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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le Prince des oiseaux

Le Prince des oiseaux

La naissance d’une vocation.

Il était une fois, un jeune homme qui aimait à regarder le monde au travers d’un œilleton. Ses camarades passaient leurs journées collés à un grand écran, vivant des aventures par procuration, tandis que lui, cherchait l'exhalation par le prisme de sa petite lucarne. Il avait le monde dans son viseur et désirait s’en emparer.

Tout avait commencé bien des années plus tôt, quand un des siens, son vieux père sans doute avait reçu un appareil photographique, un vieux Zénith venu d’une autre planète, une société diamétralement opposée à celle où vivait le garçon. C’est pourtant grâce à ce matériel d’une immense sobriété, qu’il mit le pied dans un univers qui sera à jamais le sien.

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Tout partit d’une expression que son père aimait à dire quand il voulait immortaliser l’instant en demandant aux siens de poser. C’était une époque où l’on aimait encore donner de la magie aux choses ordinaires, aux situations les plus banales. Devant sa famille figée juste avant d’impressionner la pellicule, il leur demandait de ne plus bouger par la phrase rituelle : « Attention, le petit oiseau va sortir ! »

Le petit garçon qu’il était alors fixait son père intensément. Il espérait saisir ce moment qu’il pensait véridique, l’éruption mystérieuse d’un tendre volatile de cette petite cage noire que son père avait devant lui. Jamais il ne vit ce qu’il espérait tant. Sur les clichés, on le voyait toujours avec une exaltation incroyable, une fièvre dans le regard qui le distinguait des autres sujets. Jamais un sourire sur les lèvres mais toujours cette incroyable concentration qui ne cessa jamais de le l’accompagner.

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L’enfant grandit, il finit par comprendre qu’on l’avait trompé, que jamais un oiseau ne sortirait du moindre appareil photographique. Il n’en fut pas contrarié plus que ça, la vie n’est faite que de révélations de la sorte qui viennent briser les croyances naïves de la jeunesse. Il garda cependant tout au fond de lui cette blessure secrète qu’il ne pouvait confier à ses pairs.

Il devint à son tour un photographe émérite cherchant à saisir la beauté du monde. Il le sillonna de long en large avant que de comprendre qu’il était rond et qu’immanquablement il finissait par revenir à son point de départ. On se remet très bien de pareille déception, l’ailleurs pouvait tout aussi bien se trouver à deux pas de chez soi.

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C’est vers la Loire qu’il se tourna, saisissant ses nuances et ses couleurs, ses hommes et ses animaux, ses paysages et ses mystères. Il avait une relation intense et intime avec la rivière. Il s’imprégna de son histoire, de ses légendes pour mieux la regarder, pour mieux la saisir dans son authenticité et sa magnificence.

Il se rendit compte qu’ils étaient des milliers ainsi à braquer leurs objectifs sur la dame Liger. Les progrès technologiques avaient convaincu le moindre quidam qu’il était lui aussi un artiste, un virtuose du cliché. Comment se démarquer dans ce magma informe de collègues appuyant plus que de raison sur l’obturateur, les ordinateurs faisant le reste, modifiant les couleurs, effaçant les détails parasites, recadrant le décors ?

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Il ne se trouvait plus son bonheur dans cet univers artificiel. Il se souvint alors d’une phrase que ne cessait de rappeler son maître d’école, un homme qui avait la passion de la transmission. Il lui disait sans cesse la célèbre réplique de Candide : « Il faut cultiver son jardin ».Voltaire lui parlait à l’oreille par l’entremise de son instituteur, il en était certain, c’était à lui de saisir le sens de ce message.

C’est un jour, en regardant une mésange se poser sur un bouleau dans son jardin que le déclic se fit. « Pourquoi arpenter le monde ou bien la Loire alors que la beauté était à portée de fusil ! » C’est en prononçant cette phrase qu’il comprit sa méprise tout en découvrant sa voie. Chasseur du vivant son appareil sera un fusil ne semant jamais la mort mais tout au contraire la vie. Il se ferait photographe animalier, Prince des oiseaux du jardin.

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L’enfant a grandi, l’enfant a fait son chemin. Il se souvient avec émotion de son vieux père. Après des heures et des heures de traque, d’affût, des trésors de patience et d'ingéniosité, quand il est sur le point de saisir la « sittelle torchepot » ou bien « le tarin des Aulnes », il se dit, le sourire aux lèvres et une petite larme au coin de l’œil : « Attention, le petit oiseau va entrer ! ».

Ainsi vont les passions que la vie engendre par ses multiples chemins de traverses. Il en est qui naissent d’une rencontre et d’autre d’un hasard, certaines émergent d’une coïncidence quand, pour le petit Christian, elle naquit d’une phrase rituelle qui fit son chemin et trouva écho dans l’enseignement d’un maître. Les mots aussi façonnent les existences, et de cette histoire, retenez cette idée qu’il convient de ne jamais dire n’importe quoi aux enfants.

Jardinagement sien.

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6 réactions à cet article    


  • Hector Hector 4 janvier 12:09

    « l’ailleurs peut tout aussi bien se trouver à deux pas de chez soi ».
    C’est tout à fait vrai, l’aventure est au coin de la rue et en une seconde nos vies peuvent basculer dans un autre univers.


    • C'est Nabum C’est Nabum 4 janvier 16:31

      @Hector

      L’aventure n’a pas besoin d’un coût carbone prohibitif


    • juluch juluch 4 janvier 13:33

      Autobiographique Nabum ??


      Mon père adorait la photo, moi aussi mais je photographie surtout les voitures anciennes et les choses inédites comme un reptile ou insecte en gros plan.

      La famille aussi je vous rassure !  smiley

      • C'est Nabum C’est Nabum 4 janvier 16:31

        @juluch

        Nullement mon cher

        je me contente de regarder les photos de Christian


      • Abou Antoun Abou Antoun 4 janvier 17:57

        « Attention, le petit oiseau va sortir ! »
        A ressortir pour la nuit de noces !

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