Jean Luc : il ne s’agit pas des familles d’enfants autistes, que je respecte, mais des « parents » au sens de représentants les plus connus ou les plus « puissants » des différents courants en présence : pendant que ces responsables s’affrontent par presse ou lobbies interposés, et défendent leur pré carré, on s’occupe moins des enfants, et c’est pour cela qu’ils trinquent. Je propose que ces personnes apprennent plutôt à se connaître et à travailler ensemble qu’à polémiquer.

          À Jean-Luc : je trouve votre référence à l’hystérie amusante quand on connait l’origine de ce mot. En effet jusqu’au XVIII ème siècle on a brûlé des personnes qui ont été accusées d’avoir un commerce sexuel avec le diable. Et l’inconscient n’est-il pas le diable en chacun de nous ? C’est très freudien çà !

          Mais je vous rejoins tout à fait quand vous écrivez ceci : « Il se pourrait en effet que l’autiste soit constitutionnellement incapable d’établir quelque chose qui serait de l’ordre d’une relation avec un être humain, voire même avec un être vivant. » La question de la cause de cette incapacité est en effet primordiale. Est-elle  constitutionnelle : un défaut inscrit dans le biologique pour faire court, ou peut-elle avoir d’autres origines comme celles que j’évoque dans mon post. Je vous rappelle que pour le moment personne ne sait avec certitude, raison pour laquelle il me paraît fondamental de ne pas se fermer de porte a priori. C’est une simple précaution heuristique.

          Pour finir je remarque que les différents commentateurs de mon texte peinent à trouver des arguments sérieux à opposer aux faits vérifiables que je présente. Il est plus facile alors de se réfugier dans l’esquive et l’émotionnel. C’est une particularité de notre époque.


        • Corinne Colas Corinne 17 février 2012 16:30

          Annexe :

           Pour finir je remarque que les différents commentateurs de mon texte peinent à trouver des arguments sérieux à opposer aux faits vérifiables que je présente. 

           N’hésitez pas à varier vos lectures ! Je vous propose l’excellent livre de Mr Bénesteau :

          « Mensonges freudiens : Histoire d’une désinformation séculaire »

          http://www.amazon.fr/Mensonges-freudiens-Histoire-d%C3%A9sinformation-s%C3%A9culaire/dp/2870098146

           

          et quelques extraits savoureux : http://books.google.fr/books?id=OTH5kq7fUtoC&pg=PA336&lpg=PA336&dq=réquisitoire+Pollack+contre+freud&source=bl&ots=yz-OEGeula&sig=74ztxn1

          Vous y découvrirez notamment la véritable biographie de votre héros : Mr Bettelheim qui s’y entendait en contes de fée. Et avant même que vous m’objectiez des choses ignobles sur Mr Bénesteau qui a écrit là un livre exceptionnel mais qui a fait l’objet d’une cabale éhontée sous prétexte d’une défense maladroite, je vous invite aussi à vous procurez d’autres auteurs plus expérimentés face aux attaques des chiens de garde de la psychanalyse, ceux-ci « blancs comme neige » n’ont pu être taxés de quoi que ce soit tels : Catherine MeyerMikkel Borch-JacobsenJean CottrauxDidier Pleux,Jacques Van Rillaer et leur ouvrage collectif : " Le livre noir de la psychanalyse : Vivre, penser et aller mieux sans Freud"ou encore Richard Pollack enfin traduit en France en 2003 
           "Bruno Bettelheim ou la fabrication d’un mythe. Une biographie" présentation : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article221

           

          et encore quelques extraits : http://www.facebook.com/note.php?note_id=163072713735627

           

          je vous conseille particulièrement ce qui est mentionné aux pages 294 et 305 par rapport à votre passage décrivant vos années 70 :

          « A ces opposants je voudrais rappeler ( ….)Je peux témoigner avec d’autres de ceci parce que je l’ai vu de mes propres yeux à l’hôpital de VAUCLAIRE en Dordogne entre 1970 et 1975 »

          Veuillez m’excusez mais au vu de la difficulté à avoir un vrai diagnostic en 2012, ce n’est pas parce que vous décrivez votre « expérience » (le terme « autisme » servait alors de pseudo-diagnostic fourre-tout et s’appliquant dans des conditions sans rapport les unes autres, seule l’étiologie psychodynamique [psychanalytique] ayant de l’importance) que l’on peut croire sur parole que ces enfants aliénés étaient tous des autistes ! Encore une belle image d’Epinal sur la condition d’autiste : soit il bouffe ses crottes soit il est Rayman. Vous écrivez que les psychanalystes les ont sortis de l’asile...ils les emmenés où ?

          Hou..hou sur l’émotionnel mais votre article est plein d’émotionnel et c’est bien vous qui engagez une bataille polémique contre le projet de Mr Fasquelle tandis que dans le même temps, vous nous faites un pathos sur la nécessité de laisser les choses telles quelles afin d’empêcher que « les parents ne se battent »... pourtant si papa Fasquelle se bat contre maman psychanalyse, c’est bien pour sortir les enfants (autistes et leur famille) de sa méchante gueule... de crocodile (en référence au film comique ; « le Mur » qui dénonce les fantasmes psy)

          Bien cordialement,

          Corinne


        • Corinne Colas Corinne 17 février 2012 16:33

          Veuillez m’excuser, j’ai oublié les guillemets, fallait lire je vous cite : 

          "Pour finir je remarque que les différents commentateurs de mon texte peinent à trouver des arguments sérieux à opposer aux faits vérifiables que je présente. "

          et ci après ma réponse :
           N’hésitez pas à varier vos lectures ! etc.



        • Martin Tamar 17 février 2012 02:24

          Ce n’est pas parce qu’une frange lunatique ou tel ou tel grope a été persécuté par des régimes autoritaires ou barbares qu’une pseudo science gagnerait en exactitude, fiabilité ou vérité.

          Les francs-maçons - pour ne prendre que cet exemple- eux-aussi ont été persécutés.

          Ce statut de victime ne saurait en faire des saints ipso facto.

