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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le « vrai » cinéma est « ailleurs », au 24e Festival international du (...)

Le « vrai » cinéma est « ailleurs », au 24e Festival international du premier film d’Annonay : compte-rendu

  • medium_fest2007_large.3.jpgAlors qu’un film monopolise la sphère médiatique, la Môme d’Olivier Dahan (mais est-ce nécessaire de le citer ?), à Annonay vient de s’achever la 24e édition du Festival international du 1er film où j’étais membre du jury. Probablement n’avez-vous pas entendu parler de ce festival, et c’est bien dommage. C’est bien dommage parce que sous nos yeux de cinéphiles à la curiosité et l’enthousiasme insatiables ont émergé des cinéastes, des vrais qui, contre vents et marées, se battent pour faire entendre leur voix, évidemment moins résonante, mais non moins percutante, que celle d’Edith Piaf. Là-bas, dans le silence. Loin du vacarme médiatique.
  • Avant de vous conter ces quatre magnifiques journées, revenons donc en quelques mots, quelques mots seulement (tant, trop d’encre ayant déjà coulé sur ce sujet), sur ce film (presque ?) unanimement annoncé comme un chef-d’œuvre. Mardi soir avait lieu la dernière avant-première de La Môme à l’UGC Ciné Cité les Halles, présentée par l’équipe du film, visiblement harassée à tel point qu’Olivier Dahan n’a pas daigné adresser un seul mot au public si ce n’est pour préciser qu’il était trop fatigué pour le faire. Puis 2H20 de cris, de medium_mome.JPGlarmes, de colère, d’un visage ravagé. 2H20 harassantes. Le spectateur est pris en otage : il faut qu’il pleure, qu’il compatisse. Les affres de la création,de la drogue et de l’alcool, et de la maladie et de la mort, de sa grande passion et de son visage attendrissant d’enfant mal aimée, et un coucher de soleil... mais que vient-il donc faire là celui-là ? Ah ! oui : cristalliser l’émotion à tout prix. Et la musique évidemment. Alors, certes, la musique d’Edith Piaf, sublime complainte mélancolique, apporte force, intensité, lyrisme, flamboyance à ce biopic. Forcément. Alors, certes, les construction, déconstruction, reconstruction, traduisent les souvenirs forcément parcellaires de Piaf à la fin de sa vie. Le montage, donc très habile, vous emporte dans son tourbillon vertigineux sans vous laisser le temps de respirer et surtout de penser. Alors, certes, il y a ce sublime et déchirant plan séquence de six minutes lorsqu’Edith apprend la mort de Marcel. Certes, Marion Cotillard imite les gestes, fait du play-back à la perfection, se donne sans compter (quoique je me suis demandée si Edith Piaf avait vraiment la voix d’ET quand elle parlait ?), de même que Clotilde Courau, également magnifique (dommage qu’elle ne tourne pas davantage). Certes, enfin, c’est une medium_piafbis.JPGsplendide bande-annonce pour tous les produits dérivés estampillés Piaf déjà dans les rayons avant la sortie du film. Mais est-ce cela vraiment le cinéma ? Qu’on nous dicte nos choix, qu’on nous prenne par la main, qu’on nous assiste ? J’aime la liberté d’aimer ou de ne pas aimer. De laisser mon imagination vagabonder. Là, nous n’en avons ni le temps ni l’opportunité. Aller à l’essentiel (mais ne peut-il être aussi dans le superflu ?). Pas de place pour le silence. La musique est omniprésente. Les images sont hypnotiques. La caméra nous emprisonne. Trop de larmes et d’émotions tuent l’émotion, la mienne en tout cas, pourtant toujours si prompte à se manifester. Il est rare que sur mon blog ou ce site, je fasse part de mon mécontentement, préférant laisser cela à d’autres et partager mon enthousiasme, mais je reste perplexe devant l’unanimisme suscité par ce film et j’aimerais comprendre... alors que tant d’autres films, eux magnifiques (La vie des autres par exemple, premier film extrêmement maîtrisé dont je vous reparle bientôt), sortent dans une quasi-indifférence. Je me demande si l’esprit critique, vraiment libre, existe encore ! Alors quoi ? La crainte de critiquer un monument comme Edith Piaf ? Mais ne pas aimer son biopic n’empêche pas de savourer sa musique et de reconnaître son incontestable talent (ce qui est mon cas). L’impact des chaînes de télévision ? Le consensualisme ? Une société impatiente, consumériste qui ne prend plus le temps. D’analyser. De la distance. De se laisser prendre par une émotion subreptice et non tapageuse.

