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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le ciel est pour tous

Le ciel est pour tous

Ce spectacle, écrit et créé par Catherine Anne, au Théâtre de l’Est Parisien, veut donner à penser sur les relations entre la religion et le pouvoir politique. La tolérance semble être le maître-mot des bonnes mœurs, de la bonne morale, sans lequel revient la dénonciation calomnieuse des autres, qui n’ont pas la même religion. Il me semble que ce spectacle rate cette cible et propose un tableau assez complet des pensées, sentiments, croyances généralement admis sur ce sujet. Il fait un tableau anatomique de l’état des esprits actuels. Cependant, il n’avance pas sur la réflexion, il ne fait pas avancer la réflexion.

Comme je l’ai fait pour d’autres spectacles dont j’ai parlé, je propose plus une analyse de la place politique de ce spectacle dans la société qu’une analyse de son caractère spectaculaire ; un spectacle me paraissant proposer un moment politique, médiatisé par un spectacle, plus qu’un moment planant au dessus de la politique d’où se tiendrait de façon spectaculaire un discours politique.

Ce spectacle est une mécanique scénaristique. Il est fondé sur un ensemble de présupposés non-dits par l’auteure. Il rajoute un élément, une pièce si j’ose dire, à l’impossibilité dans laquelle nous sommes en ce moment de penser le religieux dans nos vies.

Dans Le ciel est pour tous, les religions poussent à une affirmation forte de la croyance, et à des pratiques du côté de la force de l’affirmation. Autrement dit, les religions poussent de façon endémique au fondamentalisme. De la même manière, l’athéisme est une conviction forte, antireligieuse. L’athéisme n’est pas un désintérêt pour la religion, une incompréhension des raisons qui font croire... une distraction.

L’autre aspect des religions est qu’elles oppriment les femmes. Plus ou moins. Mais toujours.

Les personnages sont clivés sur une ligne, appelée tolérance. Les tolérants sont victimes des intolérants. C’est comme ça depuis l’affaire Calas… au moins.

Dans ce monde tranché, il y a quelquefois des positions un peu médianes mais il n’y a jamais de débat, il n’y a pas d’évolution des personnages. Ils affirment une sorte d’appartenance à un des deux « clans » et posent leurs actes dans cette obédience. Il n’y a pas d’évolution des personnages au cours de la tranche de vie qu’est la pièce, mais il n’y a pas d’évolution possible parce qu’il n’y a pas d’échanges entre ces deux groupes humains, d’une manière générale.

Le père : s’est débarrassé (tout seul) de la religion musulmane dans laquelle il était né. Athée intolérant, il répudiera sa fille puis son fils. Il reprendra contact avec sa fille alors qu’elle est gravement victime de l’intolérance religieuse (catholique).

La mère : est un des rares personnages médian. Agnostique (et tolérante donc), elle a tenu cependant à faire un enterrement catholique à son père, au grand dam de certains membres de la famille.

La fille : écrit un livre « Tolérance » sur l’affaire Calas, étendue par des analogies jusqu’à nos jours (une sorte d’abîme du spectacle que l’on voit). Elle se marie avec Jonas qui veut une bénédiction de leur mariage à l’église (d’où son exclusion par le père). Jonas a un frère jumeau illuminé par Dieu et qui rejette l’Eglise, en tant qu’institutionnalisation de la foi, laquelle devrait être directe liaison à Dieu.

Le fils : va vers la religion catholique et se fait baptiser, devient intégriste violent, particulièrement haineux envers sa sœur. A la fin, il participe à une agression envers sa sœur lorsque paraît le livre. Il est rejeté, de ce fait, par le père.
Le curé : est un manipulateur terrible. Il est de toutes ces « affaires » religieuses de la famille. Il réintègre le frère fou à l’Eglise, pilote le fils… etc.

La tante, sœur de la mère : ruine sa vie pour faire des films dans lesquels des femmes de pays musulmans parlent de leur situation de femme. C’est une généreuse, comme la fille. Elle déteste les religions et se bat pour les femmes. Elle a sa vie et n’est pas directement impliquée par la tranche de vie narrée de la famille.

L’action : Au début, donc, le grand-père qui vient de mourir va être enterré religieusement alors qu’il était athée. Le père laisse faire (?). La tante veut dire à l’Eglise que cet enterrement ne respecte pas le mort, mais y renonce après une discussion avec la fille qui la convainc que cela ne sert à rien.

Les années passent. La fille écrit son livre mais elle accepte une bénédiction pour son mariage, le père la répudie. Le fils fait sa catéchèse en cachette de tous. Il demande au curé d’empêcher la parution du livre de sa sœur qui dit aussi du mal de lui quand elle écrit sur sa famille. La tante revient d’un pays du Moyen-Orient où elle a été arrêtée et a bien failli être tuée. Elle se remet sur pied et y retourne. Elle reviendra avec ses enregistrements mais personne ne voudra de son film. Le livre « Tolérance » finit par paraître.

Le fils reçoit des coups de fil d’une jeune fille sans nom à laquelle il ne veut pas répondre car il ne parlera qu’à la femme que Dieu lui aura choisie pour sa vie et il veut être sûr que c’est la bonne. Il en a un sentiment un peu tragique. La jeune fille sans nom se suicide. Le père renoue avec sa fille, agressée, et répudie son fils devenu catholique et intolérant, qui se suicide.

Le curé veut inverser le sens de ce suicide en prétendant que c’est le père qui a assassiné le fils parce qu’il était devenu croyant. L’affaire Calas est recréée.

Cette histoire de famille passe par des formes proches du théâtre de boulevard : des personnages entrent, disent ce qu’ils ont à dire et qui fait avancer l’histoire puis repartent. Il y a même la sonnerie de la porte et l’interrogation « qui vient ? ». Des pans de ciel, peints sur des toiles et pendus aux cintres, tombent et servent parfois de paravent à des personnages qui, découverts par la chute d’un de ces pans, commencent à jouer. Ils restent en tas au sol, balayés deux fois par le curé et enjambés ou contournés par les personnages. Voilà pour le théâtre.

On peut noter que l’intolérance est toujours masculine. La femme est victime de la religion, à l’intérieur, mais elle est aussi victime à l’extérieur parce qu’elle porte une tolérance que la religion refuse. La fille, la tante sont activement sur la défense de la tolérance et la défense des femmes. La mère aussi, qui ne joue pas de rôle dans l’action, et déclare se sentir dépassée, ne rien comprendre à ce qui arrive.

Les textes de présentation de cette pièce prennent la laïcité comme athéisme. Catherine Anne nous dit qu’elle parle d’une famille laïque, ballottée entre respect de la foi et respect de la laïcité. Elle est pleinement dans la confusion actuelle : la laïcité est un attribut de l’Etat, ce ne peut pas être l’attribut d’une famille. La laïcité ne peut être mise en équivalence avec la foi. Catherine Anne veut interroger le monde. Cependant, elle brasse les idées en circulation sur la question, ce que tout le monde croit comprendre, croit savoir, la façon dont tout le monde pense que le problème se pose. Elle le fait plutôt bien. Mais elle ne porte pas interrogation, elle rajoute une pièce au fond de l’impasse conceptuelle où nous nous sommes mis, elle nous y enfonce un peu plus.

Nous devons retrouver l’athéisme, que nous avons abandonné, l’athéisme c’est-à-dire un guide pour l’action de l’Etat, sans quoi, effectivement, la « prophétie » circulaire et conservatrice de Catherine Anne, la recréation de l’affaire Calas, pourrait bien s’accomplir.
 

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