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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le prog italien ne meurt jamais

Le prog italien ne meurt jamais

Les compositeurs classiques composaient jusqu’à un âge avancé et si le rock fut inventé par des gens plutôt jeunes, pour ne pas dire juvéniles, il n’y a aucune raison pour que ces jeunes une fois devenus des seniors, pour ne pas dire des vieux, s’interdisent de renouer avec la composition et même la scène. Les Stones sont encore debout et dans les croisières pour mémés des classes moyennes, Patrick Juvet et Hervé Villard poussent la chansonnette. Dave continue à nous casser les oreilles. Alors on peut se demander, et le rock progressif, que sont-ils devenus, tous ces musiciens exceptionnels ? Quelques grosses pointures continuent à produire des disques et se produire sur scène. Peter Hammil et son Van der Graaf, Robert Fripp avec une cour pas trop crimsonienne, Yes et ses claviers grandiloquents. En France, les braises des seventies sont bien éteinte, même si une affiche annonce prochainement Ange et Magma sur scène, avec Gong et Soft Machine. Mais c’est en Italie que la scène prog revit d’une belle manière avec des anciens prêts à remonter sur scène et pas pour faire de la figuration. Les anciens de la musique progressive italienne sont toujours présents. Le prog italien est une musique succulente, plus chaude que leurs homologues anglo-saxons. L’Italie, c’est une culture suave et sensuelle et le rock progressif qui se produit là-bas est coloré comme un étal de tomates et poivrons sur le marché de San Remo, excitant les papilles auditives aussi bien que les gustatives sont ravies à la vue des poissons de roche débarqués sur le port de Gênes.

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(I) Cette année, Aereostella vient d’éditer trois live d’une haute tenue. Le premier de ces enregistrements live propose les prestations de plus d’une dizaine de formations italiennes qui se sont produites au festival prog exhibition à Rome en octobre 2011. Une double CD avec en ouverture, une place aux nouveaux, Stereokimino et son space rock puis Bacio della Medusa et son rock chaleureux (j’ai d’ailleurs eu l’occasion de les voir il y a trois ans au Crescendo de Saint-Palais). Le reste du CD livre des prestations plutôt surprenantes, avec des anciennes formations des années 1970 recomposées pour l’occasion et à chaque fois, un invité de marque pour pousser le bœuf. Jugez-en, Maartin Allcock et Martin Barre ex-Jethro Tull, Richard Sinclair, ex-Caravan, Mel Collins, un ancien de King Crimson, Steve Hackett qu’on ne présente plus. Excepté les New Trolls, les formations présentes sur ces deux CD sont inconnues du grand public français. Beaucoup de ces groupes n’ont sorti qu’un ou deux vinyles, quelque part entre 1970 et 1974. L’âge d’or du rock. C’est le cas de Balletto di Bronzo, une formation napolitaine qui sorti en 1970 un album assez conventionnel puis épousa le tournant avant-gardiste pour produire en 1972 Ys, un pur chef-d’œuvre fait d’une musique envoûtante qui n’a rien de tranquille et qui part dans tous les sens. C’est donc le premier morceaux de cet album légendaire qui est interprété sur ce CD et dont le rendu sonore allié à la subtile exécution permet de découvrir cette composition complexe sous un jour nouveau, avec une ambiance plus feutrée mais dont les couleurs accentuées confèrent à cette interprétation une inquiétante beauté. L’autre morceau proposé sur le CD est une reprise d’un fameux prog slow joué par Caravan, le célèbre Plan it earth qui sonne lui aussi avec une coloration toute nouvelle, confirmant la qualité de la production avec un son live dont la clarté dépasse bien des enregistrements studio.

Autres perles de ce CD, avec les New Goblin où jouent en fait trois rescapés de cette formation pas très connue sauf des cinéphiles car ces musiciens sont les auteurs des bandes son figurant sur nombre de films gore, notamment ceux de Dario Argento. Autant dire que cette musique est envoûtante et sonne parfaitement dans le registre prog symphonique, grâce notamment au tandem Simonetti Guarini aux claviers et le troisième compère Morante à la guitare. On retrouve l’âme du groupe et comme cerise sur le gâteaux, une exécution toute en subtilité d’orgue et de mellotron de Watcher of the sky du Genesis avec un guest star prestigieux venu exécuter les parties de guitare. Vous avez deviné de qui je parle, j’ai mentionné plus haut sa participation. Autre événement sur ce CD avec le retour du Biglietto per l’inferno et ses deux rescapés qui interprètent un extraits de leur album éponyme sorti en 1974. Une fois de plus l’occasion de retrouver ce style alambiqué, torturé et coloré présent dans nombre de formations prog italiennes des seventies comme par exemple Museo Rosenbach. La présence en guest star de Martin Barre se devait d’être signée par une fameuse reprise et c’est comme le mythique Aqualung de notre jeunesse qui figure avec une interprétation musclée qui vaut largement celles jouées par le Tull. L’écoute du reste de ce CD offre un panel de différents styles, plus jazz rock avec les Arti et Mestieri, groupe assez influent et très prisé de l’underground fusion à la fin des années 70. Ou alors free rock avec Garybaldi exécutant un long extrait de leur premier album devenu culte, avec des ambiances planantes rappelant les expériences de Jimi Hendrix dans ses exécutions les plus inspirées (Et dire que Jimi aurait pu finir dans le prog, ayant été pressenti pour rejoindre ELP). Rien de spécial à ajouter, j’en ai assez dit pour que vous alliez écouter ce somptueux CD qui vous fera découvrir plein de choses très progressives.