medium_train.JPGJe l’ignore mais je préfère laisser la question en suspens pour évoquer un autre film, celui, empreint d’une indéfinissable magie, que j’ai vécu pendant ces quatre jours à Annonay. Cannes, Deauville, Cognac, Dinard, Paris, Cabourg... peu importe le lieu, chaque festival est une expérience unique. Une savoureuse irréalité. Je l’avoue, pourtant : à quelques heures du départ, je me demandais ce que j’allais fabriquer dans ce village de l’Ardèche, là où a été tourné L’homme du train et là où il n’y pas de gare ; un village connu des seuls initiés en montgolfière et des cinéphiles plus qu’avertis. C’était oublier que je n’étais pas la seule protagoniste de l’histoire. C’était oublier que huit autres cinéphiles avaient emprunté la même route serpentée pour faire partie de ce jury et arriver à Annonay. Enivrante angoisse de l’inconnu. Elle est là aussi la magie du cinéma : réunir des inconnus autour d’une même dévorante passion, les débarrasser de tout préjugé, et leur donner l’impression de se connaître depuis toujours, le sentiment partagé de rencontres uniques et marquantes, l’envie de continuer ces débats aussi exaltés qu’exaltants. Un moment hors du temps, à la fois si réel et vivant, irréel aussi.

medium_crime2.2.JPGPuis, vient l’heure du film d’ouverture au cinéma Les Nacelles, déjà une invitation à l’envol, au voyage vers un ailleurs rêvé. La première projection était celle du président de notre jury, Manuel Pradal, son troisième long métrage aussi, Un crime déjà présenté en avant-première au dernier Festival du cinéma américain de Deauville à l’occasion duquel je vous l’avais d’ailleurs déjà recommandé, une histoire coécrite par Manuel Pradal et Tonino Benacquista. Un homme, Vincent, (Norman Reedus) a perdu le goût de la vie depuis l’assassinat de sa femme. Sa voisine, de sa « fenêtre sur cour », Alice (Emmanuelle Béart), est persuadée qu’elle le rendrait heureux. Alors elle décide de fabriquer un coupable, un chauffeur de taxi new-yorkais (Harvey Keitel) pour qu’il se venge et tourne la page. Mais le coupable idéal n’existe pas...Le crime parfait non plus. Avant tout, ce film, noir indiscutablement, a une vraie « gueule d’atmosphère. » C’est là aussi son principal intérêt, les rebondissements, pourtant parfois abracadabrantesques étant finalement secondaires, favorisent la linéarité du récit et ne nuisent nullement à la jubilation que procure ce film, une jubilation avant tout suscitée par la confrontation judicieuse entre Emmanuelle Béart (femme fatale, impressionnante de fragilité mais aussi de passion déterminée) et Harvey Keitel. Dès sa première apparition, derrière les barreaux d’une prison, indolente, mystérieuse, avec le regard sauvage d’un animal blessé, mais aussi, défiant et résolu, d’un fauve en cage, Emmanuelle Béart happe la caméra comme elle le fera avec sa proie, et elle ne la et ne nous lâchera plus jusqu’à la dernière seconde. Un crime est donc plus et avant tout un film de personnages, trois personnages prêts à tout par amour. A tout oublier. A tout accepter. A se perdre. A dériver. A tomber dans un gouffre dont Brooklyn est le sombre et non moins magnifique reflet : à la fois inquiétant et fascinant. L’histoire n’a alors plus vraiment d’importance. L’intérêt réside dans l’ambiguïté des sentiments et de ce face-à-face d’une âpreté ensorcelante, saisissant, sensuel, carnassier même, et dans cette atmosphère nocturne des rues sombres et menaçantes, des bars enfumés et énigmatiques de New York, cadre oppressant, rythmé par la musique discrète et non moins essentielle d’Ennio Morricone. Tel le boomerang, le passé revient toujours en pleine figure. Je n’en révèlerai pas plus. On se laisse volontiers embarquer dans ce New York fantomatique et mystérieux avec cette femme qui aime à la folie, faisant fi de toute morale et de toute raison. Avec cet homme trouble et troublant qui se laisse capturer. Ils jouent avec le feu, consumés par une passion destructrice. A l’image du spectacle de danse et de feu qui a lieu dans le bar où se rencontrent Alice et le chauffeur de taxi, c’est un film incandescent et brûlant, un conte (« Alice » au pays des merveilles obscures) d’une noirceur romantique qui réfute toute tiédeur et ne pourra vous laisser de glace !

