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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Le Scaphandre et le Papillon » : un film-papillon ou un film-sarcophage (...)

« Le Scaphandre et le Papillon » : un film-papillon ou un film-sarcophage ?

Comme on le sait, Julian Schnabel, plasticien baroque de dimension internationale mixant Dali + Orson Welles, a reçu le prix de la mise en scène à Cannes pour son film Le Scaphandre et le Papillon, nous racontant l’histoire vraie, celle d’un journaliste (Jean-Do Bauby, rédac’chef du magazine Elle), victime du locked-in-syndrome le laissant incapable de bouger, et qui s’attelle alors à l’écriture d’un roman dicté uniquement par clignement de paupières, seules choses à obéir chez lui avec sa mémoire et son imagination. De Schnabel, auparavant, j’avais beaucoup aimé ses deux biopics précédents s’intéressant aux destins (également) brisés du peintre-météore Basquiat et du poète homosexuel maudit Reinaldo Arenas (Avant la nuit). Ici, avec son dernier, se la jouant séquence émotion... quand tu nous tiens, franchement j’ai du mal. Pourtant, il y a de bonnes idées (certes hyper attendues) telles une caméra subjective pour dérouler, en voix off, un récit introspectif fort et des cadrages figés, rigides, pour nous faire ressentir, de l’intérieur, sa paralysie-prison. Mais le cinéaste ne tient pas longtemps ce pari osé de filmage insolite qui, maintenu tout au long de son long métrage, aurait pu donner à son film-témoignage le charme " inédit " de la caméra-vérité et la légèreté du cinéma expérimental - à sensations, tel une esquisse. Trop vite, hélas, son film(é)-tous azimuts se veut tableau bien fait, bien pensé (moralisant), et s’embourbe in fine à trop vouloir en dire.

Bon sang, profitant de la Fête du cinéma, je suis allé me faire quelques toiles. La vache, à défaut de Steak (pas envie tout de suite, et de Ratatouille pas encore !), j’ai commencé par ce Scaphandre et le Papillon. Mazette ! dans la salle, on chialait tous comme des veaux, on entendait sans arrêt des snifs durant la projo-pleurs, en face de moi je voyais un grand gaillard qui ne cessait de sécher ses larmes coulant sur ses joues inondées, puis, à la sortie, on sortait tous en catimini, les yeux comme rougis par le chlore, tête baissée, faisant profil bas, peut-être un peu honteux d’avoir autant pleuré pour « si peu », artistiquement parlant. Alors, moi, je suis toujours assez gêné par ce genre de films-tripes, ça me rappelle les films tire-larmes comme La Vie est belle (celui signé Roberto Benigni), Dancer in the Dark ou encore Mar Adentro, c’est-à-dire des films qui jouent à fond sur un certain chantage à l’émotion, et en avant les violons pour entrer en totale empathie avec les pauvres bougres dont la barque est chargée, pour ne pas dire plombée, par un trop-plein lacrymogène extralarge. Alors certes, ce Bauby écrivant à la paupière - joué, il faut quand même l’avouer, magnifiquement par un sobre et impressionnant Mathieu Amalric, pour un 2e César en vue ?! - est absolument renversant, tour à tour pathétique ou très drôle, mais ça fait quand même, dans l’ensemble, malgré - et peut-être à cause de - la qualité du casting hors pair (Niels Arestrup, Anne Consigny, Marie-Josée Croze, Emmanuelle Seigner, Patrick Chesnais, le regretté Jean-Pierre Cassel, figurant, ici, dans son dernier film, etc.), grosse entourloupe filmique que toute cette espèce de bazar-hold-up à la boîte de Kleenex vidée illico se rapprochant, à l’arrivée, moins d’un film, d’une expérience de cinéma, que d’une sorte de trip train-train-fantôme lacrymal plutôt "putassier" - trop de pathos finissant par tuer l’émotion. Pourtant, venant des arts plastiques, Schnabel, présent dans les plus grands musées, aurait pu intégrer à son film trop lacrymal le fameux less is more des minimalistes américains, non mais !


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