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Le cycle arthurien et la forêt de Brocéliande

Les romans, relatant l’épopée du roi Arthur et de ses chevaliers, sont à peu de choses près l’équivalent, pour le nord de l’Europe, de ce que L’Illiade et L’Odyssée sont pour la civilisation méditerranéenne, à la différence que ce trésor culturel tomba trop vite dans l’oubli et ne fut pas suffisamment diffusé hors des frontières de l’ancien monde celte. Ils prennent forme dans la littérature au XIIe siècle et relatent l’histoire d’un chef celtique qui, au Ve siècle, aurait mené la lutte contre les Saxons. Mais il n’est pas impossible non plus que Guillaume le Conquérant et la fameuse bataille d’Hastings (14 octobre 1066), où le Normand battit les armées de Harold II, n’aient inspiré les auteurs de ce cycle romanesque. Ces œuvres sont à la fois imprégnées de civilisation médiévale, de féerie et de mythes celtiques. L’idéal profane et courtois de la chevalerie et l’idéal religieux et mystique le plus pur s’y côtoient sans cesse.

La cour du roi Arthur, cœur de toutes les actions, d’où partent et où s’achèvent les diverses aventures, apparaît comme le modèle de la société féodale. Il y règne un code de chevalerie rigoureux dont chacun est tenu d’apprendre et de respecter les droits et les devoirs. Il existe même un code délicat d’amour courtois, selon lequel le chevalier doit à sa dame ce que le vassal doit à son suzerain. C’est sur cette riche toile de fond que s’inscrivent les cérémonies, les tournois, les fêtes, les adoubements, les amours des preux chevaliers et de leurs damoiselles, au long de ce qu’il est convenu de nommer le cycle arthurien.

Proche de ce monde marqué par la violence des réalités guerrières et l’ardeur des passions humaines, un autre monde surnaturel s’ouvre aux personnages de cette suite de romans : la forêt de Brocéliande, royaume des fées et des magiciens. Les eaux profondes du lac de Diane abritent l’enfance de Lancelot et retentissent de l’écho de fêtes étranges. Les amants de Morgane - la maléfique - s’égarent dans le Val-Sans-Retour. Merlin l’enchanteur abandonne peu à peu ses pouvoirs à la fée Viviane et se laisse enfermer dans une prison d’air auprès de la fontaine de Barenton. Un sanglier imprenable entraîne la chasse royale dans une course éperdue depuis les étangs bleus de Paimpont jusqu’au golfe du Morbihan.

Un autre thème se mêle aux précédents et lui confère une dimension mystique : il s’agit de la quête du Saint-Graal. Le Graal est la coupe précieuse qui servit à la célébration de la Cène et dans laquelle Joseph d’Arimathie recueillit le sang du Christ au soir de la Passion. La recherche du Graal est la plus haute aventure qui puisse s’offrir à la chevalerie du roi Arthur. C’est pour rassembler les chevaliers dignes de s’engager dans cette quête que Merlin instaure la Table Ronde, clair symbole d’égalité entre les Preux, puisque nul n’a préséance.

Aujourd’hui encore la forêt de Paimpont (la Brocéliande légendaire) ne compte pas moins de 8000 hectares de landes, taillis, fougères, pinèdes, égayés de nombreux étangs fleuris de nénuphars et festonnés de joncs. Le site le plus caractéristique est le Val-Sans-Retour, auquel on accède par des sentiers depuis le village de Tréhorenteuc. Des remparts et une porte fortifiée à demi enfouie sous la végétation sont les anciennes défenses du Château de Comper, hélas profondément remanié au XIXe, mais dont l’étang, qui se love à ses pieds, est selon la tradition celui où la fée Viviane recueillit le jeune Lancelot, fils de roi abandonné par sa mère, et l’éleva secrètement dans un palais de verre jusqu’à l’âge de 18 ans. Non loin, le pont du Secret n’est autre que celui où Lancelot osa avouer son amour à la reine Guenièvre, épouse du roi Arthur. Mais le lieu peut-être le plus mythique est la fontaine de Barenton. Bien qu’elle ne soit plus aujourd’hui qu’une maigre source au fond d’un bassin, on ne peut manquer d’évoquer les rendez-vous galants que la fée Viviane accordait en cet endroit à l’enchanteur Merlin. Ce dernier, dans sa naïveté d’amoureux, lui divulgua un jour ses secrets et se retrouva prisonnier d’un mur d’air qu’il ne put jamais franchir, symbole du génie dominé par la ruse. C’est également en ce lieu qu’apparut un cerf blanc au collier d’or, que se déroula le combat victorieux d’Yvain, un des Chevaliers de la Table Ronde contre le Chevalier noir, gardien de la fontaine et, ici encore, qu’Yvain offrit au roi Arthur et à ses six mille compagnons un repas pantagruélique qui dura trois mois.

