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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Le Grand Alibi » de Pascal Bonitzer en avant-première

« Le Grand Alibi » de Pascal Bonitzer en avant-première

Mardi dernier, au cinéma Le Balzac, à Paris, avait lieu l’avant-première du « Grand Alibi », le dernier film de Pascal Bonitzer...

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Cinéma Le Balzac. Un film projeté dans le cinéma qui porte le nom de celui qui est pour moi (et pour beaucoup d’autres) le plus talentueux - en plus d’être prolifique - des auteurs, de surcroît ce cinéma-là (un des plus actifs cinémas art et essai de Paris qui organise de nombreux cinés-concerts, rencontres, débats, rétrospectives, etc., voir ici) est déjà en soi une aventure prometteuse, de surcroît quand ce film reprend le titre d’un film du maître du suspense. Tel aurait donc dû être le cas du Grand Alibi, dernier film de Pascal Bonitzer projeté hier en avant-première au cinéma Le Balzac à l’occasion des 100 ans de musiques de films organisés par la Sacem. Mais voilà : les promesses, toutes cinématographiques qu’elles soient, ne sont pas toujours tenues... L’aventure était d’autant plus prometteuse que la bande-annonce était alléchante et laissait deviner (ou croire à) un film plutôt jubilatoire mené par un casting réjouissant (Pierre Arditi, Miou Miou, Mathieu Demy, Anne Consigny, Lambert Wilson, Valeria Bruni-Tedeschi, Catherina Murino...). Le Grand Alibi est par ailleurs une adaptation d’un roman d’Agatha Christie de 1946 intitulé Le Vallon - titre original : The Hollow -, ce qui est en général annonciateur de suspense et de répliques mordantes, ironiques pour ne pas dire savoureusement cyniques.

Pierre Collier (Lambert Wilson), psychanalyste de son état meurt assassiné dans la maison du sénateur Henri Pages (Pierre Arditi) au cours d’un week-end réunissant toute la famille. Sa femme, Claire (Anne Consigny), arrêtée un révolver à la main, à côté de la victime, est la première à être soupçonnée ayant de surcroît des raisons de se venger de son mari volage, amant d’Esther (Valeria Bruni-Tedeschi), ancien amant de Léa (Catherine Murino), son amour de jeunesse, invité surprise du week-end flanquée de son homme à vraiment tout faire Michel incarné par Dany Brillant. L’arme que tenait Claire au moment de son arrestation n’est pourtant pas l’arme du crime. Un deuxième meurtre va survenir. Chaque invité devient alors un coupable potentiel. Le lieutenant Grange (Maurice Bénichou) est chargé de résoudre l’enquête.

Tous les ingrédients d’une bonne recette scénaristique sont là et pourtant... ce qui aurait dû être une exquise dégustation devient une marmite presque dépourvue de saveurs à vouloir en mélanger trop. Etonnant de la part de celui qui est un scénariste émérite notamment de Téchiné (Le Lieu du crime, Les Innocents) et de Rivette (Va savoir...) notamment et qui a fait ses armes aux Cahiers du cinéma où le classicisme, qui domine dans ce film aussi peu novateur dans le fond que la forme, était et est banni et d’autant plus qu’il s’agit ici d’un film de commande et que Bonitzer aurait pu se réapproprier la liberté dont il était dépourvu dans le choix du sujet, dans son traitement. Il est vrai que Pascal Bonitzer est un jeune réalisateur puisque son premier film en tant que réalisateur Encore date de 1996, il a également réalisé le corrosif Rien sur Robert ou plus récemment Petites coupures et Je pense à vous.

Il a ainsi d’abord choisi de franciser et d’actualiser Agatha Christie comme la plupart de ses prédécesseurs qui l’ont adaptée (ses héritiers ayant autorisé depuis quelques années seulement à ce que les adaptations se déroulent à une époque différente de celle à laquelle se situent les romans et nouvelles de cette dernière). L’intrigue adaptée temporellement et géographiquement se déroule donc en France, de nos jours. Histoire d’amour et criminelle, farce et thriller, comédie et drame, réflexion sur la mémoire et la passion dévastatrice : ce film oscille constamment entre plusieurs styles et thèmes pour malheureusement n’en choisir aucun et finalement noyer le spectateur, ne l’intéresser ni aux unes ni aux autres. Seul le personnage de Lambert Wilson pourtant seulement présent dans la première partie du film existe vraiment et semble avoir intéressé les scénaristes (Pascal Bonitzer a écrit avec Jérôme Beaujour), les autres sont condamnés à de la figuration en raison des contours imprécis de leurs personnages (parfois d’ailleurs sans aucun intérêt ou aucune incidence sur l’intrigue) malgré tout le talent et toute la bonne volonté de leurs interprètes. Tout le monde n’est pas François Ozon qui a su si bien servir chacune de ses huit comédiennes et personnages et mêler les genres avec virtuosité. Les liens entre les membres de la famille sont ici plus flous et imprécis que réellement énigmatiques et au lieu de nous intriguer cela nous détache de l’histoire de même que le morcellement de l’image, la structure scénaristique éclatée et l’éclatement des personnages dans le cadre (résultant de la volonté du réalisateur de créer un puzzle ludique, à l’image de l’affiche), ainsi que le renoncement au huis clos, habituel dans les adaptations d’Agatha Christie, créant ainsi une distance, nous évadant du cadre et de l’intrigue. Pierre Collier, la victime du premier meurtre interprété par Lambert Wilson, travaille par ailleurs sur la mémoire, s’allongeant d’ailleurs sur son propre divan et faisant des lapsus révélateurs, thème qu’il aurait peut-être été intéressant d’approfondir.

