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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Le Suicidé » de Nikolaï Erdmann au Théâtre Treize

« Le Suicidé » de Nikolaï Erdmann au Théâtre Treize

S’il suffisait de confondre un saucisson avec un revolver pour résoudre le sort de milliers de concitoyens moscovites qui, au seuil des années trente aspiraient à un niveau de vie satisfaisant pour tous, il est certain que Sémione Sémionovitch Podsékalnikov aurait réfléchi à deux fois avant que de renoncer à son acte héroïque.

Mais, convaincu en définitive que son suicide n’aurait rien empêché du destin sordide attendant ses compatriotes, sa conscience politique pouvait se suffire d’un simulacre qui sauverait toutes les apparences, celle du pouvoir en pleine déviance dictatoriale, celle des masses populaires en pleine utopie mais surtout celle qui masquait jusque-là son propre attachement individuel à la vie.

Cependant fondée sur un quiproquo initial par lequel sa résolution suicidaire pourrait être interprétée comme la décision politique de celui qui ne supportait pas socialement et psychologiquement sa récente condition de chômeur, Sémione allait rapidement devenir la victime emblématique en même temps que le pourfendeur des causes désespérées dont ses partisans lui confieraient symboliquement la responsabilité.

Ainsi, entraîné par une folle spirale idéologique s’étant emparée de toute la misère collective pour en sacrifier son martyr, au vu et au su de la conscience universelle, Sémione allait vivre le compte à rebours de ses précieux instants de vie au cours d’une fête célébrée en son honneur alors qu’à minuit il devrait procéder à l’acte capital.

Un dernier sursaut de lucidité déconcertante le pousserait, sous l’effarement général, à appeler le Kremlin au téléphone pour fustiger le pouvoir politique, au nom de la liberté totale dont il jouissait enfin face à sa mort imminente et inéluctable.

Mais voilà, un saucisson, aussi substantiel soit-il, n’a jamais remplacé les vertus d’un revolver. Aussi, seul dépositaire de ce secret, Sémione allait donc faire le mort autant que ses supporters le souhaiteraient jusqu’au point ultime du rituel funéraire où, plutôt que de mourir réellement enterré, il préférera affronter la décevante vérité perçue alors par tous, à l’exception de sa femme, comme une traîtrise absolue.

C’est par la farce et la caricature que Nikolaï Erdmann rend compte de ce "Vaudeville soviétique" interdit jusque dans les années soixante-dix et c’est selon les prérogatives du cinéma muet que Volodia Serre a conçu sa mise en scène sous accompagnement pianistique qui, en s’appuyant sur une décomposition du mouvement par saccades, apporte à la gestuelle et à l’effet comique, un ton délicieusement désuet et enjoué.

Lauréat en 2006 d’un concours de jeunes réalisateurs au Théâtre Treize avec "Le suicidé", Volodia Serre peut ainsi, deux années plus tard, en faire la création avec douze comédiens, tous très prometteurs, entourant la valeureuse Sociétaire honoraire de La Comédie Française, Catherine Salviat.
 
Photo © Alexis Manuel

LE SUICIDE - *** Theothea.com - de Nikolaï Erdmann - mise en scène : Volodia Serre - avec Alban Aumard, Olivier Balazuc, Bruno Blairet, Laure Calamy, Philippe Canalès, Grètel Delattre, Delphin, Noémie Develay-Ressiguier, Alban Guyon, Gaëlle Hausermann, Catherine Salviat, Alexandre Steiger, Jean-Marie Sénia - Théâtre 13 -
 


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