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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le roman-film de François Truffaut

Le roman-film de François Truffaut

De film en film, François Truffaut a recréé, pour mieux la comprendre, sa propre vie. Chez Truffaut, les films reflètent la vie mais ils remplacent la vie. Il a vécu par le cinéma tout en poursuivant l'idéal de construction d'un film-livre. On peut lire sa filmographie comme un tout romancé et monté à la manière d'un roman. C'est l'histoire familiale de François Truffaut qui a guidé toute son oeuvre. Ainsi que son tempérament rebelle et marginal lié à son enfance difficile. C'est aussi l'histoire des parents de Stéphane Hessel qui sont au coeur du film-culte de Truffaut : "Jules et Jim".

Stéphane Hessel a vu l'histoire de ses parents adaptée au grand écran par François Truffaut. Le film "Jules et Jim" est tiré du roman du même nom de Franz Hessel, père de Stéphane Hessel. Mais au travers de l'histoire de la mère de Stéphane Hessel, c'est encore un peu le récit fantasmé de sa propre mère que fait le cinéaste.

Avec "Tirez sur le pianiste", Truffaut a lancé le mouvement de la Nouvelle Vague du cinéma français, dans les années 60, avec Jean-Luc Godard et "A bout de souffle". Mais, contrairement à Godard qui a persévéré dans sa voie originale, novatrice, subversive, Truffaut est revenu à un cinéma plus classique. Son amour du cinéma de Renoir, Hitchcok, Guitry, Hawks, et d'autres grands aînés, ont ramené le cinéaste sur un chemin plus raisonnable et commercial. Contrairement à Godard aussi, il a introduit de nombreux éléments autobiographiques dans ses films, allant jusqu'à se choisir un double, Jean-Pierre Léaud, pour l'incarner sur le grand écran.

Enfant non désiré

Né de père inconnu, rejeté par sa mère, le jeune François fut l'enfant de la honte. Dans une famille catholique, il n'est pas très décent de compter une fille mère. Il fut reconnu, par nécessité, par Roland Truffaut qui lui donna son nom et...rien d'autre. Truffaut dira plus tard "(André) Bazin et Genêt ont fait pour moi en trois semaines ce que mes parents n’ont pas fait en quinze ans."

Très affecté par la mort d'un enfant, le couple Truffaut décide de quitter le giron familial. Mais pas de place pour François qui rappelle à sa mère une période sombre. De visite en visite, il dépérit. Sentant qu'il peut mourir, la grand-mère décide de le prendre avec elle. C'est la partie heureuse de l'enfance de François Truffaut. Mais quand sa grand-mère meurt (il a alors 10 ans), il est "élevé" par sa mère qui le traite comme un fardeau.

Livré à lui-même, il trouve refuge dans les livres et le cinéma. Ses auteurs favoris sont Balzac, Proust, Cocteau et Léautaud. Sa culture de cinéphile se construit sur le plaisir de regarder des films interdits et l’esprit de résistance (école buissonnière). Il aime Bresson, Renoir (La Règle du jeu), Guitry. Interne au lycée, il se lie d’amitié avec Jacques Rivette.

En quête d'une famille

Truffaut échappe à l’armée grâce à André Bazin qui va alors l’héberger.

En 1968, au moment où il termine "Baiser volés, Truffaut, mélangeant réalité et fiction, transpose les aventures d'Antoine Doinel détective de "Baiser volés" à sa propre vie en faisant mener une enquête privée pour retrouver son vrai père. Il apprend que son vrai père s'appelait Roland Lévy, et aurait été écarté par la famille de sa mère peu après sa naissance parce qu'il était juif.

La découverte de son origine juive le trouble profondément. Il s'est toujours senti juif. Ce sentiment le fait ce sentir proche des proscrits, des martyrs, des marginaux. Truffaut vit en proscrit au milieu des succès, en marginal malgré la reconnaissance. Il ne se sentira jamais à l'aise ni dans sa famille, ni à l'intérieur de la Nouvelle vague ni à l'intérieur du cinéma français.

A défaut de père naturel (Roland Lévy) et de père adoptif (Roland Truffaut), Truffaut s'est cherché d'autres images paternelles : André Bazin, Hitchcock. il entretient aussi une longue amitié entre avec Jean Genêt de 1951 à 1964.