          La psychanalyse est une imposture intégrale. Il suffit de lire l’ouvrage de Michel Onfray pour s’en convaincre. OU de lire quelques traités de Freud..Hi ! Hi !

          Sa judaïcité n’est pas pertinente pour applaudir et réfuter ses théories. Elles seraient tout aussi méprisables si elles avaient été élaborées par un chrétien ou un musulman ou même un athée.

          Seules la France et l’Argentine croient encore àla pseudo-science psychanalitique, une discipline qui aurait dû rejoindre le sort de la phrénologie depuis longtemps.

          Evidemment, on comprend que ceux qui vivent de ce lucratif business, pas trop épuisant, se rebellent au moment où leur imposture est dénoncée et leur gagne-pain menacé.

          OÙ sont les témoignages de « patients » aidés par la psychanalyse ?

          Les diseurs de bonne aventure, astrologues et autres adeptes des « mancies » n’ontpas, eux, de prétention « scientifique ».

          Les mères ne sont pas responsables de l’autisme de leurs enfants. Soutenir le contraire est un abus de confiance. Il devrait figurer expressément dans le Code pénal.


          • Alpo47 Alpo47 17 février 2012 07:30

            Et si on faisait simple, hors des sempiternels débats sur ce sujet ?
            La psychanalyse, combien de personnes « guéries » ?
            Ou, un peu moins ambitieux, combien de vies améliorées ?
            Tout le monde sait déjà, y compris analystes et analysés, que la réponse est cinglante et définitive.


            • ekarine 17 février 2012 11:04

              Morceaux choisis du Lacan Quotidien du 16 février 2012 consultable dans sa version intégrale sur ce lien : http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2012/02/LQ-1573.pdf

              « - Il est clair que la HAS n’a pas bien anticipé l’affaire, et qu’elle a été prise de court par la divulgation de formulations encore provisoires. Elle a été bien inspirée en diffusant dès lundi après-midi un communiqué stipulant qu’« une version définitive » sera mise au point « d’ici la fin du mois de février », et que celle-ci « tiendra compte des éventuelles observations de l’ensemble des experts qui ont participé à ce travail ». »

              « L’enjeu, quel est-il ? C’est de savoir où iront les fonds publics. Extrêmement minoritaires, les techniciens du conditionnement comportementaliste voudraient bénéficier désormais d’un soutien exclusif de l’Etat. À cette fin, ils ont excité des parents d’autistes, et manipulé leur souffrance, sans nul doute authentique, pour la transformer en force de frappe anti-psychanalyse et anti-psychiatrie. »

              « La campagne des parents. Ces malheureux veulent croire que la causalité de l’autisme est connue (alors qu’elle ne l’est pas), que celle-ci est exclusivement neurologique (et donc que l’environnement n’y est pour rien), et qu’une panacée existe : les techniques comportementalistes. »

              Vous noterez cette volonté d’accaparement des fonds destinés au soins des enfants autistes.
              Cela tranche avec le discours par voie de presse qui soutient l’ouverture du monde psychanalitique aux autres approches.

              Enfants vous remarquerez l’extrême condescendance avec laquelle ils parlent des parents qu’il considèrent comme des êtres faibles, manipulables, méconnaissant le sujet, déniant totalement leur intelligence.

              Les discours larmoyants ci-dessus prennent dès lors une autre teinte. L’inquisiteur de ce « bûcher de socière » c’est clairement le psychanaliste.


              • Magnon 17 février 2012 11:06

                Il y a un fait incontestable, les parents d’enfants autistes haïssent la psychanalyse et ses thuriféraires !
                Pourquoi ? Simplement parce que cette doctrine n’amène aucune solution et beaucoup de souffrances !
                En résumé, c’est l’idée de la faute biblique :« Si votre enfant est autiste, c’est de votre faute, allongez vous sur mon divan et payez ma facture » !
                Et en se relevant du divan, plus légers de pas mal d’Euros, il reste l’immense souffrance de l’enfant et de sa famille.


                • Spip Spip 17 février 2012 15:02

                  @ l’auteur

                  Je suis assez d’accord avec vous, il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain...

                  Ceci-dit, et à côté des faits, quel est le sentiment qui circule depuis longtemps ? En gros, que les écoles psychanalytiques ont une influence disproportionnée et souvent négative vis à vis de l’évolution des thérapeutiques. Le refus systématique d’une évaluation extérieure des pratiques et des résultats ne faisant qu’aggraver les choses.

                  Le monde des soignant (et des soignés) n’est pas un monde de Bisounours, les réalités matérielles y sont bien présentes. Un psychanalyste est, très majoritairement, un travailleur indépendant avec une clientèle. Toute restriction de son activité entraînera des réactions corporatistes, comme dans n’importe quelle autre profession, bien sûr.

                  L’autiste mourant à petit feu, au fond d’un HP, dans le pavillon le plus déshérité, j’ai bien connu aussi. On n’y parlait même pas d’autisme, il était « considéré » comme un débile profond, (potentiellement dangereux) A l’époque, 70/80 aussi, je n’ai jamais croisé l’ombre d’un psychanalyste dans ces services.

                  Aujourd’hui, autant je ne peux adhérer à l’école du tout-médicament et du DSM qui va avec, autant je ne peux pas non plus conforter des pratiques qui s’attribuent le privilège de s’auto-évaluer. D’expérience, je n’ai jamais eu l’occasion de voir un psychanalyste « travailler ensemble »...


                  • astus astus 17 février 2012 15:42

                    @ Spip : merci pour votre réponse qui incite aussi à la modération et à la prudence, ce qui n’est pas très mode aujourd’hui, mais on ne va pas refaire ce monde contemporain qui réclame sans cesse du technique, c’est à dire du normatif et de l’efficient associé à une pensée binaire : 1/0, plus/moins, bon/mauvais. Les mêmes qui crient au loup face aux abus réels de la finance ont du mal à réaliser qu’en misant uniquement sur cette technicité ils confortent en réalité un ultralibéralisme qu’ils critiquent volontiers par ailleurs et qu’ils font lit à une société de plus en plus orwellienne ou l’humain n’est qu’une variable d’ajustement. Car de plus en plus de machines qui nous obéissent au doigt et à l’oeil nous transforment insidieusement en tyrans qui croient que les autres devraient nous obéir comme elles. Si les psychanalystes utilisaient de gros appareils très coûteux montrant les « illuminations » du cerveau des autistes comme dans un jeu vidéo, nul doute qu’ils seraient davantage pris au sérieux. Cela dit il est en effet légitime de rechercher des évaluations plus rigoureuses qu’autrefois, et je suis très partisan pour cette raison d’un travail pluridisciplinaire en équipe. Bien à vous.


