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Les 10 chansons majeures des Beatles

De site Web en site Web, les avis pullulent. Il suffit de taper « 10 Beatles Songs » pour voir apparaître une véritable avalanche de résultats. Ayant écrit deux biographies des Beatles, je me suis dit que je pouvais à mon tour proposer mon classement, étayé et argumenté, des 10 chansons essentiels du groupe qui a probablement marqué davantage la musique que tout autre.

Avouons-le : extraire 10 perles d’une telle forêt de pépites relève de l’exploit. Les Beatles, particulièrement en 1965 et 1969, commettent un quasi sans faute, que ce soit au niveau des singles comme des albums. Les chefs d’œuvres se succèdent, plus terrassants de beauté les uns que les autres. Les trouvailles pullulent, les arrangements sont très souvent inattendus, inventifs et élaborés. Quant aux mélodies, que dire, ce sont de telles merveilles que l’on reste bien souvent interdit. Autant dire que la tâche de sélection a été ultra rude. Lançons nous toutefois.
 
10ème. Come together
 
Par son incroyable modernité, cette chanson de Lennon qui ouvre l’album Abbey Road préfigure le rap. Il scande les mots plutôt qu’il ne les chante sur une rythmique chaloupée du meilleur effet. Lennon a d’ailleurs déclaré que de toutes les chansons qu’il a écrites, c’est l’une de celles qu’il préférait.
 
À l’origine, ce titre avait été composé à l’intention du libre-penseur Timothy Leary qui en 1969 a voulu se présenter au poste de gouverneur de l’État de Californie. Lennon et Yoko Ono avaient fait la connaissance de Leary à Montreal, lors de leur premier « bed-in » (action médiatique effectuée depuis le lit d’une chambre d’hôtel) en faveur de la paix. Une amitié s’était amorcée et Leary a demandé à Lennon s’il pourrait écrire une chanson qu’il pourrait utiliser pour sa campagne.
 
Le slogan de Timothy Leary « Come together, join the party » (Rassemblez-vous, rejoignez le parti) a inspiré Lennon qui a démarré l’écriture. Il a trouvé une autre source dans la chanson You can catch me de Chuck Berry à qui il a emprunté le premier vers : « here comes old flat top ». Lennon planche sur un thème pour Leary, mais ne parvient pas à écrire le thème désiré : « J’ai essayé tant bien que mal, mais je n’arrivais pas à pondre quelque chose. Mais j’ai tout de même sorti Come together. »
 
Originellement, une démo de la chanson est enregistrée à l’intention de Timothy Leary, mais entre temps, le leader politique est jeté en prison pour possession de drogue. Par la suite, les Beatles au complet s’attellent à lui donner forme. Lennon dit aux autres Beatles, qu’il n’a pas prévu d’arrangement et qu’il voulait juste qu’ils mettent en place « quelque chose de funky, un beat ». Ils vont mettre en place une rythmique particulièrement efficace.
 
Come together va susciter deux situations de controverse. Lorsque Timothy Leary entend Come together, il proteste contre ce qu’il assimile comme un plagiat. Lennon répond qu’il n’est jamais qu’un tailleur, dont le client est tout bonnement parti et n’est jamais revenu : « Leary m’a attaqué quelques années plus tard, en disant que je la lui avait dérobée. Je ne la lui ai pas prise, c’est juste que c’est devenu Come together. » Par ailleurs, Morris Levy, qui gère les droits de Chuck Berry a voulu poursuivre Lennon en justice. Ils ont finalement trouvé un arrangement à l’amiable : à titre de compensation, John a enregistré deux chansons de Chuck Berry, Ya-ya sur l’album Walls and Bridges (1974) et Sweet little sixteen sur Rock’n’roll (1975).
 
9. Let it be
 
Sorte de testament, cette chanson qui clôt la carrière du groupe semble achever un cycle. Le groupe qui a durant de nombreuses années été marqué par les expérimentations de toutes sortes conclut son aventure en livrant cette chanson, d’une forme très classique. Elle n’en demeure pas moins d’une immense beauté, notamment par son accompagnement pianistique d’une grande richesse harmonique.
 
Let it be est demeuré l’une des chansons les plus populaires des Beatles, et l’une des plus souvent jouées sur les radios. Elle a été écrite vers la fin de l’année 1968 alors que McCartney traversait une période particulièrement difficile : George et Ringo menaçaient parfois de quitter le groupe, John était devenu inséparable de Yoko Ono. À cette époque, seul Paul tentait de ressouder le groupe.
 
