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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Les Amoureux » de Carlo Goldoni transposés Sixties au Théâtre (...)

« Les Amoureux » de Carlo Goldoni transposés Sixties au Théâtre Déjazet

En 1759, Carlo Goldoni (1707-1793) a composé en quinze jours "les Amoureux", une comédie écrite en prose qu'un autre italien, venu de Rome pour l'occasion, Marco Pisano a mis en scène, en 2017, dans la splendide salle de l'atypique Théâtre Dejazet.

Cette pièce traite des fléaux redoutables que la passion entraîne sur des âmes sujettes à la jalousie, leurs transports ridicules, leurs querelles pour un oui ou un non, leurs réconciliations et leurs séparations sur le moindre soupçon d'infidélité.

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LES AMOUREUX
© Sandra Sanji

Eugenia aime follement Fulgenzio mais, poussée par une force obscure, elle s’ingénie à martyriser ce pauvre garçon. Elle le veut pour elle toute seule exclusivement. Capricieuse, elle semble jouer avec Fulgenzio comme avec un ours en peluche. Lui, en retour, prend la mouche, s’en va, prêt à rompre, mais revient sans cesse.

Même Flaminia, la sœur aînée de cette jalouse invétérée, avocate hors paire pour plaider en faveur des amants, ne parvient pas à les raisonner, d'autant plus que l'oncle Fabrizio, tuteur des deux filles, vieux farfelu qui oscille du coté de Pantalone, bourgeois milanais désargenté couvert de dettes, ne voit pas d'un bon oeil cette liaison et souhaite que sa nièce épouse le riche comte Roberto d’Otricoli.

Ce projet en perspective fait perdre la tête à notre jeune premier, lequel, hébergeant provisoirement sa belle-soeur, provoque l'ire de son amoureuse qui lui reproche d’être le chevalier servant de Clorinda.

On s’amusera à deviner la filiation de ces personnages avec la Commedia dell’arte complétée par la présence de la servante Lisetta, délurée et pleine de bon sens et de son alter ego valet, petit frère d'Arlequin.

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LES AMOUREUX
© Sandra Sanji

Cependant, dans la pièce mise en scène par Marco Pisano, on est loin du théâtre italien du 18ème siècle et de sa fraîcheur acidulée. Voici un Goldoni au burlesque appuyé, d'emblée désopilant, transposé dans les années "soixante" avec moult chansons rétro diffusées par un gros poste de radio et chorégraphies dansées ou contorsions de twist qui relèvent davantage de la comédie musicale américaine.

Les deux soeurs, cheveux crêpés, vêtues de robes "vichy" gonflantes et chaussées d'escarpins et la gent masculine en jeans et blousons ou habits bigarrés (costumes Christian Gasc) confèrent un côté très "rock'n'roll" à cette adaptation contemporaine qui surprend mais crée aussi une sorte de distanciation.

Sur fond cubiste de grands cadres enchevêtrés les uns dans les autres et un décor minimaliste à la Piet Mondrian selon les couleurs primaires rouge-jaune-bleu, le parti pris est celui d’une modernisation épurée sans prétention, un petit meuble, quelques chaises suffisent en effet.

Celles-ci sont surtout là, d'ailleurs, comme moyens utilisés pour exprimer les sentiments exacerbés des protagonistes. Autour de ces simples points d’appui, Eugenia, Flaminia, Fulgenzio et les autres s’asseoient, se relèvent brusquement, changent de place et tout un ballet s’organise au diapason de leur état de fureur ou d'exaltation.

La fougue des comédiens est évidente dans cette mise en scène joyeuse et déjantée, entraînée par le savoureux et astucieux Benoît Solès jouant avec beaucoup d'agilité le coléreux Fulgenzio réagissant au quart de tour.

Cependant, une partie de la troupe a tendance à surjouer et la voix trop haut perchée d'Eugenia interprétée par Aphrodite de Lorraine peut agacer. Le rythme trop souvent survolté donne un sentiment d’agitation constante qui efface toute l’émotion que l’on pourrait attendre de l'oeuvre.

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LES AMOUREUX
© Theothea.com

Goldoni alterne les scènes comiques et dramatiques dans un langage tour à tour bouffon ou lyrique. Il nous montre avec subtilité et malignité les effets néfastes du sentiment amoureux porté à son point extrême d'exaspération.

Dans la mise en scène de Marco Pisano, la farandole tourbillonnante voire hystérique de ces Amoureux est privilégiée sur le texte parfois débité avec un accent trop appuyé. Reste une très belle énergie pour composer des personnages truculents !

Les rires parsèment ce spectacle au fil des surprises farcesques. C’est le plaisir du jeu qui compte ici : Celui de l’amour et du pouvoir agrémenté des codes de la Commedia que Goldoni a su si bien renouveler.

photos 1 & 2 © Sandra Sanji

photos 3 & 4 © Theothea.com

LES AMOUREUX - **.. Cat’s / Theothea.com - de Carlo Goldoni - mise en scène Marco Pisano - avec Benoit Soles, Aphrodite de Lorraine, David Halevim, Sophie Nicollas, Rotem Jackman, Yoann Sover & Elisa Alessandro - Théâtre Déjazet

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LES AMOUREUX
© Theothea.com

 


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1 réactions à cet article    


  • Orélien Péréol Orélien Péréol 15 mars 23:16

    D’accord avec cet article.

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