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Le Danien de Vigny (95). Analyse bibliographique critique - Première partie

 Les assises de Vigny ont été, durant prés d'un siècle, l'objet de vives controverses. On ne peut, passer sous silence les arguments développés par les tenants des thèses opposées. Ceci pour la simple raison que chacune des parties s'est servi d'observations qui sont utiles pour la compréhension non seulement des idées de l'époque où elles furent formulées mais aussi pour l’analyse des assises. Je commence donc par une approche des travaux en rapport direct avec le gisement du Bois des Roches.

Je donnerai un résumé des idées, opinions et faits marquants en procédant par ordre chronologique et en faisant précéder le nom de l'auteur d'une référence numérique afin de servir aux renvois bibliographiques pour d’éventuels travaux ultérieurs.

 J'ai volontairement omis les titres de ces études souvent longs, peu significatifs ou faisant double emploi.

AVANT PROPOS

JE ME SOUVIENS...

Je suis venu à Vigny pour la première fois en 1961… A vélo !

A l’époque la carrière du Bois du des Roches était encore animée… On y exploitait le calcaire « pisolithique » qui fournissait des moellons servant à la construction de pavillons luxueux (ils sont nombreux à Saint-Germain en Laye !)

J’avais trouvé quelques radioles et quelques plaques interambulacraire du Cidaris forschammeri … J’étais enchanté… Et cet enchantement s’est prolongé durant plus de trente ans…

Je ne sais ce qui m'a pris lorsque j’ai commencé à mouler systèmatiquement les empreintes fossiles que j'avais recueillies dans les assises daniennes récifales du Bois des Roches, les fameux calcaires « pisolithiques » que certains encore disaient appartenir au Crétacé... Mais les tertiaristes étaient déjà les plus nombreux et ils toisaient leurs opposants avec une moue quelque peu dédaigneuse.. Et moi je me précipitais sur le rhodorsil dès le retour de mes pérégrinations vélocipèdiques… C’était aux environs de 1979 ! Je crois même avoir été l’un des premiers à utiliser ce matériau ingrat, ce silicone parfois instable… Je me souviens encore du regard ébahit du vendeur de chez Sennelier lorsque je lui ai présenté mon petit caillou pour tester le produit… Ca ne cadrait pas avec le magasin et le quartier… Pourtant il a fait son beurre ! J’en ai dépensé des fortunes en rhodorsil 589 !

Je me souviens de l’étonnement des carriers lorsque sur place, au milieu des blocs, sur des abrupts insensés, je disposais un peu de pâte à modeler autour d’une empreinte, la badigeonnais de savon liquide, puis ayant mélangé la base avec son durcisseur, je coulais lentement le silicone…

Je me souviens des surprises constantes quand le fossile apparaissait, au démoulage, dans son aspect premier…

L’idée de mouler les empreintes externes des fossiles de Vigny, m’était venu en dépoussiérant quelques moulages en cire de la collection d’Orbigny (dont une partie était entreposée à Jussieu)…

Je crois même que c’est Michel Gebrak qui, ayant entrepris une étude sur les volutes de l’éocène parisien, m’avait conseillé cette technique… On rigolait bien à Jussieu avec ce futur ministre !

Je me souviens de Francis Lapierre jouant avec un Campanilopsis en caoutchouc… On s'amuse avec un rien !

Je me souviens de Pascal Bouniol travaillant sur les cérithidés de Vigny… Et des discussions sur les attributions génériques… Et de la magie des UV qui restituait l’ornementation originale des fossiles….

Je me souviens aussi de la razzia qu’il fit dans ma collection…

3CAR002

Je me souviens des longues heures pour reproduire à l’encre de chine les cérithidés de Montainville, de Vigny et autres qui allaient être publiés sous forme de poster…

Je me souviens de R. Marlière et des discussions passionnées à Bruxelles sur l’âge des assises de Vigny …

Je me souviens de C. Pomerol quand je suis allé le voir pour lui confirmer la redécouverte du gisement du bois d’Esman (près de Montereau) et qui considérait la collecte des fossiles de Vigny comme de peu d’intérêt !