Une nuit, alors qu’il traversait cette période tendue, Paul a vu en rêve sa mère, disparue alors qu’il avait quatorze ans. « C’était formidable de la voir parce que, la chose extraordinaire à propos des rêves, c’est que vous êtes vraiment réuni avec cette personne pour une seconde. Dans mon rêve, elle disait ‘cela va bien se passer’. Je ne suis pas sûr qu’elle ait utilisé les mots ‘Let it be’ (ainsi soit il) mais c’était l’essentiel de son conseil : ‘Ne t’en fais pas trop, cela va bien se terminer’. C’était un rêve particulièrement beau. »
 
Selon John, « Let it be » aurait été inspirée par « Bridge over Troubled Water »de Simon & Garfunkel, sur laquelle le duo américain était pareillement accompagné par un piano sur un thème recueilli. En réalité, la chose est fort improbable car McCartney a composé « Let it be » deux années avant la sortie de la chanson de Paul Simon.
 
8. Girl
 
« Girl » est un exemple parfait de la qualité des mélodies qu’a pu composer John Lennon lorsqu’il prenait à cœur la compétition d’écriture avec McCartney. À l’époque où est sorti l’album Rubber Soul (1966)dans lequel figure cette chanson, « Girl » était parfois considéré comme ce que Lennon avait alors composé mieux avec une autre chanson du même album « In my life ». Avant tout, son écriture a acquis une vraie maturité.
 
Dans « Girl », Lennon parle d’une fille de rêve qu’il aimerait un jour rencontrer — il a dit par la suite qu’il l’aurait trouvée en Yoko. Selon Paul, John voulait que l’on entende sa respiration pour renforcer le caractère intime et George Martin a donc utilisé un compresseur spécial. Paul a raconté qu’ils avaient inclus une facétie dans cette belle complainte : « Les Beach Boys avaient sorti une chanson où ils faisaient ‘la la la la’ et nous en aimions l’innocence. Nous voulions la copier sans utiliser les mêmes mots. Nous avons eu l’idée de ‘dit dit dit dit’ et puis, notre côté badin a pris le dessus et nous l’avons transformé en ‘tit tit tit tit’ (téton, téton…). Cela nous amusait bien. Si nous pouvions introduire un peu de subversion, alors nous le faisions volontiers. »
 
7. Yesterday
 
« Yesterday » marque un tournant dans la carrière des Fab Four. Du jour au lendemain, le statut du groupe change. Ils ne sont plus simplement un groupe de rock. Ils sont en mesure d’écrire des chefs d’œuvres mélodiques dignes des plus grands compositeurs.
 
Yesterday est une mélodie que Paul dit avoir entendue dans son sommeil alors qu’il se trouvait au domicile de sa compagne Jane Asher. Il s’est précipité sur le piano afin de noter cet air, incapable de définir s’il s’agissait d’une création ou d’une réminiscence : « Tout était là, une chanson complète, je n’arrivais pas à y croire. Elle était venue trop facilement et je n’étais pas sûr de l’avoir écrite. Je me disais que je l’avais déjà entendu auparavant et pendant plusieurs semaines, je la jouais à des gens, leur demandant s’ils connaissaient… »
 
Faute de trouver immédiatement un titre, il lui a d’abord donné le nom de « Scrambled Eggs »(œufs brouillés). Durant le tournage du film Help !, il n’a cessé de ressasser cette mélodie sur le piano installé dans le studio de Twickenham. Agacé d’entendre et réentendre Paul jouer cette chanson, le réalisateur Richard Lester a fini par menacer d’enlever le piano s’il persistait.
 
La chanson est enregistrée les 14 et 17 juin 1965, Paul s’accompagnant simplement à la guitare. Une fois n’est pas coutume, les autres Beatles ne voient absolument pas ce qu’ils pourraient ajouter à cette chanson que Paul chérit particulièrement. George Martin suggère d’ajouter un quatuor à cordes pour souligner sa prestation. McCartney souhaiterait même que son nom apparaisse seul sur la pochette du disque comme auteur et compositeur, mais Brian Epstein refuse la faveur, estimant qu’il faut préserver la force du duo.
 