                    • Spip Spip 17 février 2012 16:39

                      Le « travailler ensemble » est une sorte de quête du Graal dans le monde psy. Tout le monde l’invoque, c’est la valeur suprême, on était près de le toucher, et puis...

                      Et puis, il suffit d’assister à une réunion de travail pluridisciplinaire pour voir, assez rapidement, surgir le vieux réflexe néandertalien : l’empiétement (réel ou supposé) sur MON territoire ! C’est un invariant qui pèse lourd et ce n’est pas gagné quand on veut travailler ensemble...

                      Cordialement.


                      • Corinne Colas Corinne 17 février 2012 16:45

                        Je me permets de rajouter un commentaire tant il m’apparaît que la hauteur avec laquelle vous traitez le sujet, nuit paradoxalement à votre objectivité. On a du mal à vous suivre.

                        En effet, vous venez défendre la psychanalyse au prétexte de la salutaire confrontation d’opinions diverses dans tout pays qui se veut démocratique. Vous avez raison sur un plan philosophique ou éthique ou pourquoi pas justement scientifique (ne soyons pas avares de « ique ») et l’on pourrait rester des heures à discuter de la fameuse « liberté de penser » (chère à un chanteur de variété assez connu)… qui est de fait, celle aussi de « chercher ».

                        Je ne rentrerai pas dans le faux débat du caractère scientifique ou pas de la psychanalyse. Mieux, je n’imagine pas qu’une absence de preuve puisse autoriser certaines attaques contre cette discipline. En effet, si les psychanalystes et les curés ont ceci de commun qu’ils nous demandent d’avoir la foi du charbonnier, chacun a le droit après tout, d’émettre des hypothèses et théories diverses et quelques unes ont un sacré pouvoir placebo. 

                        Le hic, c’est quand on veut nous faire croire que la psychanalyse serait un moteur indispensable de la Recherche avec un grand R, pour ce qui concerne les troubles du spectre autistique. 

                        Pour comprendre ce que vous défendez, lisons un peu par exemple ce qui s’écrit à Paris VIII :

                         /www.departementpsychanalyse.com/default.aspx">http://www.departementpsychanalyse.com/default.aspx

                        Extrait "La vocation du département de Psychanalyse est de transmettre et d’accroître les savoirs qui sont issus de l’expérience analytique ou qui lui sont connexes.

                        En effet, le savoir freudien n’est pas réductible à un corps de doctrine clos et définitivement constitué. Fondé sur une expérience qui se répète à chaque cure dans sa singularité, ce savoir doit faire l’objet non d’une initiation, mais d’une transmission. Mais cette transmission n’a de prix qu’autant qu’elle permet d’éclairer et de promouvoir une clinique, c’est-à-dire de rencontrer un réel que d’autres savoirs (psychologique, philosophique, psychiatrique) évitent.
                         Ce réel auquel tout être parlant a affaire, Freud l’a rencontré dans ses cures, quand le sujet vient à y buter contre le roc de la castration. Mais il l’a aussi rencontré et saisi, par bouts, dans tout le champ de ce que nous appelons la culture. En quoi ce champ, pour peu que nous l’explorions en suivant les chemins qu’il a frayés, se constitue comme champ freudien, et autorise, requiert même, une approche clinique.
                        Ce qui ne signifie pas qu’il faille pathologiser la littérature, la peinture ou l’histoire. La recherche en psychanalyse n’est pas une psychanalyse appliquée. Elle ne vise pas, comme beaucoup l’ont cru et entrepris, à l’annexion impérialiste de disciplines ou de domaines étrangers. Rien d’ailleurs, en fait ni en droit, de ce que produit l’être parlant n’est étranger à un savoir qui s’origine dans une écoute. Tout, au contraire, lui est connexe. Et c’est à élucider ces connexions, à montrer comment se nouent ou se dénouent, dans des domaines apparemment hétérogènes, les chaînes d’une même logique du signifiant, que s’attache le département de Psychanalyse."

                         "rencontrer un réel que d’autres savoirs (psychologique, philosophique, psychiatrique) évitent"

                        Mazette ! 

                        "La recherche en psychanalyse n’est pas une psychanalyse appliquée. Elle ne vise pas, comme beaucoup l’ont cru et entrepris, à l’annexion impérialiste de disciplines ou de domaines étrangers. Rien d’ailleurs, en fait ni en droit, de ce que produit l’être parlant n’est étranger à un savoir qui s’origine dans une écoute. Tout, au contraire, lui est connexe. Et c’est à élucider ces connexions, à montrer comment se nouent ou se dénouent, dans des domaines apparemment hétérogènes, les chaînes d’une même logique du signifiant, que s’attache le département de Psychanalyse."

                        Là, la recherche en psychanalyse, c’est presque du « Alain Delon » par « lui-même ». Ses tenants gravitent dans de si hautes sphères qu’on se questionne sur la finalité de la matière. Dans le Dico, il faudrait d’ailleurs rajouter « psychanalyse » aux synonymes de « néologisme ». 

                        Revenons sur terre. Le « coin » de votre argumentation, c’est le contexte dans lequel, votre démarche s’inscrit

                        Autisme et psychanalyse 

                        donc puisque vous associez bien ces deux mots : « autisme » et « psychanalyse » pour défendre cette dernière, je me permets de recentrer le sujet sur la vraie question soulevée par Mr Fasquelle : la place de la psychanalyse dans la prise en charge des troubles du spectre autistique.