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Arsène Lupin ? Zorro ? Peur sur la ville ? Non : Le Grand Alibi !

Cela avait pourtant bien commencé : une fausse insouciance et nonchalance. Un ton décalé, de la dérision faussement dérisoire. Une grande demeure bourgeoise isolée où foisonnent les armes à feu. Des invités déjantés. Une tension latente. Quelques plans et répliques qui nous mettent l’eau à la bouche. Des coups de feu qui font sursauter, des plans furtifs d’ustensiles tranchants, la mort qui rode évoquée en riant, jaune. Un personnage aussi séduisant qu’antipathique. Une femme fatale. Des personnages à fleur de peau. Ou cyniques. Ou désinvoltes. Un savant mélange normalement détonant. Tous les personnages sont pourtant ici ou outrancièrement mélodramatiques ou totalement anecdotiques ou juste destinés à faire (sou)rire, sans réelle implication sur l’intrigue, alors qu’habituellement, dans Agatha Christie, le caractère ludique veut que chacun soit un coupable potentiel avec un mobile et que le rôle comique soit dévolu à Hercule Poirot que Bonitzer a ici supprimé et remplacé par l’inspecteur interprété par le pourtant truculent Maurice Bénichou.

Bonitzer semble avoir eu peur d’oser : d’oser traiter la passion dévastatrice, d’oser assumer complètement le côté farce, second degré, granguignolesque. Et ce qui aurait dû être amer ou acide se révèle malheureusement finalement fade.

Malgré tout, ce Grand Alibi se suit sans ennui, d’abord parce qu’il crée une attente qui malheureusement subsistera jusqu’à la fin, nous laissant sur notre faim, ensuite grâce au duo comique et presque burlesque Miou-Miou/Arditi qui donne lieu aux répliques les plus cinglantes et réjouissantes du film.

1160695121.jpg Si vous deviez voir une seule adaptation d’Agatha Christie je vous conseillerais néanmoins plutôt soit Le Crime de 1475355635.jpgl’Orient Express de Sidney Lumet, soit les adaptations de Pascal Thomas : Mon petit doigt m’a dit ou L’Heure zéro sorti l’an passé qui avait carrément osé la farce, une farce ludique dans laquelle chaque personnage existait, où le second degré était pleinement assumé primant sur la résolution du crime et impliquant finalement davantage le spectateur. Ou alors, même s’il ne s’agit pas d’une adaptation d’Agatha Christie, allez regarder le film d’Hitchcock dont Pascal Bonitzer s’est emparé du titre Le Grand Alibi. Même si ce n’est pas son meilleur, un moyen film d’Hitchcock est toujours meilleur que n’importe quel film moyen d’un autre cinéaste.

Vous ne pourrez plus me dire que vous manquez d’alibi pour ne pas aller voir ce film ou, si tel encore le cas, je pourrais peut-être vous donner le nom du meurtrier qui est... Ne vous avais-je pas dit que ce film traitait aussi d’amnésie soudain (heureusement ?) contagieuse ? :-)

Vous pourrez également trouver un article sur cette avant-première sur « Cinémaniac ».

Sortie en salles : le 30 avril

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Lambert Wilson, Mathieu Demy, Anne Consigny... autour du réalisateur Pascal Bonitzer
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Cet article est extrait du blog "In the mood for cinema" : http://monfestivalducinema.hautetfort.com

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2 réactions à cet article    


  • arturh 21 avril 2008 10:47

    C’est l’Art Officiel de la bobocratie financée sur fonds d’Etat et contributions obligatoires ...

    Il y a des gens qui font des films pour le public, d’autres pour les Commissions d’Attributions de fonds et autres Aides diverses et les Jury Officiels de Festivals .


    • tvargentine.com lerma 21 avril 2008 11:13

      La démonstration vient d’etre faite qu’il existe beaucoup d’argent en France mais mal utilisé ou détourné de son origine.

      Alors qu’un film simple,populaire,cartonne en France comme au bon vieux temps des années 60 qui a été l’age d’or du cinéma comique en france,nous voyons ici encore des fonds publics dépensés pour remplir les poches de "pseudo-intellectuels"

      En plus on vient ici nous vendre de la "merde" que personne n’ira voir et qui ne sort que le 30 avril

      Si c’est pas encore un publi-reportage qu’est ce que c’est ?

      En ce qui me concerne c’est pas de la culture mais du publi-reportage

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