Je passe sur les rires qui fusèrent lorsque je proposais à mes profs de transformer cette longue collecte d’échantillons, de petits artefacts mous et gris, en un mémoire quelconque… C’était pourtant après lecture de mes manuscrits concertant les archégastéropodes et les lamellibranches du danien de Vigny et l’organisation des structures récifales observables sur ce gisement que j’avais convaincu C. Montenat, l’abbé Bordet et D. Vachard de m’accepter comme élève à l’IGAL…

Entretemps, j’avais guidé plusieurs sorties (IGAL et SAGA) sur le gisement, signalant la présence d’olistolithes et déterminant les espèces que l’on me présentait…

J’avais alors déjà reconnu 150 espèces de mollusques à Vigny (1987).

Je me lamentais que l’on ne porte que peu d’intérêt à un gisement désigné comme stratotype du danien par Desor en 1846, une référence mondiale…

Ce travail de longue haleine fut presqu’interrompu par les déboires et la maladie..

Je me suis converti en enseignant…

3CAR105ESchéma réalisé en 1977 d'après une photo de 1962

 

Vers 1991 j’ai rencontré Michel Pacaud qui avait entrepris une petite étude sur quelques gastéropodes du danien de Vigny… Il avait besoin de documents… Je lui ai confié mes manuscrits sur les archéogastéropodes de Vigny… Pas récupérés encore ! Té !

1998, je lui confiais tous les échantillons et les moulages que j’avais méticuleusement classé (j’ai encore toutes les fiches et les dates) et rangé dans de petites boîtes plastiques… Plusieurs caisses d’échantillons – quelque chose comme un millier ! – Je lui demandais seulement de me faire simplement un moulage de chaque espèce, ne serait-ce que pour pouvoir illustrer de futures publications…

Bof ! J’attends encore…

ANGARIA

Je me souviens… je me souviens…

Passons…

Je propose ici, en attendant d’avoir terminé la troisième partie de l’étude consacrée aux silex, de Vigny, une analyse des publications consacrées à Vigny, ou ayant un rapport avec ce gisement…

Elle sera divisée en plusieurs parties (tributaires des capacités de mon blog…)

Dernière précision, les espèces de mollusques représentées ont été photographiées voici plus de 15 ans avec un matériel très sommaire. Je n'ai plus mes échantillons sous la main... Toutes les espèces représentées ont été soit dessinées, soit photographiées par moi. Elles appartiennent à ma collection. Je conserve d'autre part les attributions spécifiques que j'avais adoptées... Quelle importance d'ailleurs qu'une nomenclature ou une autre ! C'est la signification complexe d'un organisme (à son environnement, à son rapport au temps) qui est de très loin la plus significative... Mais pour celà il faut regrouper les données et non les épar-piller !

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Emplacement du gisement.

Le village de Vigny se situe à 40 kilomètres de Paris, au Nord-Ouest de Pontoise.

Le gisement du Bois des Roches est localisé à mi-distance de Vigny et de Longuesse, sur le bord de la D. 169.

Vigny 2

Coordonnées Lambert : zone II, x = 568,8 y = 152,1 z = 58 à 80 m

Le gisement est bordé au Sud par le talweg du ru de l’aubette. 5 carrières s’alignent selon une direction N 110. Ce sont les sites qui ont été les mieux étudiés. Les carrières 8 et 9, ainsi que les cavités de sondage (caractères grecs) n’ont été pris en compte que par P. Desmidt (1960).

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Le lambeau calcaire du Bois des Roches couvre une surface qui n’excède pas le kilomètre carré.

 

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...

ANALYSE BIBLIOGRAPHIQUE CRITIQUE 

 Les assises de Vigny ont été, durant prés d'un siècle, l'objet de vives controverses. On ne peut, passer sous silence les arguments développés par les tenants des thèses opposées. Ceci pour la simple raison que chacune des parties s'est servi d'observations qui sont utiles pour la compréhension non seulement des idées de l'époque où elles furent formulées mais aussi pour l’analyse des assises. Je commence donc par une approche des travaux en rapport direct avec le gisement du Bois des Roches.

Je donnerai un résumé des idées, opinions et faits marquants en procédant par ordre chronologique et en faisant précéder le nom de l'auteur d'une référence numérique afin de servir aux renvois bibliographiques pour d’éventuels travaux ultérieurs.