Si Annonay a chaque année un thème pour leitmotiv, cette année le road movie, le véritable temps fort de ce festival, est la compétition de premiers films n’ayant pas encore de distributeur, la raison de notre présence, nous l’aurions presque oublié. Je précise que cet avis n’engage que moi et pas les autres membres du jury et ne remet aucunement en cause le palmarès et nos longues et palpitantes heures de délibération.

medium_vie_ailleurs.JPGCeci étant, je tiens à vous parler d’abord et avant tout d’un film à l’image de ces quatre jours, intitulé La Vraie Vie est ailleurs, un film suisse réalisé par Frédéric Choffat.

Gare de Genève. Une femme va à Marseille donner une conférence. Un homme court à Berlin découvrir son enfant. Une jeune femme part vivre à Naples. Et quand l’autre s’invite sur le siège d’en face, une réalité nouvelle peut surgir. Trois rencontres, trois histoires de vie qui basculent sur un quai de gare.

Qui n’a pas une anecdote dans un train ou une gare ? Quel lieu plus propice au surgissement de l’imprévu, de l’inconnu, du singulier dans une existence que celui de tous ces destins qui se frôlent, de toutes ces vies entre parenthèses, de tous ces regards qui se croisent, s’esquissent ou s’esquivent furtivement ? Peu importe le lieu. Seul ce qui s’y déroule compte. Cela peut se dérouler à Annonay où neuf routes se rejoignent le temps d’un festival. Cela peut avoir lieu dans un train ou une gare. Dans tous les cas, les préjugés et les catégorisations volent en éclats. L’anecdotique aussi. L’instant est à la fois banal et crucial et la poésie parce qu’inattendue est sublimée par cette quotidienneté. Ces personnages sont tous entre deux moments, entre deux pays, en route vers un ailleurs redouté ou idéalisé. Ils n’ont pas de nom, pas de prénom. Leur histoire est singulière et universelle. Leurs solitudes se rencontrent et la même altérité débarque dans leurs habitudes. La vraie vie n’est pas ailleurs, même s’ils le croient (ne le croit, craint-on pas toujours ?), mais bel et bien là sous nos yeux. Capturer ce reflet-là relève d’un talent incontestable. Grâce au regard d’une acuité sidérante du réalisateur. Grâce au jeu impeccable, aux accents de vérité époustouflants et à l’improvisation des acteurs, à l’image de ce long plan où, sur une musique italienne, la jeune femme passe de la tristesse à la joie du retour, à la nostalgie, aux regrets, à la réalité étouffante. Grâce au montage qui permet que chaque histoire se fasse subtilement écho. Grâce à l’attention portée aux gestes et aux regards qui semblent vibrer, exister, surgir sous nos yeux. Grâce à cette tension contenue où s’entrelacent rage et désir. De et contre l’autre. D’exister et contre l’existence. Grâce à cette maladresse d’inconnus si proches et si lointains, qui paraît si réelle. La brièveté renforce l’intensité de leurs relations. Ils ne maquillent plus leurs émotions. C’est la vie sans fards. Parfois quelques heures, une seconde suffisent pour faire basculer une existence, ici une nuit blanche peut permettre de l’appréhender différemment. C’est une formidable bouffée d’oxygène, un huis clos haletant, bouleversant, dont on ressort, comme après ce festival, avec l’envie de saisir chaque seconde, de ne jamais oublier que comme le dit Molière (Romain Duris) dans le film éponyme de Laurent Tirard « rien n’est impossible ». Si Laurent Tirard le fait dire, Frédéric Joffat le montre dans chaque seconde du film. Cette fiction a la force incomparable d’un documentaire sur la vraie vie et l’intensité poétique de la beauté éphémère qui surgit de l’inattendu et de l’inconnu. A l’image de ces quatre jours. C’est dans La Vraie Vie est ailleurs que vous trouverez les résonances de l’existence, plus présente et prégnante que jamais.

