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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le retour du polar politique

Le retour du polar politique

Thierry Jonquet ou Didier Daenincks ont été parmi les « grands » du roman noir...

Ils ont été rejoints depuis par d’autres auteurs qui chacun dans son domaine et avec sa sensibilité poursuit la voie tracée.

De nouveaux écrivains méritent d’être mieux connus.

Antoine Blocier est l’un d’entre eux, il a même une originalité, il est à la fois un militant engagé comme élu communiste et passionné de l’écriture.

Il m’a accordé un entretien.

Entretien avec Antoine Blocier auteur seine et marnais du « polar » « camping sauvage »

J'ai lu et même dévoré votre dernier roman "camping sauvage". Non content d'écrire un "polar" où le suspense est omniprésent, vous avez donné une part importante à la description du milieu des SDF...Il ne s'agit pas pour vous de témoigner mais d'expliquer et de dénoncer le scandale de la paupérisation absolue de milliers de femmes et d'hommes. Pourquoi ce choix ? Comment avez vous procédé pour écrire ce roman noir et politique... D'ailleurs acceptez vous cette caractérisation de politique, dans le sens plein du terme, bien entendu ?

Dans mon cas, le point de départ de la rédaction d’un roman est toujours étrange. Pour Camping sauvage, le déclic a été un soir où, au journal télévisé, j’ai cru reconnaître un vieux copain de jeunesse parmi les SDF interviewés. Ses traits étaient bien plus marqués, mais la couleur de sa peau et les intonations de sa voix étaient bien les mêmes que quarante ans auparavant. Le choc s’est produit lorsque son nom est apparu à l’écran : c’était bien lui !.. Ainsi, dans ma vie j’avais croisé la route d’un futur SDF !

La première question qui me soit venue à l’esprit c’est : « comment a-t-il pu en arriver là ? ». Ils ont beau être présents physiquement dans notre paysage, les SDF sont tout de même transparents. A bien y réfléchir, on se dit que personne n’a de SDF dans son entourage.

A partir de ce roman, je tente d’expliquer comment n’importe qui peut subir cette descente aux enfers et les différents chemins qui y mènent.

Pour l’écrire, j’ai beaucoup puisé dans mon expérience militante, j’ai lu, j’ai rencontré des personnes directement concernées… C’est un roman très noir, je le concède. Est-il « politique » pour autant ? La réponse mériterait quelques pages. Pour faire court : le polar se doit de parler de la société dans laquelle il évolue. Pour ce livre, certains ont cru me flatter en le comparant aux livres de Maxime Chatham. Cela n’a pas été le cas, car si ses histoires sont violentes, elles sont surtout le fait de déviants, d’individus isolés… Je pense plutôt que les criminels (même quelques psychopathes) ne sont que le produit d’une société donnée. Mon livre est violent ? Admettons. Mais la vie n’est-elle pas violente pour un grand nombre d’entre nous ? Car les SDF sont une part de nous-mêmes, ils sont des êtres humains que l’on traite plus mal que des animaux. Exposer froidement ce constat me semble participer au débat citoyen sur la place de chacun sur la planète.

Le milieu des SDF, du système caritatif qui les entoure et de la charity business sont la toile de fond de cette histoire. En ce sens, c’est aussi un livre politique, mais pas politicien.

Vous vous définissez comme un écrivain citoyen ! pouvez vous m'en dire un peu plus ? Est-ce en relation avec le prix du livre ? Au début j'ai un peu "ronchonné" en voyant que le livre était composé avec des caractères un peu petits, puis, pris par le suspense, j'ai oublié ce détail. J'ai par contre apprécié que cette œuvre soit accessible...12 € pour tant à lire, c'est rare !

Ecrivain… parce que j’écris. C’est un peu pompeux comme nom. En réalité, je préfère dire « auteur », car j’ai l’impression comme ça de n’être pas figé dans un rôle, dans l’image mentale que l’on se fait de l’écrivain. Si mon œuvre traverse les décennies, il sera toujours temps de m’affubler du qualificatif d’écrivain !