 J'ai volontairement omis les titres de ces études souvent longs, peu significatifs ou faisant double emploi.

3CAR012.JPG 

Les premières études : 1837 /1889

(1) - 1837 - Ch. D'Orbigny utilise le terme de "calcaire pisolithique" pour désigner les couches sous-jacentes aux "argiles inférieures" (Yprésien, faciès sparnacien) des gisements de Vigny, Port-Marly et Bougival. Il signale le moules internes d'un grand gastéropode qu'il désigne comme "Cerithiutn giganteum "

(Bull. Soc. Géol. France (2), VIII, p 240.).

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Campanilospis uniplicatum (d'Orbigny, 1846) : l'espèce qui fut confondue par Charles d'orbigny avec un cérithe géant... Rien de bien grave... Il fallait que ces assises soient observées, étudiées, et il le fit... Je dois même indiquer que sa liste d'espèces, succinte, m'a tout de même guidé pour essayer de trouver certaines espèce non signalées par son frère en 1850 ! 

(2)- 1838-Ch. D'Orbigny cite 40 espèces trouvées à Meudon et Vigny. Il indique que cette faune se différencie nettement de celle de la craie et rapporte ces taxons à des espèces lutétiennes. La faune du calcaire « pisolithique ». En 1834, E. de Beaumont avait découvert à Bougival, à Port-Marly puis en 1835 à Meudon, un niveau fossilifère qu'il avait assigné au sommet du Crétacé (mais pas au Maastrichtien) est donc tertiaire (opinion adoptée par d'Archiac). Cette liste est intéressante car elle mentionne certains taxons dont les équivalents "daniens" ne seront pas cités pas en 1850 dans l'étude d'A. d'Orbigny.

(Notice géologique sur les environs de Paris, p. 1 I).

(3) -1846 - E. Desor propose oralement la création de l'étage DANIEN dernier étage du Crétacé (notamment sur la base de l'étude des échinides). En 1847 publie une note intitulée « Sur le terrain danien, nouvel étage de la craie » « Il est évident que le terrain dont il s’agit n’est point une simple forme locale de la craie blanche, puisqu’il se trouve superposé à cette dernière [...] et qu’il contient des espèces qu’on n’a pas trouvées jusqu’à présent dans la craie blanche. D’un autre côté, la présence de genres tels que les Ananchytes, les Holaster et les Micraster, ne permet pas de rapporter ce terrain à l’étage tertiaire. » (…) « Il faut envisager le calcaire de Faxoë, la craie corallienne et, par extension, le lambeau pisolithique de Laversine et de Vigny, comme un étage particulier de la craie, le plus récent de tous. L'étage Maastrichtien sera créé par A. Dumont en 1850. Il désignera comme stratotypes les localités de Maastricht, de Folx-les-Caves et de Ciply (calcaire grossier) ...

(Bull. Soc. Géol France (2), IV, p, 179-182)

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Echinocorys sulcatus Goldfuss, 1826 est une espèce typiquement danienne, très abondante en scandinavie, plus rare à Vigny (2 éch.) et que l'on ne trouve pas dans le montien du bassin parisien. Ce genre essentiellement crétacé est à l'origine de l'attribution du Danien à cette période par Desor. C'est également une preuve que certains genres franchissent la limite fatidique. On pourrait citer de très nombreux scléractiniaires (si sensibles aux variations d'éclairage, de température, de salinité)... Ce qui jette une ombre singulière sur la fameuse météorite !

(4) - 1848 - Pour E. Hébert le "calcaire pisolithique" serait un peu plus récent que la craie de Maastricht : il correspondrait exactement au calcaire à Baculites de Valogne. (Obs. d'E, de Beaumont, d'Archiac, Viquesnel, de Roy).

