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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le poids du papillon

Le poids du papillon

Quelque part dans le massif montagneux des Abruzzes, nous conte Erri De Luca, un chamois d’une taille et d’une puissance exceptionnelles règne en maître sur sa harde. Devenu roi en un duel, depuis lors, nul n’a jamais osé le défier.

 Sa force et son prestige ont garanti la paix sur le territoire. Mais en ce jour de novembre, alors que se pose sur la terre et la pierre le silence magnifique de la neige, le roi se réveille fatigué. D’instinct, il reconnaît son déclin. Or novembre est aussi le mois des duels. Et il sait, il sent qu’un autre chamois, plus jeune, plus ambitieux, va le défier. Ses cornes vont se rendre face à celles d’un de ses fils plus résolu. Dans le ciel, déjà s’amassent les ailes noires des rapaces, dans l’attente de plonger le bec tendu vers l’amas d’entrailles qui leur sera destiné au terme de l’affrontement. Mais lorsqu’il quitte son refuge sous un pin de montagne creux pour descendre vers la plaine où paissent les siens, l’odeur de l’homme fait frémir les narines du roi. C’est l’odeur de l’assassin de sa mère. De l’homme qui a tué plus de trois cents chamois et qui, depuis des lustres, le cherche désespérément. Retiré dans la montagne pour braconner après une jeunesse passée dans la ville avec les révolutionnaires, l’homme vit en ascète dans un abri de pierre avec, pour seuls compagnons, le feu, l’eau et un vieil harmonica. C’est un homme de peu de mots et d’amitiés, qui a appris le bien et le mal en se servant tout seul. Mais, ce jour-là, lui aussi sent venue l’heure de son déclin. La fatigue, les vertiges, le souffle court. Probablement suivra-t-il le troupeau pour la dernière fois, toujours dans l’espoir d’abattre le roi. Son ultime ambition. Durant toutes ces années passées dans la montagne, il n’a aperçu ses cornes majestueuses qu’à deux reprises à l’aide de ses jumelles. Résolu, il prend son arme et part en escalade. Tout est en place pour l’ultime duel entre le roi des chamois et le braconnier. Pour ce duel de solitaires.


Dans chaque espèce, nous dit Erri De Luca, ce sont les solitaires qui tentent de nouvelles expériences. Ils forment un quota expérimental qui va à la dérive. Derrière eux, se referme la trace ouverte. Le poids du papillon est un récit poétique d’une éclatante beauté. Le grand auteur napolitain nous parle de montagne et de nature. Mais aussi et surtout de l’Homme, de pouvoir, d’honneur, de dignité. De transcendance et d’immanence. Erri De Luca est aujourd’hui, avec Antonio Tabucchi, ce que la littérature italienne nous offre de mieux.


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2 réactions à cet article    


  • Jean Eymard-Descons 14 septembre 2011 20:50

    Pepe, dovrei smettere di bere il « santoliquido » !


    • romaeterna romaeterna 15 septembre 2011 02:03

      Merci pour cette jolie critique !


      Voila un très beau cadeau pour un ami fou de ces lieux et de sa faune.

      Le grandiose de la montagne et la petitesse et de l’homme et de l’animal !

      Merci.

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