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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le moelleux au Corelli des Gli Incogniti

Le moelleux au Corelli des Gli Incogniti

C’est incontestablement une des plus belles réussites de cet automne. Si vous ne connaissez pas Corelli ou son Opus 6, Amandine Beyer et son ensemble Gli Incogniti viennent de concocter chez Zig-Zag Territoires ce qui apparait comme la meilleure introduction au merveilleux monde corellien. Et pour ceux qui ont grandi avec la version épatante de Chiara Banchini du début des 90’s, l’intérêt sera complémentaire tant les idées de l’une et de l’autre - l’élève et le professeur par ailleurs - se complètent et se valent suivant les effectifs choisis.

L’histoire de la musique recèle bien des curiosités : Arcangelo Corelli (1653-1713) n’a légué que six opus plus quelques oeuvres inédites mais chaque sonate, chaque concerto est un condensé d’une écriture directe, noble - et par là unique, d’une qualité reconnaissable entre mille. L’opus 6 est le seul destiné à une exécution orchestrale, les précédents recueils étant soit des sonates pour violon et basse continue (Op.5), soit des sonates en trio (Op.1-4). Les Concerti Grossi sont au nombre de douze que l’on peut diviser en deux séries : les huit premiers sont appelés Concerto da chiesa, les quatre derniers Concerto da camera, ces derniers comprenant plusieurs mouvements de danse issu de la suite. Le concerto grosso de Corelli oppose un groupe de solistes, le concertino - composé de deux violons et de la basse continue - au reste de l’orchestre, le ripieno.

Même si l’opus 6 fut achevé en 1711 et édité en 1714 quelques mois après la mort du compositeur, la date précise des compositions est incertaine. Selon le compositeur Georg Muffat (1653-1704) qui a assisté à certaines de ses exécutions et qui a pu nous en relater le nombre de musiciens fluctuant selon les représentations et les disponibilités (on part d’une base de 30 à 40 musiciens pour arriver jusqu’à une centaine, ou au contraire à un nombre moins élevé comme c’est le cas pour cet enregistrement), les concerto grosso datent du début des années 1680 et ont dû être continuellement retravaillés selon les satisfactions de Corelli.

La lecture qu’en donne Amandine Beyer et son ensemble Gli Incogniti est à acquérir les yeux fermés, Sprezzatura participant ainsi au concert de louanges dont j’imagine que le meilleur est à venir. La saison est parfaite : les rayons d’automne confèrent à un supplément de poésie, celle-ci étant déjà bien présente dans ce double disque enregistré en concert à l’Arsenal de Metz les 10 et 11 février 2012.

Il y a tout dans cette interprétation pour faire honneur à Corelli et à sa sensibilité du clair-obscur : une cohérence du début à la fin (une “dramaturgie interne” comme on le signalait sur France Musique), un phrasé raffiné, des contrastes solides, le tout gratifié d’ornementations d’une rare intelligence (écoutez ci-dessous le “Largo” du concerto n°1). C’est impeccable de maitrise, l’ensemble n’en sort que plus libéré, ça vit et ça chante…que demander de plus ? Les affects de la fresque corellienne sont joués dans la sensualité : je conclus donc avec cet adjectif qui résume tout le confort ressenti dans l’immersion - presque nouvelle - de ces harmonies, au calme apollonien décrit par Amandine Beyer :

Ce Corelli est moelleux.

L’excellent trailer de présentation monté par Outhere Music ainsi que les deux extraits ci-dessous devraient, je l’espère, vous convaincre aussi d’en entendre plus.

JPEG - 211.4 ko
Arcangelo Corelli

____________________________________________________

Album “Corelli : The Complete Concerti Grossi, Op. 6”

Gli Incogniti - Amandine Beyer, violon et direction

2013 Zig-Zag Territoires-Outhere

2 extraits :

1) Concerto grosso n°1 : Largo

2) Concerto grosso n°4 : Concerto Grosso n°4

- Adagio-Allegro

- Adagio

- Vivace

- Allegro-Allegro

http://www.youtube.com/watch?v=ztl64cNMgiY&amp ;

JPEG - 39.2 ko
Gli Incogniti

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1 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 25 septembre 2013 11:47

    Bonjour, Frédéric.

    Corelli, c’est la synthèse de la technique et de l’expressivité mélodique. Une synthèse qu’illustrent bien ces concertos grosso. Plutôt que « moelleux », je dirais d’eux qu’ils sont « sensuels ». Question de perception.

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