Truffaut a vécu un passage de sa vie très douloureux lorsque s'enchaînèrent en quelques mois la disparition de Françoise Dorléac, la découverte de son vrai père, et la mort de sa mère envers laquelle il gardera une rancoeur tenace.

Le cinéaste n'avait pas un tempérament à mettre en scène la joie ou le désespoir. Les émotions s'expriment de manière très nuancées, en demi-teintes. Le bonheur dans les films de Truffaut est toujours très éphémère : il se mue très rapidement en monotonie conjugale ("Domicile conjugal", ou la mort ("La mariée était en noir", "Tirez sur le pianiste"...). L'espoir est représenté par les enfants, les adolescents leur innocence.

Truffaut, un critique impitoyable

François Truffaut devient critique aux Cahiers du cinéma d'André Bazin puis dans le magazine "Arts". Il il publie une violente critique des scénaristes français de l’époque. Il fait au contraire l’éloge des séries B américaines et incite à filmer dans la rue. Il prône l'abandon des procédés cinématographiques usés pour davantage de sincérité. Devenu en quelque sorte le "chef de bande" (n'oublions pas qu'il vient de la rue...) des nouveaux critiques (Rohmer, Rivette, Godard…), il se montre le plus violent.

Truffaut fut l'un des initiateurs de la "politique des auteurs" dont il théorisa l'essentiel dans son Manifeste de 1958 : il fallait déserter les studios pour aller tourner en plein air, remplacer les dialogues trop apprêtés, littéraires, par un discours plus naturel, à la limite de l'improvisation ; supprimer les vedettes. Et aussi, un réalisateur, pour faire un bon film, doit avoir un besoin impérieux de s'exprimer par l'image.

Politiquement, il est considéré comme un hussard de droite. Même s'il ne prendra jamais parti politiquement et qu'il ne votera jamais. Son goût pour la littérature d'extrême-droite est quelqufois troublant ; il défend Brasillach et Drieu La Rochelle avec ces mots : "les idées qui valent à ceux qui les répandent la peine de mort sont forcément estimables..." Puis, quand il signe la pétition contre la guerre en Algérie, il rompt avec la droite hussarde et il a pu alors être considéré, à tort, comme un gauchiste.

Ses positions peuvent prendre le contre-pied des autres critiques comme quand il défend la thèse que Fritz Lang fait du cinéma d’auteur en dépit de genres convenus et des règles imposées par Hollywood.

« Voyage en Italie » de Rossellini est pour Truffaut une révélation : Rossellini montre que l’on peut faire un beau film simplement avec deux personnages en décor naturel. Rossellini, méprisé par la critique, reçoit le soutien de Truffaut. Rossellini le prend comme assistant. Ils seront amis.

Avec Rivette, il invente l’entretien-fleuve avec les auteurs. Son chef-d’œuvre est son livre d’entretiens avec Hitchcock.

I - Les quatre films des débuts qui font l'essentiel de l'oeuvre de Truffaut

L'essentiel de ce qu'il avait à dire se trouvait déjà contenu dans ses trois premiers films, illustrant ainsi sa propre théorie selon laquelle un cinéaste a dit l'essentiel dans ses trois premières oeuvres. Pour Truffaut, on dira quatre parce qu'il estimait que son œuvre commence avec "les Mistons", son court-métrage de 1958.

Il a épousé Madeleine Morgenstern, la fille d’un important distributeur de films. Opportuniste, Truffaut ? Toujours est-il que son beau-père financera "Les Mistons". Truffaut fonde la société « Les Films du Carrosse » pour produire ses films jusqu’à sa mort.

Truffaut fait financer le fim d'un autre réalisateur par son beau-père. Il s'agit de "Quand passent les cigognes", de Mikhaïl Kalatozov dont il pu apprécier la qualité lors d'une projection en compagnie de sa jeune femme et du père de celle-ci. A l'issue de la projection, il a incité son beau-père à en acheter les droits. Pour une bouchée de pain. Le film de Mikhaïl Kalatozov non seulement obtiendra la suprême récompense, mais fera, en France, la plus belle carrière commerciale de toute l'histoire des Palmes d'or. Une belle affaire, qui achève de convaincre Morgesnstern de financer le premier long métrage de Truffaut.

Truffaut a trois maîtres dont il s’inspire : Rossellini pour « Les 400 coups », pour la vitesse, la vitalité du cinéaste italien, Hitchcock avec « La Peau douce », cinéaste qui privilégie les situations aux personnages, et enfin Renoir pour « Jules et Jim » : Renoir avait l’amour des acteurs et donnait la priorité aux personnages.