(Bull. Soc. Géol. France (2), V, p. 388)

(5) - 1850 - A. d'Orbigny cite et décrit 66 espèces du Danien parisien. Les diagnoses sont courtes (mais explicites) cependant les espèces ne sont pas figurées. " Considérée comme faune, toutes les espèces (...) constituent (..) un faciès purement crétacé. On y voit en effet des genres jusqu'à présent spéciaux à ces terrains : Belemnitella, Baculites, Rhvnchonella "

(Bull. Soc. géol. France 2 (7),1850, p.126–135)

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"Leptomaria" penultima (d'Orbigny, 1846)

6) - 1855 - S. Meunier admet un âge crétacé pour le "pisolithique" de Vigny sur la base de considérations stratigraphiques et sédimentologiques. "A Vigny le calcaire pisolithique est adossé au Nord contre la craie blanche sans interposition visible d'aucune couche. Cette disposition est identique à celle que l'on observe à Laversine (...) En résumé on reconnaît à la fois une discordance indiscutable de stratification entre la craie et le calcaire pisolithique et une communauté d'histoire géologique de ces deux formations."

(Bull. Soc. Géol. France (2), t XII).

(7) -1868- G. Dewalque propose la création de l'étage MONTIEN, base du Tertiaire Il désigne, avec beaucoup de réserve, comme stratotype le puits de mine Goffint ouverts dans le calcaire coquillier de la base du Tertiaire (Landénien, Dumont, 1839) du petit bassin de Mons et qui a été signalé par Briart & Cornet dès 1865. Les puits Goffint et Coppée désignés paf la suite comme co-stratotypes du Montien sont aujourd'hui inaccessibles.

(Prodrome d'une description géologique de la Belgique).

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Un Jujubinus sp. du montien de Mons (coll. B.&C.)

(8) - 1870 / 1889 - A. Briart & F.L. Cornet donnent la description des Mollusques trouvés dans le calcaire de Mons (puits Goffint). Il faut souligner que ces auteurs, comme A. d'Orbigny lors de la découverte des calcaires "pisolithiques", ont lors du creusement du puits en 1865 rattachés cette faune à l'Eocène. Les travaux de Briart & Cornet sont importants car c'est sur la base des comparaisons paléontologiques avec le Montien belge que l'argumentation tertiariste pour les assises de Vigny sera établie.

(Mém. Acad, roy. Sc. Lettres de Belgique, t. 36, 37, 42, 47).

 ...

Le grand débat : 1897 / 1975

(9) - 1897 - M. Munier-Chalmas donne une première synthèse stratigraphique des assises de la base du Tertiaire du bassin parisien. Il distingue au sein du « pisolithique », quatre unités (lithostratigraphiques) :

 1 - Faciès organique plus ou moins mélangé de sable quartzeux, passant parfois à des grés calcaires (gisements : Vertus, Mont-Aimé).

 2 - Faciès concrétionné (Vigny et Montainville).

 3 - Faciès à Foraminifères (Laversine, Meulan, Ambleville).

 4 - Faciès d'altération représentés par des marnes blanches et des calcaires pulvérulents subcristallins avec des lits irréguliers d'argile.

 Il sépare stratigraphiquement trois ensembles sur la base de leur contenu paléontologique :

1 - Ensemble comprenant des espèces « typiquement crétacées » : Lima texta (ou tecta), Janira quadricostata, Pecten subgranulosus que l'on trouve au Mont-Aimé, à Vertus et à LaTchernaïa (près de Montereau).

2 - Ensemble où se mêlent des espèces daniennes : Nautilus danicus, Nautilus bellerophon et des espèces daniennes : Mitra dewalquei, Pseudoliva robusta, Goniopygus minor.

3 - Ensemble (ou groupe) supérieur où l'on ne rencontre plus que des espèces montiennes et qui se divise en deux sous-ensembles :

3a - base : Turritella montensis, Cerithium inopinatum.

3b - sommet : Melanopsis briarti, Briartia meudonensis, Campanile nerineale.

En conclusion l'auteur considère toutes les assises "pisolithiques" comme étant montiennes, le Danien supérieur étant l’équivant de cette entité stratigraphique.

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Hercoglossa danica (Schlotheim, 1820)

Espèce caractéristique du Danien

L'étude de Munier-Chalmas, par sa démarche synthétique mêlant les données lithostratigraphiques et biostratigraphiques marque une étape importante dans la compréhension des assises de la base du paléocène.

(Bull. Soc. Géol. France (3), t XXV, p 82 à 91).