Deux autres films radicalement différents mais non moins intéressants ont émergé de cette compétition dont le niveau était d’ailleurs étonnamment élevé pour des premiers films n’ayant pas de distributeurs. C’est tout d’abord La Part animale, le film français de Sébastien Jaudeau qui a obtenu le prix spécial du jury, une adaptation du roman d’Yves Bichet. Etienne vient d’être embauché comme ouvrier dans une exploitation avicole moderne. Il est en charge de la reproduction des dindons. Peu à peu, au contact des bêtes, le regard qu’il porte sur l’humanité évolue.La Part animale est une œuvre. Avec tout ce que cela peut impliquer. De radicalité. De point de vue. D’étrangeté. D’audace. Elle décontenance et malgré et à cause de cela force notre admiration. Le thème de l’animalité s’insinue dans le moindre fragment du film (jusqu’à l’excès : plans de sangliers, excès de références, notamment picturales, comme L’Origine du monde de Courbet qui lui font frôler le didactisme et toujours en éviter l’écueil), se reflète dans le jeu des comédiens, dans leurs excès et leurs dérives. Tel le Rhinocéros de Ionesco, le dindon s’immisce partout. L’animalité s’empare des comportements et les travestit, déteint sur l’existence et en fait ressortir la noirceur inavouable. En filigrane, un discours intéressant sur l’aliénation du travail, sur les effets pervers de la technique qui, si on n’y adhère pas forcément, n’en demeure pas moins intelligemment mise en scène malgré sa démonstration ostentatoire et revendicatrice. Une réalisation et un montage très maîtrisés, la photographie de Pierre Cottereau, des images qui vous hantent longtemps après la dernière minute du film contribuent à faire de cette part animale un film salutairement dérangeant. Pour ceux qui ne craignent pas de ne plus jamais voir les dindons et les petits pains de la même manière et de faire surgir la part animale qui est en eux. A noter : Niels Arestrup, parfait en patron bourru et inquiétant, de même que Sava Lolov en employé effacé qui se laisse peu à peu envahir et submerger par sa part animale.

medium_mouth.JPG Un autre film coup de poing a marqué ce festival au point de recevoir le prix de la meilleure musique, le prix des Lycéens et le grand prix du Jury. Il s’agit de Mouth to Mouth, le premier long métrage de la britannique Alison Murray, qui n’est d’ailleurs pas sans présenter quelques points communs avec La part animale, titre qui sied d’ailleurs très bien aussi à Mouth to Mouth. Sherry a 15 ans. A la recherche d’un mode de vie qui lui laisserait l’opportunité de rester elle-même, elle intègre le SPARK, groupe de jeunes voyageant dans toute l’Europe de technivals en petits boulots. S’apercevant rapidement du côté sectaire de cette communauté, Sherry va bientôt devoir lutter pour se protéger et protéger ceux qu’elle aime. Mouth to Mouth est de ces films rares, à l’image de Little Miss Sunshine, qui s’empare des clichés pour mieux s’en affranchir et vous emporter. Mouth to Mouth est aussi de ceux-là. Se présentant d’emblée comme un énième film sur le mal-être et les dérives adolescentes à l’aspect « clipesque », Mouth to Mouth nous surprend ensuite habilement en nous emmenant sur un autre terrain, celui concentrationnaire des sectes par lequel elle se trouve fascinée, puis enfermée. D’aliénation il est donc aussi ici question. La force du film est celle de la relation fébrile entre Sherry et sa mère et de l’aveuglement de l’une qui éclairera l’autre, pas forcément celle que l’on aurait pu croire. Avant cela, il aura fallu passer par des scènes initiatiques d’une force inouïe. Ellen Page qui incarne Sherry et qui avait déjà marqué le dernier Festival du cinéma américain de Deauville par son incroyable performance dans Hard Candy, est ici remarquable, à l’image de la majorité des acteurs de ce film. La mise en scène chorégraphiée permet d’alterner moments d’âpreté et de poésie. Un « bouche à bouche » électrisant dont vous ressortez avec l’impression d’avoir effectué un voyage au bout de l’enfer, qui vous bouscule et vous éclaire.