                        Et bien justement, la psychanalyse a failli en ce domaine. Je vous renvoie aux propos de l’éminent Dr Fombonne. Ceux-ci résument bien la situation :

                        La psychiatrie de l’enfant est dominée en France par un courant de pensée : la psychanalyse. Les pédopsychiatres mènent souvent leurs entretiens avec des approches un peu naïves  : ils en reviennent toujours aux affects, aux relations supposées perturbées avec les parents, notamment avec la mère. Et ils ne posent pas les bonnes questions. La psychiatrie française a créé dans les années 1980 sa classification des troubles mentaux de l’enfant, qu’absolument personne n’utilise en dehors des frontières de l’Hexagone. L’autisme y figure, avec une définition extrêmement étroite qui concerne les cas les plus sévères. Les autres catégories diagnostiques parlent de « disharmonie » psychotique, névrotique ou «  déficitaire ». Si bien que beaucoup d’enfants autistes ne sont pas reconnus en tant que tels, mais diagnostiqués dans ce fouillis des dysharmonies qui reflètent des concepts psychanalytiques dépassés et sont systématiquement associés à des prises en charge basées sur des psychothérapies inadaptées.

                        (extrait d’un entretien paru dans »La Croix" et="et">span>

                        http://davidfontey.blogspot.com/2011/12/comment-la-psychanalyse-parasite-le.html )

                         Il ne s’agit donc plus de discourir sur le bien-fondé ou non de l’enseignement des théories psychanalytiques sur précisément les troubles du spectre autistique. Ce genre de discussion qui était banale chez nous, il y a 10 ans peut être, aujourd’hui elle n’est plus soutenable sur le plan international.

                        Nous serions scandalisés si le traitement de l’AVC (accident vasculaire cérébral) était considéré comme relevant du champ psychanalytique, idem de l’Alzheimer et d’autres encore... Sauf le grand public en France, on sait depuis des lustres que les troubles du spectre autistique, résultent d’un dysfonctionnement cérébral. Pourquoi on le sait ? Parce que tandis que la psychanalyse figée sur son piédestal, se sent régulièrement outragée, il semble que le monde de la recherche peut se passer de l’apport supposé scientifique et indispensable des supporters de Freud, Lacan et autres gourous, tout au moins en ce qui concerne les autismes et apparentés. 

                        Divers champs disciplinaires (médical, éducatif) s’y emploient... avec modestie, d’autant qu’une hétérogénéité des étiologies semble prévaloir, aucun chercheur ne prétend donc détenir la vérité, idem des remédiations proposées même si certaines donnent des  résultats. 

                        Précision, bien sûr l’autisme (et apparentés) n’est pas une maladie, ce n’est pas non plus de la « folie » (terme malencontreux lu au détour d’un commentaire ailleurs sur Agoravox), cela ne se « guérit » pas pour autant au sens premier du terme y compris avec les nouvelles approches. Celles-ci sont plutôt des outils mis à disposition comme lorsqu’on donne des lunettes à quelqu’un qui souffre d’une mauvaise vue ou une canne à quelqu’un qui boîte. 

                        En résumé, quel est le problème soulevé par ce député ? Par méconnaissance médicale en France (on n’est pas obligé d’être fortiche en tout), il y a encore un grand retard dans la prise en charge des enfants et adultes atteints d’un trouble du spectre autistique. Il convient donc de dépoussiérer la formation à ce sujet. 

                         Ouf, enfin un député courageux qui met les pieds dans le plat ! 

                        Le « diplôme » de psychanalyste ne s’obtient pas en fac de toute façon, et sommes-nous obligés de défendre l’ « opinion » des tenants du créationnisme ou de la terre plate sous le fallacieux prétexte que toutes les hypothèses sont possibles dans l’absolu. Il est plus que temps de faire connaître aux étudiants français, l’actualité de la recherche concernant les troubles du spectre autistique et de faire un peu de ménage en balayant les théories définitivement obsolètes. Tout le monde se rit de nous à l’étranger depuis un moment déjà.

                         

                         Si le Médiator a fait des ravages, c’est parce que sa prescription a été élargie à n’importe qui. Il en est de même avec la psychanalyse.  


                        • astus astus 17 février 2012 19:04

                          A Corinne :

                          Je ne vois pas en quoi les éléments que vous apportez constituent une réfutation des faits que j’avance puisque vous n’en parlez quasiment pas. Je rappelle donc les principaux :

                          La psychanalyse est principalement combattue sous les régimes totalitaires (oui/non)

                          Elle constitue une partie du savoir humain, et donc de la culture. (oui/non)

                          M. Bettelheim avait mauvais caractère (ce n’est donc mon pas héros !), mais il a été le premier à s’intéresser à ces enfants avec les moyens de son époque (oui/non)

                          Comme Freud avant lui, ils ont beaucoup tâtonné et se sont peut-être trompés sur certains points. Mais le grand Newton lui-même a ignoré la relativité (oui/non)

                          La recherche psychanalytique et institutionnelle a élaboré après Freud et Bettelheim de nouveaux concepts qui sont éventuellement intéressants à connaître (oui/non)

                          En 1970 un certain nombre de personnes connaissaient la description de l’autisme faite par Kanner en 1943 et  pouvaient donc poser ce diagnostic. (oui/non)

                          La plupart des enfants internés dans les asiles, autistes ou non, sont allés dans les hôpitaux de jour créés spécialement pour les sortir de là.(oui/non)

                          En province le premier date de 1970. A partir de cette date d’autres établissements plus différenciés ont été créés pour accueillir justement les autres enfants. (oui/non)

                          Les causes de l’autisme sont encore mal connues mais tous ont en dépit de leurs difficultés un psychisme.(oui/non)

                          Les psychanalystes se sont intéressés aux origines du psychisme et ont découvert que ces enfants n’accédaient pas à la symbiose. (oui/non)

                          Il existe des situations (prématurité notamment) qui ne favorisent pas les liens précoces et peuvent peut-être entrainer des troubles autistiques (oui/non)

                          L’observation psychanalytique des bébés et les recherches sur l’origine de la pensée sont des outils intéressants pour comprendre ces situations (oui/non)

                          A aucun moment je ne pense qu’il faut laisser les choses en l’état actuel et je dis même le contraire. (cf. dernier paragraphe : oui/non)

                          Le diagnostic précoce est un élément décisif de l’évolution de ces enfants (oui/non)

                          NB. Si vous en êtes d’accord je vous propose d’en rester là : écrire un article demande déjà un certain travail. Vous avez fait l’effort de me répondre et moi aussi mais à présent j’ai d’autres occupations et peut-être vous également. Merci de votre collaboration. Cordialement.


