• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le Roi Lear 4/87

Le Roi Lear 4/87

Au festival d'Avignon (École du spectateur à 19h00) par le Théâtre Cazaril, adaptation et mise en scène d'Antoine Caubet, avec Antoine Caubet, Cécile Cécile Cholet, Olivier Horeau, Christine Guênon.

C'est un théâtre de proximité qui nous est offert par la compagnie Théâtre Cazaril, de très grande proximité. Un théâtre chaud comme un coin du feu. Le public est accueilli par les comédiens sous la tente d'un petit cirque. Des gradins dessinent un espace de jeu carré, de taille humaine. Quatre frontalités en quelque sorte, ou aucune, comme on veut. Tout y est « à vue ». Le public voit le public. Tout le temps de la représentation, les portes resteront ouvertes. Ce n'est pas la rue, cependant. Pas de piétons, pas de passages, le public n'est pas improvisé, pris au flot, arrêté momentanément, échappé du ru... un espace concentré est établi pour lui. Ce n'est pas la rue mais ça y ressemble : un théâtre de proximité, presqu'un théâtre de contact. Théâtre de chambre comme on dit musique de chambre ?

Un dernier spectateur arrive. Il s'installe. On va commencer. Antoine Caubet donne les règles de jeu, puis résume l'histoire. Tout le monde fait tous les rôles. Parfois, les comédiens vont inviter certains spectateurs à lire quelques répliques, sur un temps court... pas de panique... Parce qu’il n’y avait aucun comédien disponible pour ce bout de rôle… Mine de rien, les règles les plus traditionnelles du théâtre, les règles à tête d'éternité, sont mises à terre. Et cela va fonctionner très bien.

Le vieux roi Lear divise son royaume entre ses trois filles, curieuse idée, et demande à chacune un couplet d'amour filial. Les dés sont jetés : c'est la même actrice qui fait les trois sœurs. Virtuosité qui ne se démentira pas tout du long du spectacle. Avec un temps de silence, un léger porté de tête différent, une voix, un rythme différents, on les voit toutes les trois. La dernière n'a rien à dire. Elle ne veut pas faire le discours convenu, la mascarade de l'amour absolu : pourquoi ses sœurs qui prétendent aimer leur père plus que tout ont-elles des maris ? Ensuite, les filles du Roi Lear utilisent leur nouveau pouvoir pour spolier leur père de ce qui lui semble, à lui, le minimum. Elles se servent du pouvoir qu'il leur a donné pour l'humilier. Renversement du monde qui rend fou le vieux monarque ; tandis qu’un fou du roi, expert, disert, pertinent autant qu’impertinent, dit les quatre vérités si mauvaises à entendre et si justes et sages. En même temps, le comte Gloucester, est trahi par son fils illégitime… si bien que les puissants d’hier rôdent dans la lande inhospitalière et rude de l’Angleterre…

Le supplice de Gloucester qui se fait arracher les yeux est représenté à cru et à vue, si l’on me pardonne ce mauvais jeu de mots. Alors que le combat des deux frères est un jeu de mains qui figurent des épées. Tout est jeu, pur jeu. On ne s’attarde pas. La succession des actes et des actions défile sans pauses, pas de commentaires, pas de débats internes psychologiques, et nous emmène à chaque fois un peu plus loin…

Les deux histoires de désamour filial, celle de Lear et celle de Gloucester, se rejoignent dans une fin cruelle.

Tout cela va très vite, et la vitesse est la nécessité de ce mode de représentation : tout prendre du texte, seulement du texte, pour le dire et le rendre sensible.

Du coup, Shakespeare est rendu à son essence. On peut dire que le texte est réduit comme on réduit une sauce : toutes les saveurs et tous les parfums y sont, dans un temps de 87 minutes avec 4 acteurs (et 4 côtés), sans lumières ni costumes ni temps morts.


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (2 votes)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • La mouche du coche La mouche du coche 26 juillet 2012 08:58

    Cet article est bon puisqu’il donne envie de voir cette pièce. smiley

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON









Palmarès


Derniers commentaires