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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le ciel dans la peau

Le ciel dans la peau

Pièce d'Edgar Chias mise en scène par Anaïs Schoemann, jouée par Odille Lauria, Compagnie Les Montures du Temps.

Une femme seule en scène. On entend deux récits de viols. Tout comme s'il n'y avait pas de moment de joie, d'entente ou de plaisir dans les relations des hommes et des femmes et notamment dans le moment sexuel de cette relation. Si tu es du « côté de la jupe, que tu t'assois pour pisser » il n'y a rien pour toi en ce bas monde. On nous le répète, pour que nous le comprenions bien... « Les femmes sont faites pour être baisées, dans tous les sens de ce terme... » « On ne verra pas de femme qui construit sa propre destinée ». Il n'y a pas tant d'homme que ça qui ont la chance de construire leur propre destinée, il ne faut pas trop mystifier les autres. (Je cite de mémoire, je n'ai vu le spectacle qu'une fois.) On appelle ça bâtir la figure de l'autre en ennemi. Quand on fait de l'autre un ennemi, on lui prête toutes les qualités utiles pour la guerre : on lui prête la qualité d'être uni, sans débats ni contradictions, qu'il sait ce qu'il veut, qu'il sait ce qu'il faut faire pour obtenir ce qu'il veut, qu'il le fait sans difficulté et qu'il récolte au terme de ces actions exactement ce qu'il a voulu. Peu d'hommes ont la chance de construire leur propre destinée.

C'est un spectacle qui surfe sur le flot des lieux communs actuels à propos des relations hommes-femmes :

  • l'amour hétérosexuel ne peut être qu'un viol poli. Les hommes sont mauvais, surtout pour les femmes, par nature, de naissance, de tout temps... Une société de violeurs ? demandait Marcela Iacub qui a peu été entendue. Et :

  • seules les femmes ont droit à la parole sur ce sujet (de façon visible au moins, l'auteur du ciel dans la peau est un homme ainsi que quelques techniciens...). Les difficultés des relations hommes-femmes n'appartiennent pas à la discussion, au débat, à l'échange verbal, elles appartiennent à la condamnation identitaire de la moitié de l'humanité par l'autre moitié.

A la fin un choeur de femmes sort du public dire, psalmodier un court poème. Une cheffe de choeur est suivie par les autres, suivie vocalement, cela va sans dire. Dans le temps du spectacle, la comédienne prend toutes sortes de voix, des accents pas toujours bien tenus. Elle interrompt soudain une emballée plein de mots compliqués pour nous dire que nous sommes au Mexique, et que l'on doit danser et rire. Elle offre dans la salle des bières et des boissons gazeuses et elle danse. La question n'est pas tellement de savoir où l'on est à ce moment-là, mais ce qu'il y a voir et à entendre. Que nous vaut cette dégradation du caractère spectaculaire de cette pièce de théâtre.

On a l'impression d'un théâtre didactique, militant, mais pour une cause dont on nous dit qu'elle est perdue, qu'elle est perdue depuis longtemps, qu'on le sait depuis longtemps. Un théâtre militant qui vise à dénoncer les idées reçues, les clichés, peu importe la qualité des moyens mis en jeu. Et peu importe le caractère de clichés des éléments mis contre les clichés.

L'histoire « lue » par l'héroïne date du temps du roi Salomon et elle contient les mêmes caractéristiques que l'histoire censées être actuelles. Ces deux histoires nous sont explicitées comme étant les « mêmes ». On ne sait pas bien si cette honte sans faille faite aux hommes et qui date de si longtemps peut trouver aménagements, diminutions ou encore mieux réparations. « Il faut que tu dises la vérité. Parler. Tout raconter. » nous dit le prospectus donné à l'entrée. Si c'est le but, il y a encore du travail !


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