Yesterday sort sous la forme d’un 45 tours aux USA durant l’été 1965 et se classe en première position — il ne sera pas publié sous cette forme en Angleterre afin de préserver l’image des Beatles en tant que groupe. La chanson va devenir la plus diffusée sur les radios américaines durant les huit années suivantes.
 
Dès mars 1967, il s’avère que Yesterday est devenue la chanson la plus reprise par d’autres artistes — 446 à l’époque. Le phénomène s’est poursuivi au cours des années suivantes et l’on comptabilise aujourd’hui plus de deux mille reprises par d’autres artistes tels que Ray Charles, Franck Sinatra, Count Basie, Marvin Gaye, Sarah Vaughan, Elvis Presley, Oscar Peterson, Wes Montgomery… 
 
« Les hits sont souvent les chansons dont vous pensiez qu’elles n’auraient pas fait des hits comme Yesterday ou Mull of Kintyre… Je ne voulais pas les sortir, » a commenté Paul.
 
6. While my guitar gently weeps
 
L’un des moments forts de l’Album Blanc (1968), « While my guitar gently weeps » marque l’émancipation de George Harrison. Longtemps obnubilé par la musique indienne, il est revenu à une forme d’écriture occidentale et révèle un talent de mélodiste inattendu. Qui plus est, le guitariste solo qui a longtemps semblé comme écrasé par le talent du tandem Lennon – McCartney s’impose soudain comme un auteur compositeur avec lequel il faut compter.
 
« While my guitar gently weeps » est né d’une idée de George qui a voulu écrire une chanson en utilisant un concept chinois, consistant à choisir des mots au hasard dans un roman.
 
« J’avais une copie du I’Ching ou Livre des Changements et il m’a semblé qu’il était fondé sur le concept oriental comme quoi tout est relatif à tout, par opposition au point de vue occidental qui voudrait que les choses arrivent par coïncidence. J’ai donc décidé d’écrire une chanson fondée sur la première chose que je verrais en ouvrant un livre. »
 
Ce faisant, Harrison a tiré "gently weeps" (pleure gentiment). L’enregistrement démarre en juillet 1968 sans soulever d’intérêt particulier de John et Paul.
George demande alors à son ami Eric Clapton s’il veut bien jouer dessus. Ce dernier réalise alors un solo mémorable et la chanson prend forme avec panache. Au final, « While my guitar gently weeps » n’est pas loin d’être la meilleure chanson du White Album.
 
5. Michelle
 
« Michelle » est un bon exemple de la qualité d’écriture dont McCartney est capable dès lors qu’il s’aventure un peu au-delà du seul format « pop music » - dans lequel il s’est hélas le plus souvent cantonné. L’un des miracles de « Michelle » vient ce qu’un vendeur, dans un magasin de guitare, lui avait simplement montré comment former un bel accord de jazz. Et « Michelle » est en fait truffée d’accords sophistiqués dignes de compositeurs tels que Bacharach. La chanson fait même regretter que McCartney n’ait pas décidé par la suite d’étudier l’harmonie et d’élargir son bagage musical. Il aurait sans douté créé des chansons plus intéressantes encore dans sa carrière solo.
 
C’est en étudiant un morceau à la guitare « picking » de Chet Atkins, quelques années plus tôt, que Paul a trouvé la mélodie : « Il avait fait cette chanson avec une ligne répétitive dans les aigus, et il jouait une ligne de basse en même temps qu’une mélodie. En me basant sur ce morceau de Atkins, j’ai voulu écrire quelque chose qui ait une mélodie et une ligne de basse en même temps, alors je l’ai fait. C’était juste un instrumental en Do. » À cette époque, Paul et John se rendaient régulièrement chez un dénommé Austin Mitchell, un professeur de John aux Beaux Arts qui organisait de longues soirées. « Je me revois assis là-bas, dans un pull noir à col roulé, l’air énigmatique, en train de me donner un air un peu français, » a raconté Paul indiquant qu’ils étaient alors fascinés par le look existentialiste de Juliette Greco et la bohème. À cette époque, il lui arrivait de fredonner Michelle alors qu’il était assis sur un canapé, histoire de se faire passer pour un français ; « c’était un de mes numéros ». En 1965, alors qu’ils cherchaient des chansons pour Rubber Soul, John lui a dit « tu te souviens de ce truc français que tu faisais chez Mitchell ? ». Il a alors encouragé McCartney à exploiter cette mélodie.
 
