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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le démantèlement du cœur

Le démantèlement du cœur

Daniel de Roulet clôt avec Le démantèlement du cœur un cycle de dix romans (Edition Buchet Chastel) qui lie la vie amoureuse, familiale de personnes travaillant dans le nucléaire aux grands événements (accidents) des centrales. Daniel de Roulet nous faire vivre l'épopée du nucléaire, d'Hiroshima à Fukushima, par et avec des récits de vies, des vies internationales assez exceptionnelles qui nous permettent de connaître certains détails des problèmes du nucléaire.

Shizuko Tsutsui est l'héroïne principale. Elle est marquée dans son corps par le nucléaire, vissée dans un fauteuil roulant. Symboliquement, elle est née à Hiroshima le jour de l'explosion de la bombe. Elle est une hibakusha, une victime de la bombe. Elle a été choisie pour sa compétence et pour ce caractère d'hibakusha par l'Agence internationale de l'énergie atomique qui l'emploie. C'est à double tranchant, bien sûr. Être impliquée, cela rajoute de la tension et de l'attention, mais ce pourrait être trop ; surimpliquée, avec un désir de revanche, avec une obsession à voir le mal partout. Conduit-elle elle-même sa vie ou est-elle conduite par cette appartenance, attachée à cette tragédie initiale par un trauma ?

Shizuko a organisé les retrouvailles avec le seul amant qui ait valu dans sa vie et avec qui elle a un fils, Mirafiori. À Malville où elle travaille, elle contrôle le démantèlement de Superphénix. Ce contrôle n'est pas bien vu. Elle passe pour une emmerdeuse. Elle trouve des anomalies. Il y a des bactéries dans l'eau de la piscine de refroidissement du plutonium. Il faut les éliminer. Du combustible a disparu. Peu en pourcentage. Mais tout de même 5 kg de plutonium « évaporés » représente un danger considérable. On peut trouver quelque chose si on coordonne des anomalies qui semblent hétérogènes. L'héroïne Shizuko exaspère parfois aussi ses employeurs qui tentent de freiner son exactitude dans ses observations...

La vie de Mirafiori est une aventure triste et involontaire qui l'a lassé de tout. Après la catastrophe de Fukushima, que nous vivons avec lui en direct, il est confiné, au vu du danger qu'il représente pour ses contemporains. Denis de Roulet nous dit plusieurs fois que c'est la mafia qui contrôle les embauches sur les sites nucléaires. Nous n'en saurons pas plus. Nous voyons par contre les conséquences quotidienne et précise de cette catastrophe. Mirafiori exerce toutes sortes de petits métiers inimaginables : terrassier dans la zone grise, en limite de la zone interdite, il travaille par tranche de 50 minutes, tant les radiations y sont fortes. Ensuite, il doit tuer les lapins, chiens et chats de la zone contaminée ; comme il est trop sensible, il soulève son casque pour essuyer une larme devant un lapin mort. Il doit s'occuper des animaux domestiques, veaux, vaches, cochons, poules et leurs œufs, mort sans soin, sur place et polluant de leur décomposition le sol, empuantissant l'air...

Il se peut que la centrale de Fukushima empoisonne la Terre doucement. Ce n'est pas dans le roman. Notre mode de communication de masse numérique nous rend encore plus sensible qu'avant à l'événementiel, à ce qui arrive soudainement avec une grosse énergie. Les « petites » contaminations régulières ne trouvent pas place dans ce spectacle du monde. Ce n'est pas nouveau, c'est considérablement renforcé par notre masse et nos médias de masse. Peut-être que Fukushima nous empoisonne lentement, tandis que les investissements dans le nucléaire augmentent, peu de gens ayant l'idée de réduire ou maintenir leur niveau de dépense énergétique. Ce n'est pas dans le roman.

Le démantèlement du cœur se situe dans le romanesque : destins individuels, croisés, dans un contexte historique global, qui est aussi une forme de destin. Le démantèlement du cœur est le récit d'un certain nombre de fins. Fin de Superphénix qu'on déconstruit pendant des dizaines d'années (en 2011, douze ans... et ce n'est pas fini). Fins de vies très difficiles dans la zone contaminée. Fin de cycle romanesque, mais pas fin du nucléaire.


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3 réactions à cet article    




      • christophe nicolas christophe nicolas 11 juin 2014 12:47

        Vous savez que maintenant, il faut parler de nucléaire chaud et de nucléaire froid. Je vais essayer d’imager.


        ITER = 150 millions de degres + des neutrons super énergétique + du rayonnement mortel + des particules radioactives.
        Coût du kw astronomique et accident garantie

        E-cat de Rossi =300° C + un peu de rayonnement qui se bloque avec 2 cm de plomb
        Coût du kw très faible, uniquement l’investissement et une maintenance réduite. C’est un exemple, il y a plein d’autres systèmes.possibles.

        Problème : qui va développer de l’énergie gratuite ? Qui va investir ? Exxon ? Qu’est que la richesse ? Peut-on vivre sans argent ? Quel est le but de la vie ?

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