L’HISTOIRE


Au cœur de la forêt de Brocéliande, Merlin l’enchanteur s’éprend de la fée Viviane. En témoignage d’amour, il lui offre une fête magique. Alors qu’en son royaume de Vogres Arthur procède à l’adoubement de jeunes chevaliers devant la cour rassemblée. Il rappelle à chacun ses devoirs dans l’ordre de la Chevalerie, tandis que Merlin leur prédit les plus hautes et nobles aventures. Fils du roi Bau de Bénoïc, Lancelot, enfant délaissé par sa mère, est élevé par la fée Viviane. Il grandit auprès d’elle au fond des eaux du lac de Diane, dans un palais de verre. Lorsqu’il atteint l’âge de 18 ans vient, pour lui, l’heure d’accomplir sa vie d’homme et de se séparer de celle qui l’a recueilli et protégé.

A la cour du roi Arthur, Saraïde, messagère de la fée Viviane, requiert du souverain qu’il arme Lancelot chevalier. Après son adoubement, celui-ci obtient de la reine Guenièvre de pouvoir la servir. Les premiers élans d’un amour réciproque s’éveillent en eux.

Pour les Chevaliers du roi Arthur, le temps est venu de se consacrer à la quête du Saint-Graal. Seul le meilleur Chevalier du monde sera digne de retrouver la coupe qui servit à la Cène et recueillit le sang du Christ. Merlin réunit les Chevaliers autour d’une Table Ronde où nul n’a préséance. Les Preux font serment de vouer leur vie à la victoire du Bien sur le Mal.

Près de la fontaine de Barenton, en forêt de Brocéliande, Merlin dévoile à Viviane les secrets de ses pouvoirs. La fée tisse alors autour de lui les murs d’air d’une prison magique qui le retiendra à jamais. Désormais seule sa voix parviendra à la conscience du roi Arthur et de ses Chevaliers pour inspirer leurs actions.

Lancés sur les chemins hasardeux de la Quête du Graal, les Chevaliers de la Table Ronde s’égarent à de multiples reprises, victimes d’infortunes diverses en cette recherche spirituelle qui s’avère d’une exigence terrible et met leur courage et leur volonté à rude épreuve. Alors que Lancelot, plus chanceux, s’illustre par de nombreuses prouesses. Saraïde le prévient contre la tentation d’orgueil et lui rappelle les devoirs qui incombent au meilleur Chevalier du monde.

La cour de la reine Guenièvre réunit demoiselles, pages, dames, poètes, musiciens. Tandis que veille Morgane, la sœur du roi Arthur, dont le cœur est envieux et mauvais. Lancelot et Guenièvre se font l’aveu de leur amour, se rejoignent au pont du Secret et se livrent à leur passion.

De nombreux Chevaliers ont déjà péri au cours de la Quête. Perceval, le naïf Gallois, sent naître en lui la vocation de la chevalerie. Mais il subit les quolibets d’une foule bigarrée et joyeuse. Plus tard, adoubé et accueilli dans l’ordre des Chevaliers, il recevra la vision lumineuse du cortège du Saint-Graal.

Lancelot se désespère de sa faiblesse. Il a osé aimer la femme de son roi. Mais la voix de Merlin lui rend l’espoir en l’assurant que son fils Galaad deviendra le maître de la Quête. C’est Lancelot lui-même qui l’armera chevalier. Auréolé de lumière divine, Galaad est bientôt considéré comme le meilleur chevalier du monde et prend sa place autour de la Table Ronde.

La passion qui lie Lancelot et Guenièvre les a égarés. En leur âme, le doute et l’espoir, le péché et la grâce s’affrontent tels deux chevaliers, l’un vêtu de noir et l’autre de blanc, en un combat incertain entre le mal et le bien. Comme eux les Chevaliers de la Table Ronde livrent souvent de vains combats et se perdent dans la nuit du doute et du découragement. Seuls trois élus, montés à bord d’une nef, vont mener la Quête à son terme : Perceval le vierge, Bohor le chaste et Galaad le pur. De retour à la cour du roi Arthur, Bohor fait le récit de cette ultime aventure : Galaad a été comblé par la révélation du Saint-Graal.
Resté en présence de Guenièvre, Lancelot renonce à son amour pour elle et supplie la reine de s’engager avec lui sur la voie du repentir.