(II) Autre production sortie sur le label Aereostella, l’intégralité du concert joué par PFM lors de la première édition du prog exhibition tenue à Rome en novembre 2010. On ne présente plus PFM, l’une des deux énormes pointures du prog italien avec Banco. PFM a sorti entre 1972 et 1974 trois albums indispensables dans toute discographie prog qui se respecte. Sur ce live joué en 2010, on retrouve pratiquement l’ossature fondamentale du groupe, avec Di Cioccio, Djivas et Mussida, une line-up très intéressante, complétée par un violoniste, un indispensable claviériste, un percussionniste d’appoint mais l’invité le plus surprenant n’est autre que Ian Anderson, oui, le gars exubérant qui jouait de la flûte et chantait au sein de Jethro Tull. Au niveau des morceaux exécutés, pas vraiment de surprises, on retrouve une sélection issue des cinq premiers albums, de Storia di un minuto à Jet Lag, plus jazzy. Et bien entendu, deux compositions pour faire honneur à l’invité de marque, la fameuse bourrée de Bach revisitée par Anderson et God. Et pour clore cette présentation, à noter une fois de plus la production, signée Di Cioccio, impeccable, avec les instruments bien lisibles, violon, flûte, claviers, qui se détachent nettement, permettant d’apprécier la subtilité de cette musique jouée par des sexagénaires bourrés d’énergie et de passion. On peut aussi découvrir l’une des dernières composition du groupe, La terra dell’acqua, parue sur un album édité en 2006. Un document très intéressant montrant que le talent de composition ne s’est pas éteint après la longue traversée du désert subie par le prog suite à l’explosion du punk puis la médiocrité des eighties qui dura bien plus d’une décennie.

(III) Mais il y en a d’autres qui ont su eux aussi résister et rester fidèles à leurs engagements esthétiques des débuts. C’est le cas des New Trolls qu’on retrouve sur ce même label pour un live enregistré lors d’un concert à Milan. Cette fois, il ne faut pas s’attendre à des compositions alambiquées mais plutôt à de l’énergie pop prog rappelant les ancestraux Moody Blues, quoique, les New Trolls sont quand même plus musclés et affirmatifs, assez éloignés des mélodies sirupeuses produites dans les années 60. Cette formation a connu une line-up à géométrie variable. Après un album assez remarqué, le groupe signe UT, disque qui signe l’apogée de cette formation dont les orientations progressives se sont affirmées en 1972, avant que le split ne se produise, avec le départ du guitariste et du chanteur décidés à poursuivre une route plus heavy. Il reste de cette époque trois excellents disques typiques des recherches musicales opérées lors de la transition effectuée depuis le beat vers le rock plus sophistiqué. Quelques critiques comparent hâtivement les New Trolls aux classiques du prog que furent ELP, Yes, Genesis mais je les placerais plutôt du côté de Le Orme en mais en moins torturé. Sur le CD live sorti récemment figurent la plupart des morceaux de UT ce qui se devine aisément puisque ce disque est intitulé UT- live in Milano, enregistré en mars 2012 avec toujours cette production soignée. De la formation initiale restent Gianni Belleno au chant et percussions ainsi que Maurizio Salvi au piano et of course à l’incontournable orgue Hammond qui confère à l’ensemble cette tonalité vintage typique des années début 1970. Trois autres musiciens sont de la partie dont un clavier d’appoint ce qui accentue le côté symphonique. Un disque à conseiller aux amateurs de belle musique énergie, limite heavy, avec des colorations symphonistes et sans prise de tête. Autrement dit, c’est du rock moins angoissant que VDGG et plus intéressant que les Moody Blues.

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C’est donc une belle surprise que de voir la vivacité de cette scène prog italienne dont le foisonnement ne se limite pas à ces quelques CD édités parmi tant d’autres. A noter la tenue de ce festival du prog exhibition à Rome, qui vient compléter d’autres rendez-vous comme par exemple celui organisé à Gênes sous l’égide d’un autre label spécialisé dans le genre. Finalement, malgré un traitement odieux des médias, le prog ne connaît pas la crise et représente la meilleure réponse face au délitement culturel orchestré par les industries culturelles et la complicité des médias.

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2 réactions à cet article    


  • T.REX T.REX 27 août 2012 12:26


    MAGMA est sans doute le groupe le plus original, dingue et virtuose qui ait vu le monde !!
    Le Monde entier doit nous l’envier....enfin le monde des amateurs éclairés du PROG.

    SInon le King of Prog est pour moi le King Crimson de Robert Fripp qui a l’avantage d’être toujours aussi créatif aujourd’hui que dans les années 70. L’album « Power to believe » en donne un bon exemple.

    L’avantage par rapport aux groupes de prog italiens que vous citez, il me semble mais je peux me tromper, c’est que le King Crimson ne cherche pas à retrouver les sons et ambiances du glorieux passé de la musique progressive.... non il cherche toujours à inover et trouver de nouvelles sonorités ... une inspiration moderne...non passéiste ou nostalgique. Ce Fripp est un génie créatif. Il ne défrippe pas ces vieux atours mes en crée de nouveaux. 


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 août 2012 17:34

      A lampes ou à transistors les papys font de la résistance ,et c’est très bien .

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