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Le syndrome de Stendhal : tout sur le mystère de la maladie de Florence

Voici venu l'été, certains d'entre nous préparent leurs vacances. Si l'idée vous venait de partir à Florence, voici ce que vous ne pouvez ignorer.

Publié dans Florence Magazine. Le Beato Angelico peut-il causer une bouffée délirante ? La coupole de Brunelleschi provoquer une crise de désespoir ? Le jardin de Boboli ferait-il perdre la mémoire ? Y aurait-il une malédiction qui plane sur les œuvres d’art du chef-lieu de Toscane ?

Le syndrome de Stendhal devant la caméra de Dario Argento

En 1996, Dario Argento tourne « La sindrome di Stendhal ». Le film commence ainsi :

Anna Manni (Asia Argento) est une inspectrice de la police envoyée à Florence pour enquêter sur un violeur et tueur en série. Alors qu’elle visite la Galerie des Offices, elle s’évanouit, victime du syndrome de Stendhal. Elle est secourue par un jeune homme blond (Thomas Kretschmann). Le soir même la police retrouve un corps de femme et Anna est violée et torturée par le mystérieux jeune homme blond…

Dario Argento est le premier réalisateur à avoir été autorisé à tourner à l’intérieur de la Galerie des Offices. Ce dernier voulait trouver un moyen de raconter sa propre expérience alors qu’encore enfant, il avait été emmené à Athènes, et avait été victime du syndrome de Stendhal en visitant le Parthenon. Lorsqu’en 1989, la psychiatre Graziella Magherini de l’Hôpital Santa Maria Nuova de Florence publie « Le syndrome de Stendhal », après de 20 ans de recherche sur les patients étrangers victimes du célèbre syndrome ; Dario Argento décide de s’en inspirer pour faire un film. Un site officiel est dédié à sa filmographie.

Le maestro des films d’horreur à l’italienne dirige sa fille Asia Argento, future icône rebelle du cinéma européen, ici à ses débuts. Le film démarre sur des images envoutantes de Florence sous un soleil de plomb, ses rues remplies de touristes avec une mélodie hypnotique accompagnant les pas de l’héroïne sur le Ponte Vecchio. Le magnétisme du film tient au talent des Argento père et fille, au fascinant thème psychologique du syndrome de Stendhal -aussi appelé syndrome de Florence-, et à l’atmosphère d’angoisse indicible qui en émane. La musique est signée Ennio Morricone. Il s’agit de l’une des oeuvres les plus appréciées du maestro Dario Argento. Le film, paru en version française en DVD et Blu-ray, se trouve très facilement sous le titre « Stendhal syndrome ». Le film n’est pas pour tout public. Certaines scènes de violence sont insoutenables. Cependant le film est loin d’ètre un splatter movie de série B sans colonne vertébrale ; au contraire, malgré quelques séquences de violence dont on se serait volontiers passé, l’oeuvre ne manque pas de mystère et de zones d’ombres délibérément voulues.

Ville arcane où concours de circonstances ?

« J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber », raconte Stendhal dans ses Voyages en Italie, « Rome, Naples et Florence ».

Si Stendhal avait vécu cent ans plus tard il aurait été un psychanalyste de génie : d’abord il verbalisa le concept de cristallisation dans « De l’amour » (qui sera repris par Freud), ensuite il identifie une énigmatique maladie de la beauté en visitant Florence en 1817.

Florence est une contradiction en soi. Solaire et joyeuse, mais aussi sombre et inquiétante. Religieuse et anticléricale. C’est aussi une ville à forte tradition ésotérique et alchimique, où la science et le paranormal semblent se côtoyer. Les Médicis étaient férus de magie, Catherine consultait ses astrologues régulièrement. Le jardin de Boboli a été planifié sur des données géométriques tirées du « Codice Hermeticum ». Le cadre visuel pousse à l’onirisme. Même l’esprit le plus cartésien peut être secoué par le charme de toutes ces légendes.