- Les Mistons (1958)

Le court-métrage est une cosntruction de plans vifs et courts. On y voit un hommage à Cocteau avec la chute d’un enfant montée à l’envers De même dans le ralenti sur le visage d’un miston qui se penche pour sentir la selle de la fille.

Truffaut finance le troisième volet de la trilogie « Le Testament d’Orphée » de Cocteau. Il participe au scénario. Léaud y fait une courte apparition.

- Les 400 coups (1958)

Pour son scénario, Truffaut s'est inspiré de ses souvenirs et de ceux de son copain de toujours, Robert Lachenay. Le tournage a commencé le 10 novembre 1958. La nuit suivante meurt André Bazin, le père spirituel du cinéaste, celui qui l'a recueilli, protégé et hébergé. Les Quatre cent coups lui est dédié. Le succès public donnera définitivement droit de cité à un cinéma différent.

Le film est autobiographique même si Truffaut se refusait à le dire tout haut. Il s'agit de ne pas dire, de ne pas expliquer, attitude qui reproduit ce que le cinéaste a connu dans son enfance : sa mère lui dissimulant sa paternité et son origine juive. "Where is the father ?" s'amuse à faire répéter au petit Doinel le professeur d'anglais. Bonne question...

La liberté d'Antoine s'exprime dehors au grand air, dans les rues de Paris. La caméra le suit dans ses mouvements. Tandis qu'au contraire, l'intérieur de l'appartement est perçu comme étouffant et la caméra se fige.

- Tirez sur le pianiste (1959)

Ce film est le contre pied des « Quatre cent coups ». Ce sera un échec commercial. C’est pourtant le manifeste de la Nouvelle Vague avec « A bout de souffle ».

- Jules et Jim (1961)

Truffaut ressort de ses tiroirs son projet le plus cher, celui d’adapter le roman de Henri-Pierre Roché (livre qu'il a découvert chez un bouquiniste dans les années 50). Jeanne Moreau incarne Catherine, personnage inspiré de la mère de Stéphane Hessel : Helen Grund. Ce n'est qu'après la mort d'Helen Hessel (née Grund) en 1982, que fut révélée publiquement l'identité des personnes ayant inspiré ce célèbre trio.

Résumé. Paris, avant la Première Guerre mondiale. Jim, un Français, et Jules, un Autrichien, sont des amis inséparables. Ils tombent amoureux de la même femme, Catherine, mais c'est Jules que Catherine épouse. Après la guerre, Jim rejoint le couple en Autriche. Catherine avoue qu'elle n'est pas heureuse avec Jules, lequel accepte que sa femme prenne Jim pour amant.

Truffaut utilise des procédés sophistiqués : raccords audacieux, arrêts sur image, fermeture à l'iris. La sensibilité au paysage, somptueusement rendu par la photographie de Raoul Coutard, est digne d'"Une partie de campagne" de Renoir.

Le suicide final entraîne la mort de Catherine et de Jim. Elle jette aussi Jules dans une solitude définitive. La solitude étant un thème intimement cher à Truffaut.

Le film lui vaut les félicitations de Renoir, Cocteau et de la femme qui a inspiré le livre.

Dans son couple, Truffaut multiplie les aventures. Truffaut donne une suite aux « Quatre cent coups » avec un court-métrage « Antoine et Colette » avec Léaud et Marie-France Pisier dont il tombe amoureux.

II - Les films sous influence d'Alfred Hitchcock

Truffaut, qui a toujours été fasciné par l’Amérique, veut s’y faire mieux connaître. Par l’intermédiaire d’Helen Scott (son interprète), il va se lancer dans un livre d’entretiens avec Hitchcock. Truffaut veut montrer aux Américains que Hitchcock n’est pas qu’un maître du suspense.

- La Peau douce (1963)

C’est un film rapidement conçu sur le thème de l’angoisse du couple et l’infidélité. Il est sifflé à Cannes. C’est un film hitchcockien.

Truffaut a une liaison avec Françoise Dorléac, actrice du film. Son couple avec Madeleine se brise.

