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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les Arènes toréent BHL

Les Arènes toréent BHL

Habituées à traiter de sujets plus graves que ça, les importantes éditions des Arènes de Laurent Beccaria, publient « Une imposture française », document argumenté sur l’arnaque Bernard Henri Levy. Ou comment un homme d’affaires pas maladroit s’est taillé une panoplie d’intellectuel incontournable, à coup d’amitiés sonnantes et trébuchantes.

Peu de médias parleront de ce livre. Il est à parier qu’il sera passé sous silence. Une imposture française ne fera pas descendre BHL de son socle. Sûrement pas. L’homme, de toute façon, a suffisamment de pouvoir pour tenir en respect la quasi-totalité des médias français, hebdos ou quotidiens, qui comptent. Tous aux ordres de l’homme à la chemise blanche ouverte.

Tous au garde-à-vous devant le riche prétendu intellectuel de Saint-Germain-des-Près. Tous terrifiés à l’idée de contrarier l’ami des Pinault ou des Lagardère. L’ami d’Olivier Orban, de Nicolas Sarkozy, de Jack Lang, de Laurent Fabius, de Thierry Ardisson, de Stéphane Bern, d’Alain Minc, de Claude Bébéar, d’Alain Delon, de Philippe Douste Blazy, l’ami de tous de toutes, de tout ce qui compte, qui a de l’argent oui qui est influent. BHL a beaucoup d’amis, de relations, et un gros forfait de téléphone portable. Plus de 2000 euros par mois, selon ses propres dires.

BHL ne conduit pas, toujours trimballé à droite à gauche par un chauffeur, quelques gardes du corps, pas commode pour aller dans les « pires endroits du monde », pas très discrets, mais bon. BHL est l’ami de Claire Chazal, d’Etienne Mougeotte, de Line Renaud, d’Anne Sinclair, de Dominique Strauss-Kahn. BHL a beaucoup d’argent, une fortune héritée de l’entreprise de son père, une société spécialisée dans l’importation de bois précieux africain. C’est connu. Ce qu’on sait moins, peut-être, c’est que Pinault l’a rachetée pour 750 millions de francs. Ce qu’on sait moins, c’est que Guy Carlier, l’alter ego de poids de Fogiel, était directeur financier de cette société entre la fin des années 1970 et le début des années 1980. Carlier qui, écrivent Nicolas Beau et Olivier Toscer, a « entre autres qualités de la mémoire et une certaine idée de la morale »... Du coup, un jour de 2003 où l’ancien directeur financier devenu chroniqueur s’emporte un tantinet à la radio sur BHL, le « pilleur de la forêt africaine », François Pinault himself se voit obligé de tancer Stéphane Bern (patron de Carlier sur France Inter) : « Dites à votre ami Carlier de se calmer un peu, sinon ça va mal finir pour lui. Qu’il pense à sa carrière. » On ne peut être plus clair. Certains parleront de chantage, mais c’est de Pinault qu’il s’agit, alors on ne parle de rien, on se tient à carreau. Et Carlier, depuis, ne l’a pas ramené. Il a pensé, peut-être, à sa carrière. Ce qu’on apprend en premier lieu, donc, dans Une imposture française, c’est qu’il est extrêmement compliqué de critiquer BHL. On n’y touche pas, il est quasiment inaccessible. Ce qu’on apprend ensuite, et ce peut être lié, c’est que BHL aime l’argent. Il en possède beaucoup, un luxueux palais au Maroc, un 378 mètres carrés dans le 7e arrondissement à Paris, l’homme aime l’argent, la Bourse, et possède même depuis 2001 un peu plus de 4% des... surgelés Piccard ! Etonnant, non ? Mais ce livre n’est pas un recueil d’anecdotes empilées bout à bout, visant à discréditer le personnage BHL, à voir si la chemise blanche résiste au passage à 90 degrés de la rigueur journalistique.