                        • Corinne Colas Corinne 22 février 2012 23:14

                          Partie A

                          C’est avec retard que j’ai pris connaissance de votre « commentaire suite à mon commentaire » et je n’avais pas de disponibilité jusqu’alors. Internet « garde tout », puisque ne pas répondre voudrait dire « être d’accord »…

                           Je ne conteste pas le fait que la psychanalyse puisse apporter un épanouissement personnel à certaines personnes. Je ne nie pas l’importance de l’introspection de façon générale. Je ne nie pas l’importance du rôle de « veilleur » des psychanalystes. A bien des égards, ils ont l’expérience et la distance nécessaire qui permettent d’alerter sur des faits de société inquiétants. Je pense ainsi à la pétition lancée à propos de la télévision et des enfants, à la pétition « zéro de conduite », à la place trop facilement accordée du méthylphénidate dans l’accompagnement du THADA etc.

                          Mon propos est basé sur un seul thème : la place de la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme. L’approche d’inspiration psychanalytique (au sens large) a été invalidée au niveau international. « Les conceptions, qui dans un souci de l’aider, prêtaient à l’enfant une certaine intentionnalité et donnaient un sens à son autisme » ont été remisées au grenier, comme antiquités, partout ailleurs, sauf en France. Aux USA, c’est dès1975, qu’a été voté le « Development Disabilities Act », soit « la reconnaissance officielle de l’existence d’incapacités liées au développement (parmi lesquelles sont citées ensemble : l’autisme, l’épilepsie, le retard mental et les infirmités motrices cérébrales) et la proclamation de la nécessité de prises en charge spécifiques. Avec ce combat d’arrière-garde contre le projet de loi du député Mr Fasquelles, les psychanalystes français démontrent qu’ils sont les Cro-Magnon de la Santé Mentale.

                          Vous me pressez de nombreuses questions, m’obligez à des réponses superficielles mais nous ne sommes pas dans un jeu télévisé où il faut répondre par oui ou par non. Ne vous inquiétez pas pour mon emploi du temps, vous avez fait l’effort d’écrire 14 questions, je ne serai donc pas impolie et prendrai bien 1h. En revanche, je précise d’avance que je me contenterai de ces 14 questions, et ne répondrai pas aux questions suscitées par mes réponses à vos questions…ouf ! La passion est l’ennemie de la raison ; cela m’incite à passer mon chemin.

                          Je vous cite : « La psychanalyse est principalement combattue sous les régimes totalitaires (oui/non) ».

                          Ma réponse :

                           Les régimes totalitaires combattent tout, la liste est longue et la psychanalyse n’y occupe pas une place privilégiée. 

                          1° arrêtons la victimisation systématique 2° le totalitarisme n’est pas toujours là où on pense :

                          // (…..) Il n’existe probablement rien dans la théorie psychanalytique qui ne trouve son exacte correspondance dans la morale judéo-chrétienne, patriarcale et culpabilisante.(…) L’ordre moral patriarcal et culpabilisant dont la psychanalyse constitue le mythe fondateur enserre l’individu dans un étau de culpabilité et de soumission qui le privent à jamais de son autonomie, de son identité. (...) // (extrait de « l’identité individuelle et l’implication politique » de Philippe Laporte)

                           

                           

                          Je vous cite : « Elle constitue une partie du savoir humain, et donc de la culture. (oui/non). »

                          Ma réponse :

                           Il semble bien que la psychanalyse fasse partie de la culture, comme science sociale mais peut-elle se parer des oripeaux du « savoir » au sens de « savoir médical » ? Entre « savoir » et « culture », le sujet de votre article étant la place de la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme, permettez-moi une citation : // Si la validité d’une théorie se mesurait à l’aune de son succès culturel, nous devrions compter les diverses religions parmi les théories scientifiques. (Mikkel Borch-Jacobsen),//

                           

                          Je vous cite : « M. Bettelheim avait mauvais caractère (ce n’est donc mon pas héros !), mais il a été le premier à s’intéresser à ces enfants avec les moyens de son époque (oui/non) »

                          Ma réponse :

                          Il n’est pas question de « mauvais caractère » mais de fraude… Un exemple : (traduction) bien que souvent il a affirmé avoir étudié sous Freud à Vienne, Bettelheim ne possédait pas de formation formelle dans la psychanalyse, à la place détenait un diplôme en philosophie. En outre, Bettelheim a affirmé que 85% de ses patients à l’École Orthorgenic ont été guéris après un traitement, mais la plupart des enfants n’étaient pas autistes et les rapports de cas qu’il a présentés dans ses livres étaient souvent des fabrications (Pollak, 1997)

                           

                          Je vous cite : « Comme Freud avant lui, ils ont beaucoup tâtonné et se sont peut-être trompés sur certains points. Mais le grand Newton lui-même a ignoré la relativité (oui/non) »

                          Ma réponse :

                          Laissons Newton de côté, il ne s’agit pas d’incriminer les « tâtonnements » de Freud ou Bettelheim. Le problème, c’est plutôt que ceux-ci sont reçus pour faits scientifiques à notre époque. Je l’ai dit plus haut : je crois profondément que la psychanalyse a sa place dans notre société mais pas comme enseignement à des futurs médecins, psychologues, infirmier(e)s, orthophonistes etc. Je vous renvoie à Lacan : « La psychanalyse n’est pas une science. Elle n’a pas son statut de science, elle ne peut que l’attendre, l’espérer. C’est un délire — un délire dont on attend qu’il porte une science. On peut attendre longtemps ! Il n’y a pas de progrès, et ce qu’on attend ce n’est pas forcément ce qu’on recueille. C’est un délire scientifique. » (Jacques Lacan, Ornicar ? Bulletin périodique du champ freudien, 1978)

                           


                        • Corinne Colas Corinne 22 février 2012 23:42

                          Partie B


                           Je vous cite : « La recherche psychanalytique et institutionnelle a élaboré après Freud et Bettelheim de nouveaux concepts qui sont éventuellement intéressants à connaître (oui/non) »

                          Ma réponse :

                          Je ne vais pas répéter ce que j’ai dit plus haut… Comme la recherche a pour finalité une application pratique, ne nous égarons pas… et concrètement, parlons du packing. Ce concept est vigoureusement dénoncé.