Résumé. Pierre Lachenay (Jean Desailly), écrivain à succès, directeur de revue littéraire et spécialiste de Balzac, trompe sa femme avec une une hôtesse de l'air : Nicole (Françoise Dorléac). Il commet une bévue impardonnable : il fait venir sa maîtresse à Reims alors qu'il est totalement accaparé par les notables locaux. Sa maîtresse doit rester caché à l'hôtel en l'attendant et le vit très mal. Sa femme soupçonne l'adultère et le couple se sépare mais Nicole ne veut pas s'installer avec lui. Quand elle découvre les preuves de l'adultère, Franca décide de l'assassiner.

Truffaut décide de faire ce film rapidement avant de pouvoir tourner Farenheit 451. Il souhaite faire un film « indécent, complètement impudique, assez triste, mais très simple  ». Le scénario s'inspire de l'affaire Jaccoud et de l'affaire Nicole Gérard.

- Fahrenheit 451 (1966)

C’est son premier film en couleurs mais qui lui coûte très cher car il est obligé de faire une coproduction internationale. Il fait le film sans enthousiasme. Avec ce film, Truffaut attaque aussi la censure d'avant 1968 qui frappait certaines oeuvres comme "La religieuse" de son ami Jacques Rivette : il montre une image d'Anna Karina tirée de ce film en train de brûler dans l'autodafé.

Fantasme de l'homme-livre.

- La mariée était en noir (1967)

Le film est l'adaptation d’un polar américain de William Irish dont un autre roman a inspiré « Fenêtre sur cour ». C’est le dernier film hitchcockien. Truffaut est en pleine écriture de son livre-entretien avec Alfred Hitchcock lorsqu'il réalise "La mariée était en noir", et le film s'en ressent. C’est ici la première association avec United Artists qui durera dix ans et lui permettra de trouver des fonds pour ses films.

Résumé. Cinq hommes, dans un jeu qui tourne mal, abattent le marié à la sortie d'une cérémonie de mariage. La veuve consommer sa vengeance, lente, raffinée, en l'adaptant à la personnalité de chacun des hommes. Elle assouvit sa vengeance jusqu'au sacrifice. Truffaut a détourné la fin du film d'Irish, dans lequel l'héroïne découvre qu'elle a tué des innocents.

Le film déçoit. Truffaut trouve le film raté. Jeanne Moreau est à contre-emploi comme une statue à la Cocteau. Truffaut regrette d’avoir utilisé la couleur.

III - La saga des Doinel

- Antoine et Colette (1962) (moyen métrage)

Antoine rencontre Colette aux jeunesses musicales. Il travaille chez un disquaire, elle étudie et ne le prend pas au sérieux. Antoine emménage dans l'hôtel d'en face, lui envoie une lettre d'amour. Mais elle part avec un autre jeune homme. Antoine se retrouve seul avec les parents de Colette devant la télévision.

Truffaut vit une période difficile (Françoise Dorléac se tue en voiture, etc.). Il décide de ressusciter Doinel cette fois dans un long métrage, avec « Baiser volés ».

- Baisers volés (1968)

Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) vient de quitter l’armée, où il s’était engagé. Amoureux de Christine Darbon (Claude Jade), il fait divers petits métiers : veilleur de nuit dans un hôtel, il se fait renvoyer, ayant participé malgré lui à la découverte d’un adultère par un détective privé. Il se fait embaucher dans l’agence de détective, mais n’est pas très doué pour les filatures, le directeur de l’agence lui confie une mission dans le magasin de chaussures de monsieur Tabard, mais Antoine tombe amoureux fou de madame Tabard.

- Domicile conjugal (1970)

Antoine Doinel est marié. Il a épousé Christine, la jeune fille qu'il courtisait dans "Baisers volés". Antoine est adulte et pourtant le Doinel enfant perce encore dans le personnage, ne serait-ce que dans le caractère insolite des métiers qu'il exerce : il teint des fleurs, il fait flotter des maquettes de bateaux. Ce personnage qui fait voguer des maquettes de bateaux sur un plan d'eau est comme un gamin dans un jardin d'enfant.

L'espace central du récit est une cour qui évoque celle du "Crime de monsieur Lange" (Jean Renoir, 1935) et où se croisent sans cesse des personnages avides de s'exprimer. Pourtant de cette foule bruissante se dégage sans cesse le sens d'une profonde solitude. Chacun suit son obsession...