La femme d’un ami de Paul, Ivan Vaughan enseignait le français et Paul lui a demandé un coup de main pour les paroles, demandant à Jan ce qui rimait bien avec Michelle. « Elle a répondu ‘ma belle’ et j’ai trouvé que cela collait bien pour une chanson d’amour. Ensuite j’ai demandé comment dire ‘words that go together well’, et elle a dit ‘sont des mots qui vont très bien ensemble’. » Jan l’a également aidé à effectuer la prononciation. Le fameux accord de jazz du refrain avait déjà été utilisé dans l’adaptation de Till there was you et avait été enseigné à Paul et George par un guitariste de la boutique où ils achetaient leurs instruments à Liverpool.
John a raconté que lui-même a ajouté la partie ‘I love you’ car il venait d’écouter une chanteuse de blues, Nina Simone. « Ma contribution aux chansons de Paul consistait toujours à leur ajouter un petit côté bluesy. Michelle est une ballade rectiligne, légère et optimiste. J’y introduisais la tristesse, les discordes, les notes bluesy. » Au milieu comme à la fin du morceau, Paul se lance dans une étonnante ligne de basse qui selon lui, était proche de Bizet.
 
Michelle est devenue l’une des chansons les plus diffusées de tous les temps à la radio — en 1998, elle avait déjà été jouée 4 millions de fois. Aux USA, selon un recensement des droits d’auteurs touchés aux USA par les société BMI et PRS en 1990, il apparaissait que Michelle était la troisième des chansons des Beatles les plus diffusées par les radios américaines, derrière « Yesterday » et « Something » et devant Hey Jude et Let it Be. En France, où la chanson est sorti en 45 tours — mais pas en Angleterre ni aux USA — la chanson a été leur plus grand succès, demeurant n°1 au hit-parade plusieurs mois durant. Il est vrai que les français ont pu être sensible aux vers « Michelle, ma belle, sont des mots qui vont très bien ensemble. » En Angleterre, le groupe les Overlanders s’est classé n°1 des singles en interprétant une reprise de Michelle le 27 janvier 1966. Avant tout, la chanson est un chef d’œuvre de mélodie et d’équilibre vocal avec dans le refrain, un intrigante harmonie jazz.
 
4. I am the walrus
 
Si Lennon a jamais commis un chef d’œuvre en matière d’écriture surréaliste, c’est probablement sur ce titre apparu en 1967 et qui a bénéficié d’une orchestration hors pair.
 
L’idée est partie d’une lettre reçue par John en août 1967 d’un élève expliquant qu’au Quarry Bank College, les chansons des Beatles faisaient l’objet d’études sous la supervision des professeurs. Selon Pete Shotton, un ami d’enfance, ils auraient « hurlé de rire » en découvrant cela. Lennon a alors l’idée d’écrire un texte dénué de toute signification afin que les littéraires puissent l’analyser sans fin et tenter d’y découvrir des sens cachés. L’idée du ‘walrus’ (le morse) est venue de la lecture de Alice aux Pays des Merveilles.
 
La chanson a été enregistrée le 5 septembre 1967. George Martin y a fait intervenir un grand nombre d’instruments classiques, des choristes et des bruitages. Un mois de travail a été nécessaire pour obtenir la version définitive. Curieusement, « I am the walrus » a été bannie des ondes de la BBC pour la simple raison que John avait employé le mot ‘knickers’ (petite culotte) dans la phrase ‘You’ve been a naughty girl, you let your knickers down’ (tu as été une vilaine fille, tu as baissé ta culotte). L’intéressé a exprimé sa stupeur devant une telle interdiction et faire remarquer que Shakespeare avait écrit des mots bien plus grivois que ceux là.
 
3. Strawberry fields forever
Le summum de la période expérimentale des Beatles est synthétisé dans cette chanson qui représente un véritable tour de force orchestral…
 
« Strawberry Fields Forever » qui figure sur la face B du single « Penny Lane » a été la première chanson enregistrée pour l’album Sgt Pepper’s — dans lequel elle devait initialement figurer. Au départ, John voulait évoquer le parc d’un foyer pour enfant où sa tante Mimi l’emmenait jouer. Progressivement, la chanson s’est transformé en une réflexion sur les états de conscience : ‘vivre est facile avec les yeux fermés, sans comprendre ce que vous voyez’, etc. À son propos, Lennon a expliqué qu’il avait toujours vu les choses ainsi, d’une façon hallucinée, surréaliste, y compris lorsqu’il était enfant.
 
