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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le mystère d’un spectacle

Le mystère d’un spectacle

Le Bonimenteur n'a rien compris

L'originalité n'est pas suffisante.

Il m'a été donné d'assister tout à fait par hasard à un étrange spectacle qui m'a laissé perplexe et tout à fait interrogatif. Il est surprenant de se voir ainsi signifier son manque de perspicacité, d'ouverture ou simplement d'intelligence. Car, comment pourrait-il en être autrement, c'est le spectateur qui faire l'effort de la compréhension. C'est du moins ainsi que l'on présente le plus souvent les choses dans les milieux éclairés.

Reprenons tout depuis le début pour tenter d'éclairer votre lanterne de l'obscurité qui est la mienne. Une caravane d'un vieux modèle, arrive tractée par des hommes et des femmes tout de noir vêtus. Ils arrivent à notre hauteur, garent leur étrange engin. Ils le calent et ouvrent la porte pour en sortir seize parapluies et 6 tubes d'un mètre cinquante.

 

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Songe aux pensées des autres qui sans cesse te frôlent et que tu n'entends pas. À cette musique folle qui t'entoure sans te prendre et te reste étrangère. - Valérie Catherine Richez

 

Les parapluies sont gravés de la marque « L'aurillacoise », nous devinons qu'il y a un clin d'œil au théâtre de rue. Ceci est encore dans nos cordes. Chaque personnage prend par la main deux spectateurs pour les entraîner sur un sentier. Tous se passe lentement, sans un mot. Ils ouvrent les parapluies et les posent sur l'herbe.

Toujours dans le silence, ils font comprendre aux gens qu'ils doivent s'asseoir sur le parapluie, noir, lui aussi, vous l'auriez deviné. Il fait un vent glacial, rapidement la pose va devenir désagréable. Il ne se passe rien pour l'instant. Nos étranges oiseaux funèbres se déplacent parmi nous, agitent un éventail … Que va-t-il se passer ? Pour l'heure, la curiosité l'emporte sur l'exaspération.

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Disposer le ciel en bouquets, égrener ses parfums, tenir quelques heures la beauté contre soi et se réconcilier. - Jean Michel Maulpoix

 

Puis, mystérieusement, l'un après l'autre, nos fantomatiques compagnons viennent placer l'extrémité de leur tube tout près de l'oreille d'un spectateur assis. Ils susurrent à travers le tuyau ce qui ne peut être entendu que par un seul. Six personnes écoutent alors attentivement ce que nous ne savons pas encore. Nous attendons notre tour, pour savoir, nous aussi …

 

Cela finit par arriver avec un peu de patience et beaucoup de frissons. Une voix uniforme, un ton sans variation, un débit d'une extrême lenteur vient glisser à une oreille qui ne saisit pas toutes les paroles, un texte poétique, complexe, évanescent. Le diseur, avant que d'aller souffler dans une autre oreille, vous glisse un petit papier jaune. Un texte de deux lignes d'une plume célèbre ajoute à votre perplexité.

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Imagine si ceci / un jour ceci / un beau jour / imagine si un jour / un beau jour / ceci cessait / imagine. - Samuel Bekett

 

Le temps se fige, le même mécanisme se renouvelle ainsi. Chaque spectateur aura deux ou trois textes. Il est bien difficile de se souvenir de ce message. Les circonstances ne se prêtent guère d'ailleurs à la mémorisation. Puis la troupe regroupe leurs si patients auditeurs, pour quelques pas plus loin, former un magma de parapluies et d'humains serrés les uns contre les autres.

Encore une fois, le rituel du tuyau à poésie se remet en action. Cette fois, la séance est moins longue. Tous n'auront pas l'honneur d'un message au creux de l'oreille. Les agents de la pompe littéraire funèbre se remettent en marche sans nous, cette fois. Ils font une haie d'honneur puis retournent à leur caravane.

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Tout le long de la muraille que nous habitons, il y a des mots immenses, qui sont en attente de nous – Màrio Césariny

 

Ils s'en vont comme ils sont venus ; sans un mot, sans un sourire. Visages figés, mines lugubres, déplacements robotiques. Que faut-il comprendre ? Que fallait-il faire ? Ni applaudissements ni échanges. Un spectacle purement visuel au plan collectif. Des textes qui ne se donnent qu'à une personne à la fois.

