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Le petit lieutenant, de Xavier Beauvois

Polar de Xavier Beauvois. 1h50 - Avec Nathalie Baye, Jalil Lespert, Roschdy Zem, Antoine Chappey, Xavier Beauvois, Jacques Perrin.

Antoine, fraîchement sorti de l’école de police, intègre la 2e division de la police judiciaire. Originaire du Havre, il est plein d’enthousiasme et se voit déjà arrêter des grands du banditisme parisien. Il a été choisi par le commandant Caroline Vaudieu, qui rempile après un passage à vide. Elle avait sombré dans l’alcoolisme, à trop traîner la nuit, faite de planques, d’interpellations. On prend vite de la bouteille. Si les méthodes d’investigation se sont légèrement modernisées, il n’en reste pas moins que l’on ne dit plus inspecteur, mais lieutenant. Antoine fait donc son apprentissage en réceptionnant les appels de la permanence de la P.J. Puis, il entame sa première affaire sur le terrain : la mort d’un SDF victime d’une agression par deux Russes. La traque peut commencer.

Le petit lieutenant n’est pas un polar-TV musclé façon « Le droit de savoir » (TF1). Ici, place à la matière première : l’humain. Ce film se veut une vision très réaliste du quotidien de flic à la crim. À croire que le décret Chevènement interdisant l’alcool dans les commissariats est resté lettre morte... Le rapport avec l’alcool est édifiant. Le réalisateur Xavier Beauvois a su entourer Nathalie Baye d’une brochette d’acteurs solides et convaincants. On pourrait même en faire une belle série-TV au bout du compte. Et c’est là justement, le point faible de ce film. Il manque l’adrénaline d’un « 36, quai des orfèvres  » pour que Le petit lieutenant soit grand.


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2 réactions à cet article    


  • Charliek (---.---.176.21) 4 décembre 2005 20:21

    En 1992, Bertrand Tavernier signait L.627, polar ultra-réaliste sur la brigade des stups. Tavernier filmait la réalité du terrain, les « moyens » dont disposaient les flics, leur isolement, leur image. Un film-choc et fort.

    En 2004, Olivier Marchal réalisait l’un des meilleurs polars français depuis ceux de Melville, 36, quai des Orfèvres, l’affrontement de deux flics de haut rang, sur fond de chasse à l’homme. Là aussi, l’ultra-réalisme du film en fit une grande œuvre cinématographique.

    Xavier Beauvois vient de réaliser avec Le Petit Lieutenant un film qui s’inscrit, dans son traitement et son propos, dans la lignée des deux précédents. Car la « guerre » des services existe toujours bel et bien, car aussi la dureté du milieu de flic ne doit pas être idéalisée ou déformée comme dans un épisode de Julie Lescaut ou Navarro. Le cinéaste a choisi de suivre le parcours d’une brigade de la crim’ et le parcours d’une jeune recrue.

    Antoine sort tout juste de l’école de police et intègre la brigade de Caroline Vaudieu, figure de la crim’ qui revient après avoir passer quelques temps loin du terrain pour vaincre son alcoolisme. Il va apprendre la réalité du terrain, les hommes, les galères, le côté sombre du travail. Vaudieu se prend d’amitié pour le jeune homme qui a le même âge qu’aurait eu son propre fils, décédé des années plus tôt d’une méningite. De son côté, Antoine découvre Paris et ses crimes, mais pense aussi à sa femme laissée au Havre.

    Dès le début du film, Beauvois nous plonge dans le milieu de la police avec la cérémonie marquant la fin de l’apprentissage théorique et le début d’une nouvelle vie avec le choix de l’affectation. Une cérémonie très empruntée où les jeunes de tous milieux quittent définitivement leur monde pour entrer dans celui de la police.

    Le cinéaste n’essaye pas de dramatiser ou d’embellir plus que de raison le milieu où évoluent ses personnages, il les filme avec leurs défauts (racisme, alcoolisme...) et leurs qualités (engagement, dévouement, esprit d’équipe...). On peut lire sur leur visage la lassitude qu’ils ressentent parfois face à la violence des hommes, des situations auxquelles ils sont confrontés. Pourtant, ils encaissent les coups et avancent de plus belle, quels que soient les obstacles.

    Beauvois saisit ces moments de la vie d’une unité, d’une équipe, entre la fraternisation et la distance, entre ces hommes et ces femmes parfois différents mais devant être unis pour réussir. Avec un style très brut, caméra à l’épaule, il les suit dans leur enquête criminelle. Le Petit Lieutenant raconte aussi l’histoire d’un jeune homme, autant fasciné par le métier que par l’image qu’il en a, celle des films. Pourtant, la réalité est bien plus dure et bien plus crue.

    Le réalisateur n’essaye pas de nous épater mais il réussit à aller au plus près de ces flics, sans les juger mais simplement saisir la réalité de leur vie.

    Sans esthétisme, avec des images froides, caméra à l’épaule, Le Petit Lieutenant est un film qui se veut avant tout un témoignage d’un métier, d’un milieu que l’on ne voit finalement jamais sous son vrai jour au cinéma.

    En cela, Le Petit Lieutenant est réussi.