Strawberry Fields Forever est enregistré une première fois le 24 novembre 1966, sous une forme basique, qui inclut toutefois une partie de Mellotron — un nouvel instrument utilisant des sons pré-enregistrés qui tournent en boucle sur des bandes magnétiques. Par la suite, une orchestration plus sophistiquée est opérée par George Martin, avec des parties de cordes et de cuivres.
 
Lennon qui aimait les deux versions demande alors à Martin s’il serait possible d’utiliser les deux dans la version finale de Strawberry Fields. Impossible répond l’intéressé, les deux versions n’ont pas été enregistrées à la même vitesse ! Lennon demande tout de même à Martin de réfléchir à une solution.
 
Martin et son ingénieur du son Geoff Emerick découvrent alors cet incroyable fait : il existe un demi-ton de différence entre la version lente et la version rapide. Si l’on accélère légèrement la première et si l’on ralentit la seconde, il devient donc possible d’accoler ces deux orchestrations. Il va en résulter un maillage sonore extraordinaire et l’une des chansons les plus abouties jamais réalisées par le groupe.
 
2. A Day in the life
 
En réalisant A Day in the Life, les Beatles émancipent la pop music et sonnent le départ de l’ère du « progressive rock » et des expérimentations en tous genre.
A Day in the Life, la pièce qui conclut l’album est composée de deux créations inachevées, l’une de John (au début et à la fin du morceau) et l’autre de Paul (le pont du milieu, juste après la sonnerie). La partie composée par Lennon est dûe à la lecture de deux fait divers dans le Daily Mail en janvier. Le premier conte la disparition de Tara Browne, riche héritier de la famille Guiness dans un accident de voiture. Selon les termes de John, c’était un ‘lucky man who made the grade’ (un veinard à qui tout avait réussi). Le second parle de 4000 trous (des nids-de-poules) dans les rues de Blackburn, Lancashire. Ces thèmes de départ servent de trame initiale. De son côté, Paul a l’idée du « I’d love to turn you » (j’aimerais te brancher, te faire décoller) qui pourrait favoriser une transition. Comme l’a raconté John : « j’avais l’essentiel de la chanson mais il me manquait un milieu et Paul me l’a apporté ».
 
Pour relier les parties de John et de Paul, le groupe enregistre une séquence de vingt-quatre mesures. Paul qui a écouté des œuvres modernes telles que celles de Stockhause a alors une idée brillante pour remplir cette transition : un crescendo orchestral. Quarante musiciens d’un orchestre classique sont réunis à Abbey Road le 10 février et George Martin leur assigne leur tâche : jouer toutes les notes de leurs instruments, en partant de la plus grave et en allant jusqu’à la plus aigu. Si les violonistes paraissent désemparés par une telle requête, les trompettistes la trouve à leur goût et font preuve d’audace.
 
Pour enregistrer une telle densité sonore, Martin et Emerick, qui travaillent sur un simple magnétophone 4 pistes de Studer, ont besoin d’un deuxième appareil. Le directeur technique des studios Abbey Road invente alors un système qui permet de synchroniser les deux magnétophones : un signal placé sur la piste d’un Studer pilote le deuxième appareil ; du jamais vu à l’époque.
 
Juste après le son du réveil, Paul évoque ses souvenirs de l’époque où il devait se dépêcher d’aller à l’école le matin, puis John reprend sa partie. John désire qu’au final la chanson « enfle pour exploser en un son d’apocalypse. » À cette fin, trois pianos sont mis à contribution pour jouer l’accord final et les techniciens vont progressivement monter le volume du magnétophone afin que la vibration s’étale le plus longtemps possible.
 