C'est la négation du spectacle vivant. C'est un enterrement en première classe du sens qui échappe, du plaisir du partage collectif. Une heure de silence pour trois ou quatre minutes de paroles au creux d'un tuyau. Je ne peux me satisfaire de la remarque de mes voisins : « C'est original ! » Oui, mais que fallait-il comprendre ?

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Toute couleur, toute ma vie naît d'où le regard s'arrête. Ce monde n'est que la crête d'un invisible incendie – Philippe Jaccottet

 

Ils sont partis, il ne reste que des images fugaces, du noir et des silence, des trognes qui s'en sont retournés vers un ailleurs où vous n'êtes pas conviés. Il n'y aura pas d'échange avec eux. Ils vous laissent à votre incompréhension. J'en suis navré.

Stupidement leur

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14 réactions à cet article    


  • oncle archibald 10 avril 2013 09:54

    « Ils font une haie d’honneur puis retournent à leur caravane. »

    Une haie, vous êtes sûr ? Ce ne serait pas un bras par hasard ??

    Question : Est-ce que ça mange du pain de contribuable ces oiseaux noirs ?

    • C'est Nabum C’est Nabum 10 avril 2013 12:29

      oncle archibald


      Je ne les pense pas méchants
      Ils sont persuadés d’être compris et appréciés
      C’est bien ça le pire !

    • oncle archibald 10 avril 2013 13:46

      Vous êtes bienveillant, tant mieux, mais je crois que le pire c’est qu’ils pensent que ceux qui n’ont pas compris sont des cons, des demeurés, des arriérés, des passéistes, voire des cathos coincés et réacs ...


    • C'est Nabum C’est Nabum 10 avril 2013 20:35

      oncle archibald 


      Tout juste mon portrait !


    • Muriel74 Muriel74 10 avril 2013 11:39

      c’est le nouveau mode de management de la poésie, du conte, et de la parole comme transmission/communication. Par le silence, l’isolement, la non-communication et la couleur noire,l’enterrement du collectif. S’il y avait eu une deuxième partie du spectacle montrant l’opposition, le malaise n’aurait pas été ressenti. Pas d’applaudissements, donc vous n’avez pas donné d’accord à cette chose, c’est très bien


      • C'est Nabum C’est Nabum 10 avril 2013 12:31

        Muriel74


        Et j’ai même ponctué cette parodie par un billet de mauviase humour.

        Je vous assure que lorsque je conte, le bonheur est dans la salle avec des rires et de la farce.

      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 10 avril 2013 13:25

        Modernitude sans faim ...
        La France tuyaux de poetes ...


        • C'est Nabum C’est Nabum 10 avril 2013 13:50

          Aita Pea Pea


          Il faut être de ce monde ou bien ne point exister !

          Il faut s’extasier surtout quand on n’a rien compris mais pas demander qu’un spectacle soit au minum compréhensible.

          Comme je suis un imbécile, je le fais remarquer sans honte

          Ça poète plus haut que ma prose !

        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 10 avril 2013 14:15

          Votre volonté de compréhension n’est pour eux que réactionnaire ...
          Ainsi sont les temps ,ou les enfonceurs de portes ni ouvertes ni fermées,car il n’en reste que le cadre, sont catalogués révolutionnaires ,mais néanmoins duement subventionnés ...
          La caravane passe , j’irais pisser sur ses roues ,l’aboiement leur faisant trop plaisir .


        • C'est Nabum C’est Nabum 10 avril 2013 14:50

          Aita Pea Pea 


          Merci d’essayer de défendre une cause désespérée !

        • alberto alberto 10 avril 2013 14:40

          Tuyau : information confidentielle révélée à quelqu’un pour le succès d’une opération...

          C’est pourtant simple à comprendre, b...de m... !

          Me trompé-je ?


          • C'est Nabum C’est Nabum 10 avril 2013 14:50

            alberto


            Il y a tant de choses susceptibles de boucher un tuyau !

            Bouchons-nous le nez ...

          • Franckledrapeaurouge Franckledrapeaurouge 10 avril 2013 23:45

            Bonsoir,


            A force de communiquer uniquement avec des écrans, communiquer avec des humains deviens de plus en plus dur, voir impossible.....

            Putain J’suis bien la, à ouais j’vais changer ma photo de pirate. Et j’avais mettre un poète....

            Cordialement

            Franck


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