Depuis la fin du XVIII siècle le concept du voyage est conçu comme cheminement autant à l’intérieur de soi qu’à l’extérieur. Dans son étude du sublime et du beau, Edmund Burke révèle que la démesure plus encore que la beauté, appelle des émotions sublimes qui s’appuient elles-mêmes sur un sentiment fondamental de terreur. En effet la démesure terrorise car elle rappelle à l’homme sa vulnérabilité et sa mortalité. Et l’opulence d’oeuvres d’art à Florence (la ville aux cinquante musées) est démesurée ; un terrain propice à l’extériorisation d’angoisses chez les personnes de grande sensibilité. Ajoutez à cela le fait que la plupart des touristes veulent voir un maximum de choses en un minimum de temps et que la fatigue du voyage pèse lourd.

L’avis des médecins

Graziella Magherini est psychiatre et psychanalyste freudienne, présidente de la « International Association for Art and Psychology ». Elle s’est occupé des rapports entre l’art, la psychanalyse et la psychiatrie. « Le syndrome de Stendhal », son célèbre livre a été traduit – entre autres – en français. En vingt ans elle a vu débarquer des centaines de touristes aux urgences de l’hôpital Santa Maria Nuova. Souvent dans des états alarmants ; crises de nerfs, panique, perte de mémoire, manie de persécution ou au contraire, euphorie, sentiment de toute puissance.

Il est intéressant de feuilleter les statistiques concernant les voyageurs atteints par le syndrome de Stendhal ; il s’agit surtout de femmes, de célibataires, la tranche d’âge plus touchée va de 26 à 40 ans et les patients plus susceptibles de ressentir ce trouble sont originaires d’Europe occidentale. Viennent ensuite les américains et en dernier toutes les autres nationalités ; ces deux dernières catégories sont moins concernées car leur éducation culturelle et religieuse est différente. L’imaginaire développé par la culture latine et catholique met parfois l’accent sur la culpabilité et certaines œuvres peuvent faire ressurgir des sentiments enfouis. Cependant les italiens semblent immunisés car ils ont grandi dans cette abondance d’oeuvres d’art. On peut lire dans le livre les récits de vacanciers frappés sévèrement par ce trouble.

Le docteur Matteo Pacini de l’Université de Pise, nous en dit plus sur le profil des potentielles victimes : « tendance à l’écriture penchée, sensibilité à la musique (surtout quand elle est triste), tendance à écrire, sujet au day-dreaming (rêve éveillé), se sentir dissocié de son passé et de son futur, comme des pantins qui absorbent l’atmosphère sans avoir une identité ou une histoire (…) L’italien moyen est assez indifférent à ce qu’il voit tous les jours. Les italiens sont sensibles à d’autres réalités, comme par exemple le désert. »

Il s’agit donc d’une « pathologie » encore bien mystèrieuse mais qui rentre dans l’ensemble des troubles du voyageur comme le Syndrome de Jérusalem ou le Syndrome de Paris.

Magherini distingue le coté purement mental du coté psychosomatique. Dans le premier cas les patients perdent le sens de la réalité, ont une perception altérée des sons et des couleurs, ressentent une vive angoisse ; dans le second, ils transpirent abondamment, s’évanouissent, ont des palpitations, des vertiges où des crampes d’estomac. Un chapitre est dédié aux histoires de patients victimes du syndrome. Le livre est facile à lire, passionnant et tout le monde peut en profiter.

La psychiatre constate aussi que le trouble n’est que le symptôme d’un malaise psychique plus profond. La fatigue physique, le mal du pays, le changement dans les habitudes quotidiennes y sont certainement pour beaucoup aussi. Attention donc au surmenage !

  • à voir : « Stendhal Syndrome » de Dario Argento, avec Asia Argento
  • à lire  : « Le syndrome de Stendhal » de Graziella Magherini

                                                

                                                Elisabeth A. Beretta

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Florence de nuit
Les ruelles du centre-ville dégagent une atmosphère onirique après le coucher du soleil.

