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Le progressif plane en Norvège

Le rock progressif est un genre d’autant plus somptueux qu’il est mal considéré. Il n’en est pas moins universel et comme le classique dont il s’inspire, il se joue et se compose sur plusieurs continents, en Argentine, au Mexique, aux States, en Russie, au Japon et bien entendu dans tous les pays européens. Le genre est en effet né en Angleterre à la fin des années 1960, permettant de sortir des impasses psychédéliques. Après les Britannique, les Italiens ont été les plus brillants, suivis par les Allemands et des Français pas très en pointe. Les Scandinaves ont vu quelques groupes confidentiels émerger mais c’est à partir des années 1990 que le rock venu du Nord explose, notamment dans le genre métallique mais aussi avec une floraison de formations progressives sévissant en Norvège, Suède et Finlande. Pour se convaincre de la vitalité du prog scandinave, il suffit de constater sa présence dans les concepts albums récemment édités. Si le prog contemporain se porte bien, ce n’est pas grâce aux majors mais aux dizaines de petites et moyennes maisons d’édition dirigées par des gens passionnés. L’occasion de faire connaissance avec deux formations norvégiennes produites par le label Karisma

Les musiciens d’Airbag proposent dans leur dernier CD cinq morceaux de musique taillés avec des claviers et des guitares saturés dont le renvoi stylistique saute dès les premiers instants aux oreilles. Les amateurs du second Pink Floyd seront ravis. On croirait presque entendre un remake de Wish-here ou de Dark side. Ceux qui suivent assidûment Porcupine Tree verront aussi quelques réminiscences de la seconde période de ce groupe très inventif et lui aussi héritiers du Floyd comme on s’en aperçoit avec leur cinquième album Stupid dream. Le résultat est intéressant, pour ce groupe ayant acquis un succès d’estime grâce à Internet. Trois musiciens aux claviers et une guitare très présente, l’ensemble offrant une alchimie plaisante et reposante non sans quelques teintes d’une douce mélancolie. De quoi illustrer une époque finissante. Le chant n’est pas joyeux et c’est tant mieux. De bonnes résonances pour les oreilles qui ne supportent pas les « kitscheries sucrées contemporaines » diffusées par les médias généralistes. La guimauve n’est pas un ingrédient qui se mélange au rock.

Airbag assume ainsi parfaitement l’héritage de cette musique planante et progressive héritée du Floyd avec ce second album All rights removed dont le premier morceau semble facile avec des parties de guitares évoquant sans hésitation le Floyd de l’époque post-dark. Après ces quelques 10 minutes de nostalgie floydienne, trois autres morceaux de la même veine dont l’un intitulé white wall rend hommage à un célèbre double LP dont la pochette est illustrée par un mur blanc. Le chant se rapproche des prestations de Steven Wilson et la guitare de David Gilmour. Après un intermède de 3 minutes, l’album se conclut par une longue fresque de 16 minutes. Une composition plus audacieuse mais toujours dans ce style planant accordant une place prépondérantes aux claviers qui jouent à déstructurer la trame rassurante formée par des nappes de guitare fort généreuses et mise en avant par un savant mixage alors que la partie rythmique se réveille pour conférer à l’ensemble quelques teintes envoûtantes.

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Avec le groupe Nordagust, on se dirige vers une sorte d’OVNI de la musique progressive. Une œuvre inclassable dont les effets de styles et de son offrent une synthèse de plusieurs époques. La tonalité d’ensemble est résolument sombre mais si le chant se fait souvent désespéré, l’ambiance offerte par les instruments confère à l’ensemble une sorte de lumière noire presque mystique. Rarement un album aura sonné de manière aussi étrange. Le mellotron est omniprésent, offrant une profondeur et une tonalité très symphonique d’autant plus que les parties de guitare distorsionnée par la pédale sont clairement identifiables avec ce style qu’on reconnaît immédiatement et qui fut créé par le génial Robert Fripp. Et qu’on retrouve chez Yes, sur le second album de Heldon et bien d’autres œuvres du prog des seventies ou parfois, d’un improbable krautrock chaudement joué par les Catalans de Neuronium. Pourtant, malgré ces réminiscences sonores très seventies, l’impression d’ensemble est beaucoup plus contrastée car le fond est résolument sombre, bien plus gothique que progressif. Les oreilles averties reconnaîtrons quelques connivences avec les Cocteau Twins, Virgin Prunes et autres Associates ayant marquée de manière indélébile le début des eighties où se sont côtoyées sans jamais se croiser les variétés les plus insipides, la pop la plus ennuyeuse et cette contre-culture qui n’a jamais abdiqué et qui a su toujours explorer de nouvelles pistes. Enfin, les intonations desespérées du chanteur nous propulsent vers d’autres ambiances sombres plus proches des 90’s, par exemple du côté de chez My dying bride. Cela s’entend avec les intonations du chanteur mais aussi une rythmique qui sait se faire lourde et pesante sans assommer la mélodie.

Nordagust se réclame du folklore norvégien mais l’ensemble relève plus du rock underground. In the mist of morning propose Une dizaine de compositions originales permettant un dépaysement total et à chaque écoute, on découvre quelques subtilités nouvelles car il y a bien quelques teintes folk mais il faut être attentif pour les trouver. Autre particularité, l’usage d’instruments moins habituels qu’on peine à identifier mais que l’oreille finit par débusquer entre deux intenses nappes de guitare et mellotron. Malgré quelques imperfections dans la production, l’opus livré par Nordagust s’avère sublime, avec des chants désespérés, des claviers se perdant vers l’infini, une guitare qui semble pleurer on se sait quel improbable drame récent et des morceaux joués à la mandoline, aux flûtes ainsi qu’avec un dulcimer, étrange et exotique instrument apparenté à l’épinette des Vosges, inventé en Europe du Nord et très prisé dans les festivals de folk nord-américains où il s’est répandu. Ce disque est étrangement beau, avec ses mélodies qui se perdent, cette profondeur des claviers et cette envoûtante guitare. Pour finir avec une comparaison, on évoquera d’autres Scandinaves, ceux du légendaire Anglagaard en plus lent et atmosphérique mais jamais ennuyeux et surprenant à chaque nouvelle écoute. Bref, une œuvre foisonnante d’inventions sonores aux antipodes de la musique commerciale. Qui plonge la conscience dans une stupeur aussi belle et inquiétante qu’un long calvaire de l’esprit émergent narré par Hegel.

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Le progressif plane en Norvège

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1 réactions à cet article    


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 9 mars 2012 12:33

    Bonjour Monsieur Dugué,article interessant.Bien qu’ecoutant peu ce style (sauf les Floyd bien sur ) des amis qui aiment me font parfois découvrir des morceaux qui me mettent une claque,c’est riche et superbement joué.Sinon pour le son de Gilmour une pédale overdrive me semble plus adéquate qu’une distors.Avec un ampli à lampes.......ouhaaaaaaa (et un compresseur sur les sons clairs).

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