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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Le Mendiant ou la Mort de Zand » au théâtre de La Colline

« Le Mendiant ou la Mort de Zand » au théâtre de La Colline

Bernard Sobel, congédié à l’issue d’un mandat de quarante ans à la tête du théâtre de Gennevilliers, entre de nouveau par la grande porte des dénicheurs de talents en coproduisant sa mise en scène d’une pièce inachevée par le dramaturge moscovite d’origine polonaise Iouri Olecha (1899-1960), inconnu jusqu’à présent en France.

Créé au Théâtre national de Strasbourg le 12 octobre dernier, Le Mendiant ou la Mort de Zand fait escale au théâtre de la Colline durant trois semaines, alors que la grève concomittante des transports publics perturbe considérablement la fréquentation des théâtres parisiens.

Qu’à cela ne tienne puisque la déconstruction mentale de l’homme nouveau est ici l’enjeu littéraire d’une schizophrénie expérimentale balayant les identités virtuelles d’un candidat jusqu’au boutiste à toutes les hypothèses éthiques que ne peuvent guère lui offrir les rails de l’avenir.

Il faut dire que la révolution russe de 1917 a engendré le concept idéologique de « constructeur du futur » qui, en se mesurant à l’intelligentsia, va se dissoudre dans l’inertie atavique de la condition humaine en un paradoxe insurmonté par l’artiste philosophe.

En effet, théâtre du double se subdivisant au sein d’un monde pirandellien, cette tentative d’écriture au diapason d’une quête protéiforme, va mettre en valeur un constat effarant :

« J’ai vu que la révolution n’avait absolument pas changé les hommes »

Ainsi de Zand (Eric Caruso) à Fedor (Vincent Minne), du commissaire du peuple au mendiant, d’un rôle de composition à l’autre exclusivement voués à Macha (Chloé Réjon), seul l’instinct sexuel et ses épiphénomènes corrélatifs que sont la jalousie, la vengeance et le meurtre vont avoir gain de cause d’un amour supérieur à toute autre utopie.

C’est alors que les forces destructrices de l’inconscient vont pouvoir se mettre au service objectif du moi idéal en permettant à l’alter ego, l’accomplissement du refoulé obscur en toute impunité morale.

Devant cette perspective de choc frontal entre un monde rêvé et la réalité tangible, Lucio Fanti a conçu un manège métaphorique où l’univers se disloque en multiples cellules colorées et assymétriques que portes, fenêtres et sorties dérobées sembleraient rassembler pour un vaudeville tournoyant à l’infini sur lui-même... en joyeuse compagnie de Claire Aveline, Eric Castex, Claude Guyonnet, Anne-Lise Heimburger, Jacques Pieiller, Chloé Réjon, Stanislas Stanic et Gaëtan Vassart.

Cependant, faute pour Zand d’être devenu à 32 ans « le Balzac du prolétariat », Bernard Sobel va projeter sur cette destinée en échec, une réflexion sans appel de Karl Marx : « Si tu aimes sans retour, si ton amour ne provoque pas d’amour chez l’autre et si, à travers les manifestations de ta vie, en tant qu’homme aimant, tu ne peux devenir homme aimé, alors ton amour est impuissant et il est un malheur... ».

Photo © Elizabeth Carrechio

LE MENDIANT OU LA MORT DE ZAND - *** Theothea.com - de Iouri Olecha - mise en scène : Bernard Sobel - avec Claude Guyonnet, Eric Caruso.... - Théâtre de La Colline -


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