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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Les amis du placard » se joueraient-ils des faux-amis ?

« Les amis du placard » se joueraient-ils des faux-amis ?

Romane Bohringer, Didier Bénureau, Gabor Rassov & Pierre Pradinas sur la même affiche, ce quartet a priori détonant nous tend le miroir de notre société consumériste, à travers la monstruosité marchande étendue jusqu’à la sphère de l’amitié.

Ayant fait le tour de tous les biens à vendre sur le marché et n’ayant réussi, en définitive, qu’à cultiver l’ennui généralisé, un couple lambda, bas de gamme sur le plan culturel, découvre l’opportunité d’acquérir, à prix favorablement concurrentiel, la présence à domicile d’un couple d’alter ego, disponible à satiété pour entretenir un commerce relationnel.

Obtenir les avantages et les profits que l’amitié offre habituellement sans avoir les inconvénients de devoir, en retour, être soi-même attentionné à autrui, tel est l’enjeu contractuel auprès du service de location de ce nouveau type.

La crise économique ayant asservi bon nombre des contemporains, ce revival d’ « On achève bien les chevaux » adapté au microcosme privé s’offre ainsi, en luxe ultime, à ceux dont le bon plaisir serait, apparemment, resté préservé.

Avec un argument aussi profanateur, Gabor Rassov l’auteur, lui-même de réputation iconoclaste, semble détenir une véritable pépite pour laquelle il n’ y aurait plus qu’à dérouler le tapis rouge vif.

Voilà Jacques et Odile choisissant sur catalogue, le couple idéal à leurs aspirations répertoriées selon un rapport qualité-prix évalué au mieux de leurs desiderata.

Voici donc acquis le couple rebaptisé, à leur convenance, Juliette et Guy qu’ils auront le loisir d’héberger dans un placard mural et de nourrir avec les restes de nourriture, selon leur bon vouloir.

Ce contexte savamment barbare ayant, ainsi, été brossé avec un humour, certes ravageur et efficace, le spectateur s’attend à ce que la pelote d’une compréhension au second degré, vis-à-vis de toutes les péripéties à venir, lui serve désormais autant de matière à défouloir qu’à réflexion.

Cependant il y a un « hic », car il semblerait, qu’après ce décollage foudroyant, la pièce lestée, peut-être par un sentiment diffus d’abjection non assumée, ne parvienne jamais à être mise en orbite suffisamment distanciée pour se positionner hors portée de complaisance avec l’obscénité morale.

D’où un malaise récurrent face à des anecdotes scabreuses de vie en commun qui s’accumulent en implosant successivement pour mieux immédiatement se neutraliser, dans la mauvaise conscience latente.

Bref, telle une kyrielle de pétards mouillés en guise de feu d’artifices au souffre, les amis de nos amis effectuent autour de ceux-là, la danse du scalp, sans jamais, oser véritablement s’affranchir des lois de la pesanteur.

Au demeurant, l’interprétation des quatre comédiens est en accord avec une réalisation sans vergogne et caricaturale, à juste titre, d’où Romane Bohringer tire brillamment son épingle du jeu, avec une composition excellente d’une petite bourge inculte, maniérée et frustrée.

Didier Bénureau est parfait dans son rôle de beauf arrogant.

Aliénor Marcadé-Sechan et Matthieu Rozé assurent leurs prestations de victimes consentantes avec une humilité pertinente.

Bref, une soirée où l’on rit jaune pour ne pas avoir à pleurer d’une vision apocalyptique des relations humaines qui y sont préfigurées.

photo © Claire Besse 

LES AMIS DU PLACARD - **.. Theothea.com - de Gabor Rassov - mise en scène : Pierre Pradinas - avec Romane Bohringer, Didier Bénureau, Aliénor Marcadé-Séchan & Matthieu Rozé - Pépinière Théâtre


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