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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Le Président » de Thomas Bernhard au Théâtre de La Colline

« Le Président » de Thomas Bernhard au Théâtre de La Colline

A la fois comédie et drame, cette tragédie du pouvoir en quête de lui-même contemple le processus de la déchéance dans le miroir du délire psychotique.

Côté drame, il y a le peuple en pleine insurrection pour obtenir la chute d’une mascarade dans laquelle sombre un couple présidentiel en rupture de tous liens avec l’éthique de ses responsabilités.

Côté comédie, il y a le théâtre qui permet de singer la confrontation de l’homme et du tyran en jouant avec la présence ou le retrait de multiples masques virtuels.

Que Madame La Présidente (Dominique Valadié) soit assise à sa table de toilette en maugréant contre la servitude de sa vie d’épouse en rébellion à la fois contre son mari et ses concitoyens, voici que se met en place la phase révélatrice d’un naufrage annoncé.

En seul réconfort à cette décadence, subsiste à ses pieds un couffin vide ; c’est celui de son chien tué lors d’une récente tentative d’attentat présidentiel et à l’égard duquel elle va développer une dévotion monomaniaque déclamée sans retenue en présence de sa femme de chambre (Charlotte Clamens) médusée et coite.

En s’abandonnant ainsi à une hystérie à peine feinte, des éclairs de lucidité psychologique parsèment néanmoins des propos en apparence incohérents mais laissent deviner une angoisse indicible que d’incessants coq-à-l’âne lui permettent de maintenir à distance tant mal que bien.

Que Monsieur le Président (Eric Guérin) se prélasse dans un Palace-Casino du Portugal en soliloquant sur tous les maux gouvernementaux faisant obstacle à la mégalomanie de son ambition politique, que de plus ce Président se complaise à s’afficher avec une maîtresse subjuguée devant tant d’arguties mythomaniaques, voici qu’apparaissent les stigmates d’une fonction déchue jusqu’à laisser l’apprenti dictateur reclus dans ses caprices, tels des jouets pour enfants très attardés.

Cependant, initiée à partir d’une révolution immanente allant jusqu’à évoquer le parricide suscité par la détestation du peuple, la monstruosité de cette fantasmagorie à mille lieux d’un imaginaire d’opérette déclenche un véritable court-circuit psychique qui interroge la conscience citoyenne.

Ainsi l’auteur, en livrant ce conte métaphorique fidèle à son image littéraire, pressentait-il les spasmes qu’en aurait provoqués la création théâtrale dans son pays d’origine. C’est pourquoi le dramaturge a interdit toutes représentations de son oeuvre en Autriche durant 50 ans après sa mort en 1989.

Davantage visionnaire que moraliste, Thomas Bernhard laisse ainsi en testament, une perception ironique, cynique voire désabusée du pouvoir issu de la comédie humaine que la direction d’acteurs de Blandine Savetier cherche à illustrer avec un humour ubuesque.

Photo © Marthe Lemelle

LE PRESIDENT - ** Theothea.com - de Thomas Bernhard - mise en scène : Blandine Savetier - avec Charlotte Clamens, Philippe Grand’Henry, Eric Guerin, Dominique Valadié - Théâtre de La Colline -


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