Les cinq autres films en compétition nous ont emmené aux quatre coins du monde, avec des thèmes (la paternité, la maternité, le deuil) et musiques (Alléluia) et victimes (nos « amis » les bêtes) récurrents malgré une compétition dont l’éclectisme est à souligner.

Elle nous a donc conduits au Québec avec Luc Picard, le réalisateur et acteur de L’audition. Agent de recouvrement aux méthodes musclées, Louis rêve, depuis sa tendre enfance, d’être acteur. Grâce à une cousine, il est invité à passer une audition dans laquelle il jouera un père léguant un dernier message à son fils. Luc Picard est un comédien renommé au Canada qui passe ici à la réalisation. Malgré un prégénérique poétique, onirique et prometteur, malgré une réflexion intéressante sur le métier de comédien et la paternité le film s’enfonce malheureusement dans des clichés qui atteignent leur paroxysme au dénouement d’une prévisibilité déconcertante, abusant des ralentis, d’Alléluia et de l’hémoglobine. Dommage, cette audition n’était pas dénuée de (trop) bonnes intentions.

Avec Look both ways de Sarah Watt, nous prenons la route de l’Australie. C’est le week-end le plus chaud de l’été et un récent tragique accident de train est dans les esprits de tous. Avec cette nouvelle en trame de fond, sept personnes tentent de gérer des évènements inattendus. Ce film choral fait s’entrecroiser les routes de personnages tous confrontés à la mort d’une manière ou d’une autre. Malgré des dialogues parfois percutants, le brassage d’un trop grand nombre de hasards et coïncidences et de thèmes (la vie, la mort, l’amour) finit par nuire à l’ensemble et le happy end sirupeux décrédibilise le propos qui n’était pourtant pas inintéressant, d’autant plus que les images d’animation permettaient d’instiller une distance avec leur sujet, et de leur donner d’autant plus de force. Dommage que l’idée n’ait finalement été qu’esquissée.

Après la chaleur de l’Australie, c’est le vent glacial de la Norvège qui nous conduit à l’étape suivante, celle de Kissed by winter, le polar intimiste de Sara Johnsen. Victoria entame une nouvelle vie comme médecin dans un village de Norvège. Elle se plonge dans son travail pour éviter que ses souvenirs ne viennent la hanter. Un matin d’hiver, le corps d’un jeune homme est retrouvé dans la neige. La question est presque insoluble : comment se remettre de la mort d’un enfant ? Comment, si c’est possible, résoudre son sentiment de culpabilité ? Résolu par un pardon simpliste et soudain (le syndrome Red road et Little children ?) ce thriller psychologique dans une atmosphère glaciale aurait pu être une réflexion intéressante sur la culpabilité et le deuil. Sa construction à rebours, certes sans grande originalité, qui s’achève par un plan paroxystique longuement annoncé, sur la musique de Jeff Buckley (Alleluia bis), et le jeu convaincant et convaincu de Annika Hallin valent néanmoins la peine de faire le détour pour arpenter les paysages enneigées de cet hiver paralysant.

Pour se remettre de cette glaciale étape, rien de mieux que le chemin de l’Argentine avec le film de Gabriel Lichtmann, Judios en el espacio. Le jour de la fête de la Pâque juive, Santiago retrouve Luciana sa cousine et amour d’enfance qu’il n’a pas revue depuis 15 ans. En effet, toute la famille est de nouveau réunie au chevet du grand-père qui vient de rater sa tentative du suicide. Judios en el espacio est une chronique familiale qui alterne, sans jamais vraiment savoir choisir ou l’atteindre, entre nostalgie et causticité. Si ce film attendrissant nous arrache quelques sourires, son charme ne suffit pas à nous faire passer tout ennui.