    Beauvois s’est entouré d’un casting solide, faisant une nouvelle fois preuve de discernement dans ses choix de comédiens. Jalil Lespert incarne Antoine, le petit lieutenant qui va découvrir la réalité du métier, avec encore une fois une étonnante facilité. Il a su se fondre dans la peau de son personnage avec beaucoup de talent, sans jamais sombrer dans la caricature. Une qualité que l’on peut aussi noter chez ses camarades de jeu, Nathalie Baye, émouvante dans le rôle de Vaudieu (personnage d’abord écrit pour un homme), fragile et forte à la fois, un antagonisme qu’elle porte en elle tout le long du film ; Roschy Zem, comme toujours impeccable ; Xavier Beauvois lui-même, plus en retrait, Jacques Perrin pour un rôle secondaire mais non moins important dans l’intrigue.

    Le Petit Lieutenant est un film à voir, pour ses comédiens, son histoire et sa grande qualité. Beauvois fait preuve d’une belle maîtrise d’un sujet pourtant maintes fois porté à l’écran avec plus ou moins de succès. On pourra classer son film dans la catégorie des réussites.

    Charliek


    • Sandra.M Sandra.M 28 décembre 2005 11:18

      A l’image de ce petit lieutenant (Jalil Lespert) lorsqu’il entre à la 2ème division de police judiciaire et dont Xavier Beauvois trace le portrait, c’est avec enthousiasme que je suis entrée dans la salle de cinéma. C’est donc avec la même stupeur que lui que je me suis retrouvée plongée dans cet univers âpre, filmé sans démagogie ni complaisance. Le contraste n’en était que plus saisissant. Quelques minutes à peine après le début du film, après la parade en uniforme, impeccable, rectiligne, mécanique, institutionnelle, la réalité reprend ses droits, imparfaite, chaotique car humaine et donc faillible, aussi.

      Les failles sont d’abord celles de Caroline Vaudieu, (Nathalie Baye) qui revient dans ce service qu’elle avait abandonné trois ans auparavant, pour cause d’alcoolisme. Peu à peu des liens vont se tisser entre cette femme qui a perdu son enfant et ce jeune homme à l’enthousiasme juvénile. Xavier Beauvois aime et connaît le cinéma et cela se voit, se montre même, un peu trop. A dessein nous l’avons compris. Son petit lieutenant et ses collègues sont en effet imprégnés par le cinéma comme nous le (dé)montrent les affiches qui décorent les murs du commissariat , une affiche différente à chaque fois ou presque : le Convoyeur,Seven, Il était une fois en Amérique, les 400 coups, Podium. A croire que les policiers de la PJ ont raté leur vocation d’exploitants. Derrière le petit lieutenant, on reconnaît même une photo du Clan des Siciliens. Tout cela pour insister sur ce que le Petit Lieutenant dira lui-même, c’est à cause des films qu’il a voulu faire ce métier, pour conduire avec un gyrophare et se sentir invulnérable aussi apparemment. Seulement voilà, la réalité, c’est tout sauf du cinéma aseptisé et manichéen, c’est tout sauf cet idéal magnifié par le prisme d’un grand écran qui mythifie ceux qu’il immortalise. La réalité (la mortalité même) ne se divise pas en deux, non, elle se dissèque comme ce corps entre les mains du médecin légiste dont un son déchirant nous fait comprendre le terrible labeur, et nous poursuivra longtemps. Le bruit déchirant de la confrontation à la réalité.

      Réalité, réalisme : leitmotiv de ce film qui semble même emprunter à Depardon l’effroyable réalité de Faits divers. Beauvois fait même tourné un vrai SDF et s’est longuement documenté avant de réaliser son film, ce qui contribue à lui donner cet aspect documentaire. Ici les (anti) héros meurent, pleurent, faillissent. Depardon beaucoup plus que 36, quai des Orfèvres donc, dont ce film est presque le contraire, dans son recours à la musique notamment, celle-ci étant aussi omniprésente, voire omnisciente dans l’un, qu’elle est absente dans l’autre. L’alcool aussi, est aussi omniscient que l’était la musique dans le film précédemment évoquée. Peut-être trop. Pour nous faire comprendre les fêlures, les failles, encore, la réalité avec laquelle il faut composer.

      Malgré cet aspect didactique quelque peu agaçant, Le petit Lieutenant n’en reste pas moins un constat, une radiographie d’une implacable lucidité dans laquelle Nathalie Baye excelle, son regard ou l’inflexion de sa voix laissant entrevoir en une fraction de seconde les brisures de son existence derrière cette force de façade. D’ailleurs, encore une fois, c’est surtout à ces fêlures que s’est intéressé Beauvois , bien loin des films policiers initiateurs de la vocation du petit Lieutenant. Ce petit Lieutenant c’est Jalil Laspert qui n’a pas fini de nous démontrer l’infinitude des nuances de ses ressources humaines depuis le film éponyme. Bref, un film d’une poignante âpreté, parfois un peu trop didactique, un didactisme que la composition incroyable de ses interprètes principaux (N.Baye, J.Lespert mais également R.Zem) nous fait finalement occulter.

      Sandra Mézière

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