Le film comprend la célèbre scène du lit où Claude Jade flirte par procuration en lisant une biographie de Noureev alors qu’Antoine s’instruit sur « Les Femmes japonaises » pour séduire sa maîtresse, une scène à laquelle fera écho une des scènes de la vie conjugale d'Ingmar Bergman en 1973.

 Truffaut après "Jules et Jim" s'était reproché d'avoir présenté une vision idéalisée et complaisante de l'adultère. Avec "La peau douce", il dit avoir voulu "montrer que l'amour est quelque chose de beaucoup moins euphorique, exaltant". Mais insatisfait du résultat, le cinéaste récidive avec "Domicile conjugal" pour donner une image de l'adultère gaie.

Truffaut ne retrouve pas la grâce de "Baisers volés". Aujourd'hui, le film apparaît convenu et vieillot. Le titre lui-même est tout sauf accrocheur.

Truffaut soigne sa communication et devient avec Bergman et Fellini l'un des trois réalisateurs préférés des campus et de l'élite américaine.

- L'amour en fuite (1979)

Dans ce dernier opus de la saga des Doinel, Truffaut réutilise des scènes de ses films précédents pour les flash back du couple Antoine-Christine (Claude Jade). Dans un taxi Antoine et Christine se souviennent de leur passé commun lorsqu'ils échangeaient les "Baisers volés", puis leur cohabitation dans "le Domicile conjugal". Le flash-back où Antoine et Liliane se disputent ne fait pas partie de la saga Doinel puisqu'il est extrait de "La Nuit américaine" où Dani jouaient aussi des amants. Dans une scène, on voit ausii deux personnages qui vont voir au cinéma le film "Une belle fille comme moi", de François Truffaut.

IV - Les autres films de Truffaut

- L'Enfant sauvage (1969)

Truffaut aborde le thème de l'enfance maltraitée. Truffaut conserve le texte des comptes rendus scientifiques du docteur Itard qu'il incarne lui-même.

- Les deux Anglaises et le continent (1971)

Sorte de "Jules et Jim" à l'envers.

"Les Deux Anglaises et le Continent" met en scène un triangle amoureux inverse à celui de "Jules et Jim", deux films d'ailleurs tirés du même auteur : Henri-Pierre Roché. Ici, c'est un jeune homme du début du XXème siècle, Claude ((Jean-Pierre Léaud)), qui hésite entre deux femmes. Le "continent" est le nom que donnent les deux soeurs anglaises au jeune français.

Selon Truffaut, le film est son chef-d'oeuvre

Le film est en tout cas le résultat d'une grande implication personnelle. Il nous permet d'entrer dans l'intimité du cinéaste qui était en soins dans une clinique (pour dépression, suite au départ de sa compagne Catherine Deneuve) quand il décida de faire du roman le scénario de cette œuvre qui est comme une solution cathartique à son propre chagrin d'amour. Amour et douleur chez truffaut sont indissociablement liés. Cette oeuvre en est une fois de plus l'illustration.

Le thème de l'homme faible enchaîné par l'amour de femmes mortifères

Ce thème est ici développé. On pense aussi à Catherine Deneuve empoisonnant Belmondo dans "La Sirène du Mississipi". Et aussi à "La Femme d'à côté". Le personnage de Claude Roc joué par Léaud incarne la figure de la stérilité, étouffé par les figures féminines castratrices (les sœurs Brown mais surtout sa propre mère, avec laquelle il a une relation fusionnelle). La séquence du début du film est explicite : Claude fait l'acrobate sur une balançoire, encouragé par deux fillettes, et tombe sous les yeux de sa mère. Cet incident sera déterminant pour sa vie d'adulte : il ne sera jamais père et restera attaché à des références passées, en particulier la figure maternelle.

- Une belle fille comme moi (1972)

Truffaut prend le contre pied de "Les deux Anglais et le Continent", film romantique, avec la farce burlesque "Une belle fille comme moi".

Un jeune et naïf sociologue, Stanislas Prévine (André Dussollier), préparant une thèse sur la criminalité féminine, profite de l'occasion pour se rendre à la prison interroger Camille Bliss (Bernadette Lafont), une belle fille accusée de divers crimes et tentatives de meurtres. Ses mants, en effet, sont tous morts prématurément...Cependant, Stanislas parvient à montrer qu'Arthur, le dératiseur catholique (Charles Denner), s'est suicidé. Il réussit à innocenter la belle mademoiselle. Mais la fille, une fois libre, le fait accuser d'un de ses meurtres et condamner à sa place.