Ce livre n’est pas un pamphlet hargneux que son sujet mériterait, incontestablement, mais qui ne ferait que donner de l’eau à son moulin, au bout du compte. Ce livre est un document, un reportage minutieusement, préparé calibré, comme souvent aux éditions Les Arènes, déjà analystes sans complaisance de la Françafrique, déjà à la pointe du combat dans l’affaire Clearstreamn, les seuls à soutenir Denis Robert dans son entreprise courageuse et jamais vaine. Pas la première fois que la maison d’édition, emmenée par Laurent Beccaria, ne prend pas de pincettes avec le pouvoir, quel qu’il soit. Qui a lu Une guerre de Dominique Lorentz se souvient encore des frissons qui parcouraient tout son corps au fur et à mesure que les pages se tournaient. (Ceux qui n’ont pas lu ce livre ENORME doivent se précipiter séance tenante chez leur libraire pour le commander).

Alors, si Les Arènes choisissent aujourd’hui de se pencher sur le cas BHL, c’est par souci d’informer, là encore. Le personnage Lévy, après tout, est une sorte d’icône médiatique. Invité partout, tout le temps, chez Giesbert, chez Durand, encensé par Savygneau, applaudi par Laurent Baffie, BHL est un totem, une sorte de sculpture tout en hauteur devant et ,autour de laquelle il semble qu’on ne doive que se prosterner. Alors autant éclairer ce... phare. C’est toute l’entreprise, toute la raison d’être du travail de Nicolas Beau et Olivier Toscer. Eclairer, connaître mieux cette célébrité, ce people incontournable. Il y a dans ces quelque deux cent pages beaucoup de choses qu’on savait déjà, certes, et nul doute que certains, au Monde par exemple, comme ils l’avaient fait pour le Révélations de Denis Robert, traqueront la plus petite des contrevérités pour discréditer l’ensemble, mais je prendrai cette fois le pari qu’ils auront du mal à y arriver. Il y a des passages aussi, dans ce livre, où l’on rit franchement, notamment le récit du bide monumental de Levy réalisateur, avec son fameux film Le jour et la nuit, navet historique qui n’a pas fini de faire rire bien des critiques, encore aujourd’hui. Sauf Pierre Billard, alors critique au Point, où Lévy donne chaque semaine un « bloc notes », qui avait vu à l’époque en BHL « à la fois John Huston et Visconti réunis ». Pierre Billard est-il encore critique de cinéma ? Mais il y a des passages aussi qui laissent pantois, comme si à force de trucages, d’impostures et de coups tordus, le « fascinant » personnage, aussi à l’aise qu’un chat pour retomber toujours sur ses pattes, finissait par lasser, par ne plus amuser du tout. Trop c’est trop. Quand on apprend que l’ami de « vingt ans » de Massoud ne l’a connu et rencontré que trois ans avant sa mort, et qu’il pousse le délire jusqu’à poser une plaque sur sa tombe en souvenir de cette prétendue amitié de vingt ans, c’est trop. Trop, je ne veux pas dire « too much », je dis trop. Trop indécent, trop sale. Mais c’est une manière de s’approprier la dépouille de Massoud, comme quelques années plus tard, Lévy s’appropriera celle du journaliste américain Daniel Pearl, décapité par les islamistes. « Marianne Pearl (l’épouse de Daniel Pearl) a toujours considéré le mélange béachélien de fiction et de réalité appliqué à la mémoire de son mari comme un viol littéraire. », écrivent les auteurs de Une imposture française. Marianne Pearl parle de BHL comme d’un homme « dont l’ego détruit l’intelligence ». Un homme qui a décrit de manière abjecte, voyeuriste et nauséeuse la décapitation de Daniel Pearl, comme d’autres filmaient Danièle Gilbert allant aux toilettes dans la Ferme Célébrités. Comme s’il ne s’agissait que d’un jeu, un jeu ayant pour but de placer un peu plus haut au firmament l’étoile BHL. BHL qui se moque de Daniel Pearl plus que de sa première chemise. Qui n’entend rien à la poudrière pakistanaise. Qui n’a de respect que pour lui-même, et sa femme. Et l’argent. Qui a bénéficié, et bénéficiera encore dans les jours qui viennent, de manière honteuse, de la complaisance, de la compromission, de la veulerie de l’ensemble des médias français, du Point au Monde, de Marianne à Voici, de "Campus" à "Tout le monde en parle", tous valets de l’entreprise BHL, multinationale ayant pour but de lustrer à le rendre aveuglant l’ego de ce retraité de tout, jamais écrivain, jamais philosophe, jamais journaliste, combattant de rien, résistant d’aucune époque, d’aucune guerre, imposteur à tous les étages, paltoquet qui n’a pas réussi, malgré ses dires et l’intoxication à venir, (son livre sur Tocqueville sort bientôt en France) à convaincre les Américains, pas aussi stupides qu’il devait le penser.