Enfin, c’est en Italie que s’est achevé le périple de la compétition, avec Il vento fa il suo giro de Giorgio Diritti. Suite à la construction d’une centrale nucléaire à côté de chez lui, Philippe, un berger français, décide de partir vivre avec sa famille dans un petit village des Alpes italiennes. Malgré un discours et des intentions louables, la dénonciation de l’esprit de communautarisme déchaîné par un nouvel arrivant, différent et donc perçu comme menaçant, et un discours sur la liberté de choix non dénué d’intérêt, le mélange de fiction et de documentaire entre lesquels le réalisateur ne se décide pas à choisir nuit finalement à ses intentions, de même qu’un excès de ralenti et le jeu approximatif de certains acteurs.

medium_ping.JPGC’est un film allemand, Ping Pong de Matthias Luthard qui a clôturé le festival. Marqué par le récent suicide de son père, Paul, seize ans, s’enfuit de la maison et débarque à l’improviste chez son oncle et sa tante, une famille d’apparence parfaite. L’oncle est cadre supérieur au caractère effacé, la tante est femme au foyer autoritaire, leur fils prépare une audition de piano pour l’entrée au conservatoire de Leipzig. Paul leur demande l’hébergement le temps des vacances et la famille l’accueille sans trop de problèmes. D’abord intrus, Paul devient peu à peu arbitre puis élément perturbateur. Récompensé par le prix SACD de lasemaine de la critique du Festival de Cannes 2006, ce ping pong là est aussi ludique qu’audacieux, voire dérangeant. La mélodie de cette chronique familiale acerbe est parcourue de notes volontairement dissonantes, dont le chien qui répond au doux nom de Schumann est un des dièses. Ping pong est un huis clos cruel à l’humour cynique, même sinistre, qui malgré une fin attendue (mais est-ce là l’essentiel ?) instaure une tension latente et constante notamment grâce à une mise en scène aussi aseptisée que la trompeuse apparence des protagonistes de cette impitoyable partie.

medium_palmares.JPG

Palmarès

Grand Prix du Jury, Prix de la Ville d’Annonay

Mouth to Mouth d’Alison Murray (Royaume-Uni)

Prix Spécial du Jury

La Part Animale de Sébastien Jaudeau (France)

Prix du Public

L’Audition de Luc Picard (Québec)

Prix des Lycéens

Mouth to Mouth d’Alison Murray (Royaume-Uni)

Prix de la Meilleure Musique de film

Mouth to Mouth d’Alison Murray (Royaume-Uni)

LIEN

Le site officiel du 24ème Festival International du Premier Film d’Annonay


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8 réactions à cet article    


  • 3p (---.---.102.41) 18 février 2007 10:45

    En effet pas la peine de citer une fois de plus le film d’Olivier Dahan. Il aurait fallu habiter dans une grotte pendant les 3 dernières semaines pour ignorer la sortie de ce film. Les « Bronzés 3 » sont battus en terme de matraquage radio, télé et presse. Ecoeurant.

    J’ai entendu la bonne critique du film « Ping-pong » au « masque et la plume ». Il est à craindre qu’il ne soit jamais distribué dans nos salles françaises.


    • LaBaste (---.---.25.141) 18 février 2007 19:46

      Alors comme ça un film surmédiatisé ne peut être de votre goût...

      La liberté d’esprit et de critique que vous chérissez ne passe-t-elle pas aussi par une vrai indépendance d’esprit même si ca veut dire apprécier ce que tout le monde aime déjà ?

      Prisonnier d’un complexe incompréhensible le français érudit se refuse à apprécier l’oeuvre populaire....Mais alors en son temps vous auriez détester Molière, refuser de voir les toiles de michelange et bannis zola parce qu’ils étaient populaires et omniprésents...

      Oui la culture est aussi populaire et non pas seulement élitiste...heureusement, car dans la culture j’aime l’idée de partager un moment et un sentiment commun avec ceux qui m’entourent, car pour la culture est avant tout celle d’une COMMUNauté


      • Sandra.M Sandra.M 18 février 2007 20:18

        @ 3p : Il me semblait que « Ping pong » était sorti fin janvier...