(10) - 1901 - De Grossouvre rapporte l'ensemble des assises "pisolithiques" au seul étage danien considéré comme crétacé.

(Mém. Cart. Géol., "Recherches sur la craie supérieure")

(11) - 1907 - J. Lambert se basant sur l'étude des Echinides place le "Pisolithique" dans le Montien (Tertiaire). Cidaris forschammeri et Goniopygus minor sont connus dans les assises de Mons.

(A. F. A. S., p. 281).

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Cidaris forschammeri, Desor, 1846

A : le test. B : Les pièces buccales. C : Les radioles.

(12) -1911 - E. Haug situe le calcaire "pisolithique" et toutes les assises subordonnées dans le Tertiaire. "Ceci en raison de la ressemblance de leurs fossiles avec ceux de Mons et parce que les assises qui surmontent le Danien au Danemark ont aussi une faune très comparable" (il s'agit du Sélandien). Toutefois la présence à Vigny d' Hercoglossa danica le conduit à penser que l'on a peut-être en cette localité le passage du Danien au Montien. Cette conception sera réactualisée à partir de 1963.

(Traité de Géologie, t IV).

(13) - 1911 - P. Lemoine montre que les assises de Vigny et de Montainville sont de véritables récifs algaires, lesquels se seraient édifiés dans la mer crétacée. Cette opinion sera reprise par A-F- de Lapparent en 1912, puis par R. Marlière (1958).

(C.R.Som. S.G.F., séance du 15 mai, 19 ii, p. 96-97, obs., de G. Dollfus)

(14) - 1912 - G.F. Dollfus indique que l'on peut séparer deux ensembles faunistiques au sein du "pisolithique" mais ceux-ci ont, tous deux, un cachet incontestablement tertiaire. Ils correspondent à un seul et même cycle sédimentaire. Il note que "les fossiles du calcaire de Vigny peuvent fournir des indications sur le milieu de vie, les conditions de profondeur du dépôt, " nullement sur l'âge des assises.

(Bull. Soc. Géol. France (4), t. XII, p. 661-672, obs., de P. Lemoine)

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(15) - 1913 - J. Morellet signale à Vigny la dasycladale Uteria sp.

(Mém. S.G.F., pal., t. XXV (7), mém, n°58, p. 21-22).

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Uteria brochii, L & J Morellet, 1922

(16) -1920 - J. Lambert critique vivement l'hypothèse récifale en affirmant : "C'est faire un véritable abus de la théorie des récifs" que d'appeler ainsi des formations ne renfermant que quelques Polypiers »(sic !). Selon Lambert l'erreur capitale de ceux qui veulent rattacher le calcaire "pisolithique" au Crétacé est de ne considérer que les lambeaux situés contre la craie sur les deux flancs des vallées sans tenir compte de ceux qui surmontent la craie ravinée... L'auteur dénie la présence d'Hercoglossa danica à Vigny...

(Bull. Soc. Géol. France (4), t XX, p. 246)

(17) -1922 - P. Jodot, P. Joleaud, P. Lemoine & P. T,de Chardin dans une note sur Vertus et le Mont-Aimé nient l'appartenance au genre Hercoglossa du nautile le plus caractéristique du calcaire "pisolithique" (Hercoglossa danica y est effectivement absent). Ils donnent aussi une carte de l'extension du Montien qui se calque sur les vallées de la Seine et de la Marne. Ce long fjord (dans lequel se sont déposés des sédiments récifaux...) résulterait de l'envahissement marin d'un réseau hydrographique post-crétacé.

(Bull. Soc. Géol. France, (4), XXII, p 164-176) 

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(18) -1922 - L & J. Morellet confirment la présence d'Uteria brocchii à Vigny.

(Mém.S.G.F., pal, t. XXV (7), mém. n°58, p. 21-22).

(19) -1923 - Mme P. Lemoine décrit quatre nouvelles rhodophycées - dont deux de Vigny.