Bernard Kouchner, lui non plus, ne fait pas partie de la Cour de l’André Rieux de la philosophie, et il touche juste à la fin de l’envoi : « Je crois qu’on savait depuis le début que BHL c’était du toc, et on a laissé faire. L’idéologie française c’est aussi ça, parfois : conforter les intellectuels même quand ils barbotent dans l’approximation et dans l’erreur. » Barboter convient mieux, en effet, à BHL que... philosopher.

Peu de médias, donc, parleront du livre de Nicolas Beau et Olivier Toscer, courageux de s’attaquer au blanchisseur d’idées. Eux, au moins, n’ont pas « pensé à leur carrière », ils ont osé. Le résultat est tout à la fois intrigant, passionnant et consternant. Ainsi est BHL. Après tout, pour reprendre Régis Debray, cité dans l’ouvrage : « Nous avons les divas que nous méritons. Le fric, l’image et le lieu commun sont les trois pilotis de notre système social. BHL réussit la synthèse. Il mérite sa place. »

Lilian Massoulier

(Une imposture française, Nicolas Beau et Olivier Toscer, éditions Les Arènes, 14,90 euros)


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10 réactions à cet article    


  • (---.---.134.73) 21 février 2006 10:54

    C’est au moins l’avantage d’internet et de forums comme celui-ci de permettre de briser l’omerta de la presse.


    • machinchose (---.---.129.40) 21 février 2006 17:59

      il faut lire absolument les critiques américaines sur son livre pretentieux en amérique. c’est hilarant. il n’y a qu’en France qu’il impressionne.


      • www.jean-brice.fr (---.---.5.249) 21 février 2006 21:28

        IL EST CERTAIN QUE C’est un des philosophes qui a fait le plus de mal à l’esprit français...


        • gérard (---.---.7.29) 27 février 2006 21:08

          J’abonde dans le sens de votre article. Il est grand temps que l’on dénonce plus ouvertement et plus fréquemment cet imposteur qu’est M.Lévy ! La pensée ne s’en portera que mieux !


          • Toto (---.---.198.50) 19 mars 2006 21:45

            Les ratés, les minables, les jaloux et les frustrés ont le droit d’écrire comme tout le monde. De là à vendre leur torchon, c’est une autre chose.


            • Alain (---.---.4.93) 20 mars 2006 16:31

              et de 7 !!

