Au bénéfice du doute, Jacques Lassalle s’empare du retour du fils prodigue sur le lieu du crime originel pour faire un tableau hyper réaliste du statu quo familial que l’écriture universelle de Jon Fosse ressasse à l’infini.
S’il fallait donner du sens à cette histoire de l’autobus qui, chaque jour à heure fixe, dessert ce hameau perdu au pied d’un fjord isolé de la côte Ouest Norvégienne, le père et la mère seraient les premiers à souhaiter qu’en redescende soudain, l’enfant de l’amour conjugal.
Dans la pénombre des nuits éternelles, en ces latitudes de l’extrême nord, la seule lumière qui vacille sans cesse au regard scrutateur, c’est celle de la maison du voisin qui, pour la journée en cours, est parti en ville.
Penser qu’en cet après-midi de clair-obscur, ce dernier pourrait ressortir du bus, en compagnie de leur fils, tiendrait du miracle indicible, après tant de mois de silence sans aucune nouvelle du rejeton.
L’attente permanente aurait des allures quotidiennes annonciatrices des jours heureux d’antan passés si vite, si celle-ci n’était subitement troublée par le chaos d’une annonce colportée dans le voisinage : « Leur fils aurait séjourné en prison ».
Tout est dit que déjà tu, alors que débarque le jeune homme suivi, de peu, du voisin dépositaire du terrible secret divulgué, à tort ou à raison.
Ainsi, tout est en place pour que la mise en scène Hitchcockienne de Jacques Lassalle se mette au service d’une direction d’acteurs en retrait de tout exhibitionnisme, puisque s’il fallait chasser le naturel, celui-ci reviendrait au galop dans le non-dit.
Catherine Hiegel, impériale dans l’indifférence aiguisée au coin d’un sixième sens, Michel Aumont, bonhomme dans l’affection retenue au risque de tout perdre, accueillent de concert, la petite musique lancinante de l’impossibilité à communiquer face à toute génération perdue.
Taiseux, le fils (Stanislas Roquette) revenu à l’instar d’un Théorème irrésolvable ; trop bavard le voisin (Jean-Marc Stehlé) esquivant un règlement de comptes improbable ; malheureux, enfin, les parents en attente d’une lumière du jour qui ne pourrait revenir qu’avec l’autobus de nulle part !
Pour un « non », pour un « oui », tout serait sur le point de basculer au fin fond du fjord mais voici, anticipé par l’intuition de l’inertie, que le cours du temps aurait déjà repris ses prérogatives occultes.
photo © Dunnara Meas
LE FILS - ***. Theothea.com - de Jon Fosse - mise en scène : Jacques Lassalle - avec Catherine Hiegel, Michel Aumont, Stanislas Roquette et Jean-Marc Stehlé - Théâtre de La Madeleine

| Don défiscalisé 10€ ou plus |
|
Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.
|
Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
L’Agora reçoit Alain Minc !
Journée mondiale de la liberté de la presse : quel bilan en Europe ?
L’étoile du nord : un théâtre dédié aux auteurs contemporains
Le contrôle des médias, une question d’actualité brûlante
Odyssées : un projet et une distribution internationales Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
Mentions légales Charte de modération