- La Nuit américaine (1973).

"La Nuit américaine" est un exemple de film contenant un film. Truffaut joue lui-même le rôle du metteur en scène d'un mélodrame : "Je vous présente Paméla". Les personnages sont inspirés de gens réels : les techniciens du films. L'un d'entre eux, Jean-François Stévenin, qui est le deuxième assistant réalisateur de Truffaut, fait ses débuts d'acteur ici en jouant le rôle du premier assistant réalisateur.

Ce n'est pas sans raison que Truffaut donne à son film le titre "La nuit américaine". La nuit américaine est une technique qui permet de tourner une scène de nuit en plein jour. C'est à dire de l'art de faire du vrai avec du faux, de produire des effets illusoires. le cinéaste dévoile plusieurs procédés ou trucages utilisés dans le "film dans le film". Maisil montre aussi les faux-semblants qui régissent les relations dans le monde du cinéma "où on passe son temps à s'embrasser, car il faut montrer qu'on s'aime" comme dira l'un des personnages du film ".

Truffaut dédie ce film aux célèbres actrices du cinéma muet, Lillian et Dorothy Gish.

Dans le concert de louanges, la critique de Godard détonne. Les deux amis ne se parlent plus depuis 1968, Godard reprochant à Truffaut son retour au conventionnel. Aux Etats-Unis, "Day for night" collectionne les prix et Yul Brynner remet à Truffaut l'Oscar du meilleur film étranger. Ce qui tendrait à donner raison à Godard. Cependant, Truffaut ne s'inscrit pas dans la tradition de la "Qualité française" qu'il dénonçait. Les personnages secondaires ne sont pas sacrifiés aux vedettes. Mais on est loin de la fièvre de "La Sirène du Mississipi", de l'Enfant sauvage" ou des deux Anglaises et le Continent. Intrigue amoureuse mièvre.

Grâce au triomphe international du film, Truffaut s'offre deux ans de répit à Hollywood. Il rend visite régulièrement aux Renoir pour de longues conversations.

L'Histoire d'Adèle H (1975)

Ce film romantique, coproduit par les United Artists, raconte l'histoire vraie d'Adèle Hugo d'après sa biographie. Adèle, deuxième fille de Victor Hugo, souffrait de dépression. Au cours d'un voyage en Angleterre en 1861, elle rencontre le lieutenant Alfred Pinson dont elle tombe éperdument amoureuse. Elle s'illusionne sur cet amour sans réciprocité, se déclarant sa fiancée, allant jusqu'à rejeter toute demande en mariage venant d'autres hommes. Même après vaoir appris le mariage de l'officier avec une autre femme, elle perd complètement la raison en entretenant le mensonge, perdant tout contact avec le réel lorsqu'elle annonce à ses parents son mariage avec le lieutenant.

C'est le récit de l'aliénation fatale d'une jeune femme qui enterre sa vie et sa raison dans une passion fantasmée. Ironie du sort : tout comme l'héroïne n'obtient pas l'homme qu'elle veut, Truffaut échoue à conquérir Isabelle Adjani. L'obsession de Truffaut avec ses plans rapprochés est à l'image de l'obsession de l'héroïne.

L'argent de poche (1975)

De l'aveu de son auteur, c'est une sorte de combinaison de "Baiser volés" et de "La Nuit américaine". Le public aimera ce qui est le plus mauvais film du cinéaste. Consensuel, mièvre.

"L'Homme qui aimait les femmes" (1977)

Truffaut travaille au "Cavaleur" quand Spielberg le demande pour jouer dans "Rencontre du troisième type".

Bertrand (Charles Denner), est ingénieur à l'Institut d'Etudes de la Mécanique des Fluides. Mais, sitôt ses journées terminées, il se livre entièrement à sa passion unique : les femmes. Aucune femme ne le laissait indifférent, il les aime toutes. "Les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie."

C'est à nouveau l'histoire d'une obsession. et l'histoire de Truffaut qui aime les mouvements des jambes de femmes portant des bas. C'est le fantasme de Truffaut enfant qui est mis en scène ici. Le film se rapproche d'un autre fantasme de Truffaut : le film-livre. Idéal d'un cinéma qui manipulerait le temps et les registres avec la souplesse du roman.