              "BHL 007

              Une vingtaine d’heures après son avènement, nulle onde et nulle dépêche n’avait encore énoncé l’information qu’un téléphonage nous délivra samedi peu après 18 heures, du Salon du livre où notre agent à la pavane assista, sur le stand de l’éditeur Grasset, au septième entartage de Bernard-Henri Lévy. Après les heures d’antenne et d’obscène astiquage à lui consacrées par ses amis de la flagorne cathodique, l’homme vertigineux devait faire à ses fans énamourés le don de sa personne signante et relever ainsi les compteurs de ses ventes décevantes ­ quoi qu’en content force et menteuses proclamations publicitaires. Parmi le vaste concours de peuple ameuté pour reluquer la bête, une flibuste dont les chants et slogans proclamèrent l’affiliation à l’Internationale Pâtissière de Noël Godin ­ alias Le Gloupier, alias l’Entarteur : à la première chantilly, Bernard partit se changer ; revint prendre livraison de la seconde, plia ses gaules et s’enfuit en coulisses dégainer ses portables, cependant que résonnait, dans les travées versaillaises, l’hymne de l’I.P., « Entartons, entartons les pompeux cornichons ». Et j’entends déjà nombre de mes collègues stigmatiser cet éclat de « terrorisme populiste » visant le livre sacré, la culture bien sûr, et la démocratie même (car tant qu’on y est, hein...) ; je les vois tordre un nez courroucé pour fustiger dans un silence pudique un absolu non-événement. Qu’ils me permettent de ne pas partager tout à fait leur morose appréciation. Quelque chose est advenu, samedi, qui fera date dans les annales du temps médiatique. Perpétré à l’unisson d’une promotion sensationnelle du people philosophal, le salubre attentat septième contre la polymorphe imposture béhachélienne sonne, dans la discrète approbation qu’il génère, le début de la fin du béhachélisme.

              Il révèle la réalité d’une résistance croissante à la corruption de l’intellectuel marchand ; et que de jour en jour et d’opus en plateau, inéluctablement, BHL devient plus réductible à ses seuls entartages."

              source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=368355

              Sur le même sujet, une interview du grand maître ès tarte à la crème : http://hermaphrodite.fr/article831


              • Qwyzyx (---.---.61.79) 31 mars 2006 17:56

                Oui, j’ai bien remarqué cet ouvrage.

                Bhl est le maître à penser de la France qui oscille entre conscience et apparences. De moins en moins de conscience, de plus en plus d’apparences.

                L’autre jour, le livre de BHL était sur une table de la librairie française de Rome au milieu d’un nombre assez considérables d’ouvrages qui dénonçaient chacun un scandale, une inégalité, une dérive, l’échec de la France. Mais il y a tant et plus d’ouvrages qui paraissent chaque année que la France semble s’installer dans cette posture tragique du pays du scandale ordinaire.

                Ne faudrait-il pas qu’il existe une édition anglaise de tous ces ouvrages, pour qu’on en parle un peu France parce qu’on en parle beaucoup ailleurs ?


                • Le furtif (---.---.3.211) 9 avril 2006 13:27

                  Un peu de vantardise façon BHL___ Je préfère mon image :Paris Hilton à la votre André Rieux

                  Je sais qu’il est un peu tard pour vous parler de Lévy , tard aussi pour vous parler de Nabe....

                  Je me rappelle encore le soir où Pivot passait les pierres à Un J-M Roberts qui le lapidait aidé d’un autre dont j’ai oublié le nom... C’était il y a une trentaine d’années ...

                  Qu’il fût de droite , il ne le niait pas , Mais il voulait parler d’écriture....chez Pivot ! Quelle folie


                  • Hanabi (---.---.65.228) 15 avril 2006 19:34

                    Personnellement, quelqu’un qui est toujours invité à la tv, surtout dans des émissions de Thierry Ardisson 1) fait bouchon pour des artistes qui auraient besoin d’un petit coup de pouce 2) me paraît suspect... de toutes sortes d’amitiés.D’autant plus qu’ils se font payer cher pour passer, maintenant, voir les prix pratiqués pour l’apparition de Stephan Bern dans les soirées people...Et c’est navrant,,navrant de lieux-communs. A bon entendeur !! PS : Un Lévy voyager sans problème dans les pays musulmans, laissez moi rigoler, s’il n’a pas d’amis hauts placés smiley


                    • Herman (---.---.37.51) 8 novembre 2006 17:06

                      Juste pour dire un grand merci à l’auteur pour cette analyse limpide et coherente. La realité c’est que ces genres de comportements et ces reseaux et lobby contribuent à exacerber les haines. je pense qu’il est dans l’interet de tous de desserer l’etau pour que le debat d’idée s’instaure et pour que les clichés soient brisés. smiley

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