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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le livre au cœur de l’animation

Le livre au cœur de l’animation

Des nourritures spirituelles au Relais.

Le Relais célébrait son Noël à sa manière. Il convient de ne pas trop mettre en avant ce symbole trop marqué pour un public cosmopolite en grande difficulté. Il serait indécent de distribuer sans compter ce qui, avouons-le bien volontiers, compte tenu des moyens financiers du bord, ne serait certes pas possible. Nul cadeau, nul banquet extravagant mais la volonté de mettre un peu de baume au cœur à défaut de beurre dans les épinards.

C’est donc une après-midi festive qui a été programmée avec la volonté de faire simple avec les bénévoles et un spectacle venu gracieusement à la rencontre des exclus de la galette. Les stagiaires avaient organisé les jours précédents un questionnaire pour attirer l’attention de notre public sur ce moment de partage qui allait lui être proposé. Le nombre de réponses reçues atteste de l'engouement dont nos amis firent preuve et des recherches qu’ils effectuèrent pour y répondre correctement. Voilà déjà une première victoire sur la manière dont certains aiment à dépeindre ces personnes à la rue.

Pour patienter avant que le repas ne soit terminé, deux bénévoles musiciens jouent dans le hall d’accueil des airs folk. L’accordéon et la clarinette sont accompagnés de battements de mains : un petit air de fête dans la morosité d’une journée engluée dans le brouillard. Des sourires éclairent des visages souvent marqués par la gravité et l’inquiétude du lendemain. Il en faut peu parfois pour oublier, un temps, les tracas de l’existence.

Puis la petite salle de restauration se transforme pour accueillir le spectacle et ses spectateurs. Tout le monde est un peu à l’étroit ; dans cette promiscuité qui donne chaleur et solidarité. « La Musique de Léonie », une chorale de haut niveau, se prépare : des jeunes femmes qui chantent divinement bien et suivent les indications de leur mentor, Julien Joubert, un musicien compositeur tout autant qu’explorateur et aventurier de la vulgarisation de la musique classique dans notre ville.

Il a créé un spectacle chanté : « La librairie de monsieur Jean » autour de la rencontre d’un vieux libraire et d’une jeune demoiselle, avec le livre et la culture littéraire en toile de fond. Le sujet est ambitieux : il risquait d’être en décalage avec les soucis immédiats de nos bénéficiaires. Mais c’est en brisant les codes, en dépassant les représentations, en effaçant les réticences qu’on avance et qu’on brise les chaînes.

Les voies angéliques et harmonieuses des chanteuses emportent l’adhésion ; la présence de Joubert, conteur déménageur, en impose et obtient le silence et l’attention. Il se passe quelque chose dans la salle. Bien sûr, tous ne sont pas transportés par le récit. Il y a bien quelques irréductibles du téléphone portable qui démontrent que les malotrus se trouvent dans toutes les couches de la population, mais pour l’essentiel, le pari est gagné. J’en suis admiratif.

Le texte est exigeant, il y est fait référence aux grandes œuvres de la littérature tout autant qu’à une simple histoire d’amour. Je découvrirai par la suite que des spectateurs ont parfaitement écouté et qu’ils sont capables de restituer les livres évoqués, d’apprécier les mélodies et de goûter à la maîtrise vocale des chanteuses. Je joue ensuite le Monsieur Loyal de la fête en espérant renforcer le merveilleux apport de « la Musique de Léonie ».

L’envie me prend, inconsidérée sans doute, de dire à mon tour un conte : une histoire qui a, elle aussi, le livre en arrière-fond. Je craignais la lassitude du public après 45 minutes de silence et d’attention, il n’en est rien. C’est même miraculeux ! Je bénéficie certes, de leur bienveillance puisque désormais, ils me connaissent tous, mais de là à être si parfaitement écouté, je n’en reviens pas. Est-ce dû à la magie de la comédie musicale précédente ? Sans doute !

Ce que nous venons de vivre est exceptionnel. La culture trouve sa place dans ce lieu improbable et avec ce public que j’aime à qualifier de disparate. Il suffit simplement d’oser et de le faire avec un engagement total. C’est ce qu’a fait « la Musique de Léonie », sans tricher, sans abaisser son degré d’exigence, en se donnant pleinement malgré quelques décrochages ici ou là parmi l’assistance. C’est ce qu’a fait Julien Joubert avec une conviction exceptionnelle. Je ne peux que les en féliciter et les remercier chaleureusement. Ils sont l’honneur de la culture orléanaise, non pas celle de l’entre-soi mais celle qui va au-devant des publics oubliés.

Ensuite, je n’ai fait que prolonger leur travail. Je suis plus habitué qu’eux, puisque ce public est souvent le mien ; échappant, quant à moi, aux parterres bourgeois, aux salles guindées et aux oreilles vite offusquées que mes propos scabreux exaspèrent , je n'ai pas l'honneur d'évoluer dans cette société où se meuvent avec aisance et opulence ces « gens bien », indifférents à ceux qui s'y noient : ces autres qu'ils ne daignent ni considérer , ni même remarquer. Je dois cependant tirer bien bas mon béret devant la prestation remarquable de ce groupe et surtout le pari tenté et réussi avec maestria.

Il y a des moments où un coin de ciel bleu s'entrevoit quand se dissipe la nuée. Lorsque la culture s’offre ainsi en partage sans se soucier des statuts sociaux, des origines, des parcours de vie, des niveaux économiques ; quand le bonheur se donne tout simplement, sans se mesurer, je pense qu’on fait un grand pas vers plus d’humanité. Merci encore à Julien Joubert et à ses choristes de nous avoir ainsi enchantés par leur talent si généreusement offert.

Admirativement leur

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9 réactions à cet article    


  • genrehumain 19 décembre 2016 12:03

     A des pensées de haine, il faut opposer des plus fortes pensées d’ Amour.
    C’est ce que vous faites,
     MERCI.


    • C'est Nabum C’est Nabum 19 décembre 2016 12:23

      @genrehumain

      Je l’espère
      Merci

      Attendez cependant la réaction du sieur Lavigne ... L’amour va en prendre un coup


    • Robert Lavigue Robert Lavigue 19 décembre 2016 14:06

      @C’est Nabum

      (L’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches. L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit.)

      Les comédies musicales, j’aime bien. Surtout Le Crépuscule des Dieux ou des trucs comme ça...

      J’ai trouvé quelques vidéos de La Musique de Léonie sur youtube. C’est sympa et bien propre sur soi.
      La librairie de Monsieur Jean est d’ailleurs une commande publique, comme quoi les bourgeois subventionnent aussi la culture inoffensive !

      Ceci dit, je ne suis pas surpris de votre triomphe auprès d’un public captif.
      Il en va de même pour votre presque homonyme, BHL de la Seine. Lui, c’est dans les salons germanopratins qu’il fait des ravages.


    • C'est Nabum C’est Nabum 19 décembre 2016 20:10

      @Robert Lavigue

      Si je ne suis pas un caniche je suis quelque peu Cabot !
      Vous avez raison

      Je ne comprends rien à rien et votre sagacité est exemplaire


    • juluch juluch 19 décembre 2016 13:27

      Moi hier soir on est allé voir un spectacle en plein air et un feu d’artifice sur la colline de st Joseph à Marseille....il faisait froid !!  smiley


      Mais on a passé un bon moment et il y avait plus de vin chaud....ma femme a eu le dernier par contre la pompe à l’huile était bien présente.

      Je vois que vous aussi vous avez eu votre bon moment !!

      Yo !!

      bien à vous Nabum !

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