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Le jeu des mille euros, d’après l’émission de France Inter

Texte et mise en scène Bertrand Bossard avec Louise Belmas, Vincent Berger, Bertrand Bossard et Benjamin Farfallini… au théâtre de la Commune à Aubervilliers, actuellement.

Le jeu des mille euros est une institution au sein de France Inter. Débuté en 1958, ce jeu est toujours là, discret et efficace, permanent, à bas bruit, sans paillettes, ni buzz, ni coups d’éclats, pas d’émissions exceptionnelles à marquer d’une croix… Toutes bien, toutes réussies, sans rien qui dépasse. D’autres jeux de questions plus ou moins savantes ont existé ou existent un peu partout dans les mass-médias, Qui veut gagner des millions ?, la palme revenant sans doute actuellement à Questions pour un championLe jeu des mille euros a sans doute essuyé les plâtres et, dans une grande intuition de son créateur Henri Kubnik, a mis en place une forme spectaculaire des mass médias électroniques : d’un côté, un cérémonial simple, rituel et de l’autre, la nouveauté de chaque question.

La force du jeu des mille euros vient peut-être aussi de la participation de tous à son déroulement. Les questions viennent du public, envoyées par courrier, elles sont classées par difficultés repérées par des couleurs et permettent à celles et ceux qui en proposent de gagner trois sous si la réponse n’est pas trouvée par les candidats. L’autre participation, très ritualisée, est celle des applaudissements du public présent et des appels à poursuivre le jeu : banco, banco, banco… et super, super, super (super banco). L’autre participation, enfin, est celle que chacun peut jouer, seul ou en famille, dans sa maison.

Autrement dit, c’est un jeu inséré dans le public à toutes les étapes de sa création et de sa diffusion. On fait difficilement plus près du public, plus ajusté.

De plus, il se déplace dans les communes, les petites et les grandes. Il peut passer près de chez vous. Il y a une sélection sur place des candidats, tout le monde peut concourir. Juste avant les infos de 13 heures, un rendez-vous cerné par son public…

Bertrand Bossard a concocté un spectacle surprenant. Drôle et efficace, ce spectacle théâtral est dans un rapport plutôt curieux et énigmatique au « vrai » jeu, au jeu initial, sur lequel il s’appuie. Il surfe sur le jeu parfois au point d’y coller… et s’en éloigne d’autres moments dans un espace hors tout, satellisé (offshore, comme on dit ailleurs ?).

Cela démarre par une parodie de 2001, l’odyssée de l’espace. Les pioches qui dégagent la « pierre » se mettent à sonner comme le métallophone du jeu des mille euros. Ce métallophone, qui égrène les « secondes » du temps de réflexion est considéré dans la pièce de théâtre comme un élément fondamental du rituel. Certes, c’est un son qui a la radio fait reconnaître tout de suite l’émission, il n’y en a pas deux ; mais ensuite ?

Le public du théâtre est invité à participer comme à la radio : on crie joyeusement « banco, banco », « super », on applaudit à la demande... Plus tard, ce parti-pris ne sera pas tenu : le public va être représenté par un enregistrement qui passe au-dessus de la tête du vrai public du théâtre !

Après ce début qui représente le jeu des mille euros comme un arrachage archéologique, le jeu théâtral des mille euros fait dérailler les participants. Qu’est-ce que la réponse à une question ? D’une manière générale, philosophique, la réponse à une question est dans la personne qui répond. Une femme s’exalte à propos de Goethe et du rôle que cet écrivain a tenu dans sa vie. Le nom de Goethe ne répond pas à la question de savoir qui a inventé le romantisme, car Goethe a démarré le Sturm und Drang et pour cette femme, cela évoque des éléments fondamentaux de sa vie… Elle s’anime, s’exalte et donne l’air de ne vouloir jamais en finir. L’animateur est débordé.

Le métallophone joue faux, tout joue faux… Le joueur de métallophone fait sa crise aussi, puis il finit par répondre à une question, posée à la volée, si j’ose dire… « Je vous l’accorde » dit l’animateur et ça repart tant bien que mal…

On a l’impression de délirer sur le caractère anecdotique des questions et même de ce qu’est une question. On délire sur la forme, on déraille, on s’évapore, on va partout ailleurs, n’importe où, surtout n’importe où. Le jeu des mille euros devient « n’importe quoi »…

La notion de savoir, telle qu’elle est pratiquée dans ces jeux de questions-réponses où la rapidité (la virtuosité) est un élément fondamental semble interrogée. Le savoir, c’est autre chose que la vitesse de réponse à ces questions qui ont un style reconnaissable, un contour, fermé. Mais on ne sait pas bien. Dans ce maelstrom de dérapages, qu’est-ce qui est dit de cette question fondamentale du savoir et de la mémoire ?

On se retrouve dans le cerveau de Gilles Deleuze… On dérape de plus en plus… On ne sait plus où on en est… En tout cas, on ne va pas vers une idée précise de ce que pourrait être le savoir ni de savoir le rôle de la mémoire, la résistance, la création… de dérives en dérives, on est sorti de route et tout finit subitement dans un grand boum.


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2 réactions à cet article    


  • Orélien Péréol Orélien Péréol 15 janvier 2014 14:00

    Sur un spectacle dans lequel le « public » intervient avant la création, sur un sujet nettement plus tragique, le 11 septembre des twin towers...



    • Abou Antoun Abou Antoun 16 janvier 2014 09:15

      Article intéressant que je complète par quelques liens.
      Le jeu des 1000 euros.
      Lucien Jeunesse
      Louis Bozon

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