Il est toujours saisissant que réapparaisse des méandres du temps un manuscrit oublié de l’un des auteurs qui fut autrefois le plus traduit au monde. Cette nouvelle qui émerge ainsi de l’histoire aurait été terminée en 1929, époque très prolifique pour Stefan Zweig. Parue dans l’édition des œuvres complètes de Zweig en allemand, Le Voyage dans le passé était resté inédit en français.
Placé sous le signe du “Colloque sentimental” de Verlaine, Le voyage dans le passé est une histoire d’amour, une variation autour des motifs empruntés au Rouge et le Noir et à L’Éducation sentimentale, où les thèmes chers à l’écrivain autrichien s’achoppent à cette liberté détenue par les conventions sociales.
Louis, jeune homme qui se bat pour s’affranchir de la misère, est engagé comme secrétaire particulier dans une famille de la haute bourgeoisie. C’est au moment où son employeur lui offre de partir au Mexique pour gérer ses affaires, et gagner par voie de conséquence une importante promotion, qu’il prend conscience de ses sentiments. En effet, Louis s’est follement épris et comprend devant le portrait de l’épouse de son employeur toute l’attirance qu’il éprouve pour cette femme.
Autour de ce départ imprévu s’enclenche une dynamique affective qui saisit chaque personnage et conduit l’épouse à confesser son amour. Les derniers jours de la présence de Louis dans la famille se font tourmentés, voluptueux, et le refus de l’acte sexuel nous renvoie une nouvelle fois vers Flaubert où la fusion différée des corps prolonge le désir à travers le temps.
« Je n’avais pas le droit de le faire ici, pas dans ma maison, dans la sienne. Mais, lorsque tu reviendras, quand tu le voudras. »
La promesse de la communion des corps se perpétue, se sublime à travers une correspondance passionnée. Mais la Première Guerre mondiale éclate, et le monde d’hier s’effondre pour les deux amants. Neuf années s’écouleront avant que Louis ne puisse la revoir, neuf années à camoufler sa passion sous des pis-aller amoureux…
Les personnages des nouvelles de Zweig sont souvent pris au piège de leurs sentiments et d’une histoire contemporaine qui les dépasse. Car la violence de leurs émotions se heurte aux principes moraux qui régissent encore cette Europe qui n’a de cesse de faire la guerre. Le voyage dans le passé ne déroge pas à la règle, la femme aimée, sorte de Mme Arnoux, qui ne porte pas de nom dans le récit, souffre de sa situation et se refuse pourtant à vivre ses désirs craignant de rompre l’équilibre social. Zweig tisse les liens amoureux avec brio et réussit malgré des événements prévisibles à conduire le lecteur au cœur de la dualité intérieure en se focalisant plus particulièrement sur Louis. En maître de la nouvelle psychologique, l’écrivain autrichien noue et dénoue les fils de son récit en jouant avec les ellipses narratives pour laisser planer une tension dramatique.
La scène du voyage en train vers Heidelberg est d’une étonnante réussite formelle et allégorique. Car la persistance des sentiments conduit les deux personnages à passer au-delà du temps pour consacrer leur amour dans un irrémédiable refoulement. Portés par une commune passion et leur refus du Carpe diem, Louis et la femme aimée se transmuent en ombres chancelantes et laissent l’histoire se perpétuer dans le rejet du bonheur et la montée du nationalisme.
Sur Zweig, la liste proposée n’est pas exhaustive compte tenu de l’immense production de l’écrivain :
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Laurent, Je viens juste de vérifier sur Amazon. Stefan Zweig est traduit en anglais, et je (...)
30/11 19:37 - AnnieMais avez-vous réussi à conquérir le coeur de votre belle famille anglaise avec Stefan Zweig ? (...)
28/11 00:02 - Laurent Monserrat@ Laurent, Merci de m’avoir répondu. J’ai fait court dans ma réponse parce que (...)
27/11 19:08 - AnnieBonsoir, J’avoue que je ne suis pas un immense fan de 24 heures de la vie d’une (...)
27/11 18:43 - Laurent MonserratMerci pour le lien vers cet extraordinaire réalisateur qu’est Murnau. Effectivement la (...)
27/11 18:40 - Laurent MonserratEtrange que vous ne citiez pas 24 heures dans la vie d’une femme.
27/11 14:54 - Annie
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