(Bull. Soc.Géol.France, (4), t. XXIII, p. 62-69)

(20) -1925 - R. Schoeller donne une étude biométrique des Hercoglossa de Fakse et de Vigny. Il confirme la présence à Vigny de l'espèce H. danica. Ce céphalopode caractéristique du Danien doit être pris en considération pour établir les synchronismes à longue distance. "On se demandera si toutefois le Montien n'existe pas à Vigny (...). On remarquera que les nautiles ne se trouvent en abondance que dans le bas de la carrière" alors qu'au sommet ils sont absents. Les assises de Vigny correspondraient donc au Danien terminal.

(Bull. Soc, géol.France (4), t.XXVI, p. 213)

(21) - 1927 - Mme P. Lemoine montre que les calcaires de Vigny résultent de l'accumulation de fragments algaires (essentiellement Lithophyllum pisolithicum), accumulation qui peut être comparée au maerl breton mais qui indique une mer chaude.

(Bull. Soc. Géol. France (4), t XXVI, p. 213 )

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En haut à droite : Mesophyllum vignyense, Lemoine, 1923 ; les autres photos : Lithophyllum pisolithicum, Lemoine, 1926.

(22) -1928 - Pour P. Lemoine et R. Abrard le calcaire "pisolithique", d'âge montien, repose sur la craie sénonienne ravinée et qui montre de nets indices d'émersion. La craie réapparaît sur le calcaire "pisolithique" à la faveur d'éboulis provenant de la destruction d'escarpements crayeux du voisinage. Ceci expliquerait l'aspect confus des couches de craie reposant sur les calcaires montiens de Vigny. Ces effondrements se seraient réalisés immédiatement après les premiers dépôts de calcaire à Lithothamninm. Dans la discussion Schoeller indique que la craie est perforée par des lithophages et qu'elle est surmontée par des polypiers en place (le ravinement est donc sous-marin).

(C.R.somm.S.G.F., (4), t XXIV, p. 84-85)

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Jouannetia supracretacea (Ryckholt, 1851) un lithophage présent à Vigny. En 1987 je signalais 7 genres de mollusques perforants... Leur abondance est évidemment lié à la configuration des premiers dépôts daniens à Vigny. Le long d'une falaise bordée par un platier durci.

(23) - 1930 - E. Vincent décrit la faune de Mollusques du tuffeau de Ciply. Quoique ressemblante à celle de Mons (décrite par Briart & Cornet) elle contient beaucoup d'espèces qui lui sont propres. Le problème est donc de savoir s'il s'agit de biofaciès latéraux ou verticaux... De nombreuses espèces de mollusques de Ciply se retrouvent à Vigny.

(Mém. Mus, roy. hist.nat.Belgique, n°46)

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Loparia ciplyensis (Ryckholt, 1852-1854), une espèce commune à Ciply et Vigny...

(24) -1932 - Daguin signale Hercoglossa danica à Angoumé et à Tercis. Cette espèce est connue dans le sud-ouest de la France dans les assises du Danien inférieur à Coraster et dans les calcaires montiens à Micraster tercensis. Ce Nautile n'est donc pas caractéristique du Danien. Par ailleurs Daguin considère les assises basales de Vigny comme étant d'âge maastrichtien.

(Proc, verb. Soc. Linn, de Bordeaux, 26 juin)

(25) - 1937 - R. Abrard remarque : "La présence en tant que faciès latéral d'un récif équatorial à faune tertiaire au milieu de la zone boréale d'une mer froide crétacée est une hypothèse qui se détruit d'elle-même (...) Le dépôt de Vigny est essentiellement néritique tandis que la craie environnante s'est déposée dans une mer relativement profonde."

(Bull. Soc. Géol. France (5), t. VII, p. 281)

(26) - 1937 - R. Lafitte indique à propos des craies interstratifiées : "Il s'agit de couches contemporaines du calcaire pisolithique "mimant" la craie ; formées près d'un rivage crayeux elles tirent leur origine de l'érosion de couches crayeuses dont les éléments étaient amenés à nouveau dans la mer et où les mêmes matériaux reproduisaient les mêmes faciès."

