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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le grand événement culturel pour métropole en quête de rayonnement

Le grand événement culturel pour métropole en quête de rayonnement

C’est décidé (Sud Ouest du 16/01/08), Bordeaux aura son événement, son grand événement, pour faire comme Paris, Nantes, Lyon, Toulouse, bref, pour se mesurer avec des métropoles de tailles équivalentes, sauf Paris qui dispose de toutes les offres culturelles et avec laquelle on ne peut rivaliser. Tout au plus s’en inspirer. Paris a la Nuit blanche comme Rome, Nantes a ses Folles Journées, Lyon sa Fête des lumière et Bordeaux aura son, chut... top secret, ce sera un « grand événement culturel ». En fait, il n’y a aucun secret ni suspense, c’est juste que le nom définitif n’est pas arrêté puisque le projet n’en est qu’au stade de la réflexion. On connaît juste son maître d’ouvrage, Didier Faustino, au press book déjà bien fourni et qui sera secondé par Jean-Dominique Secondi, architecte de l’événementiel bien connu puisqu’il a produit les Nuits blanches de Paris. J’emploie à dessein le mot architecte de l’événementiel, pour signifier le côté à la fois culturel, structuré, imposant, mais aussi mobile et temporaire de ce dispositif qui répond sans doute à une nécessité d’ordre publique et citoyenne. C’est en effet ce qu’on suppose puisque le maître d’ouvrage n’est autre qu’Alain Juppé. Rendez-vous en septembre pour la copie définitive.

A noter, cette idée de « grand événement culturel ». Car il y a des petits événements culturels. Ou du moins des événements moyens. Souvent des festivals, dont l’inconvénient autant que l’avantage est d’être thématique. De ce fait, la ville attire les passionnés de toute la France, mais, localement, l’événement n’attire qu’une partie de la population. C’est le cas du Festival de la BD à Angoulême ou celui du livre à Brive-la-Gaillarde où l’on s’encanaille entre mets littéraires et spécialités gastronomiques. Bien évidemment, chaque ville se doit d’avoir les événements à la hauteur de sa taille et de ses prétentions à rayonner. Une ville sans événement, c’est comme un appartement sans meuble. Un HLM sera meublé chez But, un palais du XVIe en style d’époque. Bordeaux avait déjà ses événements, Fête du fleuve, Fête du vin, mais ce n’est pas assez culturel, juste de quoi rassembler une communauté bordelaise autour de quelques stands et agapes de saison. Bordeaux était connue pour son Festival d’avant-garde, le Sigma, et son Festival du livre, empreinte des années Chaban. Mais l’équipe a changé, les hangars ont été détruits et le livre cherchant où faire escale, il fut décidé d’organiser une escale du livre, tandis que Nov’Art propose une série de manifestations culturelles, mais avec des artistes plutôt locaux, sans retentissement autre que régional.

A quoi correspond cette idée de grand événement culturel ? En fait, à trois choses, la culture mise en scène et offerte au public, le libre accès au public et le côté suffisamment large et fédérateur pour rassembler les citadins de toutes condition, origine et goût, enfin, la volonté pour une ville de signer son importance dans un monde où non seulement l’espace mais le temps sont occupés. Si une ville se signale par son patrimoine architectural, inscrit dans des vieilles pierres chargées d’Histoire et ses bâtiments somptuaires autant que ses vieux quartiers, une ville à l’ère du temps et de l’éphémère se doit d’occuper un autre espace, celui du temps et des médias. Et puis ces grands événements sont source de lien social et de production d’un attachement entre la ville et ses citadins. D’où la structure spéciale, décentrée et ouverte dans l’espace, pour que les gens se déplacent, sortent, mais qu’ils ne sortent pas comme un soir ordinaire, pour entrer dans un restaurant, une salle de ciné, de concert. Non, il faut être de sortie sans aucune tenue de sortie exigée car, dans cet événement, démocratique, gratuit, tous seront égaux. Cela rappelle évidemment le carnaval dans les temps anciens. Le serviteur et le prince sous un masque, à égalité l’espace d’un jour.

Que penser de l’utilité de ce type d’événement ? Cela crée du lien social, du moins on peut se plaire à le croire et ce n’est pas une mauvaise chose que de faire sortir les gens de chez eux. A la base d’une civilisation, n’oublions pas qu’il y a l’échange comme ingrédient essentiel, travail, commerce des biens et des idées, monnaie et langages. Mais la forme de l’échange et le contenu signent aussi un certain type de la civilisation. Un Philippe Muray aurait mobilisé toute son ironie pour dépeindre les mœurs associés au grand événement culturel pendant lequel la culture s’expose et se consomme sur fond de décharge jubilatoire de la libido festive alors que les villes font dans le Kulturisme, affichant le nombre de participants et montrant ses plus belles réalisations comme dans le culturisme on montre la taille de ses biceps.

Une analyse plus neutre verrait dans ces manifestations le signe d’une époque où la culture se massifie. Comme le dit Alain Corbin, le temps libre est rattrapé par le temps commercial, quand cette culture se diffuse par les voies du marché et sert le profit financier. Le principe du grand événement est le même sauf qu’il est réalisé avec les fonds publics et qu’il sert le profit politique, autrement dit l’image de l’équipe gestionnaire de la ville. Après un concert de U2, le producteur se frotte les mains. Pareil pour l’équipe municipale après un grand événement. Le premier engrange les euros, le second soigne son espérance de gain en termes de bulletin mis dans l’urne. Sauf à être de mauvaise fois ou d’une raideur idéologique implacable, il est difficile de condamner le principe du grand événement, même si cela paraît détourné à des fins politiques et si par ailleurs la culture est devenu l’instrument d’un divertissement. Cela n’empêche pas les gens d’aller dans les musées, les théâtres ou d’acheter des livres. S’il faut critiquer, attendons le résultat et posons-nous la seule question qui vaille par-delà la critique. Peut-on faire mieux, peut-on proposer un contre-événement moins encadré par la production de l’Hôtel de Ville ?


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3 réactions à cet article    


  • stephanemot stephanemot 17 janvier 2008 14:55

    félicitations

    l’occasion de réveiller Boredom en Aquithènes (je plaisante)

    ce grand créatif de Juppé (à prendre au second degré, ou plutôt au 11 degrés qui tâche) sera-t-il sauvé par le gong culturel ?


    • vieuxcon vieuxcon 18 janvier 2008 00:51

      Les nuits blanches de Paris qui ne sont qu’une continuation d’une manifestation qui avait pris osn envol à Nantes 6 année durant et passant par les 5 continent.


      • judel.66 20 janvier 2008 11:02

         

         

        a bordeaux le grand evénement serait la chute de Sa Suffisance Monseigneur juppé......

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