                           

                          Je vous cite : « En 1970 un certain nombre de personnes connaissaient la description de l’autisme faite par Kanner en 1943 et pouvaient donc poser ce diagnostic. (oui/non) »

                          Ma réponse :

                           Ne soyons pas aussi présomptueux ! L’autisme de Kanner (regroupement de11 cas puis 98 prises en charge), ou ce que l’on appelle aussi « autisme infantile précoce », une forme d’autisme qui n’est qu’une partie de l’iceberg des TSA. En 2012, l’on peut toujours évoquer la difficulté du diagnostic… alors imaginez en 1970 ! Aujourd’hui encore, c’est le parcours du combattant pour les familles et en France, il est légitime de se demander de quel autisme on parle dès lors que ce terme cache de multiples étiquettes telles que « schizophrénie infantile », dysharmonie évolutive », « psychose infantile »… Ensuite, au-delà du diagnostic, il est légitime de s’interroger sur la prise en charge de l’autisme des années 70. Vous vous référez à Kanner… Et bien Kanner,prudent, n’a jamais émis que des hypothèses sur les origines de l’autisme. D’autant que pour lui, les symptômes de l’autisme étaient des réactions secondaires à un //défaut fondamental inné//, non pas une conséquence (mécanisme de défense, de repli), précisant que sa // typologie des parents était une simple donnée d’observation//. Un fait important : // il avait constaté que « 10% des autistes avaient des parents normaux, et que des parents avec les mêmes caractéristiques que les parents d’autistes pouvaient avoir des enfants normaux //. Complétant son travail, // il niait, en 1968, que l’autisme pût être considéré comme une perturbation, une maladie créée par l’homme//. Il se demandait aussi si ce qu’il avait constaté chez certains parents, ne // traduisait pas une sorte d’autisme minimal, en faveur d’une hypothèse génétique// (// Histoire de l’Autisme // de Jacques Hochman).

                          Nous sommes très loin des certitudes des tenants des orientations psychanalytiques qui n’ont pas hésité pour la plupart (encore aujourd’hui, voir le film « Le mur ») à s’engouffrer dans une seule voie, certains n’hésitant pas à préconiser la séparation d’avec les familles, rajoutant du malheur à des situations difficiles.


                          Je vous cite : « La plupart des enfants internés dans les asiles, autistes ou non, sont allés dans les hôpitaux de jour créés spécialement pour les sortir de là.(oui/non) » et « En province le premier date de 1970. A partir de cette date d’autres établissements plus différenciés ont été créés pour accueillir justement les autres enfants. (oui/non) »

                          Ma réponse :

                          Ici, je vous renvoie à un effort exemplaire, encore le livre : « Histoire de l’autisme » de Jacques Hochman. L’auteur, membre honoraire de la Société psychanalytique de Paris, ne peut être taxé de partialité : // Les hôpitaux de jour se multiplièrent. (…) Cette expansion rapide n’était pas sans poser des problèmes (…). Pour la plupart, les équipes étaient jeunes et, malgré un effort de formation sans précédent, restaient encore inexpérimentées et promptes à céder aux effets de mode, cachant quelque fois leur insécurité, par une adhésion sans réserve à des idéologies simplifiées // (…). Pour être juste, je précise afin de ne pas trahir sa pensée, en ne reprenant que ce qui m’arrange, qu’ensuite, il écrit : // Elles faisaient cependant preuve d’un grand enthousiasme et d’une grande créativité, sources d’une extrême variété. //

                          Je rajouterai mon propre commentaire : … Cette riche période de notre Histoire qui a compté aussi les diverses expériences à la campagne à s’occuper des chèvres etc. n’a pas fait l’objet d’un suivi sérieux de la part des autorités publiques heureuses d’oublier ceux qui ne votent pas. Changer le lieu sans changer sur le fond, le regard porté sur les capacités des autistes : on peut légitimement s’interroger sur la finalité du but poursuivi. Exemple, Dolto géniale sur l’idée des jardins d’enfants, a été passablement incompétente dans sa vision de l’autisme. Ne disait-on pas à l’époque que ce n’était pas « pour les guérir ». Les autistes ont été la justification de diverses expériences notamment de type « baba cool » fort préjudiciables. Demander des prises en charge validées, cela semble une agression pour ceux qui ronronnent doucement dans le champ du handicap, eux-mêmes refuseraient pourtant de prendre des médicaments ou d’acheter une auto, sans contrôle à la base. Ils se lamentent sur les familles devenues soi-disant « consommatrices » de soins cependant ils ont bien une rémunération.

                           

                           Je vous cite : « Les causes de l’autisme sont encore mal connues mais tous ont en dépit de leurs difficultés un psychisme.(oui/non) »

                          Ma réponse :

                          Ils ont aussi deux yeux, des jambes... . Vous parlez de « psychisme » pour ne pas faire oublier qu’il y un inconscient, des émotions à prendre en compte ? La théorie psychodynamique obsolète à propos de l’autisme ou le fait qu’il ne faut pas les priver des services d’un psychothérapeute, voire d’un analyste  ? Je vous rappelle l’objet de la démarche du député Mr Fasquelle : mettre la France en conformité avec les pratiques internationales validées, c’est-à-dire prendre une position éthique car ce ne sont pas des cobayes.