La Quête du Graal achevée, que reste-t-il aux Chevaliers de leurs appétits terrestres, si ce n’est de s’épuiser dans la poursuite d’un sanglier imprenable ? Dans son manoir, Morgane dévoile avec perfidie au roi Arthur les images peintes jadis par Lancelot et qui, toutes, retracent ses amours pour Guenièvre. Parce que l’honneur du roi l’exige, le sort de Guenièvre doit se décider au cours d’un tournoi. Un mystérieux Chevalier accepte d’être son champion. Sa victoire sur Gauvain, le champion du roi Arthur, innocente la reine. Mais, lorsque celui-ci relève son heaume, tous le reconnaissent : c’est Lancelot qui disparaît avant que rien ne puisse être tenté contre lui.

Une nouvelle épreuve attend le roi Arthur : son fils Mordret a levé une armée de félons contre lui et revendique la couronne du royaume de Logres. Les Chevaliers de la Table Ronde s’engagent à le combattre aux côtés de leur souverain.

Au soir de l’ultime bataille, Guenièvre et Arthur se font leurs adieux. L’image de Merlin vient visiter le roi et l’exhorte à renoncer à une guerre sans espoir. Durant le gigantesque affrontement de la bataille de Salesbières, les héros de la chevalerie arthurienne sont décimés et le roi Arthur mortellement blessé. A l’instant de rendre l’âme, il demande à ce que son épée Escalibur, symbole de la justice et de l’unité perdues, soit jetée dans un lac. Seul un héros digne de ressusciter les prodiges de la Chevalerie du roi Arthur sera en mesure de la faire réapparaître.

Quant à Lancelot, dépouillé des symboles de la chevalerie, il s’avance solitaire, disant : "Je ne puis conserver en moi que l’ombre des souvenirs de cette terre provisoire". Ainsi le veut le destin de l’homme, de tout homme sur cette terre, dans l’attente et l’espérance d’un monde meilleur...

Pour connaître les sentiers de randonnées de la forêt de Paimpont, s’adresser à l’Office du Tourisme au numéro suivant : 02 99 07 84 23.

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  • Par Daerel (xxx.xxx.xxx.190) 8 août 2008 12:11
    Daerel

    Salut à tous,

    Les sources historiques réelles sont faibles. Une note dans des chroniques écrites par le moine gallois Nenius comme quoi un dux britannorum nommé Artus aurait vaincu les saxons (ou les angles, allez savoir) au Mons Badonicus (localisation inconnue).

    Il est fort probable que des victoires mineures de chefs bretons (bretons au sens de l’époque, c’est à dire ce qui est actuellement la Grande-Bretagne) durant les 5e et 6e siècles aient été amalgamées en un mythe sur un grand roi breton qui sauvait le peuple... Vu la situation de l’époque qui a conduit les Bretons à fuir par millier l’île pour se réfugier en Petite Bretagne et dans le nord de l’Espagne (le royaume du Léon est en partie né grâce à ces réfugiés), il y avait besoin d’un mythe porteur d’espérance. Teintée des légendes galloises, cela aurait donné la version primitive du mythe arthurien qui reprend beaucoup des légendes du Mabinogion (où le héros-dieu Gwydion est très proche du Lugh irlandais).

    Les Bretons exodites venaient surtout des Cornouailles. Les Bretons du Pays de Galles (Cymru, on les appelle parfois les Cymriques) bâtirent un mur et se défendirent comme ils purent contre les Saxons.

    Au nord, des cousins partageant la même foi, le christianisme celte, commencèrent à envahir le nord de l’Île et ces hommes d’Irlande donnèrent le nom de Scotia à l’Ecosse en fondant surtout le royaume de Dal Riada (dans les îles occidentales d’Ecosse autour de Mull et Iona) avec leurs moines. Cela donna sans doute force au royaume d’Orcanie dans la Légende arthurienne (interprétation personnelle).