Quant à « citoyen », cela dépasse le prix du livre, même si cela a été important pour Camping sauvage. Il aurait pu être plus grand format et donc coûter 17 euros, avec l’éditeur nous avons préféré 12 euros et avouez que si l’ouvrage se vendait en rapport au nombre de mots, il ne serait pas cher ! C’est une blague… Car il y a de petits bijoux de littérature très courts et peux onéreux, et des pensums qui valent le prix d’un bras et où l’on s’ennuie au long des pages. En général, je trouve que le prix des livres est trop élevé.

Mais la référence à « citoyen » est surtout en relation avec mes écrits. Bien sûr je commets des pamphlets sarkophobes, çà c’est de la résistance. Mais même dans les romans, mon intérêt pour la société est omniprésent. Raconter une histoire sans jamais évoquer son contexte, social, historique ou économique me semble sans intérêt. Les histoires d’amour ne sont pas étrangères à ce que vivent les amoureux en dehors… les histoires policières non plus. Que nous en soyons conscients ou pas, le monde et la société nous façonne les uns et les autres. Cela joue évidemment sur nos comportements et nos motivations pour agir. Qu’il s’agisse de tuer ou d’entamer le tour du monde en vélo.

Aujourd’hui, il faudrait presque s’excuser d’avoir de l’empathie pour des personnages, d’avoir des valeurs à exposer… faute de quoi notre livre ne serait plus un roman mais un discours politicien. Les romans d’Elsa Triolet étaient-ils des « thèses sociales », parce qu’on y découvrait la vie des petites gens, ou des chefs d’œuvres de la littérature, simplement ? Personne ne reproche à Zola ou à Balzac d’avoir été des écrivains citoyens… Bon, d’accord, la comparaison avec ces monstres de la littérature est osée. Mais c’est dans cette veine-là que je veux écrire. Avec les mots et les ressorts de notre époque.

Si vous aviez à conseiller un autre de vos romans, lequel présenteriez vous ? Comme tout lecteur conquis par un livre, je suis un peu curieux : avez vous un autre projet d'écriture et quel est t-il ? vous avez peut être choisi de garder cette information confidentielle !

Il m’est difficile de conseiller un autre livre, car ma production est éclectique. On y trouve aussi bien des polars que des nouvelles ou encore des pamphlets… Si l’on veut rester dans le polar, il y a Rockquiem (édition du bout de la rue), où l’on fait connaissance avec le Minotaure (que l’on retrouve ensuite dans Camping sauvage), mais il y a aussi le recueil de 12 nouvelles noires, cyniques, cruelles, intitulé « Dans la limite des places disponibles », aux éditions le Temps des cerises.

Quant aux projets, j’en ai plusieurs sur le feu. Le premier est un roman en direction du jeune public (11-15 ans). J’en ai déjà écrit un bon tiers. Il y est question des Rroms… Et en ce moment je retravaille un ancien roman épuisé, pour l’actualiser afin qu’il sorte à la rentrée. .. Enfin, je collecte des infos et de la documentation pour un prochain polar dont le titre provisoire est « Le jour du saigneur ».

Familles Laïques prépare la deuxième du salon littéraire à Vaux le Pénil en partenariat avec plusieurs associations dont celle des amis de la Ferme des Jeux. Cette initiative a pour objet de faire connaître des maisons d'éditions qui sont moins connus que les "grandes" ainsi que des écrivains. Le deuxième rendez vous annuel est fixé au 9/10/11 ( 9 octobre 2011 ). Pouvons-nous compter sur votre présence ainsi que sur votre participation au déjeuner débat qui portera sur la pauvreté ?

Ce serait avec plaisir que je participerais à la journée du 9 octobre. J’ai juste un problème technique d’agenda à régler, ayant déjà donné ma parole pour un engagement dans un grand salon littéraire. J’attends confirmation de la date.

Cela étant, la petite maison Krakoen se fera une joie de venir présenter la richesse de sa collection.

 Propos recueillis par Jean-François Chalot


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