        @La Baste : Je croyais pourtant avoir bien expliqué les raisons de ma critique d’ailleurs argumentée et en aucun cas gratuite (je suis la première à condamner ce genre de critique), et ce n’est surtout pas parce que ce film est surmédiatisé qu’il me déplait, ce serait une position de principe totalement ridicule et si vous parcourez mon blog vous constaterez que je défends autant le cinéma dit populaire (d’ailleurs je ne comprends pas cette distinction, pour moi il y a du cinéma, point) qu’un cinéma plus confidentiel ! Mais sous prétexte qu’un film est surmédiatisé (et vous ne pouvez nier que celui-ci l’a été !) je ne vais pas en faire l’éloge et mentir sur ce que je pense pour aller dans le sens du plus grand nombre, si je l’ai trouvé plus que moyen , ce qui est le cas en l’espèce, et non parce qu’il est populaire (ce n’est en effet pas un défaut, ni une qualité d’ailleurs). Il serait d’ailleurs plus constructif que vous m disiez les raisons pour lesquelles vous avez aimé ce film puisque je ne doute pas que vous l’avez vu et aimé vue la virulence avec laquelle vous le défendez.


      • didier (---.---.98.92) 18 février 2007 23:37

        Monsieur

        Vous avez cité le mot-clé : surmédiatisé. C’est cette démesure publicitaire qui écoeure ceux qui aiment le cinéma, car nous préférons que dix espaces publicitaires nous présentent dix films différents que dix fois le même film ( le budget pub moyen d’un film a été multiplié par 7 en dix ans ). C’est la dictature des grands diffuseurs ( distributeurs et télévision ) qui martyrise cet art populaire qui, puisqu’il est le seul à avoir encore ce statut, mérite notre plus grand respect.

        Les dernières surmédiatisations concernent les bronzés 3 et Arthur et les trucmuches... Oserez-vous les comparer à des pièces de Molière ? La nuance est de taille : le succès populaire ne fait pas l’art populaire, car la donne est radicalement faussé. Un seul exemple : la sortie de film dans 1000 salles est un phénomène très récent, qui a débuté avec le magnifique Astérix de G.Oury. Allez-vous voir un film distribué dans 5 salles à 50 kilomètres de chez vous et qui a eu une couverture médiatique quasi-nulle ? Je vous rappelle qu’à l’époque de Molière, le théâtre était itinérant, et allait à la rencontre du public.

        Pour conclure, car il se fait tard, je pense que vous avez tort de considérer qu’un film réalisé par un véritable cinéaste ( c’est-à-dire un artiste ) n’est pas par nature populaire ( les exemples ne manquent pas dans l’histoire du cinéma ). Un art populaire n’est pas un art de masse, mais un art qui peut toucher toutes personnes, quelles que soient sa condition. Quand un paysan illétré allait voir une pièce de Molière, il vivait en plus grand. Demandez aux spectateurs des Bronzés si ce fut le cas ?


      • didier (---.---.98.92) 18 février 2007 23:56

        Merci de parler de cet autre cinéma qui a tant de mal à être distribué et toléré, car malheureusement, dès que l’on se montre exigeant, dès que l’on ose combattre cette culture de masse qui broie la culture à coup de masse, on est mis au pilori ( ah la snob ). Alors considérez l’absence de réactions venimeuses à votre égard comme le signe d’un affadissement de votre goût pour la beauté cinématographique, et faites-vous beaucoup d’ennemis, c’est bon signe.


      • Pierre (---.---.236.158) 19 février 2007 20:56

        Non, le film La vie des Autres n’est pas sorti dans un quasi-indifférence. La critique est presque unanime de Paris Match aux Inrocks : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=111643.html

        Dans sa 2ème semaine d’exploitation, il a augmenté sa fréquentation d’environ 20%, de 135 000 à 164000 spectateurs.


        • Theothea.com Theothea.com 23 février 2007 01:23

          Coucou Sandra !... C’est quoi un biopic ?


          • Sandra.M Sandra.M 25 février 2007 18:15

            C’est un nouveau terme qui désigne les biographies cinématographiques comme « Ray » récemment. Je ne sais pas si c’est déjà dans le dictionnaire ?

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