"La chambre verte" (1977)

En adaptant "L'Autel des morts" d'Henry James, Truffaut rompt avec son habitude d'alterner les films graves et les films légers. C'est l'histoire d'un mort obsédé par les morts. Pour compenser les pertes de cet échec commercial, United Artists veut un nouveau film rapidement. Truffaut bâcle un ultime épisode avec Doinel, fait d'extraits d'épisodes précédents. Ce sera "L'amour en fuite" qui sera financé par le Carrosse.

- Le Dernier métro (1980)

Le Dernier métro est sous l'influence de Lubitsch : "To be or no to be" avec son incessant va-et-vient entre le réel et la fiction. Et, pour la scène finale : "Sérénade à trois" où Miriam Hopkins se refuse à choisir entre Gary Cooper et Frederic March. Ce ménage à trois est un pied de nez à la morale traditionnel. C'est aussi encore une manière de donner la préférence au monde de la fiction ou mieux de la comédie sur celui de la réalité.

Le théâtre et l'Occupation sont deux sujets qui obsèdent Truffaut depuis longtemps. Il aborde ici les deux thèmes ensemble selon un schéma similaire à celui de la Nuit américaine mais dans un contexte grave. Avec ce film, Truffaut accède au statut de patron du cinéma français comme autrefois Renoir. C'est trop de pression et il refuse les honneurs comme les postes de direction.

François Truffaut découvre Fanny Ardant dans le feuilleton "les Dames de la côte". Elle sera l'héroïne de ses deux derniers films et le dernier grand amour de sa vie.

- "La femme d'à côté" (1981)

Contre-pied du Dernier métro, film classique et passionnel. Le rapprochement avec "La Peau douce" fait que Truffaut veut éviter les erreurs du passé et s'assure que cette fois le film sera bien compris par le public. D'où une tendance à souligner ou à répéter certains éléments du film.

- Vivement dimanche (1983)

C'est une fantaisie d'auteur, un film façon vieux polar américain. Truffaut ne veut pas renouveler l'erreur commise avec "La mariée était en noir" pour lequel il regretta d'avoir employé la couleur. Truffaut se laisse aller à copier ses maîtres. La femme amoureuse qui vole au secours de l'homme accusé à tort est un scénario digne de Hitchcock. Et surtout l'ombre d'Howard Hawks plane sur le film où le sex est omniprésent. Comme chez Hawks, les rapports homme-femme s'inversent : tandis que Jean-Louis Trintignant est réduit à demeurer planqué dans une cave, c'est Fanny Ardant qui agit, elle joue le mec. D'ailleurs Truffaut la travestit en jeune page, puis en enquêteur à la Humphrey Bogart portant imperméable.

Pour que le films soit vif et plein d'allant, Truffaut exigeait de ses comédiens qu'ils se coupent frénétiquement la parole.

Truffaut aura réalisé de meilleurs films sous l'influence de Griffith et Chaplin ("Les deux Anglaises et le Continent", "L'Enfant sauvage") que sous l'influence de Lubitsch et Prévert ("Domicile conjugal", "Le Dernier métro").

Conclusion

Sur le plan sentimental, Truffaut eut les plus grandes difficultés à trouver la stabilité. Il tombait amoureux des actrices de ses films : Jeanne Moreau, Catherine Deneuve, Nathalie Baye et pour finir Fanny Ardant dont il eut une fille, Joséphine, en 1983, peu avant de disparaître le 21 octobre 1984. Le jeune François Truffaut trouvait refuge dans les livres et les films de cinéma ; l'adulte Truffaut trouva, pour compenser les malheurs et déceptions de sa vie, un refuge sûr dans son projet perpétuel de flms : dans son roman-film !


Moyenne des avis sur cet article :  2.33/5   (3 votes)




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7 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 20 janvier 2014 12:03

    Bonjour, Taverne.

    Je n’ai pas encore lu cet article en détail, mais je ne partage pas ta conclusion : « Le dernier métro » est, à mes yeux, l’un des tous meilleurs films d’un Truffaut qui en a réalisé sans doute un peu trop pour ne pas être ennuyeux avec certains de ses opus (« La chambre verte », par exemple). S’il avait été compositeur, j’aurais qualifié Truffaut de « petit maître ».


    • Taverne Taverne 20 janvier 2014 13:43

      Salut Fergus

      Je suis d’accord. En fait, il faut lire l’avant-conclusion dans le sens suivant : « Truffaut aura réalisé sous l’influence de Griffith et Chaplin des films encore meilleurs que les films sous l’influence de Lubtisch... » C’est le sens de ma pensée.