Nantie d’un arrangement aussi sophistiqué, « A Day in the Life » entre dans la légende, et au cours des années qui suivent son effet sera sensible sur de nombreuses productions. La transition orchestrale en forme de crescendo a contribué à briser les frontières entre le rock, le classique et la musique d’avant-garde. La qualité du texte de Lennon qui s’attarde sur ‘une journée dans la vie’ a également été pour beaucoup dans l’aura de « A Day in the Life » :
« Ce que nous voulions faire, » a commenté Paul, « c’était d’exalter en vous le désir de vérité »
 
1. Eleanor Rigby
 
Le bijou absolu des Beatles est là. Sous une forme pourtant étrangère au rock des débuts. McCartney et Lennon chantent sur un accompagnement constitué uniquement de cordes – sans aucune basse, batterie ou guitare. Le résultat relève de la magie pure.
 
 « Eleanor Rigby » décrit la morne existence solitaire d’une femme âgée. Paul vit dans la maison de sa fiancée Jane Asher lorsqu’il en a l’inspiration. La mère de Jane a demandé à un professeur de lui donner des cours de piano et Paul a pris l’habitude de jouer sur le clavier.
 
« J’étais assis au piano lorsque j’ai eu cette mélodie. Les premières mesures me sont venues et j’avais un nom dans la tête, Daisy Hawkins qui ramasse le riz dans une église (picks up the rice in a church). C’est tout ce qui m’est venu au départ. » Il élabore alors une mélodie dont il dira plus tard qu’elle possède « des accents indo-asiatiques. »
 
Au niveau du texte, Paul choisit d’orienter la chanson autour des thèmes des vieilles personnes isolées :
 
« J’en savais pas mal sur les personnes âgées. En tant que boyscout, j’allais souvent rendre visite aux pensionnaires de la maison de retraite, en guise de bonne action. Tous les auteurs sont soucieux de ces petits détails : les vieux qui ouvrent des boîtes pour chats et les mangent eux-mêmes, le désordre dans leur logement, le souci du ménage, les problèmes de telles personnes… »
 
Le nom « Father McCartney » vient ensuite à l’esprit de Paul et John trouve l’idée bonne. Mais Paul se montre réticent à l’employer : « Les gens auraient pensé qu’il s’agissait de mon père en train de repriser ses chaussettes, alors que mon père est un type heureux. J’ai donc pris l’annuaire et j’ai trouvé le nom McKenzie. »
 
Un jour, Paul McCartney se trouve à Bristol et il a alors le sentiment que Daisy Hawkins n’est pas un nom adéquat pour son héroïne. Comme il arpente la rue King Street en attendant que Jane Asher ait terminé sa prestation au Théâtre Royal, il aperçoit au n°22 une enseigne portant le nom Rigby & Evens...
 
« Je cherchais un nom qui sonne naturel. Le prénom Eleanor est venu de Eleanor Brown, l’actrice avec qui nous avions travaillé sur le film Help ! Eleanor Rigby sonnait naturel… »
 
Pour l’enregistrement, McCartney a demandé à George Martin d’écrire un arrangement à la Vivaldi, compositeur sur lequel son attention avait été attirée par sa compagne Jane Asher. 8 musiciens classiques interprètent la rythmique composée par George Martin le 28 avril 1966 au Studio 2 de Abbey Road.
 
Le single « Yellow Submarine / Eleanor Rigby » se place en première position du hit-parade britannique le 18 août 1966. Avant tout, il marque une révolution dans l’écriture musicale et donne des ailes aux compositeurs de tous poils.
 
Un jour, Paul McCartney se trouve à Bristol et il a alors le sentiment que Daisy Hawkins n’est pas un nom adéquat pour son héroïne. Comme il arpente la rue King Street en attendant que Jane Asher ait terminé sa prestation au Théâtre Royal, il aperçoit au n°22 une enseigne portant le nom Rigby & Evens...
 
« Je cherchais un nom qui sonne naturel. Le prénom Eleanor est venu de Eleanor Brown, l’actrice avec qui nous avions travaillé sur le film Help ! Eleanor Rigby sonnait naturel… »
 
Pour l’enregistrement, McCartney a demandé à George Martin d’écrire un arrangement à la Vivaldi, compositeur sur lequel son attention avait été attirée par sa compagne Jane Asher. 8 musiciens classiques interprètent la rythmique composée par George Martin le 28 avril 1966 au Studio 2 de Abbey Road.
 
Le single « Yellow Submarine / Eleanor Rigby » se place en première position du hit-parade britannique le 18 août 1966. Avant tout, il marque une révolution dans l’écriture musicale et donne des ailes aux compositeurs de tous poils.
 

Documents joints à cet article

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