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7 réactions à cet article    


  • mmbbb 1er juillet 2014 14:26

    En 1992 j’ai fais un voyage en Italie en 3 semaines Florence ( Pise et Sienne en une journee ) Venise et Rome L’Italie est la patrie des arts et si vous etes curieux d’esprit a chaque recoin de rue ou de venelle ,sous un porche une entree il y a toujours une oeuvre qui s’offrent a vous Peinture sculpture ferronnerie et curiosite architecturale Quant aux eglises offices et places c’est un foisonnement d’oeuvres d’art qui aiguisent vos sens Mais voila tant de magnificence fatigue et vous effraie aussi et au bout de quelques jours vous n’avez plus la meme fraicheur la meme facilite d’émerveillement Cette annee j’ai decide de revoir Florence et l’annee prochaine sera une autre destination Une plus grande disposition d’esprit permettra de mieux regarder et apprecier les oeuvres Je vais souvent dans la vallee dAoste Cette ville deja recèle des petits tresors et les italiens maitre dans le trompe oeil Un habitant m’a fait visite son « entree » du stuc et au dernier etage un trompe oeil venant domine le tout Magnifique Je n’ai qu’une vulgaire entree peinte en blanc c’est triste 


    • Fergus Fergus 1er juillet 2014 16:21

      Bonjour, Mmbbb.

      Je partage votre avis général sur l’Italie.

      Vous écrivez « tant de magnificence fatigue et vous effraie aussi et au bout de quelques jours vous n’avez plus la même fraicheur la même facilité d’émerveillement. » On peut comprendre que vous ayez ressenti cela en trois semaines de voyage au contact de quelques-unes des plus belles villes italiennes. Personnellement, je n’ai, par prudence relativement au constat que vous avez fait, jamais passé plus d’une semaine à la fois en Italie, que ce soit à Rome, à Florence ou à Venise. Bientôt ce sera le tour de Bologne et Vérone, toujours en une semaine maximum. 


      • kalachnikov lermontov 1er juillet 2014 17:39

        Salut, Fergus ;

        Je n’ai jamais ressenti cela, quoique j’y sois resté sur la durée, pour le travail comme pour le loisir.
        Et pourquoi ne pas aller dans le Sud, à Naples, déjà et par exemple. Ou en Sicile ?


      • Fergus Fergus 1er juillet 2014 22:35

        Bonsoir, Lermontov.

        En réalité, je n’ai jamais craint le « syndrome de Stendhal », mais toujours eu la crainte de ressentir de la saturation. Il est vrai que mon épouse et moi visitons les villes de manière intensive et toujours à pieds, depuis tôt le matin jusqu’à assez tard le soir pour profiter des lumières différentes. D’où le risque de saturation, mais aussi de fatigue, évoqué.

        Visiter les villes du sud me plairait également, et de préférence au printemps pour éviter la chaleur excessive. Mais je manque de temps, et cela d’autant plus que je suis naturellement plus attiré par les villes de l’est ou du nord comme Berne, Berlin, Amsterdam, Londres, Vienne, Prague, Oslo. Qui plus est, j’essaie de trouver des places pour un grand concert classique à chaque fois. Prochains objectifs : Budapest, Edimbourg ou Saint-Pétersbourg ou... Milan avec évidemment un concert à la Scala !


      • Fergus Fergus 1er juillet 2014 22:51

        Naples aussi me plairait, avec à la clé un concert non classique cette fois, mais donné par la formidable formation de chant et de musique napolitains Nuova Compagnia di Canto Popolare dont je suis un inconditionnel depuis de longues années. Un lien pour les entendre : le génial Oi nenna nenna.


      • hopeless 1er juillet 2014 23:47

        J’ai ressenti ces symptômes, crampes d’estomac et difficultés à respirer, en visitant ... le musée d’Orsay il y a une quinzaine d’années. Il ne fait aucun doute que ce sont les sculptures qui m’ont secoué, et seulement les sculptures figuratives, femmes, hommes et aussi animaux. Je n’ai pas fait tout de suite le rapprochement entre d’un coté l’émerveillement continuel que je ressentais et ces malaises physiques, puis j’ai pensé au syndrome de Florence dont j’avais entendu parler, et que je jugeais jusqu’alors avec une certaine incrédulité ...


        • Loup Rebel Loup Rebel 2 juillet 2014 13:24

          Charmant rafraichissement de réalisme subjectif, juste ce qu’il faut pour réhydrater les neurones.

          Sans oublier la petite lumière rouge dans la noirceur ambiante... smiley

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