    • yukimushi 20 janvier 2014 12:36

      Bonjour Taverne.

      il aurait été bien de corriger votre erreur du début d’article :Jules et Jim est un livre de Henri-Pierre Roché et raconte la passion de l’auteur avec la femme de Franz Hessel (ce que vous notez très bien plus loin).

      Vous résumez bien vite François Truffaut qui est un personnage beaucoup plus complexe qu’il n’y parait. Si vous regardez sa filmographie vous verrez qu’il réalise à peu prés un film par an (ou tout les 2 ans maximum). Pour Truffaut, le cinéma c’est la vie. Le cinéma est une obsession, une passion dévorante. Je crois que l’on peut lui reprocher d’avoir certaines fois travaillé trop vite pour que les fiims soient parfaits mais dire de lui que ces films sont commerciaux est une erreur.

      De plus, vos résumés des films de Truffaut sont en réalité des raccourcis. Les films de Truffaut sont plus fouillés que ce que vous en dites (plus « psychanalytiques » d’une certaine façon).
      En tout cas ils méritaient une analyse un peu plus acérée.

      Vous parlez de roman-film, il vous était possible de développer un peu plus sur le rapport de Truffaut et des livres, de l’importance des livres dans les films de Tuffaut par exemple.

      Bref, je suis resté sur ma faim en lisant votre article où je n’ai trouvé que des poncifs et des racourcis. Dommage.


      • Taverne Taverne 20 janvier 2014 13:31

        Bonjour Yukimushi

        En effet, il fallait lire « Stéphane Hessel a vu l’histoire de ses parents adaptée au grand écran par François Truffaut. Le film »Jules et Jim« est tiré du roman du même nom de Franz Hessel, père de Stéphane Hessel. » Le roman n’est pas du père de Stéphane Hessel mais bien de Henri-Pierre Roché. J’ignore comment cette coquille s’est glissée dans le texte : par copié-collé maladroit peut-être. Malheureusement une fois un article publié, l’auteur ne peux plus le corriger.

        Vous dites « De plus, vos résumés des films de Truffaut sont en réalité des raccourcis. » Vous avez raison mais c’est délibéré de ma part. Je n’ai pas repris le résumé détaillé que l’on trouve partout : wikipedia ou des sites consacrés au cinéma. Je n’ai mis dans cet article que le strict nécessaire à l’éclairage de l’oeuvre totale ou de la vie de Truffaut. En privilégiant les points de vue critiques que j’ai trouvés. Quelquefois, certaines citiques sont de la bouche ou de la plume du cinéaste.

        Enfin, je n’ai pas souhaité trop fouiller l’approche « psychanalytique » que vous évoquez. Je laisse à d’autres le soin de le faire. En ce qui me concerne j’en parle mais juste pour l’essentiel (l’enfance, le père absent...). Pour moi, une critique de cinéma, ou plus exactement une synthèse, doit rester plus proche du cinéma que des méandres de la psychologie de l’auteur. 


         


      • Taverne Taverne 20 janvier 2014 13:33

        ERRATUM : En effet, il fallait lire « Stéphane Hessel a vu l’histoire de ses parents adaptée au grand écran par François Truffaut. Le film »Jules et Jim« est tiré du roman du même nom de Henri-Pierre Roché. »
        Décidément !


      • claude-michel claude-michel 20 janvier 2014 13:50

        Sur la photo...le vieux monsieur (je sais que c’est un artiste comique) mais je ne me rappelle plus de son nom.. ?


        • Taverne Taverne 20 janvier 2014 18:20

          Aux lecteurs : une erreur s’est glissée dans l’article. L’auteur du roman « Jules et Jim » est Henri-Pierre Roché et non pas Franz Hessel. L’erreur est due à une confusion avec l’autobiographie écrite de son côté par Franz Hessel : voir ici la vidéo de la chronique « Un jour, un livre » d’Olivier Barrot. A noter qu’Olivier Barrot lui-même se trompe en disant que Franz Hessel s’appelait Jim dans le film de Truffaut. l’Autrichien était en réalité Jules dans le film « Jules et Jim ». Jim étant Henri-Pierre Roché.

          Même à la télévision, on peut se tromper... smiley

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