De François Villon à Georges Brassens, petite ballade intemporelle.
La rose demeure en son essence, nous n’attachons que les noms en leur nudité.
"Le nom de la rose",
Apologie mystérieuse, poésie pléthorique libérée, du temps qui fait s’interroger une foule de gens.
Dans son puissant roman intemporellement nommé, la noirceur, la violence refoulée et libérée, Umberto Eco délivre une oeuvre envoutante, rébarbative par sa rude épaisseur. L’histoire fut adaptée, d’une belle manière, au cinéma par Jean-Jacques Annaud et merveilleusement interprétée par Sean Connery.
L’action se déroule à l’orée du XIV ème siècle, à l’an de grâce... dans un environnement montagneux hivernal, escarpé, et inhospitalier.
Guillaume de Baskerville, moine franciscain, accompagné d’Adso, un novice, jeune bénédictin et narrateur du roman, approchent un monastère planté, forteresse du temps qui passe, au sommet d’une crête, incontournable comme l’épreuve du destin.
Au sein de cet édifice austère s’organise une rencontre entre des franciscains mendiants, vêtus de jute et d’humilité, prêchant la pauvreté du christ, et les partisans du pape, enrubannés, empourprés et clinquants jusqu’à l’outrance.
Bientôt, de lourdes portes gémissantes se referment derrière nos deux pèlerins. Il règne en cette abbaye malsaine, une atmosphère pesante, glaciale et troublée.
Des voix humaines frustres heurtent les voutes romanes et se fondent en échos pour mieux éteindre le souvenir lointain des envolées grégoriennes...le temps révolu des louanges et des belles espérances chrétiennes.
Le récit très tendu, la violence dans l’ombre, angoissante, les luttes de pouvoir insoutenables et bien humaines, le crime crapuleux, la bête immonde, dans une atmosphère poisseuse, équivoque et malodorante.
La musique du film envoutante et métallique s’égraine aux accents d’angélus.
Dans le ventre de l’abbaye diabolique, la bibliothèque survit à tous les siècles. Un labyrinthe magique, un savoir inaccessible,éternel, étranger à la folie des hommes.
Eux qui grouillent comme des miasmes, fanatiques, névrosés, pervers et douloureux de l’autre côté de la muraille, dans les galeries, les cellules, les coursives, la cour, le petit cimetière lugubre ou planent les corbeaux.
A l’extérieur, une autre misère, monstrueusement tapie au pieds de la forteresse infernale, la misère paysanne, effroyable. La misère croupissante, animale, méprisée, abandonnée, la pourriture, le fumier.
Les contrastes soutenus dans cette fresque hurlante, comme une toile populeuse et foisonnante de Jérôme Boch, en miroir, nous renvoient, comme par enchantement à l’éternelle idole, au nom de la rose, aux neiges d’antan, à l’espoir que l’on ne sait nommer.
Fragilisés comme le jeune novice Adso, portés par le bon sens aristotélicien, la sagesse bonhomme et l’humour de frère Guillaume, on trouve au fond de soi une incroyable frénésie de survivance. On a confiance et l’on se laisse guider.
Nulla rosa est, "la parole nous dit l’inexistant et le détruit." Et chacun de nous fait des sauts prodigieux dans l’espace et le temps, l’aventure et l’histoire à travers les époques est la révélation de la présence divine. C’est l’inflation imaginative, la délivrance.
Pour un bon nombre de gens sensibles et naturellement confiants, on se laisserait aller à croire en Dieu.
De cette aventure, livresque et cinématographique, l’on ressort la tête pleine, un peu chaude, et l’âme fiévreuse avec dans les yeux une pensée d’éternité.
Sous l’effet de l’inspiration, dans cet état second qui l’unit au divin nommé et pour d’autres sans nom, l’artiste est un canal prophétique.
Il est une marionnette perméable, exposée aux manifestations d’un monde apocalyptique connu et inconnu, terrestre et galactique, humain et spirituel.
Sur l’hôtel de la "création", prêtre malgré lui, il transmet, innocemment, son message d’amour sans réserve.
Spectateurs de passage, réceptacles d’unicité, nous recevons et interprétons dans le secret de notre humeur et de notre différence le pléthorique imaginaire.
Dans ce labyrinthe d’essences et d’existences infinies, les êtres humains englués dans leurs complexités paroxystiques cherchent la voie.
Le retentissement intérieur chez le lecteur et le spectateur, a une portée infinie, un horizon de fond de ciel constellé.
C’est ce que l’on nomme Dieu, le grand architecte, l’inaccessible étoile...le nom de la rose.
Inspirateurs inspirés, Umberto Eco, Jean Jacques Annaud, François Villon, Georges Brassens.