    Cependant, ces Bretons chrétiens vont être à nouveau trahis par le Pape lui-même. En effet, l’Eglise celtique était coupée de Rome depuis la chute de l’Empire romain et les Gallois, irlandais et autres Scoats avaient conservé des rites que l’EGlise romaine n’acceptait plus (surtout la tonsure des moines, la supériorité des abbés sur les évêques ou encore le calcul de la date de la fâte de Pâque)... Rome va envoyer des missionaires évangéliser les rois anglo-saxons... contre les chrétiens celtes. Il va s’ensuivre des massacres et des guerres qui vont aboutir à la fin de l’Eglise celtique qui rentrera dans le rang et... viendront alors les invasions vikings !

    Le mythe va revivre plus tard, fort probablement sous l’impulsion de l’Eglise qui en avait ras le bol des chevaliers (errants ou non) qui faisaient la guerre entre eux, pillaient les Eglises... Le développement de ces romans va de paire avec le mouvement des Paix de dieu (serment des chevaliers de ne pas attaquer les moines, les femmes, les enfants, les églises...) et des Trêves de dieu (interdiction de sa battre certains jours de la semaine...). Cela va donner lieu aux romans de Chrétien de Troyes au XIIe siècle (qui n’ont que rarement Arthur comme héros principal mais des membres de sa cour qui ont des vertus incroyables comme Perceval le pur, Yvain le chevalier au lion...), Thomas Malory (Le morte d’Arthur qui parle réellement d’Arthur, écrit au XVe siècle) ou encore la réecriture du mythe de Tristan et Yseut. Les auteurs chrétiens vont puiser dans l’imaginaire paien pour créer des héros chrétiens en y mélangeant allégrement symbolique celtique et chrétienne (l’ajout du graal par exemple, Yvain qui s’allie à un lion, symbole apostolique, Perceval le chaste...). D’autres romans vont aussi naître issu du vieux fonds germanique ou populaire (comme Huon de Bordeaux où apparaissent Charlemagne, pendant germanique du roi Arthur et Aubéron, le précurseur d’Obéron le roi des Fées de Shakespeare). Je serai curieux de voir les romans courtois écrits par les auteurs du royaume des Asturies, de Galice et de Léon pour voir ce qu’ils ont pu produire avec la matière celtique amenée par les réfugiés. SI quelqu’un en sait quelque chose, je suis preneur ;)

    Après, cela eut un tel succès que l’histoire a été reprise et reécrite un nombre incalculable de fois.

    Oula, je m’arrête, je crains d’être confus surtout que ma méoire vacille parfois pour que je sois rigoureux dans certaines dates ou personnages cités :(

  • Par Daerel (xxx.xxx.xxx.190) 8 août 2008 12:24
    Daerel

    L’analyse que vous faites en présentant le mythe arthurien comme une reconstruction du XIXe siècle est en fait une reconstruction de la reconstruction du mythe arthurien du XXe siècle.

    En réalité, le XIXe siècle a eu peu de choses à faires pour reconstruire le mythe arthurien vu que les auteurs chrétiens du Bas Moyen Age (entre le 11 et le 15e siècle) l’ont eux-même reconstruit pour présenter les personnages issus du monde arthurien comme des parangons de la chevalerie afin que les "racailles" de l’époque qui pillaient les églises, violaient, incendiaient ou faisaient des guerres privées aient un modèle à suivre... et oui, à cette époque, les racailles étaient les chevaliers. Les moines et les prêtres en ont bavé pour les calmer soit par la menace (excommunication, interdit ou la cérémonie monastique de malédiction dont je ne me souviens plus du nom), soit par la manipulation culturelle (les romans arthuriens mais aussi les romans sur les paladins de Charlemagne comme Huon de Bordeaux) soit par des obligations assermentées (Trêve de dieu et Paix de dieu)... Comme ils ont raté, lancer les Croisades en promettant le pardon de tous le spéchés (même en mourant en y allant) a été la solution idéale (oui, envoyer les chevaliers violents d’Europe crever en Palestine était l’une des raisons des Croisades en plus des autres).

    POur en revenir aux romans arthuriens médiévaux, on a créé le chaste (et un peu idiot) Perceval qui va devenir l’un des plus grands chevaliers, Yvain et son lion, Lancelot... Là-dedans sont exaltés la chasteté, l’obéissance, la loyauté à son suzerain (le dilemme de Lancelot par exemple) mais aussi comment expier ses fautes pour devenir meilleur... etc.

    Le XIXe siècle a trouvé dans ces romans des personnages idéaux pour son hygiénisme et son moralisme. Rien d’autres :D

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