                           

                          Extrait de sa lettre à Mme Antier : // (…) Qu’ils soient américains ou européens, les spécialistes soulignent l’inefficacité de la psychanalyse, ou pire, ses effets néfastes (voir notamment la publication de « Separating Fact from Fiction in the Etiology and Treatment of Autism » http://www.srmhp.org/0101/autism.html ou le « Guide de bonnes pratiques dans le traitement des troubles du spectre autistique » du ministère de la santé espagnol). Le guide des bonnes pratiques du ministère de la santé espagnol de 2006 (p13) indique clairement que « l’approche psychanalytique a été une des plus grandes erreurs dans l’histoire de la neuropsychiatrie infantile ». Chacun sait en outre que la théorie psychanalytique n’est pas scientifiquement établie, et contrevient en cela aux critères de l’Organisation mondiale de la santé, qui exige que les traitements apportés aux personnes soient fondés sur l’état le plus avancé de la science (evidenced based medicine). // http://www.scoop.it/t/resautisme/p/1243825086/reponse-ouverte-de-daniel-fasquelle-a-edwige-antier-concernant-la-proposition-de-loi-visant-l-arret-des-pratiques-psychanalytiques-dans-l-accompagnement-des-personnes-autistes-09-fevrier-2012

                           

                           

                          Je citerai aussi l’avis des Suisses pondérés :

                          // une prise en charge de type psychologique ne suffit pas puisque la majeure partie des difficultés se situe à un autre niveau et réclame donc un autre type de traitement. Il ne s’agit pas là de remettre en cause la valeur d’un traitement psychologique, mais de faire la part des choses. //

                           (http://www.insieme-ge.ch/documentation/bulletins/dossier180.pdf

                          Et je rajouterai un fait difficile à admettre pour les psychanalystes :

                          La France a enfin reconnu que l’autisme était un « trouble neuro-developpemental » (HAS- 2010), la deuxième étape, c’est sans doute de comprendre que puisque c’est un handicap, et non une psychose, sa prise en charge ne relève pas de la psychanalyse.

                           



                        • Corinne Colas Corinne 22 février 2012 23:55

                          Partie C (fin)


                          Je vous cite : « Les psychanalystes se sont intéressés aux origines du psychisme et ont découvert que ces enfants n’accédaient pas à la symbiose. (oui/non) ».

                           

                          Ma réponse :

                          Les psychanalystes sont de grands défricheurs du « psychisme » mais vous n’êtes pas obligé de les croire sur parole surtout si la finalité pratique, c’est la solution « Bettelheim ». 

                           

                          Je vous cite : « Il existe des situations (prématurité notamment) qui ne favorisent pas les liens précoces et peuvent peut-être entrainer des troubles autistiques (oui/non) »

                          Ma réponse :

                          Ne pas confondre l’hospitalisme  / autisme. L’un n’entraîne pas l’autre. Et facteurs de risque ne signifie pas « cause ». Une situation d’après-guerre le démontre assez par ex. Abandon, maltraitance, négligence voire incompétence parentale… tout cela existe mais tous les enfants dits « en souffrance psychique » (une notion floue), avec des troubles de l’attachement etc. ne sont pas nécessairement des autistes ou troubles apparentés, répétons-le.

                           

                          Je vous cite : « L’observation psychanalytique des bébés et les recherches sur l’origine de la pensée sont des outils intéressants pour comprendre ces situations (oui/non) »

                          Ma réponse :

                          Au lieu « des outils », ne sont-ce pas plutôt les conclusions que vous trouvez intéressantes ? Les observations d’Esther Bick ou plutôt Winnicott, psychanalyste (et psychiatre), mais d’abord pédiatre et qui a eu besoin au préalable de 5 ans d’analyse parce qu’il avouait avoir beaucoup de mal à se représenter un bébé comme un être humain. Déjà, c’est inquiétant en soi et on se demande pourquoi il avait choisi la profession de pédiatre, ensuite s’il a brillamment théorisé « l’objet transitionnel », il a en effet « découvert » une grande banalité : le bébé dépend de sa mère pour se construire. Ce qui traduit dans le jargon, devient : // l’établissement de son moi doit reposer sur un sentiment continu d’exister // (…) qui ne peut être procuré par la mère qu’à la condition qu’elle « parvienne à cette maladie normale qui lui permet de s’adapter aux tous premiers besoins du petit enfant avec délicatesse et sensibilité // Par « maladie », il faut entendre la bonne maladie qui est « la préoccupation maternelle primaire ». A cela, il faut ajouter l’observation suivante : // si on part du principe que la mère est en bonne santé psychique (et que tout se passe bien) elle établit aussi les bases de la force de caractère et de la richesse de la personnalité // Pour comprendre « ces situations » que vous citez plus haut, il serait donc important de prendre en compte le rôle essentiel de la mère (les fameux holding et handling). Personne ne doute que le bébé a besoin de sa mère, de surcroît pas trop tarée si possible mais est-ce à dire que l’autiste a forcément une mère défaillante ? C’est là un raccourci saisissant qui n’est plus d’actualité.

                          Concernant « la pensée », je termine par un psychanalyste avant-gardiste qui à propos de l’inconscient, nous dit que ce n’est qu’ « une commodité de langage pour mieux traduire de façon ramassée un ensemble de processus ». (Alain de Mijolla. Préhistoires de famille. Ed. PUF, 2004) 

                          De fait, je »pense« que la neuropsychologie, c’est une aide précieuse...


