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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Le Suicidé » en tournée à Bobigny

« Le Suicidé » en tournée à Bobigny

A la lecture des critiques théâtrales parues lors de la création du « suicidé » en Avignon 2011, la plupart ressentait l’excellence de cette comédie, de sa mise en scène et de son interprétation, mais beaucoup ressentait également la nécessité d’ajustements de rythme, d’une implication davantage personnalisée et globalement celle d’une maîtrise plus aboutie du délire organisé sur scène, d’autant plus que la « Carrière Boulbon » exigeait un pilotage intime en phase avec son volume colossal.

A Bobigny, a contrario, tout est maintenant tellement au point que la vingtaine de comédiens, tous dans leurs marques, semblent littéralement emportés par une chorégraphie à mille à l’heure dont aucune fausse note ne pourrait ébranler le tempo vaudevillesque.

En outre, c’est, sans aucun doute, un formidable cadeau qu’Eric Elmosnino, à son insu, fit à Patrick Pineau, en renonçant initialement à ce rôle d’antihéros malgré lui, car, à l’instant où son metteur en scène affilié aurait, enfin, fini de peaufiner dans les moindres détails toute sa réalisation, celui-ci aurait, aussi, la jouissive opportunité de se livrer corps et âme au dédoublement du comédien, de façon à exécuter une composition déjantée, digne de toutes les perspectives de Molières 2012.

Ainsi, ce spectacle, complètement abouti, déclenche les rires en cascade, face à tant d’ingénuité pilotée, à la fois par le destin et l’aptitude de l’homme à se laisser berner par les idéologies du moment.

Qu’une tranche de saucisson de foie puisse se muter en un revolver virtuel capable de transformer un quidam en porte-flingue des causes perdues, se révèle à l’unisson d’une formidable parodie de la libre expression.

A l’image mythomaniaque du risque-tout, bardé d’ailes improvisées, se lançant, d’antan, du premier étage de la tour Eiffel pour tenter, sous le regard médiatisé de la foule ébahie, de réaliser, à chance nulle, le rêve d’Icare, ici aussi l’exploit fallacieux se réalise sous nos yeux médusés, afin de flirter avec le grand saut dans l’inconnu tout en jouant à faire semblant car, au-delà du plaisir masochiste de se faire peur à ses dépens, le désir de vivre se révèlera, en définitive, plus important que tout autre considération nihiliste ou imposée par une quelconque stratégie sociopolitique, voire religieuse.

Cependant, dans un pays où « ce qu'un vivant peut penser, seul un mort peut le dire », comment imaginer que l’auteur eût pu avoir pignon sur rue ?

C’est donc en exil de sa création dramatique que Nicolaï Erdman vécut le restant de son époque stalinienne et c’est précisément la distanciation farcesque de son humour qui apparaît à chaque réplique de sa seconde et dernière pièce traduite, en la circonstance, par André Markowicz et dont Patrick Pineau extrait, ainsi, tout ce miel scénographique à plein régime, profitable à son génial travail d’équipe.

photo © Philippe Delacroix 

LE SUICIDE - **** Theothea.com - de Nicolaï Erdman - mise en scène : Patrick Pineau - avec ANNE ALVARO, LOUIS BEYLER, NICOLAS BONNEFOY, HERVÉ BRIAUX, DAVID BURSZTEIN, CATALINA CARRIO FERNANDEZ, LAURENCE CORDIER, NICOLAS DAUSSY, FLORENT FOUQUET, NICOLAS GERBAUD, ALINE LE BERRE, MANUEL LE LIÉVRE, RENAUD LÉON, LAURENT MANZONI, BABACAR M’BAYE FALL, CHARLOTTE MERLIN, SYLVIE ORCIER, PATRICK PINEAU & ELIOTT PINEAU-ORCIER -  Mc93 Bobigny


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