(Bull. Soc. Géol. France,(5), t. Vii, p.282)

(27) - 1937 - P. Lemoine donne une très importante communication. "On voit actuellement sur une grande longueur le contact de la craie et du calcaire "pisolithique". Il se fait brusquement le long d'une falaise abrupte qui, en certains points, surplombe le calcaire "pisolithique". Ainsi la craie parait superposée (aux calcaires "pisolithiques") mais ce n'est qu'une apparence, analogue à ce qui s'observe le long des falaises de Normandie (...) où l'on voit des dépôts actuels se former dans de véritables cavernes de la craie." "Le contact (à Vigny) entre les deux formations est toujours brusque ; en dehors du remplissage de ces anfractuosités on ne voit nulle part de passage latéral." Les couches de passage constituent un véritable maërl fossile. "En arrière se trouve un récif phytogène formé d'algues calcaires ayant vécu sur place ; un peu plus loin (...) on observe le récif zoogène avec Polypiers." Quant à la disposition des assises "pisolithiques" dans le bassin parisien, P. Lemoine remarque que partout où on les observe elles se situent dans des vallées creusées dans la craie. Enfin P. Lemoine conclue prudemment sur l'attribution stratigraphique des assises "pisolithiques" : "Ce n'est pas dans le bassin de Paris qu'on pourra savoir s'il existe deux étages, Danien et Montien. Il paraît plus prudent pour l’instant d’envisager un seul étage : DANIEN- MONTIEN."

 Lemoine propose l’emploi de cette dénomination (qui sera modifiée en Dano-Montien) provisoirement et dans l’attente que des travaux permettent de bien différencier les deux étages Danien et Montien dans le bassin de Paris. Il ne s’agit donc pas d’une entité stratigraphique précise correspondant à un véritable cycle sédimentaire. Or c’est dans ce sens que cette dénomination stratigraphique est parfois encore employée sans qu’aucun stratotype n’ait, par ailleurs, été défini.

(Bull. Soc. Géol. France, (5), t VII, p. 283-285)

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Le contact vertical : craie-calcaires récifaux. La morphologie "falaise" à été "fossilisée" par les apports biodétriques daniens.

(28) -1937 - Mme P. Lemoine prolonge les conclusions de la note précédente. Elle remarque à propos des mélobésiées : "La comparaison des espèces daniennes ou montiennes avec celles du Tertiaire de différentes régions n'a pas montré d'espèces communes. Aucune des espèces maestrichtiennes ne rappelle les espèces du calcaire pisolithique. En résumé les Corallinacées daniennes ou montiennes n'ont montrées d'espèces communes ni avec les espèces crétacées et en particulier maestrichtiennes, ni avec les espèces tertiaires.

La florule danienne est donc nettement spéciale mais sa composition indique des affinités tertiaires par la présence des Corallines (Jania connue dans les Basses-Pyrénées) et du genre Lithothamnium, rare au Crétacé et probablement inconnu au Maestrichtien, ainsi que par la raréfaction du genre Archeolithithamnium très abondant au Crétacé."

(Bull. Soc. Géol. France (5), t. VII, p. 287-288)

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Archeolithothamnium mamillosum (Gümbel, 1871) est encore une espèce d'affinité crétacée... Elle est très abondante à Vigny et montre des structures que l'on peut rapporter aux conceptables (structures morphologique non repérées à l'époque où je me suis intéressé aux algues de Vigny).

(29) -1937 - P. Marie donne une liste des foraminifères du calcaire "pisolithique". Les Miliolidés, Valvulinidés et Rotalidés sont particulièrement abondants. Cette faunule (une quinzaine d'espèces) est comparable (seulement comparable) à celle du Montien de Mons mais elle est aussi très différente de celle de la craie campanienne encaissante. Mais à l’époque rien n’est connu des foramminifères du Danien scandinave… Marie rattache, preuve à l’appui, les assises « pisolithique » au tertiaire… Sans plus de précision. Marie constate une différenciation entre les faciès construits à Algues et les faciès grenus fiches en foraminifères. La présence des genres Haddonia et Polyphragma indique un dépôt de très faible profondeur, tandis que l'abondance des Rotalidés témoigne d'un climat tropical.

(Bull. Soc. Géol. France, (5), t. VII, p. 289-294).

Image12.pngTrois espèces de foraminifères importantes. A : Globigerina (Globoconusa) cf. daubjergensis, Bronniman, 1953.


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