                          Je vous cite : A aucun moment je ne pense qu’il faut laisser les choses en l’état actuel et je dis même le contraire. (cf. dernier paragraphe : oui/non)

                          Ma réponse :

                          Je ne doute pas de votre sincérité mais vous ne réalisez pas que si on est arrivé au point où le législateur est obligé de se saisir du cas de l’autisme en France, c’est bien parce l’orientation psychanalytique imprègne toute formation à ce sujet. Les psychanalystes devraient se demandaient pourquoi la situation est aussi conflictuelle. Il ne s’agit même pas au fond de débattre du caractère scientifique ou pas de la psychanalyse. Je vous invite à lire « Psychanalyse et science » de Francis Martens (psychanalyste) :

                          // Où le bât blesse concernant la  théorie psychanalytique, c’est quand Popper y applique son critère de réfutabilité en postulant – au moins implicitement - qu’il existe une psychanalyse appliquée sur le même mode qu’une physique appliquée. Or, il n’en est rien. Si l’exigence de réfutabilité demeure, ici c’est directement à la théorie qu’il faut l’adresser. En effet, la pratique psychanalytique ne procède nullement de l’application d’une technique, il n’y a aucun lien méthodologique direct entre divan  et inconscient. Ce n’est pas le lieu de s’attarder sur ce thème. Soulignons seulement que, dans le cadre de la cure, chaque cheminement est singulier et ne peut se voir évalué selon des critères standardisés : protocoles pour la phobie, la dépression, l’anorexie, etc. Pour des raisons psychanalytiques aussi bien théoriques que pratiques, il n’est pas de validation clinique individuelle possible de la psychanalyse (…) // .


                          J’en déduis qu’il serait donc hypocrite de récuser la psychanalyse pour ce qui fait, semble-t-il à mes yeux, son originalité, sa spécificité (voire « sa force » diront ses défenseurs sans que j’aille jusque là), ce serait plutôt pour son incapacité à reconnaître qu’elle a échoué dans la prise en charge de l’autisme à cause justement de la théorie. 

                          De fait, plaider pour « travailler ensemble », cela implique forcément d’accepter que d’autres disciplines, d’autres prises en charge sont plus bénéfiques aux autistes. 

                          Vous avez donné comme titre à votre article : « Le bûcher des sorciers », il aurait pu s’intituler : « Le bûcher des vanités »…( association libre)

                           

                          Je vous cite : « Le diagnostic précoce est un élément décisif de l’évolution de ces enfants (oui/non) »

                          Ma réponse :

                          Pourquoi cette question ridicule ? Quelqu’un peut-il raisonnablement répondre : « non, un diagnostic ne doit pas être précoce… ». Un point à souligner : si la prise en charge est d’orientation psychanalytique, peu importe que le diagnostic soit précoce ou pas. Lire le rapport : http://www.srmhp.org/0101/autism.html

                           


                        • JL JL1 17 février 2012 19:12

                           »Nous appellerons donc « obscurantisme contemporain » toutes les formes sans exception de mise à mal et d’éradication de la puissance contenue, pour le bénéfice de l’humanité tout entière, dans Darwin, Marx et Freud. » (Alain Badiou)

                          Sans commentaire.


                          • Patrick Samba Patrick Samba 17 février 2012 20:33

                            Bonsoir,

                            vous avez écrit là un remarquable article, une excellente synthèse, utile donc. Merci.
                            Et compliment également pour votre patience, qui a de justes limites.

                            Vous avez raison de resituer l’irascibilité anti-psychanalyse dans son contexte, celui d’une époque particulièrement troublée, où l’obscurantisme pointe de nouveau un nez d’une dimension conséquente. Vivement qu’il retrouve sa taille incompressible. 


                            • Magnon 17 février 2012 20:48

                              @l’auteur
                              Des études en cours associent la majorité des troubles autistes à une infection chronique !
                              4 sur 5 seraient guéris par un traitement antibiotique !
                              A vérifier scientifiquement, car en science, il faut toujours vérifier, en particulier sur le plan fondamental, le lien entre infection chronique et l’autisme.
                              Mais, si ce traitement fonctionne, quelle joie et quelle espérance pour les familles !
                              Un marché de moins pour la psychanalyse !
                              Après avoir perdu le traitement des ulcères de l’estomac, autrefois traités comme des troubles liés au stress, maintenant par des antibiotiques contre l’hélicobater pilori, quelle crise économique pour la psychanalyse !
                              Quoique, les parents ne supportaient plus l’immixtion de la psychanalyse dans le traitement de leur enfants !


                              • JL JL1 18 février 2012 09:04

                                Sauf erreur de ma part, ce n’est pas la psychanalyse qui est responsable de l’échec du traitement des psychoses, mais peut-être de psychiatres qui auraient entrepris de faire mentir Freud, l’inventeur du concept disait lui-même que la psychanalyse devait se cantonner au seul traitement des névroses.


                              • astus astus 19 février 2012 11:20

                                A JL1 : excusez ma réaction tardive, et merci pour cette citation d’Alain Badiou, plus actuelle et pertinente que jamais. Il est exact que le champ originel de la psychanalyse concerne les névroses, même si certains patients seraient aujourd’hui plutôt qualifiés de borderline. Il n’empêche que les auteurs cités dans mon texte, avec d’autres non mentionnés comme Mélanie Klein, se sont beaucoup intéressés aux périodes les plus précoces du psychisme et à des mécanismes de défense caractéristiques de certaines psychoses. En arrière plan de ces recherches il y a les questions fondamentales suivantes, particulièrement pertinentes pour l’autisme : comment naît la pensée, et à quoi sert-elle ? Les travaux de W. Bion sont très utiles, mais d’un accès plutôt difficile.

                                Bien à vous.

                                • Pierreb 20 février 2012 13:52

                                  Voici ci-joint le lien vers une pétition en faveur d’une approche clinique et éthique de l’autisme : http://www.lacanquotidien.fr/blog/textepetition/


                                  • astus astus 20 mars 2012 16:25

                                    Je vous remercie pour votre commentaire bienveillant et vous souhaite de la réussite dans vos études. Vous pointez à juste titre certaines réactions insuffisamment matures qui sont en réalité des opinions dictées par l’émotion, plutôt que des arguments, mais cela fait partie de la condition humaine. Je pense cependant qu’il est préférable dans une société que chacun puisse s’exprimer, même en affirmant des choses fausses (mais la vérité existe-t-elle ?) qu’un régime totalitaire qui musèle les gens. Gardons internet libre de toute ingérence politique, ce qui n’exclut pas des règles de bienséance. Cordialement.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès